Ronan Dantec : "On va trouver beaucoup d'argent pour le réarmement, il faut en mettre autant pour la crise climatique"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Emmanuel Macron remet l'écologie dans son agenda. Le président réunit aujourd'hui à l'Elysée une quinzaine de ministres pour un conseil de la planification écologique. Le but affiché est de, je cite, remobiliser, notamment en matière de transport et de logement. Bonjour Ronan Dantec.
Bonjour.
Vous êtes sénateur de la Loire-Atlantique, vous faites partie du groupe écologiste au Sénat, mais vous n'êtes plus membre du parti EELV. Vous avez créé votre mouvement Ensemble sur nos territoires. Cette réunion, ce conseil de planification écologique, c'est le premier du genre depuis un an et demi. Vous avez trouvé le temps long ?
Le temps est long et puis surtout il est extrêmement inquiétant puisqu'on a quand même des coups de boutoir, notamment de la droite sénatoriale sur l'écologie. On l'a vu sur la loi d'orientation agricole. On l'a vu il y a quelques jours avec la remise en cause du zéro artificialisation net qui est pourtant une politique absolument centrale pour l'écologie, la biodiversité, la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. Donc je crois qu'il est effectivement plus que temps que le président de la République dise ça suffit, qu'il remobilise. Maintenant on verra si sa majorité à l'Assemblée nationale entend son message.
Et vous pensez qu'il va servir à quoi ce conseil ? Vous en attendez quoi vous ?
Moi j'ai entendu ce que le président dit après les chiffres très très décevants sur les réductions de gaz à effet de serre l'année passée. C'est-à-dire que le gouvernement était très fier du moins 5,8% en 2023 mais c'est moins 1,8% en 2024 d'après les chiffres que l'on connaît. C'est-à-dire une baisse des émissions qui est beaucoup beaucoup trop lente pour tenir nos objectifs français et européens de neutralité carbone en 2050.
Donc on voit bien qu'y compris le désengagement financier sur des politiques aussi centrales que le développement des pompes à chaleur, le développement des voitures électriques, en fait comme on a mis moins d'argent, comme c'est un argent qu'on ne met pas sur les classes moyennes qui en ont besoin pour mener leur propre transition, de manière quasi immédiate, on le mesure sur la baisse des résultats.
Mais à qui la faute ça vient des élus locaux ? Vous avez parlé des sénateurs tout à l'heure ou c'est aussi en partie à cause d'Emmanuel Macron qui n'a plus fait de l'écologie l'une de ses priorités ? Lui pourtant qui avait dit que ce quinquennat serait écologiste ou ne serait pas ?
Moi je pense que très clairement, on l'a vu l'année passée, on a quand même sabré dans les budgets d'accompagnement de la transition écologique. Il n'y a pas de miracle si on n'a pas des aides pour qu'on change sa motorisation, pour qu'on change son chauffage, pour qu'on s'isole, ça ne se fait pas. Il y a des stop and go absolument terribles de la part de l'État. On a trouvé, et c'est normal, on trouve aujourd'hui beaucoup d'argent ou on va trouver beaucoup d'argent pour le réarmement face à la menace russe. La crise climatique, elle est aussi grave. Il faut là aussi mettre autant d'argent et je pense à un moment sortir pour la transition des critères de Maastricht.
En économie de guerre, on ne respecte pas l'orthodoxie budgétaire.
Et c'est aussi pour ça que vous organisez aujourd'hui et demain à Marseille un sommet Climate Change entre l'Europe et l'Afrique. Il y a près de 2000 participants qui sont attendus, des élus locaux, des représentants des institutions européennes, d'entreprises, des chercheurs. C'est quoi le but ? Est-ce qu'il y a du concret qui doit en sortir ou c'est un sommet de plus ?
Alors, du concret doit en sortir parce que c'est un sommet totalement sur la question d'adaptation au changement climatique. Le réchauffement, ça a longtemps été une menace. Aujourd'hui, c'est une réalité. Ces dernières années, c'est des inondations terribles un peu partout en Europe. C'est des sécheresses catastrophiques. Donc, c'est un sommet pour regarder lucidement la réalité des choses en termes d'adaptation au changement climatique. Je ne parle même pas de politique environnementale. C'est une politique de cohésion sociale puisque ce sont les enjeux de santé, ce sont finalement tous nos enjeux économiques qui sont derrière l'avenir de l'agriculture européenne.
Et c'est un sommet européen parce que l'année prochaine, l'Europe va présenter sa nouvelle stratégie sur l'adaptation au changement climatique. Le premier position paper, le premier papier mis à débat, ça sera au moins le jouet au niveau européen. Et nous, on va arriver avant avec des propositions qui viennent des ateliers de Marseille pour justement que sa stratégie d'adaptation européenne soit à la hauteur des enjeux. Donc, c'est évidemment pas un sommet pour rien. Et puis, avec un message très fort dans la période qui est aussi de renforcer nos coopérations avec l'Afrique.
On est évidemment tous très inquiets des positions prises par le président américain, la fin du SN, mais aussi la baisse de l'aide publique au développement en France et peut-être demain en Europe. Or, on a besoin de cette coopération avec l'Afrique qui est victime aussi du réchauffement alors qu'elle y a peu contribué et qui doit vraiment être accompagnée aujourd'hui au niveau scientifique, au niveau économique.
Alors justement, Renan Antec, vous avez encore une autre corde à votre arc. Vous citiez les Etats-Unis. Vous êtes secrétaire du groupe d'amitié France-Etats-Unis au Sénat. On est encore amis avec les Etats-Unis de Donald Trump, un président entouré de climato-sceptiques qui sort de l'accord de Paris, qui ne cesse de promouvoir les énergies fossiles ?
On n'est pas amis avec Donald Trump. Je pense qu'on est fondamentalement, quand même, c'est notre histoire, amis avec les Etats-Unis et que pour réguler le monde, pour tenir les objectifs sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et globalement la régulation mondiale, on a besoin de maintenir nos liens avec les Etats-Unis. Je crois que c'est ce qu'on essaye quand même de faire dans les messages qui sont délivrés. Maintenant, Donald Trump, c'est un cauchemar terrible. Il faut effectivement qu'on se dise que ça ne peut pas durer éternellement. On ne peut pas garder comme président des Etats-Unis quelqu'un qui veut faire la guerre au Groenland. Il est là pour 4 ans.
C'est vraiment un moment... Oui. Les élections de mi-terme, normalement, devraient quand même être peut-être l'occasion pour le peuple américain de dire que ça suffit. En tout cas, ça dit à quel point les populismes sont un danger aux Etats-Unis comme en Europe et que ce populisme, et ça rejoint peut-être la question de l'écologie, se nourrit aussi du sentiment que les classes moyennes ne sont pas aidées, ne sont pas accompagnées et que je crois qu'on en parlait au début. Si le président Macron revient sur la question de la transition écologique, il y a vraiment besoin d'accompagner les classes moyennes et d'être aussi plus protecteurs.
Notre sommet sur l'adaptation, c'est aussi de dire qu'on doit avoir une société plus protectrice aujourd'hui.
Merci, Renan Nantec, sénateur de la Loi Atlantique et président de l'ONG Climate Chance. Vous étiez l'invité du 5-7.
Ronan Dantec