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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 11 août 2018 10 minContradictoireActualité / polémiqueEnvironnement & énergieAgriculture & alimentationEurope & internationalÉconomie & entreprises

David Cormand : "Derrière le masque du 'nouveau monde' de Macron, il y a de vieux lobbies anti-écologistes"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:21OuverteRéponse directe

    Votre réaction ce matin, David Cormand ?

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Ça veut dire que vous attendez maintenant une réaction de la France par rapport à ça ?

  • 2:50OuverteRéponse partielle

    Est-ce que selon vous, la France est à la hauteur de ses ambitions sur le plan écologique ?

  • 4:45RelanceRéponse partielle

    Vous dites en gros qu'il faut renverser la table, mais il n'y a rien qui est à mettre au crédit quand même de ce gouvernement ?

  • 5:54OuverteRéponse directe

    Vous entendez le message donné par Nicolas Hulot, qui appelait à l'union sacrée.

  • 6:54OuverteRéponse directe

    Vous regardez comment vos anciens camarades d'Europe Écologie-Les Verts, passés à La République En Marche ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:37Invité politiqueFait
    « ça fait des décennies que Monsanto agit impunément à rechercher le profit à tout prix. »
  • 0:44Invité politiqueFait
    « À tout prix, ça veut dire y compris dissimuler la dangerosité de ces produits. »
  • 1:23Invité politiqueFait
    « Vous savez qu'on vient de voter la loi alimentation en France. »
  • 1:26Invité politiqueFait
    « Stéphane Travers, ministre de l'Agriculture, a refusé qu'on interdise le glyphosate en France dès maintenant. »
  • 1:32Invité politiqueFait
    « L'argument qu'il a donné, c'est que lui n'avait aucun élément à sa disposition pour démontrer la dangerosité de ces herbicides sur les insectes pollinisateurs. »
  • 1:44Invité politiqueFait
    « Et là, aujourd'hui, on a une décision de justice qui montre que ça peut créer le cancer, ça produit le cancer chez l'humain. »
  • 2:04Invité politiqueFait
    « Oui, il faut peser au niveau français, agir là où on peut agir, et puis il faut aussi agir au niveau européen. »
  • 2:20Invité politiqueFait
    « Et on avait fait une première législation qui était fort trop fragile. »
  • 3:38Invité politiqueFait
    « C'est que, de mon point de vue, même quand on est le premier écologiste de France, si on est au gouvernement, dans un gouvernement qui n'est pas écologiste, eh bien, on a des difficultés à agir. »
  • 4:05Invité politiqueFait
    « C'est que, pour agir, il faut tout changer. »
  • 4:12Invité politiqueFait
    « interroger le culte de la croissance qu'on nous présente comme étant la panacée pour créer de l'emploi, pour créer du progrès. »
  • 4:22Invité politiqueFait
    « il y a une dichotomie folle entre ce qu'il faut faire en matière d'écologie et l'orientation générale d'Emmanuel Macron et de ce gouvernement »
  • 5:01Invité politiqueFait
    « Et vous avez raison, sur Notre-Dame-des-Landes, et d'ailleurs c'est grâce à Nicolas Hulot, à toutes celles et tous ceux qui ont lutté depuis des années sur le terrain, mais aussi à Nicolas Hulot, que cette victoire symbolique importante a été remportée. »
  • 5:20Invité politiqueFait
    « on fait une loi alimentation qui continue à pérenniser cette espèce de triangle infernal de l'agriculture, dite moderne, qui est l'agrochimie, l'agroindustrie, Monsanto, la grande distribution et l'agroalimentaire »
  • 7:21Invité politiqueFait
    « La République En Marche, on va créer quelque chose de nouveau. Je pense que derrière ça, il y avait quelque chose de très archaïque et de très ancien, très ringard, en définitive. »

Temps de parole

  • David Cormand80 %
  • Présentateur21 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

France Inter. Laetitia Gaillette. Le 6-9 de l'été. 8h18 sur France Inter. Bonjour David Cormand. Bonjour. David Cormand, secrétaire national Europe Écologie-Les Verts. La justice américaine qui condamne cette nuit Monsanto à verser 289 millions de dollars à un agent d'entretien pour les dangers d'un herbicide. Votre réaction ce matin, David Cormand ?

0:23
David Cormand

D'abord, c'est une victoire historique pour Dewan Johnson, qui est ce jardinier américain qui est en phase terminale d'un cancer à 46 ans. C'est à peu près mon âge et donc c'est évidemment un sujet qui nous touche. Vous savez, ça fait des décennies que Monsanto agit impunément à rechercher le profit à tout prix. À tout prix, ça veut dire y compris dissimuler la dangerosité de ces produits. Or, on sait que des études démontrent cette dangerosité. Il y a le glyphosate, mais il y a d'autres molécules chimiques qui sont extrêmement dangereuses. Je pense au travail, par exemple, de Marie-Monique Robin, qui a décrit depuis longtemps la stratégie très ancienne de Monsanto.

Et aujourd'hui, c'est la justice américaine qui intervient. Moi, ce en quoi ça m'interpelle, c'est que pendant tout ce temps-là, qu'on fait les politiques. Parce que quand on identifie un danger et un risque, en creux, cette décision de justice tardive souligne la responsabilité coupable des politiques qui n'ont pas des responsables politiques qui ont laissé faire. Vous savez qu'on vient de voter la loi alimentation en France. Stéphane Travers, ministre de l'Agriculture, a refusé qu'on interdise le glyphosate en France dès maintenant. L'argument qu'il a donné, c'est que lui n'avait aucun élément à sa disposition pour démontrer la dangerosité de ces herbicides sur les insectes pollinisateurs.

Et là, aujourd'hui, on a une décision de justice qui montre que ça peut créer le cancer, ça produit le cancer chez l'humain. Et donc là, on se dit quel décalage fou entre la réalité de la dangerosité de ces produits et le retard, l'inertie dans les décisions politiques.

2:00
Présentateur

Mais David Cormand, ça veut dire que vous attendez maintenant une réaction de la France par rapport à ça ?

2:04
David Cormand

Oui, il faut peser au niveau français, agir là où on peut agir, et puis il faut aussi agir au niveau européen. Vous savez, il y a plusieurs années, il y avait une directive qui s'appelait la directive RICH, qui avait été faite au niveau européen, qui consistait à pointer la responsabilité de l'ensemble des molécules chimiques. Et on avait fait une première législation qui était fort trop fragile. Aujourd'hui, je pense qu'il faut remettre ce travail sur la table.

Et de la même façon qu'au niveau du climat, il y a eu des scientifiques qui se sont rassemblés pour travailler avec le GIEC pour la dangerosité du climat, je pense que l'Europe doit être moteur et créer le même type d'experts qui puissent analyser la dangerosité de ces molécules chimiques, qui sont utilisées par milliers, voire notamment la dangerosité, quand on les articule les unes avec les autres, sur la santé humaine et sur l'environnement.

2:50
Présentateur

David Cormand, on y vient, on parle glyphosate, on sait que la France promet quand même une sortie d'ici trois ans. Un an de travaux parlementaires de Nicolas Hulot en tant que ministre de la Transition écologique. Est-ce que selon vous, la France est à la hauteur de ses ambitions sur le plan écologique ?

3:10
David Cormand

Vous savez, c'est toujours une question compliquée, ça, parce qu'on renvoie toujours à Nicolas Hulot, souvent à Nicolas Hulot. En réalité, moi, ma conviction, c'est que Nicolas Hulot, c'est un écologiste sincère. C'est la démonstration des difficultés qu'il a. Oui, il était chez lui aussi. Oui, oui, c'est pour ça, moi, je connais un petit peu. Il n'y a pas de question de sincérité de l'homme et de ses convictions. En revanche, qu'est-ce que souligne l'échec partiel qu'il est en train de connaître ? C'est que, de mon point de vue, même quand on est le premier écologiste de France, si on est au gouvernement, dans un gouvernement qui n'est pas écologiste, eh bien, on a des difficultés à agir.

Vous savez, cet été, vous avez eu toute l'actualité sur le climat, où, en réalité, l'hémisphère nord est en train de se transformer en brasier, du Groenland au Japon à la Californie, en Suède, y compris en France, avec la canicule. La question climatique, elle nous renvoie devant une responsabilité qui est la suivante. C'est que, pour agir, il faut tout changer. Tout changer, ça veut dire interroger nos modèles de consommation, interroger nos modèles de production, interroger le culte de la croissance qu'on nous présente comme étant la panacée pour créer de l'emploi, pour créer du progrès. Et ce que ça interroge, c'est notre modèle de développement.

Et là où je veux en venir, c'est qu'il y a une dichotomie folle entre ce qu'il faut faire en matière d'écologie et l'orientation générale d'Emmanuel Macron et de ce gouvernement, de la République en marche, qui est de continuer avec l'ancien modèle, de continuer avec la croissance à tout prix, avec la concurrence, avec la financiarisation de l'économie. Tant qu'on sera dans cette logique globale, on n'arrivera pas à agir sur l'effondrement écologique qu'on est en train de connaître.

4:45
Présentateur

Vous dites en gros qu'il faut renverser la table, mais il n'y a rien qui est à mettre au crédit quand même de ce gouvernement. Notre-Dame-des-Landes, vous, vous étiez contre. Il y a quand même, bon, il y a des choses sur le glyphosate, il y a la convergence de la fiscalité sur le diesel et l'essence. Il y a quand même des choses qui trouvent grâce pour vous ?

5:01
David Cormand

Et vous avez raison, sur Notre-Dame-des-Landes, et d'ailleurs c'est grâce à Nicolas Hulot, à toutes celles et tous ceux qui ont lutté depuis des années sur le terrain, mais aussi à Nicolas Hulot, que cette victoire symbolique importante a été remportée. Mais regardez, Notre-Dame-des-Landes, c'était un dossier emblématique parce qu'il interrogeait notamment sur le rapport à l'agriculture.

Et d'un côté, on accorde quelque part cette victoire symbolique importante sur Notre-Dame-des-Landes, et en même temps, on fait une loi alimentation qui continue à pérenniser cette espèce de triangle infernal de l'agriculture, dite moderne, qui est l'agrochimie, l'agroindustrie, Monsanto, la grande distribution et l'agroalimentaire, alors qu'il faut muter vers une autre agriculture. Vous voyez ça que je veux dire ? C'est qu'il peut y avoir des victoires ponctuelles sur des aspects symboliques, mais aujourd'hui on n'en est plus là.

Ce qu'il s'agit de faire, c'est changer vraiment de modèle dit de développement, car le modèle de développement actuel, majoritaire, est en train de détruire la planète et de faire exploser les inégalités.

5:54
Présentateur

Vous entendez le message donné par Nicolas Hulot, c'était dans le GDD fin juillet, qui appelle à l'union sacrée.

6:04
David Cormand

Il faudrait commencer par faire l'union sacrée au gouvernement, parce qu'au gouvernement, je le disais, Nicolas Hulot est bien seul. Moi, ce qui m'a interrogé dans cette formulation de Nicolas Hulot, c'est qu'également il en appelait à la responsabilité individuelle. Bien sûr, en tant que citoyenne, en tant que citoyen, on a tous une responsabilité individuelle. Mais l'homme seul ne peut pas tout. Surtout quand on est au gouvernement. Il y a bien un impact de la régulation collective, sinon on ne fait pas de politique. Si le rôle du politique, c'est simplement de dire aux gens, c'est vous qui êtes responsable, débrouillez-vous, on voit bien que c'est insuffisant.

Donc oui, il y a une responsabilité individuelle, qui est la nôtre, à notre échelle, mais à côté de cette responsabilité individuelle, il y a une responsabilité collective du politique. Il faut redonner de la force à la politique. Si le rôle du politique, c'est simplement de laisser faire, de dire qu'il n'y a pas d'alternative, qu'on ne peut pas faire autrement, ce qui est un peu la ligne d'Emmanuel Macron, et de ce gouvernement, on n'a plus de prise sur le réel.

6:54
Présentateur

D'un point de vue politique, David Cormand, vous regardez comment vos anciens camarades d'Europe Écologie-Les Verts, qui sont passés à La République En Marche, qui sont députés, et qui aujourd'hui font figure un petit peu de frondeurs, parce qu'ils sont déçus du bilan écologique du gouvernement. Vous les regardez comment ?

7:09
David Cormand

J'ai envie de vous dire, écolos un jour, écolos toujours. Vous savez, c'est dans l'ADN des écolos d'avoir un esprit critique, même quand on a choisi d'autres chemins. Non, plus sérieusement, je pense que c'est CQFD, ce qu'il fallait démontrer. Vous savez, quand Emmanuel Macron a commencé sa campagne en 2016, moi, je n'ai jamais été tellement dupe sur l'histoire du Nouveau Monde. La République En Marche, on va créer quelque chose de nouveau. Je pense que derrière ça, il y avait quelque chose de très archaïque et de très ancien, très ringard, en définitive.

C'est-à-dire qu'il y avait le masque de la jeunesse, le masque de la nouveauté, mais au service, en vrai, de lobbies très installées, des forces du passé. Et aujourd'hui, ces écologistes, comme un certain nombre des électeurs d'Emmanuel Macron, d'ailleurs peut-être, qui ont cru à ce mirage, sont en train de voir la réalité en face. Ils ont cru à ce mirage, ils sont aussi partis parce que Europe Écologie-Les Verts est en train de prendre l'eau. Oui, mais ça, vous savez, ça fait 40 ans qu'on nous lit ça. Et si à chaque fois qu'on me l'avait dit, 1 euro, aujourd'hui, je serais très riche. L'écologie, vous savez, c'est difficile.

8:09
Présentateur

Le problème, c'est peut-être finalement ça. Vous êtes un parti écologiste, étiqueté vert, tout ça. Mais finalement, l'écologie, tout le monde l'a pris pour soi en termes de politique. Même si vous n'êtes pas d'accord avec les bilans, même si vous êtes critique avec les bilans, c'est devenu le propos de chacun, même chez les Républicains.

8:27
David Cormand

Mais même chez les citoyens. Là où vous avez raison, c'est qu'il y a 40 ans, quand les écologistes pointaient les risques de ce modèle de développement, on était seul à porter les constats. On était seul à porter les solutions, mais pas seul à porter les constats. Aujourd'hui, le constat écologique, de l'effondrement écologique que l'on connaît, il est très partagé. Là où j'ai une différence avec votre analyse, c'est qu'au niveau des solutions, on voit bien que ce n'est pas la même chose. Les Républicains, ils sont d'accord pour dire qu'il y a un problème écologique, qu'il y a un problème environnemental, mais quelles sont les propositions qui le font ?

C'est de continuer avec ce modèle de développement. Idem pour Emmanuel Macron et La République en marche. C'est là que, de mon point de vue, la nécessité du discours et des solutions écologiques est plus que jamais d'actualité. Le rôle des écologistes n'était pas seulement d'alerter, il est aussi de mettre en œuvre les solutions, et ça tombe bien parce que des solutions, il y en a.

9:18
Présentateur

Et de proposer. Vous allez avoir une université d'été à Strasbourg à la fin du mois. Comment vous voyez la suite ? Vous avez 3 800 adhérents. D'habitude, les élections européennes, ce sont vos élections, c'est celles qui marchent. Mais là, on a le sentiment que ça va être quand même assez compliqué.

9:34
David Cormand

Oui, on verra. Vous savez, en réalité, les élections pour les écologistes, elles sont souvent très bonnes, qu'elles soient européennes et locales. Là où on a une difficulté, c'est sur les élections nationales, présidentielles et législatives. C'est quelque chose, un jour, qu'il faudra régler. Mais moi, je suis confiant pour le rendez-vous des européennes, parce qu'en réalité, aujourd'hui, on veut nous imposer pour ces élections européennes une sorte d'alternative qui serait soit en continu avec le modèle actuel libéral européen, soit on fait le repli nationaliste. Et moi, je pense qu'il y a une troisième voie qui est celle que vont proposer les écologistes.

D'ailleurs, c'est ce qu'on va donner à voir à nos journées d'été du 23 au 25 août à Strasbourg, où l'idée est de rassembler l'ensemble de celles et ceux qui veulent porter ce projet écologiste pour pouvoir donner une alternative à l'Europe telle qu'elle est, sans pour autant la quitter.

10:21
Présentateur

Merci, David Cormand. Je rappelle que vous êtes le secrétaire national d'Europe Écologie Les Verts. Merci d'avoir répondu à nos questions sur France Inter.