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interviewFrance Inter — Le téléphone sonne (sur Site radio)· 27 mai 2026 38 min

“Friendflation”, les bons comptes font les bons amis

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et si on louait tous les 6 une maison en Corse cet été, chouette, ça va être trop bien. Est-ce que vous avez remarqué quand même, celui ou celle qui ne dit rien lève son verre quand même, l'avion ça va faire cher. Et si c'est vous, est-ce que vous allez oser le dire ou inventer un prétexte ? Vous avez eu le même problème au resto l'autre jour, tous les ponts du mois de mai, le soleil qui autorise les terrasses, vous êtes beaucoup sortis. Et comme vous ne voulez pas entrer dans le sketch de Muriel Robin que les moins de 35 ans ne connaissent pas, vous n'avez rien dit quand quelqu'un a lancé pour les xème fois, bon on divise en 6, ce sera plus facile.

A quel moment les histoires d'argent s'immiscent dans l'amitié ? Vous êtes en train de préparer vos vacances peut-être, est-ce que vous y pensez ? Est-ce que vous avez les moyens de ce très bel hôtel ? Est-ce que vous descendez en gamme pour ne pas gêner justement certains de vos amis qui gagnent moins bien d'argent que vous ou l'inverse ? A quel moment ça commence à devenir un problème ? A quel moment votre bande de potes reflète tout à fait les inégalités au sein de la classe moyenne ? Jusqu'où on accepte de payer pour maintenir un lien qu'on ne veut pas briser ? A 20 ans, on pense qu'on est tous un peu égaux et puis on se débrouille à 30 ans.

A 40 ans, ça raconte peut-être une autre histoire, ça raconte d'autres chemins et aussi d'autres choix. Un autre exemple, la mode est à copier ce qui transpire des Etats-Unis. Plus personne ou presque n'envisage un mariage sans enterrement de vie de jeune fille et ça coûte. Toutes les demoiselles d'honneur de la même couleur, ça veut dire une robe à acheter et puis le fameux baby shower dès que les enfants arrivent. Est-ce qu'on peut briser une amitié sur une histoire d'argent ? Est-ce qu'on parle d'argent en fait avec ses amis ou pas du tout ? Est-ce qu'il vaut mieux le faire vite au contraire avant de s'engueuler pendant les vacances ?

Est-ce qu'on peut imaginer diviser les dépenses en fonction de son salaire ? Allez savoir, à moins que ça vous semble un peu tue l'amitié, un peu comme les chaussettes claquettes sans tue l'amour. Eh ben c'est le téléphone sonne, soyez les bienvenus.

1:58
Auditeur

Le téléphone sonne. 0145 24 7000.

2:01
Présentateur

Allez Thomas, c'est vous le premier et vous êtes le bienvenu. Bonsoir.

2:05
Auditeur

Bonsoir, merci de prendre mon appel. Vous avez parlé de plein de choses. C'est vrai qu'effectivement pour l'EVG ou l'EVJF... Donc enterrement de vie de garçon, enterrement de vie de jeune fille. Exactement, si on calcule et au final on se retrouve à 50% de son salaire, ça peut être intéressant de mettre un peu le frein ou de demander à pondérer tout ça. Moi, mon témoignage, c'est surtout pendant plusieurs années, on est un groupe de 15-20 personnes. Donc évidemment, on utilisait Tricant, une appli très pratique pour calculer les charges de chacun. Mais on faisait beaucoup de pondération.

Pondération sur l'alcool, pondération sur la consommation de viande et aussi sur le niveau de rémunération. Ça allait du RSA, du sômage jusqu'à des salaires vraiment pas mal. Donc on essayait de gérer comme ça. Et on calculait aussi dès le départ, dès le kilomètre, dès que les personnes partaient de leur maison, que ce soit en TGV, en avion ou en clôturage.

3:00
Présentateur

Vous êtes un homme parfait, vous Thomas, donc ?

3:02
Auditeur

On était bien organisés. On avait en fait une personne qui était dédiée à ça, les calculs des coûts et... J'espère qu'il était payé. On centralisait tout. En bière, oui.

3:12
Présentateur

Ah ben voilà. Et où est-ce que vous les avez mis dans Tricant ? Alors les bières, en tout cas, c'est une sacrée organisation. Et merci beaucoup Thomas pour ce témoignage, pour discuter ensemble autour de la table jusqu'à 20h. Avec nous, il y a Franck Lehuédé. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes directeur d'études et de recherche au Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie. Bref, pour le CREDOC, il y a Renan Châtelier. Bonsoir. Vous êtes sociologue spécialiste des tendances loisirs et consommation et président aussi de Tendanso, c'est ça ? Tendanso. Tendanso, c'est comme ça que ça s'appelle ? Le nom de mes derniers livres Tendansologie. Exactement.

Il y a Laurence Véli qui est là également. Bonsoir.

3:48
Invité

Bonsoir.

3:48
Présentateur

Vous êtes journaliste entrepreneuse. Vous êtes fondatrice et productrice d'un podcast qui s'appelle Thune. Donc autour de la... Je suis enresse. Hein ?

3:56
Invité

Voilà.

3:57
Présentateur

Sans S. Absolument. Effectivement. Autour de l'argent intime. Tiens, d'ailleurs, Laurence Véli, est-ce que l'amitié, c'est de l'argent intime ? Est-ce qu'on peut considérer qu'on est dans l'argent intime ? Parce qu'on voit bien homme-femme, salaire de l'un, salaire de l'autre. Dans l'amitié, on le met dans la case argent intime ou pas ?

4:18
Invité

L'amitié, oui. Vous vous attaquez fort.

4:22
Présentateur

Pardon de vous prendre à froid comme ça.

4:25
Invité

Vous me prenez très à froid. L'amitié devrait passer effectivement au-delà des sujets d'argent. L'amitié, c'est justement ce qui nous permet de dépasser tous ces différends, ces différends peut-être idéologiques, ces différends de façon de consommer, ces revenus différents. Donc, une amitié idéale, normalement, elle fait fi des problèmes d'argent. Mais c'est plus compliqué que ça.

4:52
Présentateur

L'amitié idéale, c'est celle de Thomas, par exemple, à votre avis ou pas ? C'est-à-dire, pour le coup, pour éviter les embrouilles, on est ultra organisé ?

5:01
Invité

Alors, moi, je pense que... J'imagine que c'est une jeune femme qui faisait les comptes. Ah, c'est intéressant.

5:08
Présentateur

Vous êtes encore là, Thomas ? Attends, bougez pas. Vous êtes encore là, Thomas, ou pas ? Oui, oui, celui-là. Qui c'est ? On était deux gars. Ah, deux gars. Eh bien, voilà. Eh bien, merci beaucoup d'avoir répondu. Tac, Laurence. C'est pour vous, ça.

5:17
Invité

Ben voilà, c'est une surprise. Non, non, moi, je trouve ça super que des gens endossent ce rôle, qui n'est pas forcément le rôle le plus facile, souvent en disant, bon, ben moi, je suis un peu tatillon, je vais m'y coller. En vrai, ça arrange bien tout le monde. Je pense que quand on part en vacances avec des gens qui sont un peu ric-rac, c'est une bonne façon de procéder. En réalité, ça évite de laisser du flou. Et on va en parler. Le flou, c'est l'ennemi de l'argent.

5:46
Présentateur

Voilà, c'est le problème. Et je disais en lancement, Franck lui aidait tout à l'heure, qu'au fond, ça montrait une espèce d'étendue de classe moyenne. Et c'est finalement vraiment ça, en fait, parce qu'on peut être très amis avec quelqu'un qu'on a connu quand on avait 20 ans. On était tous, comme je disais, un petit peu égaux, etc. Puis ensuite, il y a la vie. Et cette fameuse classe moyenne, elle commence, on ne sait pas très bien où. Elle finit, on ne sait pas très bien où. Donc, on est tous dans cette espèce de grand tout-là, au fond, dans ces questions-là. C'est peut-être là qu'on le touche le plus du doigt, d'ailleurs.

6:16
Invité

Oui, en fait, la classe moyenne, on dit souvent que c'est les 60% de gens qui ne sont pas les 20% les plus pauvres, ni les 20% les plus riches. Donc, 60%, ça fait du monde. Et obligatoirement, en termes de revenus, on peut avoir des revenus qui sont très différents. Et il faut trouver une solution, si on veut partir ensemble, pour pouvoir gérer ces questions d'argent. Alors, à mon avis, il y a toutes les solutions qui existent. Et il n'y en a pas une meilleure qu'une autre. Il y a celle qui va permettre de continuer à être amis avec les gens qu'on apprécie. Et votre éditeur, votre auditeur, il parlait de Trikant. Et il y a d'autres. Moi, je l'ai découvert cet après-midi, pardon.

Mais bon, ça a l'air hyper pratique. Il y a d'autres formules qui existent de ce type.

7:00
Présentateur

C'était pas mal.

7:01
Invité

Ce qui est sympa avec ce type de formule, c'est que ça permet de poser le débat et de donner la possibilité de personnaliser cette question-là. Chacun a des revenus différents. On va gérer comme ça. Chacun a des dépenses différentes parce que certains vont vouloir manger végétarien, d'autres pas. Certains vont vouloir boire un peu de bière, comme le disait votre auditeur, d'autres pas. Et donc, chacun va pouvoir comme ça gérer son budget en fonction de ses dépenses, à la fois en montant, mais aussi en nature.

7:34
Présentateur

Est-ce que, justement, Renan Châtelier, ça parle de l'époque aujourd'hui qui est une époque de crise ? Ou est-ce que ça parle de l'époque aujourd'hui qui est aussi une époque où, effectivement, on est un peu plus dans le chacun pour soi ? Donc, j'ai mangé ça, donc je dépense ça. Et ça se fait, finalement, beaucoup plus naturellement avec cette génération-là que ça le faisait peut-être avec la nôtre avant, en fait.

7:56
Invité

Oui, alors, ça parle de plusieurs choses. Effectivement, il y a un aspect générationnel. Je pense que l'approche cost-control sur les vacances, l'amitié, etc., je serais curieux de savoir à quelle génération appartient Thomas. Mais, à mon avis, il doit être dans la gène Z. Voilà, donc des gens qui sont très sensibles aux coûts, en permanence, tout le temps, etc. Puis, ça va même au-delà. C'est-à-dire qu'en fait, la notion de fric, d'argent, est omniprésente. C'est-à-dire que ça devient obsessionnel. Oui, mais du coup, elle n'est pas taboue. Pardon ? Donc, du coup, elle n'est pas taboue. Oui, oui, mais après, ça vient toucher les grands sujets.

C'est-à-dire que l'amitié, normalement, vers cet âge, c'est un grand sujet. Et donc, l'amitié ne devrait pas s'embarrasser de problèmes d'argent. Ce n'est pas le cas. Ce qui se passe, c'est que... D'ailleurs, ce n'est peut-être pas tant l'amitié que, finalement, l'extériorisation de l'amitié, qu'il y a besoin d'argent. C'est-à-dire qu'en fait, on a besoin d'argent parce qu'on va avoir plein de petites attentions pour ses amis, parce qu'on va monter des vacances coûteuses je ne sais pas où, etc. Et donc, il y a toute une organisation comme ça qui devient, là, pour le coup, inflationniste, si vous voulez.

Pour reprendre l'expression du thème du jour, Freyne de Fleschen, qui est le mauvais livre pour dire, effectivement, que l'inflation a une influence sur l'amitié. Mais bon, en même temps, est-ce que l'amitié a toujours été pure de ça ? Première question. Et donc, est-ce qu'elle est plus pure dans la gêne Z que dans des générations suivantes ? Et puis, est-ce que ça n'a pas beaucoup changé ? Parce qu'en fait, il y a beaucoup d'amitiés professionnelles qui ont besoin d'une extériorisation, qui ont besoin d'une forme d'événementiel autour de l'amitié. Et c'est probablement ça qui coûte le plus cher.

Je ne crois pas que ce soit l'apéro pris avec des copains dans un rapport d'authenticité sentimentale.

9:48
Présentateur

On va y venir aux vacances instagrammables, on va dire, en fait, qui sont importantes, effectivement, pour certains. Voici d'abord Mourad. Bonsoir.

9:57
Auditeur

Oui, bonsoir. Bienvenue Mourad, on vous écoute. Merci de prendre mon appel. Je vous en prie. Oui, alors, non, moi j'ai 56 ans. Voilà, je ne suis pas la gêne Z.

10:07
Présentateur

Non, moi non plus, ne vous inquiétez pas.

10:08
Auditeur

Oui, je sais bien. Moi non plus. Je sais bien, on parle en convaincant. Personne. Alors, je vais parler avec les vacances, notamment, ce dont vous parliez. Moi, j'ai des amis, voilà, qui ont à peu près mon âge, voire un peu plus ou un peu moins. Mais en fait, quand on se voit, que ce soit en vacances ou ailleurs, en fait, on se bat. Alors, que ce soit des Greg, des Fabiens ou des Tartres, on se bat pour payer à chaque fois l'addition. Ah oui. C'est-à-dire qu'en fait, on a des superfuges, genre on fait semblant d'aller aux toilettes et on va aller payer.

Et très, très souvent, ça m'arrivait encore à Nice avec des amis récemment, alors qu'on ne se connaît pas, on ne se connaît quasiment pas, mais simplement, voilà, on s'est retrouvés et puis on était contents de se voir. Quand je suis allé payer, bah, c'était déjà réglé. Et c'est la règle absolue et chaque fois, je vous dis, on se bat pour pouvoir payer. Et je pense que même si, alors on connaît évidemment la situation financière des amis, des copains, des copines, mais on fait en sorte qu'il y ait une égalité, mais alors absolument totale, autour de la table, autour de l'apéro, pour parler simplement. On fait tout pour qu'il n'y ait absolument aucune gêne par rapport à ça.

Il ne peut pas, et je termine là-dessus, il ne peut pas y avoir de barrière financière en amitié. C'est impossible.

11:24
Présentateur

Alors, on va la poser cette question. Vous, vous l'affirmez, Mourad, on va quand même la poser. Moi, je trouve ça intéressant. Ça revient à ce que vous disiez, Ronan Châtelier, le fait qu'on se bat, dit Mourad, pour aller payer la note.

11:36
Invité

Ça, c'est vraiment générationnel. C'est-à-dire que c'est autre temps, autre meurt. Oui, franchement, le coup de dire que l'amitié est quelque chose de pur et qu'il faut le préserver, etc., je pense que Mourad, il est dans ce qu'on pourrait appeler la spontanéité du cœur. Et effectivement, il doit y avoir des...

11:57
Présentateur

Si il paie à chaque fois, on a envie d'être copain avec Mourad.

12:00
Invité

Je pense qu'il faut laisser des non-dits autour de l'argent. Il ne faut pas nécessairement en parler, etc., pour une certaine génération. Et puis, pour l'autre génération qui est impitoyablement objective, la Gen Z, alors là, il y a beaucoup moins de non-dits. On calcule, on fait du cost-controlling, etc. Je pense qu'on est plus là-dessus.

12:17
Présentateur

Et c'est finalement... Alors, il y a un petit côté... On a envie de dire que c'est presque dommage, en fait, comme vous dites, le cost-controlling. Mais en même temps, il y a quelque chose de sain aussi de parler d'argent. Comme ça, au moins, s'il y en a un qui a un problème par rapport à un autre, on se dit les choses. Elle dit ça aussi, la Gen Z, peut-être, Franck, le UAD, non ?

12:35
Invité

Oui, sans doute. C'est vraiment une manière de dire qu'on va chercher à être égalitaire ou équitable entre chacun, en fonction de ses besoins, en fonction de ses dépenses. Et ce type de formule, de manière de fonctionner, chez les plus jeunes, souvent, elle permet cette équité, justement, qui est plutôt intéressante. Est-ce qu'on a les amis de son portefeuille, quand même, le plus souvent, de toute façon, ou pas ? Oui, alors, moi, j'ai une petite théorie sociale, par rapport à ça. Allez-y, Renan Châtelier. C'est que, je ne sais pas, il faudrait peut-être faire une définition d'amitié un jour, dans cette émission ou après.

Ce que je pense, c'est qu'il y a quand même une dimension RP dans l'amitié. C'est-à-dire qu'en fait, de visibilité, de surface sociale. Quand on décrit ses amis, on ne sait plus très bien, aujourd'hui, s'il s'agit de ses amis d'enfance, de ses amis proches, de ses amis définitifs, ou d'amis de passage, d'amis de circonstances, d'amis de business. Et donc, cette hétérogénéité fait qu'effectivement, aujourd'hui, il y a une surenchère dans la prestation, si vous voulez. C'est-à-dire que ça finit par coûter cher, parce qu'à ces différents amis, on doit attribuer différents budgets, j'imagine. Voilà, j'en prie.

13:49
Présentateur

Laurence Vély, il y a cette remarque de Loïc sur WhatsApp qui dit ceci, que je trouve assez juste. Il dit, à 20 ans, c'est un non-sujet. À 30 ou 40 ans, payer l'addition devient un marqueur social. À 50 ans ou presque seulement, on en revient finalement de la simplicité. Qu'est-ce que vous en dites de ce découpage-là ?

14:06
Invité

Je suis absolument d'accord avec lui. À 20 ans, c'est un non-sujet. On est globalement plus ou moins fauché, à part deux ou trois. À 30 ans, on commence à récolter les fruits de la voie qu'on a choisie. Qui est prof, qui est chef d'entreprise, qui est dans une grande boîte qui va générer énormément d'argent. Et puis, c'est là qu'effectivement, on se divise. On peut être très amis et ne plus du tout avoir les mêmes revenus, les mêmes ambitions, la même façon de consommer.

Et à 50 ans, oui, j'imagine, j'ose espérer qu'on ait un petit peu passé derrière la vague et qu'on a compris qu'on n'était pas forcément obligé de partager un repas au Fouquets pour passer un bon moment s'il y a des différences de niveau de vie.

14:56
Présentateur

J'ai encore une question pour vous, Laurence Véline. Bougez pas, mais Franck Luevédé qui a levé le doigt. Bravo. On vous écoute.

15:01
Invité

Une des différences en fonction des âges, c'est la fréquence avec laquelle on voit ses amis. C'est-à-dire que quand on est jeune, on les voit à 80% tout le temps. Mais physiquement et de manière virtuelle. Du coup, si c'est un événement exceptionnel, quand on les voit rarement, ça coûte plus cher. Et du coup, lorsque vous arrivez à 50 ans, il n'y a que 30 et quelques pourcents des gens qui les voient toutes les semaines. Donc ça, c'est une vraie différence dans la manière de gérer la relation qu'on va avoir avec eux et de gérer le moment où on va payer l'addition, par exemple.

15:31
Présentateur

Laurence Véline, on l'a à peine évoqué, mais je voulais revenir là-dessus avec vous sur ces fameuses idées de vacances Instagramables. C'est-à-dire que de toute façon, ça monte en prix parce qu'il y a quelque chose à montrer. Au fond, on parlait de marqueur social tout à l'heure pour ceux qui ont 30 ou 40 ans. Mais le marqueur social de ceux qui en ont 20, c'est précisément de pouvoir montrer, j'en sais rien, ces photos, on les a vues 200 000 fois, un verre de vin sur un coucher de soleil dont on sent bien que ça n'a pas été pris en banlieue parisienne. Et ça aussi, ça compte dans la valeur d'argent de ces vacances-là.

16:01
Invité

Alors, est-ce que je mettrai en même plan ? Pas forcément. Est-ce que ça compte pour les jeunes générations ? Oui. Après, une photo Instagram peut être faite dans une photo dans le perche avec un joli champ aussi. On n'est pas forcément obligé de la faire en Grèce. Voilà. Moi, je ne mettrai pas forcément ça sur le même plan. Ce qu'on voit sur les réseaux sociaux, c'est quand même des photos très événementielles avec une ornementation, un décor. Enfin, ça a l'air coûteux.

16:34
Présentateur

C'est ça. C'est aussi le lieu où les autres ne sont pas, en fait, ou en tout cas, n'ont pas encore été.

16:40
Invité

Tant qu'on est les premiers, c'est pour donner envie. C'est où on fait croire que, par exemple. Ce qui se dégage de ça, c'est un besoin de visibilité. Et la visibilité, on sait que c'est l'ennemi de l'authenticité, peut-être, amicale. Mais en même temps, c'est important pour cette génération. Franck, l'UED ? Il y a trois raisons qui amènent à ce qu'aujourd'hui, les dépenses en matière de loisirs aient augmenté plus, notamment, et qui deviennent difficiles à gérer pour un certain nombre de jeunes. C'est d'abord l'augmentation des prix de ces loisirs.

Quand on regarde par rapport au début des années 2010, sans compter la période inflationniste qu'on a connue 2021, 2022, 2023, on est sur des augmentations de ces loisirs, restaurants, concerts, vacances, qui va être entre 1,5 et 2 fois plus, en termes de prix, que l'augmentation moyenne de la conso. Donc ça, c'est le premier élément. Le deuxième, c'est que l'importance qu'on accorde en soi aux loisirs est beaucoup plus forte aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a une vingtaine d'années, où, en fait, on se disait que pour être heureux, il fallait posséder des objets. Aujourd'hui, c'est plutôt vivre des expériences.

Et cette dimension-là, hors même réseaux sociaux, elle est super importante et elle amène à acheter des loisirs premium, des services supplémentaires quand on va à un concert, quand on va à un parc d'attractions. Donc ça, c'est le deuxième élément. Et le troisième élément, c'est en effet le côté virtuel, où on se dit qu'on va faire de belles photos sur TikTok, sur Instagram, et ça va nous permettre de nous valoriser par rapport à nos réseaux d'amis, qui sont des réseaux physiques, mais aussi des réseaux virtuels, et de plus en plus de développement de ces réseaux virtuels.

Et on a besoin, on sent, en tout cas chez les jeunes, un besoin d'exister à la fois en réel avec les amis, mais aussi en virtuel.

18:23
Présentateur

Est-ce qu'il y a eu un effet Covid là-dessus, au fond, où on a changé beaucoup de choses ? Et donc l'idée du loisir aussi a pris une autre forme que celle d'avant, l'idée de montrer des choses aussi a pris une autre forme.

18:36
Invité

Il y a eu un désir massif de convivialité.

18:38
Présentateur

Et il y a eu un pic monumental, effectivement, dès qu'on a ouvert toutes les portes.

18:40
Invité

De sorties, de besoins de sorties, de besoins d'extériorisation. Après, le temps est passé, et ce qu'on a pu vraiment observer sur cette génération, j'avais écrit un bouquin sur les jeunes, il y a très longtemps, Marketing Jeunes, avec une paire de baskets en couverture. Ce n'est plus tellement le cas, la converse de l'époque. Eh bien, on s'aperçoit qu'aujourd'hui, franchement, il y a un principe de tempérance, parfois, qui est là, un principe d'optimisation, un principe de pondération sur les dépenses, mais qui est juxtaposé à un principe d'éclate. Voilà, à la fois on s'éclate, on cherche du fun, on cherche, comme le dit mon collègue, des moments parfaits, ce genre de choses.

Et à côté, effectivement, on fait un peu gaffe à toute forme de dépense. Un mot rapidement, Franck, lui a aidé, parce que Barbara nous attend au standard. Alors, l'expérience est vraiment importante, avoir du fun, mais il y a aussi une autre dimension, c'est que le quotidien, parfois, peut être un peu difficile. Et ce que nous disent les jeunes, c'est qu'ils ont besoin de ces moments d'exception qu'ils prennent dans les loisirs, une fois, deux fois, trois fois dans l'année, ça dépend de leur revenu. Et ça, c'est aussi important que l'expérience en soi. Barbara, bonsoir.

19:54
Présentateur

Bonsoir. Je me dépêche, Barbara, parce que je vous ai vu apparaître, puis disparaître, puis réapparaître. Allez-y.

19:59
Auditeur

Oui, bonsoir. Moi, j'avais un témoignage. En fait, j'ai un groupe d'amis, d'amis de longue date, avec qui on organisait régulièrement des week-ends, des vacances. Et ces dernières années, on a dû arrêter, parce qu'on a une personne dans ce groupe, avec qui, pourtant, on s'entend très bien, mais qui, en fait, a un train de vie, disons, voilà, tout à fait correct, mais qui refuse de, comment dire, qui nous restreint dans toutes les dépenses, dans les sorties, et on ne fait pas des choses extraordinaires. On essaie toujours de trouver des compromis, parce qu'on a tous des situations professionnelles, personnelles différentes.

Et malgré tous ces compromis, à chaque fois, elle essaie de toujours tout tirer vers le bas. Et du coup, ça en est devenu tellement un enfer qu'en fait, on n'organise plus ces week-ends et ces vacances.

20:40
Présentateur

Mais du coup, vous ne la voyez plus, elle, mais vous organisez au sein de l'autre groupe d'amis ? Non.

20:46
Auditeur

Non, non, non, du coup, on a tout arrêté.

20:49
Présentateur

Ah, waouh ! Ah, bah, dis donc ! Oui. Mais vous êtes toujours copains ou pas, quand même ?

20:54
Auditeur

On est toujours amis, on va se voir les uns chez les autres, par exemple, mais on n'organise plus de week-ends ou de vacances communes avec tout le monde. Parce que cette personne rend les choses beaucoup trop compliquées.

21:04
Invité

Waouh !

21:05
Présentateur

Mais dis donc !

21:06
Invité

Une vérité tangible, c'est que l'argent, c'est un sujet d'angueulade absolu. Enfin, je veux dire, dans les couples, pendant les vacances, entre amis...

21:14
Présentateur

Et en fait, ça dit ça, effectivement. J'imagine que vous le voyez, vous, dans votre podcast, Laurence Vély, c'est violent, quoi. Et même entre potes, c'est violent, en fait. On fait croire qu'il ne peut jamais se passer une chose pareille entre amis. Je repense à un auditeur qui nous a dit ça il y a cinq minutes. Mais ce n'est pas vrai. Ça peut être super violent.

21:31
Invité

Oui, oui, bien sûr. Alors moi, il y a quelque chose qui m'a pas mal marquée au fil des entretiens. C'est qu'en fait, celui ou celle qu'on va appeler le radin, enfin la personne qui a des oursins dans les poches, la pince, elle est quand même relativement protégée. Parce que c'est hyper délicat de dire ça à quelqu'un. Les gens vont parler derrière son dos. C'est un peu comme le cocu, quoi. Tout le monde va en parler et personne ne va jamais lui dire, en fait. Maintenant, effectivement, on peut creuser et voir ce qu'il y a derrière cette histoire de rétention d'argent. Alors la psychanalyse a exploré le sujet. Je ne le ferai pas maintenant.

Mais oui, ça peut évidemment casser des dynamiques amicales, faire beaucoup discuter, casser un peu l'ambiance. C'est très, très compliqué de s'aligner. Moi, je préconise quand même d'en parler, d'essayer d'en parler.

22:22
Présentateur

Est-ce qu'il faut essayer d'en parler, Renan Châtelier, monsieur le sociologue ?

22:27
Invité

Je ne suis pas psychologue, mais je pense qu'effectivement, il faut fluidifier les problèmes d'argent toujours, parce que sinon, ça dégénère. Et donc, effectivement, la pauvre auditrice a tiré un trait sur ses vacances. Donc voilà, ça, c'est un des problèmes. À côté, qu'est-ce qu'on pourrait se dire d'autre ? C'est que l'amitié, elle est fortement ritualisée et que c'est les petits rituels qui coûtent cher tout le temps. Et donc, c'est les petites attentions, c'est les à-côtés, etc. Et effectivement, c'est extrêmement difficile d'avoir une amitié pure de tout ça. C'est comme en amour, si vous voulez. C'est comme la fête des mers.

C'est comme plein de choses qui connaissent aujourd'hui une dérive commerciale. Et la dérive commerciale vient créer quelque chose d'un peu inauthentique dans cette belle amitié qu'on connaît dans les livres de Montaigne, notamment.

23:21
Présentateur

On parle de ce qu'on appelle ce mot valise anglo-saxon et encore que la friendflation dans le téléphone sonne entre les amis et l'inflation. Est-ce que l'amitié peut être mangée par l'argent ? Et inversement, avec Franck Leuedé, qui est directeur d'études et de recherche au Credoc, avec Ronan Châtelier, qui est sociologue, avec Laurence Véli, qui est journaliste et entrepreneuse, fondatrice d'un podcast qui s'appelle Thune.

23:44
Auditeur

Le 18-20, 01-45-24-7000.

23:48
Présentateur

Et avec vous aussi, Eric, bonsoir. Bonsoir. On vous écoute, Eric.

23:52
Auditeur

Oui. Non, non, mais elle est super votre émission ce soir. Moi, j'appelais, c'était juste pour un petit témoignage, en disant que, alors techniquement, je ne suis pas de la classe moyenne. Je suis travailleur pauvre, malgré un salaire en dessous de 2 000 euros. Mais voilà, travailleur pauvre. C'était juste pour dire, non, l'amitié, quand on n'a pas les moyens, il n'y a plus d'amis, en fait. C'est simple. Déjà, la famille, c'est compliqué d'expliquer, parce que j'ai deux frères qui, eux, sont de classe moyenne, qui ont des bons salaires, qui sont propriétaires. Et c'est compliqué de leur expliquer que, non, le restaurant qu'on peut se faire en commun, ce sera une cafette.

La cafette du supermarché. Ce ne sera pas la super pizzeria du centre-mier. Déjà, ça, c'est compliqué en famille. Alors, les amis, il n'y en a plus, quoi.

24:38
Présentateur

C'est toujours un peu triste, Eric. Merci beaucoup. Et au fond, je n'arrive pas à savoir ce qui est le plus triste. Est-ce que c'est ce que nous raconte Eric ? Où est-ce que c'est d'en finir en disant qu'on va faire en fonction des salaires des uns et des autres ? Donc, ça devient une espèce de comptabilité des vacances qui, parfois, n'est pas très festive non plus.

25:01
Invité

Il doit y avoir un truc au milieu, quoi, je veux dire. Sur le propos d'Eric, que la fin de l'amitié, parce qu'on est contraint financièrement, il faut quand même revenir à une forme d'authenticité amicale. Je veux dire, on peut avoir des copains sans fric, des moments sans fric. Et c'est probablement là où on perçoit le plus cette espèce de poésie de la vie, etc. Je ne veux pas faire un cours moral sur l'argent ou de philosophie de l'argent. Mais je pense que, tout de même, aujourd'hui, on est beaucoup trop connecté à l'extériorisation de l'amitié. Il faut sortir pour montrer qu'on a des amis. On ne sait plus très bien si c'est de la sursociabilité ou de l'amitié.

Je pense que le vrai ami, l'ami véritable, ce n'est pas nécessairement celui qui vous coûte de l'argent.

25:53
Présentateur

Normalement. Et puis, surtout, on espère. Laurence Vély ? Oui.

25:57
Invité

Il y a quand même un truc au milieu dans l'amitié qui s'appelle le tact, qui s'appelle l'élégance. L'amitié, c'est une danse. On n'est pas toujours sur les mêmes appuis. On peut partir en vacances avec des amis qui ont moins d'argent. Par exemple, admettons, des gens de la classe moyenne et puis des gens riches. Les gens riches vont payer le resto très cher sans faire de réflexion et puis ils laisseront les gens qui ont un petit peu moins d'argent payer le resto un petit peu moins cher. Et comme ça, tout le monde s'en sort avec dignité. Il y a quand même ce truc qui s'appelle le soin, le care, l'attention. On fait attention aux autres, on s'intéresse à eux.

On peut lancer des petits sujets sur la table, mais c'est quand même un petit peu les fondements de l'amitié. On fait gaffe à l'autre. Donc, moi, je pense qu'il y a quand même des solutions de sortie, même si j'aime bien tricot et tout, on n'est pas obligé d'en passer par là non plus.

26:52
Présentateur

Il y a ce message que j'ai sous les yeux. On parlait tout à l'heure de cette espèce d'externalisation de l'amitié parfois qui coûte cher parce qu'on veut donner à montrer et qu'on a été chercher aussi des traditions américaines qui coûtent extrêmement cher. On a Julia qui dit « Je tenais à mentionner les anniversaires pour enfants. Aujourd'hui, c'est un concours à celui qui fera l'activité la plus originale en invitant plein d'amis et donc l'activité la plus chère. Quelle image de l'amitié cela va-t-il laisser à de futurs adultes ? » Et c'est une réalité, ça, Franck Lévedé.

27:24
Invité

On voit depuis la création de la société de consommation qu'elle ne cesse de s'élargir et qu'elle a pris une importance, en fait, sur des secteurs où elle n'était pas avant. Et le secteur des loisirs est un des derniers dans lesquels elle croit de façon régulière et forte. En contrepartie de cette dimension-là, il y a quand même tout le mouvement de la sobriété qui dit « De toute façon, on a un modèle de consommation qui ne fonctionnera pas sur une seule planète. Il en faudrait cinq pour réussir à gérer ça au niveau de la planète en totalité. » Donc, il faut faire les choses différemment et ça peut être un moyen aussi de dire « Dans notre amitié, on va réfléchir au sens de ce que l'on fait.

» Et donc, on a un développement des free parties, on a des activités sportives et de loisirs qui ne coûtent rien, qui sont en association. En France, on a énormément d'associations qui existent et qui permettent de gérer aussi différemment cette question des revenus différents au sein des amis.

28:23
Présentateur

Juste pour vous dire, dans votre émission, nous dit Vincent, il y a aussi des cercles d'amis, moi j'en ai un autour de soi, où chacun participe à hauteur de ses revenus, les plus gros revenus extrêmement généreux avec les autres, en prenant en charge par exemple les trois quarts de la location de la maison ou des choses comme ça. Voilà, il existe encore de l'humain, nous dit Vincent, Laurence Vély, ça c'est pour vous. Et encore que, ça veut dire qu'à l'intérieur d'un groupe, il faut pouvoir y aller, où chacun est finalement à poil avec sa situation financière. Moi, je gagne tant, donc du coup, je paierai moins, mais il faut afficher aussi ce qu'on gagne.

Donc ça marche visiblement dans les deux sens. Ça met quand même extrêmement à poil vis-à-vis de l'argent qu'on possède, non ?

29:02
Invité

Une espèce de transparence.

29:04
Présentateur

Une transparence forcée, en fait, Laurence ?

29:06
Invité

Être à poil, c'est la transparence. Exactement. Alors, j'ai trouvé un chiffre, 56% des Français ne parleraient jamais de leur salaire avec les amis. Je ne suis pas très surprise. Aujourd'hui, on va plus facilement parler de l'état de son périnée ou de sa prostate que de ce qu'on gagne. C'est vrai. Néanmoins, je pense qu'on n'est pas forcément obligé, si c'est un sujet de pudeur de mettre ça sur la table. Ça peut effectivement gêner des gens, ça peut nous gêner nous-mêmes, d'autant qu'il peut y avoir une confusion entre ce qu'on gagne et ce qu'on vaut. C'est toujours un petit peu compliqué. Maintenant, on connaît à peu près les corps de métier, on s'y intéresse, on voit le nombre d'enfants.

Les héritages, ça, c'est compliqué aussi, on n'en parle pas beaucoup. Donc, c'est sûr qu'on se retrouve très inégaux selon qu'on ait eu un héritage ou pas. On voit quoi on fait. Enfin, encore une fois, moi, je suis sur l'attention, le soin et puis une petite conversation. On va faire un petit tour et puis on en parle le matin. À deux, on n'est pas obligé d'en parler à dix en allant au marché. C'est un peu dur en ce moment.

30:08
Présentateur

Voilà. Deux remarques seulement que je laisse à votre sagacité avant qu'on retrouve Laurent qui nous attend au standard sur WhatsApp. C'est Sylvie qui nous dit ceci, mais on peut faire des pique-niques aussi comme ça, chacun amène sa propre bouffe, nous dit-elle. et c'est sûr qu'on peut opter pour cette option. Il y a aussi Inès qui dit, mais enfin, quelle naïveté de penser que la vie sociale n'a pas de coût. Saluté, bien sûr. Laurent, bonsoir.

30:32
Auditeur

Bonsoir, Fabienne.

30:34
Présentateur

On vous écoute.

30:35
Auditeur

D'abord, merci parce que vous faites du super boulot et c'est vraiment un délice pour les oreilles. Je vais utiliser cette phrase

30:42
Présentateur

comme cendrite portable. Il faut l'isoler tout de suite. Allez-y, Laurent.

30:46
Auditeur

C'est étendu. En fait, je vous appelais pour raconter une anecdote. J'ai 51 ans, donc je ne suis pas de la Genzène. Et au fil de ma vie, mes moyens ont considérablement augmenté. Et j'ai voulu longtemps partager cette chance avec mes copains. C'est-à-dire que je leur faisais profiter de mes moyens sans que jamais il ne soit question de marge. pas du tout dans l'idée de les écraser. Au contraire, c'était vraiment pour partager. Et malheureusement, il y a une personne dans le lot dont je n'aurais jamais cru que ça se ferait comme ça qui m'a posé très souvent un tas de questions par rapport à mes revenus et leur est tendu.

Et ça a fini par me mettre mal à l'aise et devenir une espèce de tabou sur lequel il revenait à la charge. Et c'était très désagréable et en fait, ça nous a éloignés.

31:44
Présentateur

C'est ce que j'allais vous demander. Vous n'êtes plus copain avec cette personne, Laurent, finalement.

31:48
Auditeur

Malheureusement, non. Alors que j'aurais vraiment cru, je le considérais comme une espèce de frère de cœur et je n'aurais jamais cru que l'argent nous éloignerait. Et surtout, en voulant partager et pourtant, c'est ce qui s'est passé.

32:04
Présentateur

Merci beaucoup pour ce témoignage, Laurent. remercie vraiment. Je trouve ça intéressant parce qu'en fait, ce qui gêne parfois entre potes, c'est à la fois de ne pas pouvoir suivre quand les autres sortent beaucoup ou consomment de l'alcool, ça coûte plus cher, etc. Mais aussi, au fond, de devoir se comparer même si ce n'est pas ce qu'on veut. Mais j'imagine que l'ami de Laurent se comparait et ça devenait compliqué pour lui, en fait.

32:31
Invité

Il y a vraiment une dimension sociale dans l'amitié qu'il est illusoire de ne pas avoir... Voilà. Et effectivement, pour certains, elle est omniprésente. Pour d'autres qui sont assez décontractés dans l'approche ou à cause de l'âge ou du fait de certaines philosophies, on arrive à s'éloigner de ça. Mais malgré tout, la dimension sociale, le surmoi social est omniprésent dans l'amitié. l'amitié qui est tout le temps considérée comme une espèce de vitrine sociale. T'es amie avec qui ? Qu'est-ce qu'ils font ? Sont-ils puissants ? C'est quand même des choses qui reviennent de manière assez récurrente dès lors qu'on fréquente des gens. Et donc, forcément, c'est...

Je pense que c'est un peu vain de vouloir éloigner tout ça d'un revers de main.

33:24
Présentateur

Laurence Vellis, vous vouliez intervenir ?

33:27
Invité

Oui. Oui, oui. Moi, je voudrais citer Jeanne Lazarus qui est une sociologue de l'argent et qui dit la violence de l'argent, c'est justement qu'il permet de se comparer. Et en fait, qu'il permet de se comparer contrairement au reste. C'est-à-dire qu'on peut comparer notre beauté, notre intelligence, notre charisme, mais en réalité, ce n'est pas forcément des données comptables et ça reste soumis à une certaine subjectivité. L'argent permet de se comparer de façon comptable. Donc, c'est là, effectivement, que réside toute sa violence, que ça peut générer de la honte, de la survalorisation. Voilà. Donc, effectivement, c'est un sujet de comparaison.

34:07
Présentateur

Oui, absolument. Et effectivement, on en est comptable. J'ai 45 ans, nous dit Frédéric, je gagne un peu plus que certains de mes amis et un peu moins que d'autres. Ce que j'envie au premier, c'est d'avoir du temps. Je suis peu dispo et quand ils proposent une sortie, parfois, je les envie. Donc, moins d'argent et plus de temps. Sur le papier, il a raison, notre ami Franck Léudé. Après, dans la vraie vie, ça bouge un peu. Mais sur le papier, c'est lui qui a raison. Et on le voit

34:33
Invité

dans les attentes que les Français nous donnent par rapport à ces deux questions. Est-ce que vous voulez plus d'argent ou plus de temps ? Au-delà des effets conjoncturels, donc quand il y a de l'inflation, d'un seul coup, on a une demande d'argent plus importante. On voit que cette notion de temps et d'argent, elle suit les âges. Quand vous êtes jeune, vous vous dites j'ai du temps, mais j'aimerais plus d'argent. Et puis, quand vous arrivez à avoir des enfants, vous dites c'est vraiment du temps dont j'aurais besoin et puis l'argent, on est à deux. En général, ça se passe plutôt bien. D'ailleurs, on parle de budget temps, c'est la grosse expression qui fait le lien entre les deux.

Sauf si vous êtes famille monoparentale où là, c'est vraiment de l'argent qui va primer. Et puis, en avançant encore en âge, du coup, les enfants s'en vont. Donc, d'un seul coup, vous vous dites j'ai plus de temps. Mais non, parce que vous êtes dans votre carrière professionnelle, vous devez retrouver un rythme avec votre conjoint. Et donc, du coup, c'est aussi du temps que vous allez chercher en le payant, justement, en trouvant tout un tas de services qui vont vous permettre de gagner du temps et puis arriver à la retraite où là, du coup, le temps, vous l'avez et souvent, il y a besoin d'un peu d'argent. Bonsoir Fabie.

35:39
Auditeur

Oui, bonsoir. On vous écoute. Écoutez, moi, je témoigne aussi par rapport au problème de jalousie qui peut se poser quand il y a vraiment des différences de revenus assez conséquentes et finalement, moi, j'ai moi-même été jalouse et ça a participé en fait à la fin de cette amitié. Vous voyez, on vit quelquefois des moments très difficiles financiers, on galère vraiment et à côté d'amis qui finalement ont déjà des bonnes situations et qui reçoivent par exemple un super héritage. Je parle d'un héritage de plus de 1 million d'euros. Écoutez, je n'aurais jamais cru mais ça a été vraiment trop compliqué,

36:30
Présentateur

trop difficile. Merci beaucoup pour votre témoignage Fabie. Laurence Vély, moi, je trouve ça hyper touchant en fait ce que dit Fabie parce que c'est hyper sincère de pouvoir dire je ne croyais pas que l'argent pouvait me donner ce genre de sentiment mais ouais, ça me rend jalouse. c'est quand même un sacré truc la thune comme vous dites.

36:50
Invité

Moi aussi, je trouve ça vraiment touchant et je trouve ça vraiment touchant de l'admettre et je pense que c'est effectivement un sentiment qui est très partagé parce que l'argent c'est aussi la liberté. Je veux dire, c'est l'ouverture du champ des possibles. On a beau dire l'argent ne fait pas le bonheur, en réalité, si, c'est quand même assez corrélé. les plus grands crimes actes malveillants se font par un trait pour l'argent. Je veux dire, on ne va pas faire comme si c'était malveillant. Moi, ce qui était dans 30 secondes,

37:18
Présentateur

vous allez donner des idées terrifiantes à nos auditeurs. Mais j'entends bien ce que vous dites. Tu étais en train de rechercher le mail pour terminer d'un de nos auditeurs. C'est dommage, je l'ai perdu, mais qui parlait de l'un de ses amis qui disait quand ça l'arrange, c'est lui qui paye, quand ça l'arrange, on partage. Et il disait ceci, j'espère qu'il va nous entendre sur France Inter. Écoutez, j'ai envie de dire, le groupe vit bien.