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interviewC à vous· 9 septembre 2025 16 min

Le testament politique de F. Bayrou à Patrice Duhamel

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Ils l'ont rencontré une dizaine de fois. De leurs rencontres est né un documentaire "Matignon: mission impossible?" qui passera ce soir sur France 2.

F.Bayrou juge qu'il n'est pas suicidaire. - F.Bayrou: On dit que je suis un kamikaze.

Les kamikazes japonais sont sûrs de mourir et de se suicider. Je ne suis pas suicidaire. J'ai fait ça parce que personne ne voulait rien entendre de la situation du pays.

Quelqu'un peut me dire que ce n'est pas critique? Si j'avais voulu être populaire, vous croyez que j'aurais accepté ou souhaité être ici? Comprenez bien.

Je me fous des conseils. Je n'ai fait ça que parce qu'il fallait un électrochoc. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, P.Duhamel.

Ce documentaire sera diffusé ce soir, "Matignon: mission impossible?", à 22h50, seulement quelques heures après la chute inexorable et inévitable de F.Bayrou.

Cette chute, il l'a quasiment chroniquée lui-même à votre micro. On vient de voir le geste d'impatience, d'impuissance quand il dit: "Quelqu'un va me contredire sur la situation de la France?" L'impuissance, c'est le sentiment qui domine chez ce Premier ministre? - P.Duhamel: Je ne dirais pas "impuissance".

Je dirais qu'il est habité par le problème du surendettement de la France, de la situation financière. Chacun le sait, Patrick a fait beaucoup de chroniques dessus. Il a été 3 fois candidat à la présidentielle.

A chaque fois, il a basé sa campagne sur la gravité de la dette de la situation. - P.Cohen: Il a fait jusqu'à 18 %. - P.Duhamel: Absolument, en 2007, pendant l'élection de N.Sarkozy.

Il a joué là-dessus. Il a essayé de mobiliser les Français. 15 avril, le constat. 15 juillet, les 1res solutions.

Ce qui s'est passé pendant l'été et dont on a parlé pas totalement de manière transparente...

Il y a eu des discussions discrètes avec les oppositions. On l'a vu fin juillet et quelques jours après l'annonce de la question de confiance. Je n'avais pas parié.

On pensait que le film serait diffusé fin octobre ou novembre. On ne savait pas que ça irait aussi vite. On savait qu'il parlait au président.

Les gens qui disent "le président n'était pas au courant", c'est une fable. Ils se parlent depuis la mi-juillet, quasiment tout le temps, au téléphone. Le président était totalement d'accord sur la décision qui a été prise. - A.-E.Lemoine: Il dit qu'il n'est pas suicidaire.

A aucun moment, il ne pouvait gagner ce coup de poker politique? Si ce n'est pas du suicide, c'est quoi? - P.Duhamel: Il avait une espèce d'intuition.

Il pensait que venant d'informations qui visiblement ne se sont pas confirmées, que les socialistes et le RN prendraient un peu de temps, 1 ou 2 jours, poseraient des conditions, difficilement acceptables, et que tout le monde comprendrait que la situation était bloquée et qu'il ne pouvait pas faire autrement. Ce n'est pas ce qu'il s'est passé. Il a vraiment été surpris.

Il le raconte. Il a été surpris par la rapidité avec laquelle les réactions des oppositions sont sorties quelques minutes après sa décision. - A.-E.Lemoine: Il y a 9 jours, vous lui posiez une question toute simple: "Auriez-vous des regrets en cas de chute de votre gouvernement?" - F.Bayrou: Aucun.

Cette décision, je l'ai prise parce que je sais qu'il n'y a aucun moyen de mener une politique courageuse si on n'a pas un minimum de soutien dans l'opinion. - Vous ne l'avez pas depuis le début. - F.Bayrou: On verra.

C'est à la fin de l'histoire qu'on voit les choses. Si vous croyez que l'histoire finit le 8 septembre, je vous dis qu'elle ne finit pas. A partir de là s'écrit une nouvelle histoire. - A.-E.Lemoine: Qu'est-ce qu'il faut entendre par là? - P.Duhamel: Quand je dis qu'il est habité par ça depuis longtemps, je pense qu'il mène une sorte de croisade.

Je pense qu'il va continuer. - A.-E.Lemoine: C'est de son avenir politique dont il est question. - P.Duhamel: Je ne crois pas qu'il sera candidat à l'élection présidentielle.

Il est resté maire de Pau et président de son parti politique, le MoDem. Je pense qu'il va beaucoup intervenir dans le débat politique en fonction de ce qu'il va se passer dans les semaines qui viennent. On vit une journée...

Vous en avez beaucoup parlé. Je n'ai jamais vu une journée politique aussi symptomatique de la situation du pays. On est complètement bloqués ce soir.

On est bloqués du côté de la gauche et vous avez vu le score des LR et la confiance pour le bloc central...

Elle n'existe pas. Le président est dans une situation extraordinairement difficile. S'il dissout, derrière, si les résultats sont les mêmes, avec une forte progression du RN, le problème de sa démission se posera.

Ce n'est jamais arrivé. - A.-E.Lemoine: Comment expliquer qu'à aucun moment sur la gravité de la situation F.Bayrou n'ait réussi à convaincre ou à susciter l'adhésion des Français? - P.Duhamel: Pour 2 raisons.

La 1re, c'est que les Premiers ministres d'E.Macron sont impopulaires. Il l'a été, comme les autres.

C'est descendu très vite. On l'évoque avec lui. - A.-E.Lemoine: "Je suis impopulaire, je m'en fiche", on peut le croire? - P.Duhamel: C'est son combat.

Il sait qu'en annonçant des mauvaises nouvelles, il ne ferait pas plaisir. C'est une certitude. La 2e raison, c'est que le pari qu'il fait et qui était compliqué à la sortie des vacances...

Les gens rentrent, il y a la rentrée des classes. Il dit qu'il va convaincre les Français, sous-entendu: que les Français aillent convaincre eux-mêmes les députés. Ce n'était pas évident.

L'histoire des 2 jours fériés, il nous explique qu'il savait parfaitement que ça serait...

Je ne porte pas de jugement, Nous, on l'a écouté. Il le faisait pour faire comprendre aux gens qu'il y avait un effort à faire qui était inéluctable. C'est son sentiment.

On est d'accord ou pas, c'est autre chose. Avec ma femme, on est allés dans un salon du livre samedi en Provence dans une ville de 10 000 habitants. A côté de l'endroit où on était ensemble, François.

Les gens ne sont pas inquiets. Ils ne sont pas furieux. Ils ne sont pas en colère.

Ils sont totalement paniqués. "Qu'est-ce qui va nous arriver?" J'ai été stupéfait de ce que j'ai entendu. - A.-E.Lemoine: Vous leur répondiez quoi? - P.Duhamel: Je ne suis pas là pour...

Je donne mon avis. Mon avis n'a aucun intérêt. Là, le président, il ne faut pas qu'il se trompe.

C'est une décision presque historique. On est à la frontière, institutionnellement, de la IVe et de la Ve République. Quand je vois que G.Attal dit qu'il va falloir partager le pouvoir...

Il a raison. Le président n'a pas la majorité relative. Il n'aime pas ça, partager le pouvoir.

Il dit qu'il faudrait qu'il nomme un négociateur. C'est typiquement la IVe République. Le président de l'époque chargea quelqu'un, Auriol ou Coty...

Ce n'est jamais arrivé. C'est pour ça qu'on vit des heures historiques. Les Français qui nous écoutent se disent qu'on est loin du pouvoir d'achat...

Sur la dette, c'est aussi leur vie quotidienne. C'est peut-être ça que F.Bayrou n'a pas réussi à faire comprendre.

C'est que ça impacte la vie quotidienne. On parle des taux d'intérêt pour les gens qui veulent un appartement...

Lui est d'une inquiétude incroyable. Il pense qu'on n'est pas en faillite, mais que si on ne fait pas des choses dans les mois qui viennent, ça ira très mal. - P.Cohen: Ce n'est pas du tout le cas du président.

Il est beaucoup moins inquiet. - P.Duhamel: Le président est beaucoup moins inquiet que son Premier ministre.

Il nous ne le dit pas dans l'interview. Il est d'une loyauté totale. De temps en temps, quand ils se voient... "E.Macron, ta dette..." - A.-E.Lemoine: Beaucoup lui ont reproché de dramatiser. - P.Duhamel: On lui pose la question et il se met en colère. - A.-E.Lemoine: C'est le moment où il jette son stylo. - P.Duhamel: "Vous ne pouvez pas dire que ce n'est pas grave.

Vous êtes des journalistes. Vous n'êtes pas des saltimbanques." Il est furieux, quand on lui pose la question.

C'est pour ça qu'on a appelé le film "Mission impossible?". On a rajouté un point d'interrogation.

On l'a fait en 8 jours, et merci à toute l'équipe de production. On a fait en 8 jours ce qui se fait en 6 semaines. Il fallait le terminer.

Le monteur...

C'est un exploit technique. "Mission impossible?" parce qu'on comprenait dès le début que sortir du blocage avec l'émiettement du paysage politique, c'était quasiment impossible.

Je ne sais pas comment ils vont faire pour avoir un minimum de stabilité et sortir un budget. - P.Cohen: L'inquiétude de F.Bayrou vaut aussi pour la situation internationale.

On l'a entendu dans son discours à l'Assemblée. Il dit: "Il y a un chemin et une partie de la planète où tout bascule vers autre chose..." Il nous a aussi dit le 7 mars dernier, quelques jours après l'humiliation de Zelensky par Trump, ceci. - F.Bayrou: Ce monde-là, si nous sommes assez irresponsables pour ne pas construire une Europe forte, ce monde va nous réduire en soumission.

C'est pire que dans les années 30. - P.Cohen: On est dans les pires choses du XXe siècle. - P.Duhamel: J.-L.Mélenchon avait dit dans un discours: "On est en 1788 et en 1957 avant le retour de général de Gaulle." F.Bayrou dit: "Je suis d'accord avec lui.

Mais il y a en plus...

On est aussi en 1930." Il pensait à la montée du populisme et de l'antisémitisme. Les années 30, c'est quand même...

Il se passe des choses épouvantables sur le terrain de l'antisémitisme. - P.Lescure: Vous avez été amenés à évoquer le dossier Bétharram.

F.Bayrou vous affirme n'avoir jusqu'ici jamais regardé ou écouté le témoignage de sa fille, qu'on avait reçue. - F.Bayrou: J'ai, avec chacun de mes enfants, une relation tout à fait particulière.

Elle se résume en un mot: je suis avec eux inconditionnel. Ma fille aînée a son propre chemin. Je l'aime.

Je n'ai pas regardé à l'heure qu'il est une seule de ses émissions. Ca me serre la gorge. - P.Lescure: Est-ce qu'il a conscience que ça a été un début de doute dans l'esprit de beaucoup de Français? - P.Duhamel: On l'a vécu...

Il a incroyablement mal vécu ça. Il considérait que c'était une injustice inouïe. Il ne s'y attendait absolument pas.

Il en veut énormément, avec les conséquences politiques qu'on vit en ce moment, aux socialistes. Il en veut aux socialistes de l'avoir attaqué là-dessus. Ca l'a totalement...

C'était spectaculaire. Ca l'a perturbé à un point qu'on imagine pas. On voit son émotion vis-à-vis de sa fille.

Il considérait qu'il avait la cuirasse de 30 ou 40 ans de vie politique qui le protégeait un peu, mais sa famille...

Sa fille avait sorti un livre sans que personne ne soit au courant. Ca a été un moment difficile pour lui. Après la commission d'enquête, il s'en est à peu près sorti.

Sur le plan de l'impopularité...

Un des grands experts, B.Teinturier, le dit, ça a pesé sur son impopularité. - A.-E.Lemoine: Il a été nommé le 13 décembre. - P.Duhamel: Un vendredi 13. - A.-E.Lemoine: Il a toujours été persuadé que le jour où il serait porté aux plus hautes responsabilités, c'est parce que l'histoire frapperait à la porte.

Il se compare à P.Mendès France et espère entrer dans l'histoire. - P.Duhamel: Oui.

C'est aux Français de juger, pas à moi. Il considérait que compte tenu du paysage politique, président d'un parti qui n'est pas le plus grand parti