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Audition parlementaireLCP (sur YouTube)· 19 décembre 2024 56 minContradictoireActualité / polémiqueCulture, médias & sportSolidarités & familleJustice

Judith Godrèche est auditionnée sur les violences dans le secteur culturel à l'Assemblée - 18/12/24

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 3 %Attaque 70 %Défensif 27 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 10:36RelanceRéponse directe

    Qu'est-ce qui est révélateur de cette autre époque ou de la persistance de l'omerta ?

  • 13:36OuverteRéponse directe

    Comment faire changer de camp la peur dans ce milieu ?

  • 20:32OuverteRéponse directe

    Quelles solutions pour libérer la parole des victimes ?

  • 26:11OuverteRéponse partielle

    Quel est le lien entre M. Toubiana et M. Bonneau à la Cinémathèque ?

  • 37:19RelanceRéponse directe

    Quelles initiatives pour prendre en compte le lien entre œuvres et violences ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:10InvitéFait
    « Serge Toubiana, ancien directeur des cahiers du cinéma, ancien directeur de la Cinémathèque et d'Unifrance, est entendu en ce moment par votre commission. »
  • 2:27InvitéFait
    « Il vient de mentir sous serment, de dire qu'il ne savait rien de ma relation avec Benoît Jaco. »
  • 4:24InvitéFait
    « Abuser d'une mineure, ce n'est pas une question de vie privée, ce n'est pas une affaire de morale, c'est un problème légal. »
  • 9:05InvitéFait
    « Serge Toubiana avait bien vu que je refusais d'être prisonnière du plan, je le cite, dans les deux sens du terme. »
  • 16:51InvitéFait
    « Hier, Serge Toubiana a d'abord menti en disant qu'il ne savait rien de cette relation intime entre une adolescente et un adulte. »
  • 27:00InvitéFait
    « Je crois que M. Bonneau a été, il y a peut-être eu un moment où ils étaient ensemble à la Cinémathèque. »
  • 37:53IntervenantFait
    « de la culture du viol »
  • 38:21IntervenantFait
    « oui on peut les projeter et où est le problème des monstres sacrés »
  • 39:08InvitéFait
    « c'est de la provocation »
  • 40:50InvitéFait
    « il invente une scène sans parler à cette jeune actrice »
  • 42:00InvitéFait
    « ça s'appelle ça n'est plus un travail c'est illégal »
  • 44:01InvitéFait
    « cette scène est illégale »
  • 44:37IntervenantFait
    « et c'est pas une agression sexuelle c'est un viol »
  • 45:01InvitéFait
    « si je souhaitais que la fille de 15 ans de Jacques Doyon soit retirée »
  • 45:42InvitéFait
    « il me pelote il me roule des pelles »
  • 45:52InvitéFait
    « est-ce que vous Judith Gaudret je voudrais qu'on retire »
  • 47:17InvitéFait
    « regardez ce film »
  • 50:44InvitéFait
    « il faut qu'il y ait un référent pour les enfants »
  • 51:35InvitéFait
    « il y a un tel dédain il y a une telle misogynie »

Temps de parole

  • Invité71 %
  • Présentateur9 %
  • Intervenant8 %
  • Intervenant 27 %
  • Intervenant 35 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Mes chers collègues, je suis ravie d'accueillir au sein de notre commission d'enquête Madame Judith Godrech, actrice et réalisatrice. Bonjour Madame. C'est à vous que l'on doit, ainsi qu'à Adèle Haenel, le sursaut MeToo dans le cinéma français. Nous espérons que ce sursaut, notamment grâce aux propositions que formulera bientôt le rapporteur Erwin Malanon, ne sera pas juste un sursaut, mais bien une prise de conscience réelle et sans retour en arrière possible. Tel est l'objet de notre commission et de notre travail en commun. Votre histoire, que nul ne peut ignorer, désormais a conduit à une prise de conscience variable dans le monde du cinéma.

Nous l'avons constaté ici même avec les auditions que nous avons faites. Nous avons fait, décidément j'ai un problème d'accord aujourd'hui. En apparence, tout a changé, formation, chartes, lignes d'appel, coordinateurs d'intimité et référents. Et puis en réalité, l'OMERTA semble toujours être là. Ainsi, je vous remercie de prendre la parole aujourd'hui. Notamment à la suite des auditions que nous avons faites ces derniers jours et hier en particulier. Je rappelle que cette audition est ouverte à la presse et qu'elle est retransmise en direct sur le site de l'Assemblée nationale.

Et avant de vous laisser la parole et d'entamer nos échanges pendant une heure environ, je vous rappelle que l'article 6 de l'ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires impose aux personnes, entendues par une commission d'enquête, de prêter serment, de dire toute la vérité, rien que la vérité. Je vous invite donc à ouvrir votre micro, à lever la main droite et à dire je le jure. Je le jure. Merci. Je vous laisse la parole pour un propos liminaire.

1:38
Invité

Merci. Ça marche, il ne faut pas que je l'aille. D'accord. Madame la Présidente, Monsieur le rapporteur, Mesdames et Messieurs les députés, Je ne m'apprêtais pas à être auditionnée aujourd'hui. Je n'ai pas pu suivre les auditions ces derniers jours. Je sortais hier d'un rendez-vous créatif pour parler d'un projet qui me tient à cœur quand je découvre une vingtaine de messages sur mon téléphone. Ils disent tous plus ou moins la même chose. Serge Toubiana, ancien directeur des cahiers du cinéma, ancien directeur de la Cinémathèque et d'Unifrance, est entendu en ce moment par votre commission. Et il vient de mentir sous serment, de dire qu'il ne savait rien de ma relation avec Benoît Jaco.

Pourtant, Benoît Jaco était l'un de ses meilleurs amis. Je venais donc parfois dîner avec eux chez Serge Toubiana. Il savait. Tout le monde savait, lui mieux que quiconque. Si la critique de cinéma n'a rien à voir avec la vie des cinéastes et des actrices, alors pourquoi les critiques les fréquentent-ils dans la vraie vie ? Un effet étrange de dédoublement s'opère en moi depuis un moment, ou plutôt, disons que je suis capable de formuler un désir, ce besoin peut-être, enfin légitime, que les adultes du passé reconnaissent ce dont ils ont été les témoins, passifs et parfois actifs.

Je n'en veux à personne, ou presque, en dehors de mes agresseurs, où dans tous les cas, ma colère laisse place à la possibilité d'un échange, que ce système dont un jour un homme a fait partie, dont il était témoin, puisse, avec cet homme, reconnaître son inaction et sa participation active à l'impunité des abuseurs. Je suis encore cette adolescente qui veut malgré tout être reconnue par Serge Toubiana, et tant d'autres. Et oui, je sais que ma frontalité joue contre cet espoir. Dire les choses, incarner le grain de sable, a un prix.

Il y a presque un an maintenant que j'ai libéré ma parole, et dans un élan d'espoir, celui d'une enfant qui continue d'espérer qu'un des adultes du passé lui prenne la main et dise « Viens, je t'aide à t'échapper ». J'ai envoyé un message à M. Toubiana en janvier 2024 pour lui dire « Serge, je m'étonne de ton silence, il m'attriste. L'homme du silence est resté silencieux, mais hier, il vous a parlé. » Mais hier, quand il vous a parlé, d'abord, il ne voulait pas reconnaître ce qu'il savait. Il dit qu'il ferait autrement aujourd'hui, mais il dit aussi qu'il ne ferait toujours rien.

Pourtant, abuser d'une mineure, ce n'est pas une question de vie privée, ce n'est pas une affaire de morale, c'est un problème légal. Si je vous raconte cela, c'est parce que nous sommes tellement nombreuses, je pense, à espérer que le grand-oncle de la famille dise un jour « Je suis désolée. J'étais là, je me suis tue et j'en suis désolée. » Souvent, ce soutien vient d'une personne anonyme, comme cette lettre que j'ai reçue et qui n'a pas été écrite par Serge Toubiana. « Judith, je n'ai pas été abusée. Je t'ai connue sur le tournage d'un été d'orage de Charlotte Brandstrom en septembre 1988. Le tournage a lieu en Corrèze avec Murray Head, Marie-Christine Barraud, Eva d'Arlan, Jean Bouize.

J'avais 14 ans, tu en avais 16. Ma chambre était à côté de la tienne à l'hôtel. Je me souviens de tout, de ton regard triste et de ce malaise qui était le tien, de ton chien, un cavalier King Charles qui te suivait partout, des carottes que tu mangeais à la cantine, de ta solitude, des éclats de rire très rares et de la distance avec nous, les enfants du tournage, parce que plus personne ne te considérait comme une enfant. Pourquoi tu ne viens pas manger avec nous le soir au restaurant ? Parce que mon fiancé ne veut pas que je mange avec tout le monde. De cela aussi, je me souviens. Et je me souviens enfin de voir Benoît Jacot te rejoindre les week-ends. J'avais peur de lui.

Il était grand, massif, intimidant. Moi, j'avais 14 ans et je croyais que la vraie vie, c'était la tienne. J'étais une enfant très protégée par mes parents. Ils n'étaient pas là, ils travaillaient. Et ils se souviennent aussi très bien de toi, si jolie, si triste et si seule. Je crois que je savais que tu allais un jour tout dire. J'en ai les larmes aux yeux. Bravo et compte sur moi si tu as besoin de reconstituer des bouts de mémoire. Je te serre dans mes bras. C'est. Il n'y a pas de demi-fol pour parler comme un directeur de la cinémathèque. Nous nous battons pour le passé, bien sûr, mais aussi pour le futur. Se lever, se casser, c'est un choix.

Une jeune femme qui porte le prénom d'Adèle a décidé de laisser derrière elle un sourire qui ne lui appartenait pas. En revenant en France, souriante encore, avec cette légèreté qu'on me connaît, j'ai découvert qu'Adèle était partie. Et je me disais, qu'ont-ils fait à Adèle ? Depuis un an, je découvre les règles de cette nouvelle vie. J'essaie de naviguer tant que je peux sans couler. Je souris moins. Je pleure bien souvent. Et je pense à celle qui est partie en disant, « Ne vous justifiez pas de votre inaction. » Nous ne pouvons pas laisser la responsabilité aux jeunes d'aujourd'hui de changer le monde. Dire « Ah, mais ça s'améliore, ça va dans le bon sens.

» Alors asseyons-nous et regardons pour justifier notre inaction. Les autres vont le faire. Mais les autres, c'est nous. C'est à nous de faire évoluer cette société, pour nous toutes et tous aussi. Nous avons notre part, notre rôle à jouer. Serge Toubiana ne peut pas s'abriter derrière le idiot du vieux monde sans laver les mains en disant que c'est du passé, puisque sa défection a été une forme de participation active à ce fonctionnement. Ce système écrase les résistantes. Certaines restent, d'autres partent, pour reprendre une forme humaine. Elles disent d'une même voix, « Regardez l'enfant que j'étais. » Elle évoluait autour de vos quiches aux poireaux.

Elle marchait entre les rangs de la cinémathèque. Elle dormait dans le lit de votre meilleure amie. Adèle Haenel a résisté comme une actrice, en pleine cérémonie des Césars. Elle a improvisé. Et son départ a éclairé d'un coup de projecteur tous ceux qui restent assis. Dans cette lumière que vous me donnez aujourd'hui, je peux vous dire que les forces manquent parfois. Vous le savez, la plupart des personnes victimes de VSS ne veulent pas venir vous parler au grand jour. Je ne vous apprends rien. Certaines petites filles pensent ne plus rien avoir à perdre. Elles ont tort. Il y a toujours quelque chose à perdre. Et nous avons aujourd'hui à gagner à ce que la vérité soit dite.

Serge Toubiana avait bien vu que je refusais d'être prisonnière du plan, je le cite, dans les deux sens du terme. Qu'a-t-il fait pour m'y aider ? Que dit-il aujourd'hui ? Que disent ses successeurs à la Cinémathèque ? Je cite un bout de son édito dans les cahiers du cinéma qu'il vous a lu hier. On se souvient qu'elle jouait Juliette, cette jeune fille de 15 ans, dans la film de Doyon. Elle y était l'objet privilégié du regard du méteur en scène, acteur, Doyon lui-même. Mais un objet toujours fuyant, refusant d'être prisonnière du plan. Le mot est ici, employé, dans les deux sens du terme, le plan établi par le cinéaste. Merci.

9:56
Présentateur

Merci beaucoup pour votre réponse et votre témoignage. En effet, pour réussir à faire craquer quelque chose dans ce système où l'impunité règne encore et où les victimes peinent à prendre la parole parce qu'elles craignent trop pour leur avenir, eh bien, il nous faut mettre les personnes qui parlent face à leurs responsabilités. Et merci d'avoir mis dans un cadre la parole qui a eu lieu hier dans cette commission d'enquête. Je vais laisser M. le rapporteur commencer par une question et ensuite, j'enchaînerai.

10:44
Intervenant

Merci, Mme la Présidente. Merci, Judith Godrej, pour ce moment poignant qui sera sur moi... Il fallait bien que ça arrive à un moment donné. Cette commission d'enquête n'est pas tous les jours facile. Et je m'en excuse. Oui, vous venez de... Par vos mots puissants d'écrire ce que nous constatons depuis un moment dans cette commission d'enquête. C'est cette machine à broyer des jeunes acteurs, des jeunes actrices et qui, visiblement, et je crois que le témoignage de M. Toubiana hier, et c'est ce que nous devons peut-être approfondir, avait l'air de rien avoir envie de savoir.

C'est ce qui est peut-être le signe d'une autre époque, certainement, mais le signe de quelque chose que nous ne pouvons plus accepter. Et donc, vous venez de parler, je reprends vos termes d'adolescence volée. Et c'est ce qu'il faut qu'on arrive à faire, c'est-à-dire que des adolescents ne soient plus volées. L'adolescence est sans doute le moment le plus précieux de la vie, le moment où se construit, construit son corps, son âme et le reste de sa vie. Donc, la question que...

qu'on a envie de vous poser, c'est sur ce témoignage d'hier, qui visiblement vous a terriblement mis en colère, légitimement, est-ce qu'il est révélateur d'une autre époque, ou est-ce que ce monde, cette omerta, cette machine à broyer, continue ? Est-ce qu'elle est, malgré, je crois, les efforts, et vous l'avez signalé, Madame la Présidente, les efforts légitimes, enfin, les efforts, pas légitimes, les efforts réels du CNC, d'un certain nombre d'institutions, il y a eu des choses de faites, mais est-ce que, malgré tout, tout n'est pas en train de continuer ? C'est ça que je voulais vous poser comme question, et je m'excuse vraiment pour mon émotion, il fallait qu'à un moment donné, ça sorte.

13:43
Présentateur

Peut-être dire un mot quand même de cette émotion, c'est que cette commission d'enquête, pour les témoignages que nous recevons dans cette commission d'enquête, que ce soit de manière publique ou de manière moins publique, à huis clos, que ce soit en dehors de la commission d'enquête, en fait, il faut savoir que ça éprouve et que ça dit quelque chose d'une récurrence et d'une peur, et moi, je trouve que ce qui nous fait vraiment, qui nous fait atteindre nos limites émotionnelles, c'est aussi la peur que nous ressentons à travers les témoignages fébriles, et je dois dire que, et pardon, je le pose ici avant que vous ne puissiez répondre, Judith, mais toutes les femmes qui sont venues ici témoigner, les enfants, notamment, je pense au cœur, tous tremblaient au moment où il parlait, tous, toutes, toutes tremblaient.

Je n'ai pas vu un homme trembler ici de ceux qui tiennent le système. Je vous remercie, je vous souhaite je vous donne la parole.

14:54
Invité

Oui, cette audition hier m'a mise en colère, et d'autant plus que dans le fond, une fois que Serge Toubiana a fini, grâce à vos interventions, à dire une partie de la vérité, c'est-à-dire qu'il me connaissait évidemment dans l'intimité et dans l'intimité chez lui, notamment dans un cadre de couple, on va le dire, de celui, ce couple, comme on dit, que je formais avec Benoît Jacot et celui qu'il formait avec Emmanuel Bernheim.

Il fait référence à Serge Danais, un grand, grand critique de cinéma qui écrivait au cahier du cinéma, Serge Danais, avec qui j'étais présent au festival de l'Occarno quand j'avais 15 ans, je me suis retrouvée au festival de l'Occarno avec Melville Poupot, Chantal Poupot et Benoît Jacot. Nous étions à une table et Benoît Jacot me servait du vin que je n'avais jamais eu bu d'alcool et j'ai vomi sur tout le monde, notamment sur Serge Danais lors de cette grande réception de clôture et je me suis évanouie. J'avais 15 ans, c'était lors d'un, dans un grand festival de cinéma international, ça n'a posé de problème à personne.

Personne ne m'en a jamais parlé ensuite et sauf Melville Poupot et cette époque-là, c'était celle de mes 14 ans, de mes 15 ans, de mes 16 ans, de mes 18 ans et c'était celle pendant laquelle j'ai passé beaucoup de temps avec Serge Toubiana, Pascal Bonitzer et tous les amis de Benoît Jacot qui était devenu mon seul environnement, le seul environnement dans lequel.

Et donc hier, Serge Toubiana a d'abord menti en disant qu'il ne savait rien de cette relation intime entre une adolescente et un adulte mais il a ensuite menti de nouveau parce que non, quand il disait en 90, ce n'était pas en 90, en 90, c'est la sortie de ce journal, c'est peut-être pour ça qu'il a dit 90, c'est la date qui lui est restée. Je connais Serge Toubiana depuis que j'ai 14 ans, je l'ai rencontré, c'est un des premières personnes que j'ai rencontré avec Benoît Jacot, j'étais donc mineure. En créant ce flou artistique, on ne sait plus, on ne sait pas avec qui, comment et où, il cautionne.

Et pourtant, personne ne l'agresse, personne ne l'accuse, personne ne tague les murs de sa maison, personne ne lui envoie des lettres de menaces, personne ne lui écrit des emails en disant qu'il va enlever sa fille, mais il manque quand même. Et ce parallèle entre la parole des personnes qui ont été victimes ou qui sont victimes encore aujourd'hui, dans un milieu dans lequel elles veulent continuer de travailler, ces personnes-là qui prennent la parole malgré les risques qui sont réelles, c'est-à-dire celui de ne plus jamais travailler ou de ne pas voir ses films, ses projets, être financés, de voir des portes, non pas se fermer, mais ne plus jamais s'ouvrir.

Le parallèle entre le manque de courage de cet homme à qui on demande juste de dire « Ben oui, j'étais là, mais bon, je ne savais pas quoi faire et c'est sûr que je me rends bien compte ou je ne me rendais pas compte de la souffrance ou j'étais aveuglée » ou c'était... Mais juste de dire la vérité, quoi. Et cette demande-là, dans le fond, et cette absence de gestes-là nous informe. Nous informe non pas sur le passé, mais sur le présent et sur la raison pour laquelle d'autres, après moi, ne viendront pas parler. La raison pour laquelle des hommes, comme vous l'avez dit si souvent lors de cet entretien, de cette audition, c'est un homme qui représente tant de choses.

C'est un homme qui a été à la fois président de la Cinémathèque avant Frédéric Bonneau, à la tête d'Uni France Films, à la tête des cahiers du cinéma. C'est une institution à lui tout seul. Cet homme-là vient là, prête serment et ment. Mais au nom de quoi ? Au nom de... Il faut séparer le critique de l'homme. Au nom de... Quelqu'un qui dit en tant qu'homme privé, je suis au courant de tout. En tant que critique, je ne suis au courant de rien. Sur les tournages, sur notre lieu de travail, les gens qui font leur métier sont là en tant que personnes privées et en tant que personnes qui travaillent.

Et dans le cadre de ce travail-là, eh bien, soit ces personnes à qui il arrive quelque chose n'osent pas parler parce qu'il faut qu'elles s'adressent à quelqu'un dont elles pensent que si elles leur parlent, elles ne travailleront plus ou alors elles s'adressent à quelqu'un qui elle-même ou lui-même a peur. Donc, en effet, quelle que soit la motivation, que ce soit la peur ou le besoin d'écraser la parole de l'autre parce que ça vous remet en question à un endroit de votre vie qui est désagréable, nous en sommes toujours au même stade et j'aimerais pouvoir vous dire j'aimerais pouvoir dire autre chose mais non, nous en sommes toujours au même stade. Monsieur le rapporteur

20:33
Présentateur

et après Sarah Legrin.

20:34
Intervenant

Vous venez de parler d'un point qui nous semble être nodal depuis le début de cette commission d'enquête, c'est la peur. Nous avons senti la peur de victimes. Nous avons effectivement peu senti la peur de certains acteurs très présents dans ce milieu, dans ce secteur. La question aujourd'hui, c'est comment on fait changer de camp la peur ? Comment les gens qui jusqu'à aujourd'hui travaillaient avec cette manière de faire qui est une manière, moi je le dis, je le constate, violente.

Le huis clos que nous avons fait d'actrices célèbres, d'actrices qui ont toute une carrière, le bilan de leur carrière, c'est une carrière de violence, de violence parfois sexiste et sexuelle, mais aussi souvent de violences qui sont des violences qui sont intolérables dans le cadre du travail. des mises en péril de leur sécurité pour avoir un bon plan, des mises en détresse psychologique, en tension pour avoir la bonne scène.

Et comment on fait aujourd'hui, en plus de tout ce qui a été fait, de tout ce qui a été tenté, comment on fait pour que la peur change de camp est qu'aujourd'hui, les jeunes femmes, les jeunes hommes, les comédiens, les comédiennes, les maîtrisiens de cœur, tous ces gens qui aujourd'hui sont sous un joug, puissent témoigner et dire, voilà comment ça se passe, et cette personne est une personne toxique. Comment on fait ? Je sais que si vous aviez la réponse aussi facilement que ça, ce serait simple, mais essayons ensemble de trouver des solutions.

22:28
Présentateur

Madame Godrèche.

22:36
Invité

Écoutez, vous le savez comme moi, quand on a, quand on doit travailler pour gagner sa vie, quand on est intermittent du spectacle, on dépend de ceux qui prennent la décision ou pas de vous employer. Généralement, ces gens-là, on n'a pas envie de se les mettre à dos.

Quand on est quelqu'un qui a le statut que j'ai aujourd'hui, ou par exemple, on pourrait imaginer qu'à cause, ou grâce, ou à la lumière qui est faite aux projecteurs qui sont braqués sur moi, je me retrouverais aujourd'hui, par exemple, si je voulais monter un film face à des bras grands ouverts, parce que dans le fond, en libérant ma parole et en faisant, d'une certaine manière, en amenant mon grain de sable ou ma pierre à l'édifice, on peut imaginer qu'il y a un état d'esprit positif qui ferait que je serais accueillie à bras ouverts, ou en tout cas, qu'il n'y ait pas.

Et en fait, à différents endroits que je ne citerai pas et dans différentes circonstances, je me rends compte que c'est mort. C'est même pas la peine d'essayer. Alors, il serait bien irresponsable de ma part de conseiller ou de pouvoir dire à qui que ce soit qui serait dans ma position ou dans la... qui imagine ou pense pouvoir libérer sa parole ou vous dire des choses au grand jour comme je l'ai fait ou de lui dire « Vas-y, tu n'as rien à craindre ».

Ce serait particulièrement égoïste, en fait, de ma part, parce que dans le fond, moi, évidemment que j'aimerais bien que tout le monde parle parce que non seulement si tout le monde parlerait, il y a des gens qui ont déjà été accusés d'agression sexuelle mais qui restent pour l'instant qui ne sont pas mis en examen et qui le seraient si d'autres personnes parlaient que je connais, que dont...

Ce que je veux dire, c'est qu'évidemment que mon instinct serait de dire à toutes celles et ceux qui n'ont pas parlé « Il faut y aller, il faut parler » avec cette peut-être parfois même cette violence que j'ai ou ce manque de tact ou de ce manque de regard sur l'autre ou de délicatesse ou de compassion vis-à-vis de quelqu'un qui ne peut pas libérer sa parole ou qui a peur. Ce n'est pas parce que j'ai parlé que ça va être facile pour quelqu'un d'autre ou que son temps à elle ou à lui n'est le même que le mien. Dieu sait que ça m'a pris du temps et beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps.

Et maintenant, voilà, je me retrouve à évoluer dans ce lieu de travail et dans ce milieu en espérant pouvoir continuer d'y vivre. Et c'est là et à cet endroit peut-être que je me pose la question de savoir ou plutôt que je comprends tout simplement pourquoi Adèle est partie.

26:03
Présentateur

et va revenir Adèle. Petit message, j'espère. Moi, j'ai une question très basique, j'ai envie de dire, c'est que M. Tchoubiana, vous nous l'avez dit, était président de la Cinémathèque et lui a succédé Frédéric Bonneau dont on a parlé ici dans cette commission en raison du dernier Tango à Paris présenté comme un film hommage à la carrière de Marlon Bandeau qui est le théâtre d'une scène en direct d'agression sexuelle montrée à l'écran et en fait l'arrêt de la carrière de Maria Schneider sous nos yeux d'une certaine manière. Et quel est le lien entre M. Tchoubiana et M. Bonneau ? C'est-à-dire comment on se succède à la Cinémathèque ? Comment ça se passe très concrètement ?

27:00
Invité

Je crois que M. Bonneau a été, il y a peut-être eu un moment où ils étaient ensemble à la Cinémathèque, en tout cas, je ne pourrais pas vous dire exactement, mais il a succédé à M. Tchoubiana et je crois qu'il y a eu un moment de, voilà. Alors, un jour, je présentais, il n'y a pas longtemps, un court-métrage qui s'appelle et moi aussi sur un court-métrage sur les VSS qui était présenté donc au Festival de Cannes et qui ensuite a fait une espèce de petite tournée en France couplée avec des films de réalisateurs RIS et j'étais, je présentais ce film et quelqu'un il venait me voir et il me dit « Ah, vous savez, je crois qu'on a un ennemi commun. » Je dis « Ah bon ? Un ennemi commun ?

» Il me dit « Oui, Frédéric Bonneau, vous n'aime pas trop, non ? » Je dis « Ah bon ? » D'accord.

Oui, vous n'avez pas vu sur Facebook que la Cinémathèque française a fait un post pour rendre, enfin pour comment dire, récapituler, rendre hommage ou en tout cas acter l'hommage qu'ils ont rendu plutôt à Sophie Filière Sophie Filière qui était ma grande amie qui est décédée donc Serge Tubiana vous en a parlé hier une réalisatrice que j'avais rencontrée quand elle était encore étudiante à la FEMIS et qu'elle vivait avec Pascal Bonnitzer qui était donc un des meilleurs amis de Benoît Jaco et donc je passais beaucoup de temps avec Sophie Filière parce qu'elle était dans une tranche d'âge qui était plus proche de la mienne et j'allais souvent chez eux et donc j'ai joué dans un film qu'elle a écrit en pensant à moi qui s'appelle « Grande Petite » et j'ai été présentée donc ce film à la Cinémathèque je m'étais assurée que Monsieur Bonneau ne serait pas là en effet je n'ai pas envie de croiser ce monsieur dont je connais la promiscuité et la grande amitié avec Benoît Jaco et par ailleurs j'étais très gênée d'un entretien entre lui et Benoît Jaco et Vincent Lindon pour présenter un film qui s'appelle « Le Septième Ciel » qui était donc présenté à la Cinémathèque lors de cet entretien Monsieur Bonneau fait référence à une anecdote que lui a racontée Benoît Jaco une anecdote qui dit « Ah tu te souviens de cette histoire que tu m'as racontée t'étais un dîner et ton ami psychanalyste s'est mis pour s'amuser à dire qu'il allait hypnotiser ton amoureuse de l'époque et la faire jouir je sais pour le savoir pour l'avoir rencontré avec lui évidemment et comme vous le savez j'imagine à cause de ce documentaire réalisé par Gérard Miller que cet homme dont Benoît Jaco s'est inspiré pour écrire ce film qui s'appelle « Le Septième Ciel » dans lequel François Berléand met ses mains sous la jupe de Sandrine Kiberlin lors d'une séance d'hypnose que cet homme dont il s'est inspiré c'est Gérard Miller il est très malaisant pour moi de me dire qu'un jour sur cette scène de cet endroit la Cinémathèque il y a eu un dialogue entre deux hommes goguenards pour parler d'une source d'inspiration qui serait d'un dîner pendant lequel un psychanalyste s'est amusé à hypnotiser une femme pour lui faire des choses sans son consentement quand ma parole s'est libérée alors oui je me suis retrouvée dans un état un peu comme une sorte d'avalanche de ras de marée de haut de bas d'émotion et forcément de colère et puis surtout avec un désir peut-être enfantin ou en tout cas la colère d'un enfant c'est sûr de vouloir exposer les choses mais presque avec un entêtement un peu je sais pas oui un peu comme ça et et je me suis et j'ai exposé cet entretien je l'ai posté sur Instagram qui est un peu mon mon médium et ma manière de communiquer ou de faire du journalisme j'en sais rien et bon bref tout ça pour dire qu'un jour quelqu'un m'approche récemment et me dit si vous avez un ennemi la personne de Frédéric Bonneau regardez ce poste sur Facebook de cet hommage qui a été rendu à Sophie Filière et donc il y avait des photos de toutes les personnes qui sont venues rendre hommage à Sophie en l'occurrence Sandrine Kiberlin etc enfin plein d'acteurs avec des noms plus ou moins compliqués à écrire et puis c'était un poste qui datait de plusieurs jours déjà et les gens avaient déjà mis des remarques en dessous parce qu'ils avaient mis donc Judith Dog Rech alors c'est sûr que mon nom qui est un nom fabriqué par mes grands-parents enfin francisé puisqu'ils essayaient d'échapper aux nazis pendant la guerre et avaient changé leur nom de Goldreich à Godrech parce qu'ils pensaient que ça faisait français donc je peux croire que c'est un nom un peu étrange mais de là à l'écrire Dog Rech je ne sais pas ce n'est pas forcément une faute d'offrate et ce qui était drôle c'est qu'il y avait des remarques de gens qui disaient vous pourriez rectifier mais ce n'était pas fait j'ai donc écrit à une personne à la cinémathèque en disant voyez-vous la gentillesse j'imagine que ce n'est pas un acte manqué de rectifier d'écrire mon nom comme il s'écrit et c'est là qu'une fois de plus je me suis dit dans le fond plutôt que de se poser des questions de se dire tiens il est vrai qu'à une époque on rigolait en parlant d'un film inspiré par Gérard Miller peut-être qu'aujourd'hui on peut en parler différemment peut-être qu'on peut discuter, parler ouvrir un débat mais la réponse à cet espoir ou à cette pensée qu'il est possible de parler et d'évoluer ensemble quel que soit ce qui nous sépare quel que soit ce qui nous a séparés quelles que soient nos alliances celles du passé ou du présent et bien c'est un espoir illusoire parce que chacun reste dans ses marques ne fera pas un pas il n'y a pas une personne une personne de mon passé qui ait un statut établi une place dans la société du cinéma établie donc entre guillemets du pouvoir il n'y a pas une personne de pouvoir qui m'a écrit depuis que j'ai parlé pas une les seules personnes qui se sont de ce passé qui se sont qui m'ont tendu la main sont des personnes qui sont ont un jour été assistantes d'une agent qui dit qu'elle ne me représentait pas à l'époque ou des personnes en fait dans le fond qui sont comme on dit anonymes ou en tout cas qui n'ont pas de pouvoir ou qui n'ont rien à perdre plus rien à perdre qui ne sont plus dans ce milieu mais ce silence là dit beaucoup il dit aussi peut-être j'ai peur il dit j'ai pas envie de perdre ma place il dit moi aussi je dois slalomer entre les dans ce slalom géant pour essayer de ne pas me prendre un poteau et moi aussi d'être recalé à l'arrière du du cortège donc j'entends le silence je le comprends même mais il est un temps il arrive un moment où je comprends aussi qu'on ne sache plus quoi faire qu'on trépigne et qu'on dise mais non non non non non mais pas là pas maintenant pas à la commission d'enquête pas la main levée pas après avoir dit je jure et c'est là que oui en effet la colère des demi-folles s'exprime

34:51
Présentateur

peut-être ce silence est-il aussi un refus du changement de ce monde qui sait madame le grain

34:59
Intervenant

oui peut-être quand même commencer par un mot pour vous remercier je vous dis d'être venue d'avoir d'être venue d'ailleurs à la place de monsieur Bonneau si j'ai bien suivi les différentes convocations parce que je crois qu'il s'est fait porter pâle apparemment on lui souhaite un bon rétablissement parce qu'on a envie de pouvoir l'entendre sur sur ses choix à la tête de la cinémathèque c'est important que vous soyez venus aujourd'hui parce que parfois dans cette commission d'enquête on a l'impression un peu d'un dialogue de sourd parce qu'en fait on a des auditions de personnes victimes comme le disait madame la précédente qui tremble qui livre des témoignages durs on est tous tous bouleversés chacun son tour chacun son tour mais on a ces témoignages et puis après on rencontre merci c'est gentil non mais en fait c'est pour les gens qui suivent il y a un paquet de mouchoirs qui circulent non mais cette commission

35:59
Présentateur

est très éprouvante enfin je pense qu'il faut qu'on l'entende aussi

36:01
Intervenant

en fait on entend tout ça merci beaucoup on n'est pas merci et c'est pas le lieu d'un tribunal c'est pas le lieu d'une confrontation mais on entend et après on essaie d'entendre des personnes qui ont le pouvoir ou qui ont eu un jour le pouvoir d'entendre ce qu'ils nous disent et effectivement il y a un décalage très très fort et en fait le fait que vous reveniez ça permet aussi d'appuyer ce qu'on a essayé de faire hier soir c'est de dire en fait monsieur Toubiana il y a le passé mais il y a ce qu'on attend encore aujourd'hui que vous puissiez dire et c'est là dessus que j'ai envie de vous interroger j'ai essayé de dire en fait pour le monde du cinéma pour tout un tas de personnes cinéphiles mais aussi surtout pour les victimes en fait votre parole c'est pas la parole pour nous expliquer à l'époque c'est maintenant maintenant que vous voyez ça maintenant que vous êtes décié qu'est-ce que vous faites lui en l'occurrence il signe des tribunes en soutien à Gérard Depardieu donc je retiens ce que vous avez dit et je retiens ce que vous avez dit sur si les artistes et les auteurs les artistes et les hommes sont à séparer pourquoi les critiques passent-ils du temps avec les hommes pourquoi est-ce qu'ils les voient en dehors et bien aussi pourquoi est-ce qu'ils signent des tribunes sans doute pour soutenir des hommes et pour soutenir des amis en fait et du coup la question que j'ai envie de vous poser c'est puisqu'on a l'impression que c'est très difficile à défaire tout ce système si vous vous étiez à la tête aujourd'hui de la cinémathèque cette institution incroyable qu'est-ce que qu'est-ce qu'on voudrait en fait comme rétro qu'est-ce qu'on voudrait comme initiative qui permette de prendre avant le corps la question et de aussi de parler du lien entre les oeuvres et les violences auxquelles elles peuvent être liées de parler de comment est-ce qu'on libère aussi le cinéma de la culture du viol voilà cette question un peu spécifique mais pour dire en fait là on a rencontré ceux qui représentent le cinéma et ça fait peur pour l'avenir du cinéma aussi mais il faut que on a besoin aussi que le cinéma se libère de la culture du viol à la fois pour toutes les victimes mais aussi pour la suite de cet art et vous vous êtes aussi une artiste et qu'est-ce que vous vous préconiseriez qu'est-ce qu'on peut répondre à ceux qui sans doute comme monsieur Bonneau nous diront mais enfin c'est la liberté de programmation ce sont des grands chefs-d'oeuvre oui on peut les projeter et où est le problème des monstres sacrés

38:25
Présentateur

les monstres sacrés je vous propose que monsieur est-ce que c'est possible de prendre une je préfère répondre si vous en avez pas

38:30
Invité

j'ai un cerveau un peu alors j'ai lorsque quelqu'un m'a m'a écrit pour me dire que le dernier tango à Paris était programmé à la cinémathèque en en invoquant ou en tout cas mon aide ou enfin je sais pas mon tout simplement en me disant est-ce que vous étiez au courant mon comment dire mon point de vue sur monsieur Frédéric Bonneau c'est que c'est de la provocation à cet endroit là de son de la ligne de son discours en règle générale à lui et à son programmateur monsieur Roger pour moi il est clair que c'est de la provocation puisque à chaque endroit de l'histoire du cinéma ou quand des personnes ont été mis en cause et ils se sont toujours positionnés du côté de l'auteur en l'occurrence accusé de violence sexuelle et sexiste toujours quand je pensais beaucoup à vous monsieur Balanant parce que je sais que vous avez beaucoup et souvent parlé du droit du travail et notamment avec il me semble le groupe respect et c'est quelque chose qui revient souvent et j'ai presque appris à penser au droit du travail comme un truc quoi qu'existe dans ce milieu là et là c'est là c'est là que mon ma pensée est allée je me suis dit mais alors bon on imagine on est à l'époque de ce tournage il y a une actrice de 19 ans donc mineure à l'époque qui arrive le matin et on lui n'avait pas dit on a décidé sans elle avant qu'elle arrive deux hommes assis par terre sur la moquette en train de manger du pain beurré en regardant des baguettes et du beurre se disent tiens en fait il n'y a pas que les tartines qu'on pourrait tartiner et il décide de il invente une scène sans parler à cette jeune actrice qui arrive et qui donc vit en direct cette mise en scène devient une mise en scène de sa vie avec son corps qui n'est plus celui du corps d'une actrice elle n'est pas en train de faire son travail c'est là ce que j'essaie de dire et je pensais à vous parce que je pensais à vous parce que je me disais mais qu'aurait dit Erwan Balanant à l'époque si on lui avait dit si on lui avait dit il y a aujourd'hui dans un appartement de tel arrondissement sur un lieu de tournage avec une grande star du cinéma américain et un grand réalisateur italien une jeune femme qui comme le dit ce réalisateur vient d'être découverte voulait vraiment vraiment faire du cinéma il sous-entend même qu'elle n'était pas très intelligente qu'elle n'avait pas lu beaucoup de livres mais qu'elle avait une intelligence instinctive tiens tiens tiens et donc cette jeune femme se retrouve dans une situation sur son lieu de travail doit faire un travail qui ne fait pas partie de son travail donc pour moi ça s'appelle ça n'est plus un travail c'est illégal cette scène n'est pas dans le scénario elle n'existe nulle part elle n'a pas le choix et pourtant et pourtant quand un débat est lancé ou que des personnes prennent la parole pour dire comment pouvez-vous projeter ce film hors contextualisation sans rien dire contrairement à New York en ce moment au forum il y a également un hommage rendu à Marlène Brando ce film est également projeté avec une page entière de contextualisation d'extraits de l'entretien de Bernardo Bertolucci d'extraits de ce que dit Maria Schneider en plus de ça ils vous disent qu'il faut que vous fassiez vos mêmes recherches enfin vraiment et donc Frédéric Bono décide de ne rien faire de tout ça et les mots qu'il utilise pour parler de viol et d'agression sexuelle c'est sulfureux pour lui le viol c'est sulfureux dans le programme moi ce que je me dis à ce moment là c'est ne parlons même pas de l'endroit d'où nous venons d'où nous parlons qui je suis moi Judith Godrech la demi-folle qui nous sommes qui est la journaliste qui a écrit un livre qui s'appelle Désirer la violence qui est Vanessa Schneider elle est la cousine de Maria Schneider toutes ces femmes qui prennent la parole en fait nous ne devrions même pas avoir besoin de prendre la parole il y a une scène illégale qui fait partie d'un film la personne à l'époque mineure n'a pas pu eu le courage même pensé à porter plainte ses ayants droit et je ne sais pas qui ils sont ou si elle en a n'ont pas porté plainte non plus il est probablement trop tard et c'est prescrit mais elle l'a dit tout le monde l'a dit le réalisateur l'a dit l'acteur principal l'a dit c'est fâché avec Porto Lucio ensuite pendant 10 ans cette scène est illégale et bien on la retire du film et on projette le film c'est à dire pourquoi est-ce que la question ne se pose même pas il y a un moment filmé où une personne contre son gré vit des choses qu'elle ne veut pas vivre notamment on lui met du beurre du beurre entre les fesses c'est illégal ça n'est pas partie du tournage c'est pas dans le contrat on l'enlève du film mais c'est drôle pourquoi rentrer dans un débat dans le fond pour moi j'utilise je pense au droit du travail c'est illégal

44:31
Intervenant

on est au delà du droit du travail

44:34
Invité

oui oui bien sûr

44:35
Intervenant

au niveau du pénal et c'est pas une agression sexuelle c'est un viol voilà donc c'est un crime

44:42
Invité

voilà ensuite pour continuer sur ce sujet il y a un diffuseur qui a il y a un diffuseur qui a récemment appelé mon agent spontanément pour demander si je souhaitais que la fille de 15 ans de Jacques Doyon soit retirée ne soit plus accessible à cause des scènes durant lesquelles Jacques Doyon qui donc joue le rôle principal enfin c'est à virer l'acteur principal pour prendre le rôle et donc se retrouve acteur principal de ce film étant donné qu'à l'écran des scènes dans lesquelles je suis torse nue durant lesquelles il me pelote il me roule des pelles donc un diffuseur a appelé mon agent disant est-ce que vous Judith Gaudret je voudrais qu'on retire et ma réponse fut non contrairement à Maria Schneider qui dans cette interview d'elle dans Cinéma Cinéma quand on lui demande si on peut passer un extrait du dernier tango à Paris pour comment dire appuyer son propos qui était qu'elle venait de dire que c'est un métier qui détruit un métier extrêmement violent et qu'elle ne le conseillerait à aucune jeune personne pour moi il est important que les gens voient Jacques Doyon en train de mettre ses mains sur la poitrine d'une fille de 15 ans il est important de voir Jacques Doyon décider en tant que réalisateur acteur qui va devoir me rouler des pelles il est important que ça soit vu moi j'ai pas envie de le voir mais c'est ma seule preuve j'en ai d'autres mais je suis prescrite donc je ne pourrai jamais les les les comment dire voilà mais par contre je trouve qu'il est impossible de regarder ce film sans comprendre et donc contrairement alors justement à Maria Schneider moi je dirais oui regardez ce film voilà comme ça vous saurez

47:20
Présentateur

monsieur Taverne

47:23
Intervenant

merci madame la présidente monsieur la rapporteure madame Gaudrech merci pour votre témoignage c'est vrai que dans cette commission d'enquête il y a beaucoup d'émotions de sensibilité donc systématiquement dans les questions attention à ne pas les interpréter d'une certaine façon ou d'une autre je ne peux pas m'empêcher de faire de faire un parallèle en fait avec les violences intrafamiliales je suis élu dans une circonscription très populaire du nord où notamment le tribunal judiciaire est l'un des trois les plus sollicités en termes de violences intrafamiliales il y a beaucoup de similitudes j'ai eu dans ma carrière avant d'être élu puisque j'étais dans les forces de sécurité intérieure des situations bouleversantes choquantes des viols envers les enfants des violences inacceptables des homicides tentatives d'homicide donc c'est ce sont vraiment des situations très très très très compliquées on a quand même réussi à libérer la parole dans les violences intrafamiliales avec notamment des pressions judiciaires mais dans le cinéma on voit que c'est quand même un cercle très fermé vous avez parlé tout à l'heure d'une adolescence volée et pourtant vous êtes une des plus grandes actrices françaises il y a des paramètres que nous avons évoqué dans cette commission notamment les coordonnateurs d'intimité on a parlé aussi des clauses d'assurance et vous je crois que vous êtes positionné pour un référent sur les tournages avec le mineur je crois non non vous n'avez pas évoqué un non la présence d'un référent sur le tournage

49:20
Présentateur

je vais terminer votre question

49:22
Intervenant

à votre avis puisque vous connaissez très bien ces milieux on voit qu'il y a effectivement une omerta on pense que les protagonistes sont intouchables il ne peut rien leur arriver mais vous concernant votre expérience qu'est-ce qui pourrait être mis en place pour que justement il y ait une peur des conséquences comme aujourd'hui on peut le voir dans les violences intrafamiliales où effectivement dans mon territoire il y a une prise de conscience et elles sont en train de diminuer donc c'est que il y a des mécanismes qui sont efficaces donc qu'est-ce que vous pensez justement qui serait judicieux de mettre en place pour briser cette omerta merci

50:07
Présentateur

merci les violences intrafamiliales ne diminuent pas je tiens à préciser voilà oui Judith Godrich

50:17
Invité

écoutez je vais pas me lancer dans une liste de propositions parce que je pense que beaucoup de personnes en ont fait que ce soit le 50-50 ou beaucoup d'autres groupes le groupe respect etc enfin il y a plein de propositions et évidemment qu'il faut qu'il y ait un référent pour les enfants un coach pour les enfants une coordinatrice d'intimité une personne en plus pour les enfants toujours à les accompagner donc tout un système mis en place etc comme c'est d'ailleurs déjà le cas en Angleterre et imposé si vous voulez faire quelques films que ce soit ou séries que ce soit avec la BBC et donc voilà toutes ces choses là maintenant nous sommes dans un système patriarcal nous sommes au coeur même de ce système de la même manière que certains certaines réalisatrices ont écrit à monsieur Bono pour dire leur révolte quant à cette programmation hors contextualisation etc et que ces réalisatrices et je pense à Ariane Labed n'a même pas reçu de réponse à son email c'est à dire il y a un tel dédain il y a une telle misogynie quand vous ne faites pas partie du club d'un certain club vous n'existez pas à leurs yeux votre voix n'a pas d'importance et ces patriarches là ces hommes là j'allais parler en anglais pardon excusez-moi c'est c'est aussi eux qui décident par exemple si un jour vous aurez de votre vivant ou une rétrospective sur votre oeuvre à la cinémathèque est-ce que vous pensez que je vous donne cet exemple parce que vous voyez bien comment ça se passe est-ce que vous pensez que Frédéric Bono va faire une rétrospective de mes films à la cinémathèque non est-ce que vous pensez que enfin ce que je veux dire c'est que et c'est à ricochet ces gens là sont tous plus ou moins liés ont des intérêts communs des amis communs de la même manière que Serge Toubiana dit dans son édito dans les cahiers du cinéma de 1990 je le cite enfin ce qu'il dit sur Jacques Doyon c'est quand même fou je ne sais pas s'il s'est rendu compte en lisant ça ailleurs de ce qu'il disait en gros ce qu'il disait c'est je me suis rendu compte à l'époque quand Sophie m'est sortie la fille de 15 ans que le réalisateur le metteur en scène acteur faisait de cette jeune fille un objet elle fuyait donc elle refusait d'être prisonnière du plan du cinéaste de son plan c'est quand même littéralement ce qui est dit c'est que Jacques Doyon avait un plan il a écrit et il a réussi si je puis dire mais quand Serge Toubiana écrit ça et le lit je ne sais même pas s'il se rend compte parce qu'au moment où il lit ça il aurait pu dire vous voyez que je me rendais déjà compte à l'époque il y avait un problème mais ce qu'il dit aussi dans son édito ce qu'il dit aussi dans son édito c'est lui ce n'est pas mon pote Doyon ce n'est pas mon pote et c'est vrai Doyon n'est pas le pote de Serge Toubiana donc dans La fille de 15 ans il arrive à voir à dire il l'homme Toubiana écrit la main la plume du critique l'homme passe par la plume du critique pour dire que le réalisateur avait un plan mais quand il me reçoit chez lui avec Benoît Jacot il ne se pose pas de question parce que c'est son pote nous sommes dans un truc comme on dit en anglais pardon je vais me faire détester de bro c'est à dire qu'il y a un endroit où on est quand même dans un système patriarcal avec des mecs qui se serrent les coudes et que malgré tout les gens aussi à qui on va demander des sous pour faire nos films c'est des mecs et et et et et qu'à un moment donné pour survivre pour continuer d'exister de vivre et de s'exprimer parce que l'expression artistique c'est aussi la survie et grâce à ce qu'on arrive à exprimer justement vous parlez d'émotion de sensibilité si on nous prive de ça il y a un moment donné où en fait on se pose tout simplement la question est-ce que je préfère avaler des couleuvres est-ce que je préfère toquer à la porte de quelqu'un qui soutient mes agresseurs pour lui demander du travail ou de me soutenir pour mon film ou de m'engager ou est-ce que je ne préfère ne plus m'exprimer ne plus gagner ma vie ne plus incarner de personnages à l'écran ne plus parce qu'il est vrai également que c'est notre travail pas que notre passion

55:25
Présentateur

merci beaucoup on a dépassé 15 heures je vous propose parce qu'après on auditionne le CNC ce qui n'est pas non plus une petite audition le CNC

55:36
Invité

subventionne enfin je ne vais pas dire de bêtises mais subventionne la cinémathèque en tout cas voilà

55:42
Présentateur

merci beaucoup Judith Godrèche merci merci