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interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 21 avril 2021 7 min

Déconfinement : "La réouverture des cinémas avec des jauges de 35%" à l'étude par le gouvernement, selon Olivia Grégoire

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonsoir à tous. Mesurer les actions concrètes des entreprises en matière environnementale, en matière sociale, c'est l'objectif poursuivi par la Commission européenne qui vient de lancer aujourd'hui les discussions pour créer des critères communs aux pays membres de l'Union. L'objectif est clair, il faut responsabiliser le capitalisme selon Bruxelles. Bonsoir, Olivia Grégoire. Vous êtes secrétaire d'État à l'économie sociale, solidaire et responsable. Vous êtes directement placé auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance, Bruno Le Maire, à Bercy. Donc vous êtes en charge de ce dossier. On va y revenir dans un instant.

Auparavant, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a clairement laissé entendre ce midi que ça y est, la machine allait repartir, on allait bientôt lever les restrictions sanitaires. Vous confirmez ?

0:51
Olivia Grégoire

Bien entendu, je confirme l'expression de Gabriel Attal à la suite du Conseil des ministres. Je rappelle aussi la prudence et la vigilance avec laquelle lui-même, comme l'ensemble du gouvernement, avance vers cette réouverture qui sera certes progressive, mais nous tenons et nous tiendrons les dates annoncées.

1:08
Présentateur

C'est-à-dire les terrasses, on va alléger...

1:11
Olivia Grégoire

Tout à fait, le protocole et nous allons permettre la réouverture des terrasses, mais aussi, et c'est une très bonne nouvelle, enfin la réouverture des lieux de culture et pas uniquement les musées. Je pense aussi, par exemple, au cinéma. Nous travaillons, et Roselyne Bachelot, qui s'est remise avec force, travaillent sur la réouverture aussi des cinémas avec des jauges de 35%.

1:33
Présentateur

Le président de la République qui annoncera tout ça normalement début mai. Est-ce que c'est la fin du quoi qu'il en coûte, Olivier Grigoire ? Est-ce que les aides vont se poursuivre ?

1:39
Olivia Grégoire

Alors déjà, merci de cette question. Ça me permet d'être très clair. Nous n'allons pas, à compter du moment où l'activité économique va réouvrir et reprendre, nous ne retirerons pas l'échelle brutalement, Bruno Le Maire l'a dit, et je veux le redire très simplement, l'État continuera à accompagner un certain nombre de secteurs. C'est en cours d'analyse en ce moment même à Bercy, et l'État sera encore présent pour les secteurs qui ont le plus souffert pour continuer à les accompagner de façon progressive.

2:04
Présentateur

C'est très clair. Merci, Olivier Grigoire. Alors, venons-en à notre sujet. Mesurer les actions concrètes prises par les entreprises françaises et en Europe, bien sûr, en matière de social et d'environnement. Responsabiliser le capitalisme, je disais. Quel est l'enjeu réel de ces discussions lancées par Bruxelles ?

2:19
Olivia Grégoire

L'enjeu réel, c'est déjà d'enclencher le fait qu'on se mette d'accord sur un langage commun, sur une grammaire commune, pour que les entreprises européennes, dans l'ensemble des États membres, c'est aussi le cas d'ailleurs aux États-Unis et en Asie, l'Europe n'est pas la seule à se mobiliser sur le sujet, donne à voir, dans les années qui viennent, la réalité de leurs pratiques en matière environnementale, sociale et de gouvernance, de façon chiffrée et mesurable.

2:44
Présentateur

Mais est-ce qu'on peut arriver à des standards communs ? Parce qu'il y a, notamment sur le plan social, on sait qu'il y a du dumping social. Est-ce que la Pologne va dire oui à certaines réglementations demandées par la France ?

2:53
Olivia Grégoire

Alors, sans être trop complexe, déjà, vous donnez un chiffre qui va permettre aux auditeurs de prendre la mesure. Au moment où on se parle, il y a toujours la directive de 2014 sur la responsabilité sociale des entreprises qui est en cours. C'est à peu près 11 000 entreprises en Europe, de plus de 500 salariés, qui pratiquent déjà cet exercice. La directive qui est lancée aujourd'hui en Europe va engager les entreprises d'Europe à compter de 250 salariés, c'est-à-dire notamment toutes les entreprises de taille intermédiaire. Et nous allons multiplier par 4 le nombre d'entreprises concernées. 50 000 vont devoir donner à voir ces chiffres. Et oui, c'est possible.

Il va y avoir des indicateurs génériques. Il y a des choses qui sont pratiquées dans tous les pays d'Europe.

3:30
Présentateur

Qu'est-ce que vous allez demander, vous, au nom de la France ?

3:32
Olivia Grégoire

Alors, nous allons demander, au nom de la France, notamment sur le volet social, par exemple, d'avoir des indicateurs sur le partage de la valeur, la participation, l'intéressement, l'épargne salariale, comment les salariés sont intéressés à la performance de l'entreprise. Nous allons aussi, par exemple, à la suite du travail que nous faisons depuis des années en matière de parité femmes-hommes, nous allons intégrer et pousser l'index créé par Muriel Pénicaud, qui permet d'engager et de pousser les entreprises à embarquer plus de femmes, aussi dans les conseils de direction.

4:00
Présentateur

On n'est jamais convaincu que d'autres pays en Europe vont s'aligner sur la France ?

4:02
Olivia Grégoire

On n'est jamais convaincu, quand on est 27 à donner notre avis, et c'est la réalité et le charme de l'Europe. Mais en revanche, ce dont je suis convaincu, c'est la volonté européenne de bâtir son propre référentiel. Pourquoi ? Ça a l'air compliqué. Oui, ça l'est. On ne va pas se mentir. Ces indicateurs, tout ça, c'est assez complexe.

4:18
Présentateur

C'est de la souveraineté, finalement.

4:19
Olivia Grégoire

Mais c'est exactement ça. C'est un sujet de souveraineté. Et si nous ne le faisons pas, nous subirons les référentiels d'autres pays qui n'ont pas le même modèle économique et social que l'autre. Je pense aux Américains ou aux Chinois, par exemple. Et ces indicateurs, ces référentiels, ils n'ont qu'une velléité, c'est de permettre d'incarner notre modèle écologique et social. Deux exemples très concrets. Aux États-Unis, on demande, est-ce que vous faites de l'extraction de gaz de schiste ? Parce que c'est pratiqué aux États-Unis. Si c'est le modèle américain qui gagne, on va demander aux entreprises européennes si elles pratiquent l'extraction de gaz de schiste.

Les Français seront mal notés. On ne le fait pas dans notre pays. La même chose sur la diversité ethnique. On n'a pas de critères de diversité ethnique dans notre pays. C'est interdit. C'est présent dans le modèle américain.

4:56
Présentateur

On ne peut pas tous les lister.

4:57
Olivia Grégoire

Et voilà, par exemple, deux exemples environnementaux sociaux qui incarnent le modèle.

5:01
Présentateur

Est-ce que, Olivier Grégoire, vous avez parlé, discuté en amont avec les entreprises qui sont quand même les premières concernées ?

5:06
Olivia Grégoire

Mais bien évidemment, j'ai fait plus que parler. Je les ai consultées. Ça fait neuf mois et un peu plus que je suis à Bercy. Neuf mois, en réalité, que je travaille sur ce projet. C'est un gros bébé, si vous me permettez de m'exprimer ainsi.

5:18
Présentateur

Elles sont d'accord avec ce que vous dites ?

5:19
Olivia Grégoire

Vous savez, les entreprises, elles sont pragmatiques. Elles ont des recommandations particulières ? Un, elles sont pragmatiques. Elles ont compris que c'était le sens de l'histoire et qu'au-delà de la performance financière, la valeur ajoutée d'une entreprise, c'était aussi son empreinte environnementale, sociale et de gouvernance. Et elles savent, que ce soit la norme américaine ou la norme européenne, que de toutes les façons, le coût est parti et ça va partir. Donc autant que ce soit porté par l'Europe. Pour autant, elles sont très lucides. Et donc, je les ai embarquées dans une consultation pour voir ce qu'elles attendaient de ces indicateurs.

et nous poursuivrons dans les prochains mois pour les écouter et embarquer leurs idées.

5:48
Présentateur

Justement, Olivier Grégoire, quel est le calendrier maintenant de ces discussions pour l'élaboration d'un texte ? On a une date butoir ?

5:54
Olivia Grégoire

Alors, c'est toujours un peu long, mais c'est normal. Il faut créer le consensus avec les États membres. On est au moment de la Commission. Aujourd'hui, c'est l'équivalent de notre Conseil des ministres. Ça a été présenté un peu en Conseil des ministres européens, si vous voulez, ce texte aujourd'hui. Ensuite, pour faire le parallèle avec la France, ça part au Conseil, au Parlement, même si on a l'Assemblée et le Sénat, si je dois faire un parallèle. Ensuite, il y a ce qu'on appelle le trilogue, qui est important entre la Commission, le Parlement et le Conseil.

6:16
Présentateur

C'est pas gagné, hein ?

6:17
Olivia Grégoire

Alors, c'est pas gagné, ça prend un peu de temps, mais entendez bien, Emmanuel Cunni, on a mis trois siècles à bâtir la comptabilité analytique qui fait les bilans de nos entreprises. Je pense qu'on peut prendre trois ans pour établir ces indicateurs.

6:29
Présentateur

Ce ne sera pas trop technocrate ?

6:30
Olivia Grégoire

Non, l'objectif, c'est que ce soit très compréhensible par les entreprises, mais pour le grand public, une chose, vous savez, on a des applications aujourd'hui pour scanner les produits. Les gens ont besoin de savoir d'où ça vient, la transparence, la provenance. Et aujourd'hui, les consommateurs disent qu'on voudrait bien en savoir plus des entreprises aussi. C'est la même démarche. Eh bien, vous viendrez nous en reparler.

6:47
Présentateur

Merci beaucoup pour ces explications. Olivia Grégoire, donc placée auprès du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire. Vous êtes en charge de l'économie sociale et solidaire. Invité de l'écho sur France Info ce soir. Merci. Merci à vous. Et c'était avec vous. Emmanuel Cunni, entretien à retrouver sur le site et l'appli France Info.