Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 10 janvier 2024 13 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSécuritéÉducation & recherche

« La nomination de Gabriel Attal doit être ce nouveau souffle du second quinquennat d’Emmanuel Macron » affirme Pascal Perrineau

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:26OuverteRéponse directe

    Bonjour Pascal Perrineau.

  • 0:26OuverteRéponse directe

    Et merci d'avoir accepté notre invitation ce matin pour revenir sur ce remaniement qui a tout l'air d'une opération de communication.

  • 0:32OuverteRéponse directe

    Gabriel Attal et Emmanuel Macron sont en train de constituer le casting gouvernemental.

  • 0:41RelanceÉludée

    Justement, ce remaniement, est-ce que ce n'est pas un peu un enfumage ?

  • 2:44OuverteRéponse directe

    Est-ce pour cela qu'Emmanuel Macron applique cette stratégie étonnante de nommer dès à présent un Premier ministre, alors qu'on aurait pu attendre qu'il nomme un Premier ministre, après les élections européennes, où il risque de reprendre un revers ?

  • 4:42OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est la première fois qu'une personnalité émerge parmi les ministres des gouvernements d'Emmanuel Macron ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:58Invité politiqueFait
    « De manière claire, depuis sa réélection en 2022, il n'arrive pas à trouver un second souffle. »
  • 1:41Invité politiqueChiffre
    « toutes les enquêtes d'opinion montrent que le Rassemblement national n'est plus à 7-8 points devant la liste de la majorité, mais à 11-12 points devant la liste de la majorité. »
  • 2:14Invité politiqueFait
    « le président de la République, en effet, a un credo. C'est l'Europe qui y est très attachée. »
  • 2:18Invité politiqueFait
    « si, par exemple, la liste de la majorité présidentielle se retrouve en dessous de 20% aux alentours, mettons, par exemple, de 15%, et que le Rassemblement national fait à peu près le double de la liste de la majorité présidentielle, ça sera un échec très difficile à supporter pour le président de la République pour ces dernières années. »
  • 3:37Invité politiqueFait
    « le soldat Attal est là pour partir au combat. »
  • 4:26Invité politiqueFait
    « M. Stéphane Séjourné, ça n'est pas une, comme on dit aujourd'hui, vous savez, une bête de communication. »
  • 5:03Invité politiqueFait
    « le grand échec d'Emmanuel Macron depuis 2017, c'est d'avoir été incapable de sécréter au sein de la Macronie des poids lourds. »
  • 6:03Invité politiqueFait
    « Gabriel Attal, ça n'est pas un homme issu des grands corps. Il n'a pas fait l'ENA. »
  • 6:46Invité politiqueFait
    « On le sait. Il suffit de regarder les enquêtes d'opinion sur l'immigration, sur la sécurité. Les Français sont nettement plus à droite qu'au centre ou à gauche. »
  • 7:15Invité politiqueFait
    « lorsqu'il a été nommé en juillet ministre de l'Éducation nationale, très très vite, il s'est positionné dans ce ministère sur des thèmes qui sont des thèmes de droite. »
  • 7:22Invité politiqueFait
    « La lutte contre la baïa, l'autorité des enseignants, le recours éventuel à l'uniforme pour les élèves. »
  • 8:12Invité politiqueFait
    « C'est le cas pour M. Attal. »
  • 8:29Invité politiqueFait
    « On l'a vu sur la loi immigration. On l'a vu sur la loi de réforme des retraites. »
  • 8:42Invité politiqueFait
    « Toutes les mesures qu'a proposées le ministre de l'Éducation nationale, qu'était Gabriel Attal, c'était des mesures qui relevaient du règlement et non de la loi. »
  • 10:53Invité politiqueFait
    « Quelque chose ne marchait pas dans la communication présidentielle. »
  • 11:12Invité politiqueFait
    « cette petite intervention du président dans sa salle de gymnastique, nous appelant à faire une demi-heure d'exercice physique par jour. »

Temps de parole

  • Invité politique84 %
  • Présentateur15 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr.

0:15
Invité politique

L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois.

0:19
Présentateur

Ce matin, Pierre-Hugues, votre invité est Pascal Perrineau, politologue, professeur émérite à Sciences Po Paris. Bonjour Pascal Perrineau. Bonjour. Et merci d'avoir accepté notre invitation ce matin pour revenir sur ce remaniement qui a tout l'air d'une opération de communication. Gabriel Attal et Emmanuel Macron sont en train de constituer le casting gouvernemental. La fumée blanche est prévue aujourd'hui, demain, pour la fin de la semaine. Justement, ce remaniement, est-ce que ce n'est pas un peu un enfumage ?

0:45
Invité politique

Non, je crois que ce serait excessif de dire qu'il s'agit d'un pur enfumage. Pourquoi ? Parce que les défis auxquels est confronté le président de la République sont des défis majeurs. De manière claire, depuis sa réélection en 2022, il n'arrive pas à trouver un second souffle. Ce second quinquennat n'arrive pas à exister autour d'un axe qui soit lisible pour l'ensemble des Français. Et certainement, la nomination de Gabriel Attal donne le début d'une réponse à cette interrogation sur le second quinquennat. Pourquoi faire ? Et quelque part, il y a un retour aux origines. En nommant Gabriel Attal, il nomme un homme qui ressemble assez furieusement au jeune Emmanuel Macron de 2017.

Ça, c'est le premier point. Puis le deuxième défi, c'est ce défi des européennes. Si vous voulez, toutes les enquêtes d'opinion montrent que le Rassemblement national n'est plus à 7-8 points devant la liste de la majorité, mais à 11-12 points devant la liste de la majorité. Si le rapport de force reste celui-là, ça sera vécu dans quelques mois comme étant une défaite insupportable pour le camp présidentiel, dont on sait qu'il privilégie l'axe européen. On sait très bien que le président de la République, en effet, a un credo. C'est l'Europe qui y est très attachée.

Et si, par exemple, la liste de la majorité présidentielle se retrouve en dessous de 20% aux alentours, mettons, par exemple, de 15%, et que le Rassemblement national fait à peu près le double de la liste de la majorité présidentielle, ça sera un échec très difficile à supporter pour le président de la République pour ces dernières années. Et donc, on sait très bien que Gabriel Attal a été nommé non seulement comme Premier ministre, mais comme chef de la campagne des Européennes.

2:44
Présentateur

Est-ce pour cela qu'Emmanuel Macron applique cette stratégie étonnante de nommer dès à présent un Premier ministre, alors qu'on aurait pu attendre qu'il nomme un Premier ministre, après les élections européennes, où il risque de reprendre un revers ?

2:56
Invité politique

Oui, tout à fait. Il aurait pu, en effet, plusieurs d'ailleurs lui conseillaient, dire, voilà, vous gardez Elisabeth Borne, et quelque part, comme on dit de manière assez peu élégante, vous l'usez jusqu'au bout, et puis ensuite vous vous en séparez. Il n'a pas choisi cette solution, et je crois que de sa part c'est assez prudent, parce que l'écart est en train de s'installer sur les élections européennes, avec la liste menée par Jordan Bardella. Et il ne veut pas que cet écart, quelque part, se cristallise, s'enracine dans la société française, et devienne un handicap qui leur a beaucoup, beaucoup de mal à remonter, et quelque part, le soldat Attal est là pour partir au combat.

On sait très bien qu'il joue un peu sur le même terrain générationnel que Jordan Bardella, 28 ans, 34 ans...

3:48
Présentateur

Des prodiges de la communication, tous les deux.

3:50
Invité politique

Voilà, des prodiges de la communication, des hommes qui ont déjà, d'ailleurs, débattu à plusieurs reprises ensemble, et ces débats ont montré que, voilà, quelque part, Gabriel Attal est un redoutable débatteur aussi. On a beaucoup parlé, en effet, des talents du jeune Jordan Bardella. Il y a des talents du jeune Gabriel Attal. Des talents du jeune Gabriel Attal. Donc, il y aura là un chef de campagne. Or, jusqu'à maintenant, il n'y avait pas un chef de campagne. On ne sait même pas exactement qui sera. On a des idées précises, mais qui sera la tête de liste de la liste de la majorité présidentielle, certainement, M. Stéphane Séjourné. Mais M.

Stéphane Séjourné, ça n'est pas une, comme on dit aujourd'hui, vous savez, une bête de communication. En revanche, Gabriel Attal, à un talent, c'est un vrai politique, quoi. C'est un premier ministre, c'est peut-être le premier, d'ailleurs, sur les quatre, qui est un vrai politique.

4:42
Présentateur

Est-ce que c'est la première fois qu'une personnalité émerge parmi les ministres des gouvernements d'Emmanuel Macron ? Parce que, depuis le début, il y a du mal à émerger de personnalité. Gabriel Attal, c'est une personnalité qui émerge.

4:54
Invité politique

Oui, le grand échec d'Emmanuel Macron depuis 2017, c'est d'avoir été incapable de sécréter au sein de la Macronie des poids lourds. Si vous voulez, quand la droite était au pouvoir, sous la Ve République, il y avait des poids lourds. Il y a eu des poids lourds du gaullisme, du pompidolisme, du discardisme. Il y a eu des poids lourds de la gauche, des poids lourds en particulier du mitterrandisme, ce qu'on appelait les éléphants du Parti Socialiste. La Macronie, voilà, ils sont là depuis 2017 et on compte sur les doigts d'une demi-main les hommes et les femmes qui ont pu percer.

Et Gabriel Attal est un des rares produits par la Macronie, alors que tous les premiers ministres précédents venaient quelque part d'ailleurs, en particulier Édouard Philippe, Jean Castex, qui étaient des poids lourds de la droite. C'était moins connu aussi, ces précédents premiers ministres. Bien sûr. Au fond, ça correspondait. Les premiers ministres, jusqu'à Mme Borne, étaient des hommes et des femmes qui apportaient leurs compétences techniques, leur qualité d'hommes et de femmes issus des grands corps de l'administration, connaissant bien la machine d'État. Voilà. Avec Gabriel Attal, il s'agit complètement d'autre chose. Gabriel Attal, ça n'est pas un homme issu des grands corps.

Il n'a pas fait l'ENA. Il a été élu local. Voilà. Et quelque part, il fait avant tout de la politique.

6:15
Présentateur

Nous sommes avec Pascal Perrineau, politologue, professeur émérite à Sciences Po Paris. Pascal Perrineau, il y a aussi un sujet. C'est la ligne politique qui va être tenue. Vous parliez de l'opposition avec Jordan Bardella. Depuis qu'il a été nommé, Gabriel Attal utilise des thématiques l'éducation, l'ordre, la sécurité, a-t-il dit hier lors d'un débassement dans un commissariat. C'est une ligne très à droite.

6:35
Invité politique

Il a découvert, en effet, comme le président d'ailleurs, que la France était un pays, en tout cas sur ses thèmes régaliens, qui était un pays à droite. On le sait. Il suffit de regarder les enquêtes d'opinion sur l'immigration, sur la sécurité. Les Français sont nettement plus à droite qu'au centre ou à gauche. Et le président de la République est allé peu à peu vers ce centre de gravité de la société française. Et aujourd'hui, Attal y va, mais lui, sans aucun complexe. Il assume. Et on l'a bien vu, lorsqu'il a été nommé en juillet ministre de l'Éducation nationale, très très vite, il s'est positionné dans ce ministère sur des thèmes qui sont des thèmes de droite.

La lutte contre la baïa, l'autorité des enseignants, le recours éventuel à l'uniforme pour les élèves. Il y avait là toute une série de thématiques qui sont reprises beaucoup plus, ce n'est pas le monopole de la droite, mais beaucoup plus par des hommes et des femmes de droite que par des hommes et des femmes de gauche.

7:40
Présentateur

Pour autant, Elisabeth Borne s'est cassé les dents sur une thématique très à droite, la loi immigration.

7:43
Invité politique

Oui, Elisabeth Borne s'est cassé les dents. Et là, au fond, est-ce que le nouveau Premier ministre pourra éviter de se casser les dents ? Parce qu'on ne parle pas d'une chose essentielle et qui, elle, n'a pas changé. C'est la majorité relative. Comment un chef de gouvernement gouverne avec 50 députés qui lui manquent pour atteindre la barre de la majorité absolue ? C'était le cas pour, bien sûr, Mme Borne. C'est le cas pour M. Attal. Alors, ce qu'il peut faire, c'est essayer de changer moins par la loi et plus par le règlement. D'ailleurs, c'est ce qu'il avait commencé à faire. Ça veut dire quoi, ça ? Alors, moins par la loi.

La loi, vous avez besoin d'une majorité qui est votée au Parlement. On l'a vu sur la loi immigration. On l'a vu sur la loi de réforme des retraites. Mais vous pouvez changer également par le règlement. Et là, ce sont des règlements qui sont pris par les ministres, par le Premier ministre et qui vous permettent de changer les choses. Toutes les mesures qu'a proposées le ministre de l'Éducation nationale, qu'était Gabriel Attal, c'était des mesures qui relevaient du règlement et non de la loi. Donc là, à ce moment-là, vous n'avez plus besoin d'une majorité au Parlement. C'est une fonction régalienne que vous exercez et vous changez les choses par le biais du règlement. Mais ça ne suffira pas.

Il aura besoin également du soutien du Parlement. Et là, il pourra se casser les dents, comme vous dites, comme Mme Borne s'était cassé les dents. Ça sera une tâche difficile. On verra s'il a plus de talent de négociateur que Mme Elisabeth Borne, qui n'a pas d'ailleurs, au fond, failli. Parce que Mme Elisabeth Borne, même si ça a été très difficile, a réussi à l'arracher, à faire passer ses réformes. Je crois que la situation étant ce qu'elle est, et si on a recours au Parlement, on ne peut faire passer les réformes qu'à l'arracher en ce moment.

9:40
Présentateur

Et il y a ce remaniement en cours. On attend le casting et certains doutent. Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, certains poids lourds doutent. Est-ce qu'ils ont raison de douter ?

9:51
Invité politique

Oui, ils ont raison de douter. Parce que le président de la République, là, pour la première fois, a été sorti du bois. Il a été, comme le dit Édouard Philippe, audacieux. Et donc, l'audace a été forte pour nommer et choisir Gabriel Attal par rapport à d'autres profils qui étaient des profils peut-être plus paisibles. L'audace peut continuer. Donc, vous savez, personne n'est à l'abri d'une mauvaise surprise. Cependant, si l'on en croit les poids lourds, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, ils disent, ce qui a exaspéré d'ailleurs le nouveau Premier ministre, ils disent que l'Élysée les a déjà confirmés dans leur rôle. « Attendons pour voir ».

10:34
Présentateur

Attendons pour voir donc. Et il y a un autre remaniement dont on parle peu. C'est un remaniement au sein du cabinet présidentiel. Valls déconseillé, nouveau responsable de la communication. Est-ce que c'est toute une ligne politique qu'Emmanuel Macron est en train de changer ?

10:48
Invité politique

Alors, ligne politique, je ne sais pas. En termes de communication, c'est net. Quelque chose ne marchait pas dans la communication présidentielle. On le voit bien, depuis 2022, la communication se cherche. Il y a presque trop de communication. La parole présidentielle se démonétise. Regardez, par exemple, il y a quelques jours, cette petite intervention du président dans sa salle de gymnastique, nous appelant à faire une demi-heure d'exercice physique par jour. Est-ce que c'était bien utile, vraiment ? Est-ce qu'on attend de la part d'un président de telles interventions ? Certainement pas. Et je ne crois pas surinterpréter les attentes des Français.

On attend le président sur un autre terrain. Donc, il y a, oui, oui, il y a des couacs, des erreurs de communication présidentielle. Et vous savez, c'est important, la communication présidentielle. Parce qu'il reste le pivot essentiel du système politique de la Ve République. C'est, vous savez, c'est lui, d'une certaine manière, le super-chef de gouvernement.

11:52
Présentateur

Est-ce que les Français, justement, n'en ont pas marre ? Est-ce qu'ils regardent vraiment ce remaniement ? J'ai entendu, il n'y a pas longtemps, quelqu'un me dire « mais on s'en fout », je cite.

12:01
Invité politique

Oui, oui, certainement. Le je-m'en-foutisme politique est quelque chose qui se développe extrêmement rapidement. Mais il faut savoir que cette indifférence a des effets pervers. Lesquels ? Une démocratie, elle ne fonctionne que si les gens se sentent impliqués. Il faut qu'il y ait une confiance dans les institutions qui nous dirigent et qui, ensuite, produisent des politiques publiques pour faire évoluer la société. Il faut qu'il y ait dans les deux sens, une autorité qui vient d'en haut et une confiance qui vient d'en bas. Si la confiance ne vient pas d'en bas, on rentre dans des périodes difficiles et même dangereuses pour le fonctionnement démocratique.

Je comprends la lassitude de certains Français, mais ils doivent surmonter leur lassitude. La démocratie, c'est aussi leur affaire.

12:52
Présentateur

Merci beaucoup, Pascal Perrineau, d'être venu ce matin sur RCF. Je rappelle que vous êtes politologue, professeur émérite à Sciences Po Paris. Très bonne journée.