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AutreFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 24 décembre 2025 41 minContradictoireMixte

Ken Follett, l'un des écrivains les plus lus au monde, est l’invité des Matins

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Présentateur

France Culture Les Matins de France Culture Guillaume Herner Ken Follett est l'un des écrivains les plus lus au monde. Après les cathédrales médiévales, il s'attaque à un monument encore plus ancien et mystérieux, Stonehenge. Dans le Cercle des Jours, il imagine la vie des bâtisseurs du Néolithique, leur rivalité et le rêve fou d'une prêtresse visionnaire remplacer le bois par la pierre. Le Cercle des Jours, c'est maintenant... Bonjour Ken Follett. Bonjour.

C'est très étrange de lire ce roman parce que c'est toujours un roman historique, mais c'est un roman historique plus ambitieux en quelque sorte que les autres, parce que là, vous vous attaquez à une époque où l'on a certes de la documentation, mais pas toute la documentation en 2500 avant notre ère.

0:53
Locuteur non identifié

Non, il n'y a aucun document, parce qu'il ne pouvait pas écrire dans l'âge de pierre. Donc, quelles sont nos sources d'informations? Il sait ce que les archéologues déterrent. Par exemple, les squelettes. On peut deviner beaucoup d'une squelette. Par exemple, est-ce qu'un os est cassé? Bon, ils examinent l'os et ils se disent, est-ce que cet homme a cassé les jambes par... Est-ce qu'il a tombé d'un arbre ou est-ce que c'était évidence de violence? Et on peut décider par examiner exactement comment l'os est cassé. Donc, si vous vous trouvez plusieurs squelettes, des hommes qui sont morts par violence, c'est une bataille. Et si ça arrive beaucoup de fois, c'est une guerre.

Donc, des quelques squelettes, on peut déduire une guerre.

2:10
Présentateur

Et c'est comme ça que vous avez travaillé? Comment avez-vous réussi à reconstituer ce monde? Donc, c'est un monde, je le répète, 2500 ans avant notre ère. Mais c'est un monde aussi où les êtres humains sont mûs par les mêmes pulsions.

2:25
Locuteur non identifié

Oui, à mon avis, il y a des choses qui concernent, il y a des soucis que les gens ont dans n'importe quelle époque de l'histoire. Par exemple, on s'inquiète de la famille. Comment puis-je trouver quelque chose à manger pour mes enfants? Et on a des soucis d'argent, de travail, de violence, de la crime et de la guerre. Il y a des soucis de sexe parce qu'on peut tomber amoureux avec la mauvaise personne dans n'importe quelle...

3:19
Présentateur

Ça veut dire quoi, tomber amoureux de la mauvaise personne, d'ailleurs?

3:24
Locuteur non identifié

Mais c'est... voilà...

3:26
Présentateur

Parce que si on tombe amoureux de la bonne personne, il n'y a pas de roman.

3:30
Locuteur non identifié

Oui, c'est vrai, vous avez raison. Et il y a... si deux personnes se rencontrent et tombent amoureux et se marient et ils sont heureux, il n'y a pas d'histoire. Ou alors c'est very boring. Voilà. Donc chaque histoire d'amour est Romeo et Juliette. Il y a deux personnes qui aiment énormément chacun l'autre, mais il y a une raison pourquoi ils ne peuvent pas être ensemble. Donc, ils se voient dans une salle et ils se disent, ah, je veux bien, je veux bien embrasser, mais je ne peux pas. Et après, après longtemps dans le roman, ils sont ensemble et nous, les lecteurs, les lectrices disent, ah bon, ça me satisfait.

4:34
Présentateur

Mais justement, j'ai lu une interview de l'une de vos compatriotes, Margaret Atwood, et elle disait, les romanciers ne connaissent pas mieux les êtres humains que les autres hommes. Et moi, je me suis dit que dans votre roman, il y avait une forme de psychologie, il y avait une conception de l'être humain, vous venez d'ailleurs dire quelques mots. Ça veut dire que vous pensez qu'il y a une psychologie des êtres, des personnages, des choses indépassables dans la vie humaine, Ken Follett ?

5:11
Locuteur non identifié

À mon avis, je suis en accord avec Margaret Atwood, parce que nous, les écrivains, nous ne sommes pas psychologistes. Nous n'avons pas une spéciale compréhension de l'être humain. Ce que nous avons, c'est beaucoup d'imagination. Donc, nous pouvons imaginer, je viens d'imaginer la vie de chaque jour des gens de Stonehenge.

5:49
Présentateur

Stonehenge, c'est donc cette région à Salisbury, en Angleterre, où il y a ce cercle mystérieux de pierres, de pierres venus de très loin. 30 kilomètres. Et qui ont été déplacés à une époque où on n'avait pas encore la roue.

6:06
Locuteur non identifié

Ah non, non. Donc, on demande comment ils ont déplacé, comment ils ont acheminé ces énormes pierres qui pèsent 25 tonnes environ, et qui sont 7 ou 8 mètres en hauteur, sans chariots, et aussi sans l'aide des chevaux ou des vaches, parce qu'à cette époque, on n'a pas... domestiqués. Voilà, voilà.

6:40
Présentateur

Est-ce que ce sont des chasseurs-cueilleurs ?

6:43
Locuteur non identifié

Non, eux qui ont construit Stonehenge, ils sont les éleveurs de vaches et de moutons.

6:53
Présentateur

Alors, ils les avaient domestiqués déjà ?

6:56
Locuteur non identifié

Oui, mais pas pour tirer des choses. Donc, c'était les êtres humains qui ont tiré ces énormes pierres, et les archéologues aiment faire des expériences. Et ils ont voulu combien de personnes faut-il pour bouger une pierre de 25 tonnes. Et ils ont fait une expérience, et ils ont décidé de s'en. Avec des cordes, ils avaient dans l'âge de pierre, les cordes faits de tiges de chèvre-feuille. Il faut imaginer 200 personnes qui tirent, difficile, difficile, mais sur un terrain plat, peut-être ils peuvent. Mais après quelques heures, ils voient une colline, et j'imagine qu'ils disent, oh merde. Le travail va devenir difficile. Très, très difficile.

Et j'ai, avec Mike Pitts, qui est archéologue, j'ai divisé une route qui, avec le minimum de collines et de l'eau, etc., de forêts, de bois, mais c'est quand même difficile.

8:25
Présentateur

Bon, et alors, aujourd'hui quand on va à Stonehenge, je vous avoue que je n'y suis jamais allé, qu'est-ce qu'on voit ?

8:30
Locuteur non identifié

Aujourd'hui, c'est une ruine. À l'époque, on a construit un cercle avec 30 pierres debout, et 30 aussi, 30 pierres horizontalement sur les debout. Bon, 60 pierres. Ce qui, j'imagine, est très difficile, c'est de hausser une pierre qui pèse beaucoup sur les pierres debout, sans, pas de machine. Donc, ce qu'il me fallait, comme personnage, c'est un jeune ingénieur qui peut résoudre ses problèmes. Et il y a beaucoup de problèmes, parce que c'est le cœur du roman, ces gens qui bougent, qui acheminent les pierres. On va écouter d'ailleurs une visite de Stonehenge.

9:37
Invité

J'ai eu deux fois cette occasion, une première fois en 1976. À cette époque, on pouvait déambuler entre les grandes pierres, et c'était véritablement impressionnant, la puissance que l'on ressent, au sens vrai du terme, quand on se déplace, en particulier sous le portique, sous les trilites. Et c'est vraiment perceptible. La seconde fois que j'ai visité, quelques quinze ans plus tard, nous étions cantonnés sur une espèce de péribole, ayant cheminé autour, sans avoir le droit de s'approcher des pierres. Et là, c'était nettement moins bien. On avait l'impression d'être des pèlerins amateurs, touristes, dans une cathédrale, dans le déambulatoire d'une cathédrale.

Donc, effectivement, le contact ou la présence immédiate des mégalithes est indispensable pour vraiment apprécier.

10:23
Présentateur

On vient d'entendre Claude Mordant, c'est un archéologue spécialiste de l'âge du bronze. Sur France Culture, il y a une émission d'archéologie qui s'appelle Carbone 14. Ken Follett, mais alors, cette construction, ce qu'il en reste, en tout cas, vous vous dites qu'elle n'a pas été observée avec sérieux pendant très longtemps.

10:41
Locuteur non identifié

Qu'est-ce que vous avez dit ? Oui, c'est vrai. Et quand j'étais enfant, j'y suis allé avec mes parents et j'ai monté sur les pierres et quelques-uns, pas moi, mais quelques-uns ont écrit le nom sur la pierre et quelques-uns ont pris un petit morceau de pierre pour comme souvenir. Et, mais ça, c'est fini. Et il y a un petit offense, qu'est-ce que c'est ? Une petite, des barrières. Barrières. Des petites barrières. Des clôtures. Et normalement, il ne faut pas entrer dans... Le cercle. Le cercle. Mais si on demande en avance, on peut prendre permission pour filmer, etc. Mais ils disent, bon, vous pouvez filmer de 6h à 9h du matin. Après ça, la publique arrive.

Et je peux vous assurer qu'à 6h du matin, sur la plaine de Salisbury, il fait froid. Terrible, terrible. Mais aujourd'hui, c'est changé un peu parce qu'il y a de plus en plus visiteurs. Et ma femme était ministre de Culture pendant le gouvernement de Gordon Brown et elle a changé un peu. Donc, aujourd'hui, il y a un grand, un grand parking, très grand parking, et un visitor center où on achète le billet, on peut acheter les livres, un café. Et après, on monte dans un bus pour aller au monument. Et chez le monument, on ne peut pas voir le parking. C'est votre femme qui vous a donné l'idée de vous intéresser à Stonehenge ?

Non, c'était le titre d'un livre de Mike Pitts qui était « Comment construire Stonehenge ». Et je me suis dit, ah, ça, c'est peut-être un livre de Ken Follett.

12:56
Présentateur

Vous vous intéressez beaucoup, en fait, aux constructions, vous vous intéressez beaucoup aux cathédrales. Les Piliers de la Terre, c'est l'un de vos livres les plus célèbres en France. C'est un livre qui parle de cathédrales. Et donc, c'est quelque chose qui vous intéresse particulièrement, les constructions, Ken Follett ?

13:12
Locuteur non identifié

Ce qui m'intéresse, c'est la construction dans un roman, parce que ça vous donne le commencement et le fin. Et c'est bon, c'est une mission. Et j'aime ça beaucoup dans un roman. Même un roman très long, comme Les Piliers de la Terre, la mission est très, très longue. En plus, il me semble qu'il faut dans un roman des détails physiques, parce que comme ça, l'histoire devient crédible. Évidemment, ce qui est le plus important, c'est les émotions. Mais ce qui donne le réalisme, c'est les détails physiques. Et quelque chose qu'on bâtit, c'est très réel. On peut imaginer toucher.

14:02
Présentateur

Mais alors, c'est un roman effectivement très sensible. Celui-ci, ce que vous consacrez à Stonehenge, tout simplement parce qu'il y a des histoires de bois, il y a des histoires de pierres, évidemment. Dans la vie, vous êtes comme ça ? Vous aimez construire Ken Follett ? Je ne peux pas du tout.

14:20
Locuteur non identifié

Et peut-être c'est pour ça que j'admire beaucoup les ingénieurs, les ouvriers qui taillent des pierres ou du bois, à construire quelque chose d'extraordinaire ?

14:32
Présentateur

Donc, vos mains que je vois là, elles savent écrire, mais elles ne savent pas bricoler ? Non, non, non, pas du tout. Et vous aimez faire construire ? Je ne sais pas, parce qu'il y a des gens qui aiment bien, par exemple, être sur les chantiers. Est-ce que c'est votre cas ? Non, non, non. Donc, c'est purement littéraire ?

14:48
Locuteur non identifié

Ces mains peuvent jouer aux guitares. Mais musique, oui. Mais faire créer un étage dans la maison, un étage dans la maison, je ne peux pas.

15:02
Présentateur

Mais néanmoins, vous êtes passionné, donc, à la fois d'histoire et de construction, de cathédrales, de cathédrales françaises, Notre-Dame, évidemment. D'autres cathédrales aussi. Vous aimez beaucoup les vieilles pierres.

15:15
Locuteur non identifié

Oui, oui, et j'aime beaucoup la cathédrale de Doldre-Bretagne. Je ne le connais pas du tout. C'est très important, point de vue, le style gothique. On dit que c'est le premier, la première église en France de tout à fait style gothique. On m'a dit ça. Et donc, c'est important.

15:42
Présentateur

Je me suis demandé si cet amour des cathédrales, cet amour aussi des signes religieux, puisque Stonehenge a une dimension évidemment religieuse, c'est même quelque chose de très émouvant. Ce que vous décrivez dans les cercles des jours était lié à votre enfance dans une famille qui elle-même était très religieuse, qui appartenait à un groupe, les assemblées de frères, qui étaient particulièrement pieux, j'imagine que c'est ce qu'on appelle une variante du protestantisme ou de l'anglicanisme. Oui, c'est vrai. Est-ce que c'est lié à ça, votre amour des cathédrales ? Probablement.

16:19
Locuteur non identifié

Mais à l'âge d'environ 15 ans, j'ai commencé à douter la religion de mes parents. Et ils ont cru que chaque mot du Bible est vrai. Et à l'âge de 15 ans, j'ai commencé à demander, mais comment tu sais ça ? Et ils n'avaient pas de réponse. Et à l'université, j'ai étudié la philosophie. Quel type de philosophie ? Est-ce que c'était de la théologie ? Non, non, pas en général. Surtout les philosophes britanniques. Pas beaucoup de Jean-Paul Sartre, malheureusement. Mais après six mois à l'université de Londres, je suis athéiste. Et je suis athéiste aujourd'hui. Mais les athéistes ont une vie spirituelle. Mais ça veut dire que vous connaissez bien la Bible. Oui, oui, pas mal.

Je l'ai lu entier comme jeune homme. Et dans ma famille, il fallait lire la Bible chaque jour.

17:36
Présentateur

Ken Follett, Le Cercle des Jours, est un roman épique où l'on apprend énormément de choses, où on a la possibilité aussi de vibrer, comme dans tous vos romans. D'ailleurs, on parlera beaucoup d'écriture dans quelques minutes. Vous nous expliquerez comment vous écrivez des livres qui sont autant lus. C'est publié aux éditions Robert Laffont. Nous voici à nouveau avec notre invité, le romancier britannique. Ken Follett, Le Cercle des Jours, aux éditions Robert Laffont. Et j'ai dit britannique, mais j'ai menti, puisque maintenant vous êtes mon compatriote. Je suis français. Vous avez Choose Friends, comme on dit en français.

Vous savez qu'Emmanuel Macron, il y a quelques semaines, a fait une sorte de mouvement qui s'appelait Choose Friends pour inciter les gens à venir en France. Et alors vous, comment vous dites ça en anglais ?

18:31
Locuteur non identifié

Choose France. Mais j'ai vu ces mots sur la télé. Bon, mais alors maintenant, il faut que vous m'expliquiez pourquoi vous avez Choose Friends. Oui, c'est parce que, bon, j'ai visité France souvent comme jeune homme et j'ai commencé à admirer la façon de vivre en France. Parce que quand on déjeune toujours, c'est très, c'est sérieux, c'est important, le déjeuner. À la maison ou au restaurant ? Mais les deux, non.

19:07
Présentateur

Parce que vous trouvez vraiment que les restaurants français sont meilleurs que les restaurants anglais ?

19:13
Locuteur non identifié

Ah oui, ah oui. Surtout les restaurants de chaque jour, quotidiens. Ici, on peut entrer dans n'importe quel restaurant, un restaurant tout à fait inconnu, et vous allez déjeuner très, très bien. Et ça n'arrive pas à Angleterre, États-Unis, pas en Allemagne, c'est mieux en Italie et Espagne.

19:43
Présentateur

Italie, c'est merveilleux.

19:44
Locuteur non identifié

Oui. Même que les grands restaurants d'Angleterre, ils servent la cuisine française. Mais c'est mieux ici. Et aussi, les Français discutent des sujets intellectuels beaucoup. Ils sont gentils. Quand je parle français, je fais des... Les Parisiens, vous les trouvez gentils ? Oui. Je parle français, je fais des erreurs. Ils me pardonnent. Non, parce qu'on vous aime beaucoup.

20:14
Présentateur

Mais entre eux, ils sont plutôt durs. En Angleterre, par exemple, il y a une forme de civilité. Il y a, là aussi, un certain nombre de bonnes manières. Ken Follett, vous savez qu'en ce moment, en France, politiquement, par exemple, ça ne va pas très bien. Alors, vous vous dites que vous avez voulu être français parce que vous avez détesté le Brexit.

20:37
Locuteur non identifié

Oui, et on a prévu que ça fait du dommage économiquement et c'est pire qu'on a prévu. Mais le point de vue spirituel, pour moi, c'est le plus important parce que les Brexiteurs, Brexiteuses disent nous n'avons pas besoin de nos voisins. Nous sommes mieux seuls. Et ce n'est pas vrai. C'est un monde dans lequel il faut connaître vos voisins. Il faut parler, surtout dans le monde des arts. Pour étudier la littérature, il faut étudier la littérature française. L'âge d'or de la littérature du XIXe siècle, bien sûr, la littérature anglaise était très bon. Mais la française...

21:39
Présentateur

C'est qui pour vous ?

21:40
Locuteur non identifié

Oui, j'aime beaucoup Balzac, Victor Hugo, Zola, j'aime beaucoup Madame Bovary. Et en Angleterre, Dickens, Jane Austen, George Eliot, Anthony Trollope. Et à la Russe, Tolstoy. Voilà, l'âge d'or de la littérature. Mais ce n'était pas seulement en Angleterre. C'était une question globale.

22:05
Présentateur

Il y a mille romanciers particulièrement importants en Angleterre. Et puis, il y a un auteur de théâtre qui, je crois, a beaucoup de succès, qui s'appelle Shakespeare, que vous avez beaucoup lu, Ken Follett.

22:20
Locuteur non identifié

Ah oui, j'ai vu, j'aime énormément les pièces de théâtre qui sont en même temps les pièces de poésie. de la façon dont il écrit, ce sont des poèmes. Mais vous avez Molière. Et j'aime beaucoup regarder Molière. Quand la comédie française vient à Londres, je vais regarder les pièces.

22:51
Présentateur

Oui, mais il y a peut-être une différence. C'est que le roi Lyre, on peut établir une sorte de philosophie politique à partir du roi Lyre. Molière, c'est une satire des hommes. C'est très piquant. Mais Shakespeare, c'est presque au niveau de la mythologie.

23:08
Locuteur non identifié

Oui, c'est vrai. Et chaque génération a son interprétation de Shakespeare. Mais moi, je l'aime, toutes les interprétations. On peut faire Macbeth, par exemple, comme un drame de mafia. Et ça change, mais c'est toujours bon. On peut changer Shakespeare. Il y a des vibrations. Voilà.

23:40
Présentateur

Il y a quelque chose, justement, de particulier. C'est la langue, l'anglais. Qu'est-ce que c'est compliqué ? Vous avez beaucoup trop de mots.

23:47
Locuteur non identifié

Et Shakespeare, en part, il est responsable parce qu'il a créé énormément de mots. Il les a créés de latin, de grec et de français aussi. Quelque chose qui est fameux, c'est quand un homme est âgé. Et il dit sans eyes, c'est-à-dire sans yeux, sans yeux. Mais en anglais, sans eyes, sans teeth, c'est-à-dire sans dents, sans oreilles, sans tout. On dit sans en anglais. Sans eyes, sans teeth, sans ears, sans everything. Et c'est un mot français, pas un mot anglais, sans sans, mais il a adopté. Il a fait comme ça. Il a, évidemment, il a compris un peu le français. Vous avez une scène dans Henri V.

Une française essaie de faire apprendre un autre, les mots anglais, qui est très amusant parce qu'elle est pris pour des mots mauvaises, mauvais.

25:04
Présentateur

Et alors, il y a un autre auteur très anglais qui vous a beaucoup inspiré et que j'ai beaucoup lu et apprécié aussi, c'est Ian Fleming. Autrement dit, le créateur de James Bond.

25:15
Locuteur non identifié

Ah oui. Et à l'âge de douze ans, j'ai lu tous les livres dans la librairie enfant et on m'a permis d'entre dans la librairie adulte et j'ai aimé deux auteurs, Ian Fleming et Shakespeare. Et j'ai appris d'Ian Fleming des choses extraordinaires. Quoi ? Oui, les cigarettes, les boissons, l'alcool. Vous avez bu ? Non, mais j'ai demandé à mon père, qu'est-ce que c'est qu'un martini ? Il ne le savait pas. Il m'a dit, oh, je crois que c'est une espèce de boisson.

26:03
Présentateur

Votre père était un homme très pieux.

26:05
Locuteur non identifié

Oui, oui, c'est vrai. Les automobiles et les femmes. Tout ce que j'ai su des femmes vient d'Ian Fleming.

26:20
Présentateur

Et Ian Fleming, je ne l'ai pas lu en anglais, est-ce que c'est un bon écrivain ?

26:27
Locuteur non identifié

Oui, si, si, il a créé un style d'écrire qui est parfait pour James Bond. Ce n'est pas traditionnel bon écrire. Il emploie les mots des journaux, des advertising. Qu'est-ce que c'est en français ? De publicité. De publicité, ces mots. Et la plupart d'écrivains ne peuvent pas faire ça.

27:00
Présentateur

Alors, il faut qu'on parle boutique, tous les deux. Parce que moi, j'ai toujours rêvé de rencontrer un auteur de best-seller. Et vous êtes probablement l'un des plus grands auteurs de best-seller au monde. Et d'abord, vous avez eu une formation de journaliste. Oui. Pendant trois ans, vous avez fait du journalisme.

27:20
Locuteur non identifié

Cinq ans, cinq ans, oui. Et dans cette époque-là, j'ai décidé que je n'aime pas les journaux et j'aime les romans. Et j'ai commencé à écrire des romans les soirs et les week-ends. Mon premier roman était sorti, mais il n'était pas un succès.

27:45
Présentateur

Mais votre style est très journalistique, puisque vous essayez d'avoir un style transparent. Oui. Alors ça, c'est très...

27:54
Locuteur non identifié

C'est-à-dire que je veux que mes lecteurs, mes lectrices, ne jamais... Ils ne jamais doivent relire une phrase. Jamais. Je veux que mon style ait comme une fenêtre. Vous ne voyez pas la fenêtre. Vous voyez le monde dehors. Et pour moi, j'espère que vous ne notez pas mon style. Vous notez l'histoire.

28:28
Présentateur

Et là, vous travaillez beaucoup le style, parce que, donc, pour faire un roman, un livre important, Ken Follett, par exemple, Le Cercle des Jours, le livre que vous publiez chez Robert Laffont, il vous faut trois ans. Un an de documentation. Un an d'écriture. Et la troisième année, c'est comme Dieu vous reposez.

28:50
Locuteur non identifié

Réécrire. Ça, c'est pour un roman long. Un roman court, c'est deux ans. Mais c'est le même système. Recherche et faire un plan. Vous faites un plan extrêmement détaillé. Oui, oui, oui. Normalement, environ 50 pages au commencement, c'était six pages, mais c'était devient de plus en plus important. Pourquoi ? Parce que, dans un roman populaire, il faut que toujours le lecteur se demande, ah bon, mais maintenant, qu'est-ce que va, que va se passer maintenant ? Toujours, toujours, toujours. Le suspense ne s'arrête pas. Alors, un événement tous les cinq ou six pages.

Oui, oui, et il ne faut, il ne faut pas écrire cinq pages sans événement, parce que le lecteur dit, ah bon, mais qu'est-ce que c'est qui se passe ici ? Mais ça, c'est pour un roman populaire. Il faut que toujours, toujours, on tourne les pages, on se demande, qu'est-ce que va se passer maintenant ?

30:06
Présentateur

Chez Fleming, c'est comme ça, par exemple ?

30:07
Locuteur non identifié

Ah oui, oui, oui. Il est très vite, très vite, Fleming. Les romans de Fleming ne sont pas longs. Non, petits romans. Mais il y a beaucoup d'événements et il y a aussi des choses qu'à l'époque, ils voyagent, par exemple, au Carabin, bien, comme... Dans les Caraïbes. Dans les Caraïbes, voilà. Mais dans les années 50, les gens, les gens normales d'Angleterre et de la France, ils ne voyagent pas à la Caraïbe. Dans une époque, personne, Angleterre, seul des très très riches ont voyagé comme ça. Et les espions. Et les espions, oui, peut-être. Peut-être. Il reste une question. Est-ce que ça existe, un espion comme James Bond ? Peut-être non. C'est en Angleterre, oui, j'imagine.

Qui boit des martinis, qui séduit... Qui conduit une Aston Martin. Oui. Je crois que non, mais c'est comme fantasy, c'est fantastique.

31:20
Présentateur

Donc, alors, pour écrire un événement toutes les cinq pages, et alors ensuite, qui lit ? Vous faites beaucoup lire et relire vos romans, Ken Follett.

31:32
Locuteur non identifié

C'est les éditeurs, les historiens, qui, je donne le premier jet aux historiens, et je demande qu'ils le lient, et il fait un rapport, elles notent des erreurs de l'histoire, qu'ils soient vraies. Et je les paye pour ça, parce que moi, je gagne de l'argent, et il faut qu'eux, ils gagnent un peu aussi. Et aussi, j'ai quelques-uns dans ma famille et quelques amis qui aiment beaucoup me donner leurs notes.

32:09
Présentateur

Voilà, c'est ça qui m'intéresse.

32:11
Locuteur non identifié

Ah oui ? Oui. Moi, il dit, quelqu'un peut dire, chapitre 3 n'était pas très intéressant, c'est un peu boring, ennuyant, et peut-être vous le faites plus court. C'est très important, ça. Je ne peux pas avoir un chapitre qui est ennuyant, et je dois le changer. Mais, je ne le fais plus court, parce que comme ça, c'est un chapitre, unnuyant, et court. Je veux que ce n'est pas du tout unnuyant. C'est impossible dans un roman populaire.

32:51
Présentateur

Mais alors, c'est drôle, parce que, donc, vous avez cité Malzac, Zola, bon, ces gens-là ne sont pas ennuyeux. Mais alors, par exemple, Proust, qui est un monument en France.

33:00
Locuteur non identifié

Ah oui, en Angleterre aussi, il est beaucoup lu. J'ai lu que c'était l'écrivain français le plus lu, aujourd'hui. Oui, probablement, parce que, malheureusement, ils ne connaissent pas Malzac. Victor Hugo, un peu, à cause des films de Notre-Dame. Les Misérables ? Oui, énormément populaire. Mais est-ce qu'eux qui voient le musical, est-ce qu'ils lisent le roman ? C'est très long, Les Misérables. Et vous avez quelque chose qui, par exemple, si je me souviens bien, il écrit énormément de... Digression. Oui.

33:45
Présentateur

Ce n'est pas du tout Ken Follett.

33:47
Locuteur non identifié

Ah non, non, pas du tout. Pas du tout Ken Follett.

33:49
Présentateur

Les Misérables, il y a énormément de digression.

33:51
Locuteur non identifié

Oui, et je ne fais pas ça. Mais quand les grands écrivains écrivent comme ça, c'est un peu différent. Et certainement, Balzac aime beaucoup les digressions sur la moderne femme, la femme moderne. La femme moderne, il y a 200 ans.

34:18
Présentateur

Mais Proust, alors, il vous plaît ? Oui. Vous avez beaucoup lu en anglais.

34:26
Locuteur non identifié

Oui. Je crois que vous commencez à lire en français. J'ai lu toute la recherche en anglais. Et puis, j'ai commencé à le lire en français. Et j'ai lu déjà Un amour de Swan, qui est partie de la recherche. Et c'est la partie que je n'aime plus. Et c'est difficile en français, mais c'est difficile en anglais aussi. Et c'est parce qu'il a des pensées très abstractes, très subtiles. Et là, on aime relire une phrase, parce qu'on l'examine, on pense, on se dit, c'est intéressant ça, mais exactement, exactement, qu'est-ce qu'il avait ? Quelle est son intention, là ?

35:23
Présentateur

Mais vous comprenez quand même cette passion que beaucoup d'anglo-saxons ont pour Proust, parce que vous avez de merveilleux écrivains. Vous avez D.H. Lawrence, par exemple, c'est un grand styliste. Faites une grimace.

35:41
Locuteur non identifié

En général, il n'est lu que par les étudiants de la littérature anglaise. Pour plaisir, en général, très peu de personnes lisent D.H. Lawrence, à mon avis.

35:57
Présentateur

Mais vous, vous continuez à vouloir faire rêver vos lecteurs. Votre dernier roman, donc Le Cercle des Jours, m'a fait penser dans l'imagination, le monde que vous créez, puisque finalement, c'est un roman historique. Mais il y a tellement peu de base, peu de documentation, comme vous l'avez dit, que c'est très imaginatif, ce que vous avez fait, c'est très imaginaire. Je ne sais pas, un autre grand anglais qu'on lit énormément en France, Tolkien.

36:31
Locuteur non identifié

Tolkien ? Oui, mais écoutez, il n'essaie pas d'écrire un roman réalistique. Ce n'est pas réel. Il imaginait des choses, c'est fantasie. Et on aime beaucoup, les lecteurs aiment beaucoup. Il est plus populaire que moi.

36:51
Présentateur

Je ne sais pas, parce que vous avez vendu 200 millions de livres. Je ne sais pas combien de Tolkien en a vendu.

36:59
Locuteur non identifié

Je ne sais pas, mais on a fait une question en Allemagne. Quel est le livre le mieux du monde ? On a dit, le roman le mieux. On a dit, numéro un, le Bible. Ce n'est pas un roman, mais... Numéro deux, Lord of the Rings, Tolkien. Numérez-toi, Numérez-toi, Les Piliers de la Terre. Ah, Ken Follett. Après, après, Tolkien.

37:32
Présentateur

Donc, alors, il faut se battre avec le cercle des jours. Peut-être que vous allez détrôner Tolkien, puis la Bible.

37:38
Locuteur non identifié

Mais c'est... Enfin, ce n'est pas un contest. Ce n'est pas un contest. Ce n'est pas... Je suis très satisfait. D'être le troisième, je suis satisfait.

37:51
Présentateur

Qu'est-ce qui vous fait, justement ? Là, vous avez recommencé à écrire un nouveau roman ?

37:56
Locuteur non identifié

Ah oui. Des fois, je me dis, il faut prendre peut-être deux semaines, ne pas travailler, ne pas écrire. Mais après quelques jours, je commence à penser aux prochains romans. Je ne veux pas prendre des vacances. Merci, des vacances. Je ne veux pas... Parce qu'écrire, c'est la chose la plus intéressante de ma vie. C'est difficile. Je dis souvent, c'est facile à écrire, mais c'est difficile à écrire bien. Et écrire quelque chose que va fasciner des millions de lecteurs, lectrices, ça, c'est difficile. Mais ça m'intéresse le plus, parce que c'est difficile. Je me lève le matin et je pense de l'histoire que je vais écrire sept jours.

38:56
Présentateur

C'est merveilleux, vous avez rendu des millions de gens heureux. Vous avez permis d'échapper au monde réel. C'est déjà merveilleux. Et de rencontrer toute une série de personnages. Là, vous nous emmenez à Sto Onenge. Ken Follett, merci beaucoup de nous avoir rendu visite. Enfin, vous ne nous rendez pas visite, d'ailleurs, parce que vous êtes français maintenant.

39:19
Locuteur non identifié

Oui.

39:19
Présentateur

Vous avez habité où, alors, en France ?

39:22
Locuteur non identifié

Non, je n'ai pas de maison en France à ce moment. Mais si vous deviez... J'aime beaucoup le midi. Et j'y suis habité. J'y ai vécu les années 80. J'ai aimé beaucoup, beaucoup. Et après, à l'époque, j'avais une maison à Grasse. Mais après, ma femme était élue députée dans le Parlement. On n'avait pas le temps de visiter notre appartement à Cannes.

39:54
Présentateur

Ah, ben, maintenant, vous pouvez vous présenter en France, puisque vous êtes mon compatriote. Oui, oui, je veux bien. Vous savez qu'en politique, il y a du boulot chez nous. Non. On recrute beaucoup. Non, ça ne vous intéresse pas ? Non, parce que vous êtes à la radio.

40:07
Locuteur non identifié

C'est ma femme qui est politicienne. Moi, je suis écrivain. Changer les rôles, je ne sais pas. Mais on ne gagne pas beaucoup d'argent comme politicienne. Malheureusement, c'est mieux d'être écrivain.

40:24
Présentateur

Rester écrivain. Le Cercle des Jours, c'est votre livre. Ken Follett, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.

40:31
Locuteur non identifié

C'est moi qui vous remercie. C'était très... J'ai aimé énormément parler avec vous. Moi aussi. Merci beaucoup.