Bruno Retailleau, présidentielle, loi sur la fin de vie...L'interview de François-Xavier Bellamy
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BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.
Il est 8h32 et vous êtes bien sûr RMC et BFM TV. Bonjour François-Xavier Bellamy. Bonjour. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes député européen. Vous étiez d'ailleurs le chef de file LR au Parlement européen. Et vous êtes aujourd'hui numéro 2 du parti Les Républicains, vice-président exécutif des Républicains. Vous êtes l'un des premiers soutiens de Bruno Retailleau qui a donc, je le disais, plié le match hier. 74,3% des suffrages des adhérents face à Laurent Wauquiez. Il est donc élu et très bien élu président du parti. Et maintenant ?
Et maintenant le travail commence parce que l'essentiel c'est ce qui va se passer à partir d'aujourd'hui. On a maintenant un immense travail devant nous, un immense chemin pour reconstruire une famille politique qui doit pouvoir réunir une majorité de Français pour relever ce pays. Parce que vous savez, ce qui compte pour nous, ce qui compte pour Bruno Retailleau, et je pense que les Français l'ont senti depuis qu'il est au ministère de l'Intérieur, les Français l'ont connu, l'ont reconnu, ce qui compte pour nous, ce qui compte pour lui, c'est pas d'abord un parti, c'est le pays.
La France traverse une crise politique profonde et elle ne sortira pas de cette crise sans qu'on ait une vraie alternance, sans qu'on ait un vrai changement avec la politique menée depuis trop longtemps et qu'on puisse faire en sorte d'agir pour tout ce qui aujourd'hui préoccupe les Français tous les jours.
Comment vous définiriez, on va rentrer évidemment dans le détail, ce qu'on peut attendre ou pas d'ailleurs, du partenariat avec Laurent Wauquiez, à quoi ça va ressembler ? Est-ce qu'il peut rester d'ailleurs au gouvernement Bruno Retailleau ? Est-ce que pour 2027 c'est évident ? Mais en fait, je me disais, c'est quoi le Retailleauisme, si je puis me permettre ? C'est quoi ?
D'abord, c'est une constance. Bruno, je le connais depuis des années, je ne l'ai jamais vu changer d'opinion au gré des circonstances, au gré des opportunités. C'est quelqu'un qui croit en ce qu'il dit et qui fait ce qu'il croit devoir faire. Et ça, tout le monde l'a vu au ministère de l'Intérieur. Ça fait des années qu'on défend avec Bruno la nécessité de retrouver une politique migratoire qui nous permette de maîtriser nos frontières. C'est ce que Bruno est en train d'essayer de faire aujourd'hui à Beauvau. Ça fait des années que nous disons que l'insécurité qui monte partout dans le pays est le signe d'un effondrement de notre vie civique, de notre civilité commune.
Et aujourd'hui, Bruno mène ce combat déterminé pour lutter contre ces violences.
Tout est dans le « essayer de faire ». Est-ce qu'il peut se contenter d'essayer de faire ?
Aujourd'hui, oui, parce qu'aujourd'hui, on hérite d'une situation infiniment difficile. Et cette situation fait qu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale. Nous ne sommes pas rentrés au gouvernement avec Bruno Retailleau et les ministres qui représentent notre famille politique. Nous n'avons pas fait collectivement le choix de rentrer au gouvernement parce que nous aurions le sentiment d'avoir déjà gagné l'élection présidentielle. Nous savons très bien que ce n'est pas le cas.
Et donc, dans ce contexte très incertain, il fallait assumer cette responsabilité pour empêcher que la gauche mélanchonisée ne soit le premier parti à l'Assemblée nationale susceptible de pouvoir revendiquer le pouvoir.
Donc il y a été par défaut, vous voulez dire ?
Bien sûr, on y a été pour faire en sorte d'éviter le pire et pour faire en sorte que ces deux ans soient aussi utiles que possible au pays. Maintenant, on ne se fait aucune illusion pour réussir à changer en profondeur la politique migratoire, pour sortir de la folie fiscale, pour reconstruire un budget sérieux, pour faire en sorte de libérer les entrepreneurs et tous ceux qui travaillent tous les jours et qui se sentent asphyxiés par le poids des charges, pour sortir les impôts de la folie fiscale qu'on connaît aujourd'hui. Pour faire tout ça, il va falloir une majorité claire et forte.
Et cette majorité-là, il faut qu'on la construise entre aujourd'hui, entre maintenant, ce matin et les deux ans qui viennent.
Alors jusqu'où est-ce qu'elle va cette majorité ? On y reviendra dans un instant, parce que Laurent Wauquiez, lui, avait dit qu'il était prêt à gouverner avec des alliances qui iraient, je cite, de Gérald Darmanin à Sarah Knaffo. Mais d'abord, Laurent Wauquiez, précisément, lui, il dit, il a reconnu sa défaite, il dit, nous devons nous ajouter et non pas nous diviser. Mais il pointe tout de suite un risque, je cite, de dilution dans le macronisme. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
La première chose que je voudrais dire, c'est que Laurent Wauquiez aura évidemment un rôle à jouer dans cette famille politique. On a la chance d'avoir eu une élection démocratique, transparente, ouverte, à laquelle 122 000 Français ont pu participer. Cette élection, elle fait le point de départ d'un nouvel élan. Et moi, je voudrais dire d'ailleurs à tous les électeurs de droite qui veulent contribuer à ce travail de reconstruction, c'est le moment de nous rejoindre. On voit qu'il y a un nouvel espoir qui s'est levé et on sera tous unis pour porter cet espoir.
On nous a expliqué que ça allait être la division de la droite, que de nouveau on allait se déchirer, qu'il allait y avoir du sang sur les murs. Ça n'a pas été le cas. On a vécu un vrai débat, une vraie discussion à l'intérieur d'une même famille. Et maintenant, cette famille est unie pour pouvoir reconstruire demain.
Laurent Wauquiez, vous dites qu'on est unis, mais enfin, il a tout de suite pointé ce qui, à ses yeux, est un problème chez Bruno Retailleau. C'est le fait d'être à la fois membre d'un gouvernement sous la présidence d'Emmanuel Macron et de l'autre côté président DLR quand il dit que le risque, c'est la dilution dans le macronisme.
Moi, je pense que tous les Français l'ont compris. Bruno Retailleau, en rentrant au gouvernement, n'a pas changé d'un iota le discours qu'il tenait. Et il n'a évidemment pas changé d'avis sur la nécessité des changements très profonds qu'il va falloir porter pour l'avenir du pays. Nous ne sommes pas devenus macronistes. Nous sommes rentrés dans ce gouvernement, je le répète, pour éviter que la gauche n'exerce le pouvoir, d'une part, et d'autre part pour faire en sorte que dans ce contexte où il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale, on fasse au moins ce qui est possible. Et ce qui est possible, c'est déjà beaucoup.
C'est la loi narcotrafic qui a été votée à l'Assemblée et au Sénat, portée par le groupe LR initialement au Sénat. C'est bien sûr tout le travail qui se fait aujourd'hui pour la lutte contre la délinquance. C'est ce que fait Annie Gennevard pour soutenir nos agriculteurs. C'est ce que nous faisons aussi depuis le Parlement européen, en accord avec nos parlementaires nationaux, pour porter les changements profonds dont l'Europe a besoin pour que la France soit mieux possédée.
Vous avez dit de l'envoquer, il aura un rôle à jouer. Lequel ?
Il aura le rôle qu'il voudra jouer dans cette famille politique. Il représente évidemment un atout. Et je partage totalement son avis lorsqu'il dit que maintenant, il faut additionner plutôt que soustraire. Je n'ai aucune inquiétude sur le fait que dès aujourd'hui, nous sommes tous unis autour de Bruno, qui est notre chef de file pour mener ce travail de reconstruction.
Vous lui faites toute confiance ?
Bien sûr. On a tous conscience. Et je crois que c'est ça qui fait que la droite a changé et qu'elle suscite un espoir. Vous savez, on est aujourd'hui le premier mouvement politique en France, avec ses 120 000 adhérents. Et si les gens viennent et reviennent, et certains, je l'ai vu partout dans le pays en allant faire campagne pour Bruno ces dernières semaines, des gens qui n'avaient jamais adhéré au LR, qui n'avaient jamais adhéré à un parti politique, ont décidé de nous rejoindre. Pourquoi ? Parce qu'ils voient que la droite a changé et que le premier changement, c'est celui-là. C'est que nous avons tous une conscience très claire que ce qui nous engage ensemble, c'est l'avenir du pays.
Et dans la crise politique que la France traverse aujourd'hui, personne ne peut se payer le luxe de division inutile.
Quelle est la différence entre les LR de Bruno Retailleau et le RN de Marine Le Pen ou Jordan Bardella ?
D'abord, on n'a pas besoin de se comparer pour se définir. Nous, nous sommes la droite française. Ce que Marine Le Pen n'a jamais réussi à dire, d'ailleurs, jusqu'à la dernière élection législative. Et encore aujourd'hui, elle passe son temps à expliquer que le RN n'est pas un parti de droite. Finalement, elle a un point commun avec Emmanuel Macron. Et elle a parfaitement le droit, c'est la cohérence de sa ligne. Je lui reconnais d'être totalement claire sur ce point. Elle ne croit pas au clivage droite-gauche.
Elle ne croit pas qu'il faille qu'à la gauche, qui s'assume dans ce pays et qui reconnaît qu'elle est de gauche et qui l'affirme haut et fort, elle ne croit pas qu'à cette gauche-là, il faille qu'un parti politique réponde en disant « Nous sommes la droite ». Eh bien moi, je crois à cela. Je crois que le clivage gauche-droite structure la vie démocratique dans tous les grands pays, dans toutes les grandes démocraties occidentales. Et je le vois en Europe. Vous savez, au Parlement européen.
Mais c'est ça la différence ? C'est-à-dire que quand je vous demande c'est quoi la différence avec le RN, vous me dites « En fait, elle, elle ne dit pas que c'est la droite, nous on dit que c'est la droite ».
Mais ce n'est pas une question de dire, c'est une question de cohérence, de vision. Au Parlement européen, ce que je vois, c'est que les deux grandes forces politiques qui structurent le débat politique, c'est d'un côté nous, la droite européenne, le PPE, de l'autre côté les sociodémocrates. Mais donc, c'est-à-dire que c'est une différence de forme ? Et le problème, c'est que moi, je n'ai pas été macroniste parce que je n'ai jamais cru ou en même temps. Et je ne pense pas qu'on sortira la France de la crise par d'autres en même temps. Notamment sur la question du rapport au travail, du rapport à la liberté, du rapport à l'économie. Ce ne sont pas des sujets anecdotiques. Pourriez-vous ?
Quand Marine Le Pen a le même discours que Jean-Luc Mélenchon sur ces sujets-là, je ne crois pas qu'elle puisse incarner l'espoir dont notre pays a besoin pour sortir de cette crise qui est une crise globale. La question migratoire, elle est liée aussi aux impasses de notre modèle social. Et si on ne touche pas aux impasses de ce modèle social, qui est devenu un modèle antisocial, parce qu'il punit ceux qui bossent, il punit ceux qui travaillent...
Mais ça, Marine Le Pen dit la même chose.
Pardon, non. Quand Marine Le Pen, à l'Assemblée nationale, vote contre la proposition de nos députés pour conditionner le RSA à 15 heures de travail ou de formation par semaine, c'est tout simple. 15 heures. Vous touchez des aides de l'État, vous devez, en contrepartie, vous réengager pour pouvoir trouver un emploi. C'est la moindre des choses. Marine Le Pen vote contre ça. Donc non, pardon, ça n'est pas la même chose.
François-Xavier Bellamy, lorsque le prédécesseur au fond de Bruno Rotaillot, qui était Éric Ciotti, puisqu'entre-temps, il y a eu une sorte de vacances de la présidence des LR, Éric Ciotti, lui, il a dit qu'on va s'allier avec le RN. Est-ce que cette option-là est absolument, totalement refusée par Bruno Rotaillot et par vous ? Ou est-ce qu'elle est envisageable selon les circonstances ?
Je pense qu'on a montré très clairement quel était notre choix à ce moment-là. Et moi, je crois que le rôle de notre famille politique, qui a traversé bien des difficultés, qui a souvent déçu, qui a souvent manqué à ses responsabilités, c'est de se reconstruire aujourd'hui pour mériter de nouveau la confiance des Français. Et c'est ça, cette nouvelle page. Parce que l'avenir de ce parti, ce n'est pas de devenir le supplétif d'une autre formation politique. Ce n'est pas de devenir l'auxiliaire ni du RN, ni de qui que ce soit d'autre. L'avenir de cette formation politique, c'est de réunir demain de nouveau une majorité de Français autour d'une ligne qui soit claire.
Et je le redis, je ne dis pas ça pour un parti, je dis ça pour le pays. Parce que c'est le seul chemin possible pour que la France se relève.
J'ai bien compris. Mais François-Xavier Bellamy, vous dites que nous ne serons pas les supplétifs du RN. Est-ce que le RN pourrait être le supplétif du DLR ? Est-ce qu'à un moment ou un autre, s'ils veulent vous rejoindre, s'ils vous proposent des alliances, est-ce que vous pourriez dire oui ?
Mais en fait, la Ve République, ce n'est pas une logique d'alliance d'appareil. Et c'est ce qu'il y a de plus important.
Est-ce que le RN, c'est non ?
Écoutez, je vous le redis, c'est très clair. La Ve République, c'est la proposition politique portée par une formation, par une personnalité qui rencontre une majorité de Français. Et notre devoir, c'est d'être cette formation politique et de porter celui ou celle qui, demain, réunira une majorité de Français autour d'un projet clair. Vous ne dites pas le RN, c'est non. Non, mais on n'est pas dans une situation, de toute façon, quoi qu'il arrive, on n'est pas en Italie, on n'est pas en Allemagne, on n'est pas dans une logique de coalition en France.
Donc, c'est plus pour des raisons de méthode que pour des raisons de conviction ?
Non, mais je viens de vous expliquer nos différences de fond avec le Rassemblement National. Je vais passer mon temps à expliquer pourquoi on n'est pas dans le même camp. Si j'avais pensé que le RN était l'avenir du pays, moi, je ne porte pas de jugement moral. Je ne passe pas mon temps à insulter les électeurs et je n'irai pas vous expliquer que les gens qui ont voté pour Marine Le Pen sont coupables de l'avoir fait. Je crois que notre devoir, c'est de les convaincre de revenir. Notre devoir, c'est de montrer que nous méritons leur confiance et que nous pouvons sortir ce pays de la crise. C'est ça, le sujet.
Mais maintenant, encore une fois, on ne va pas passer mille ans à expliquer pourquoi on est différent d'eux. Si on avait dû penser que le RN était l'avenir du pays, on aurait été au RN, on ne l'a pas fait. On va reconstruire la droite, on est passé par bien des difficultés et maintenant, un nouvel espoir se lève et ce nouvel élan, il va devenir, j'en suis sûr, une promesse pour la vie.
Ça veut dire que pour vous, les choses sont évidentes. Désormais, Bruno Retailleau a la légitimité. Qui lui permet d'avoir le chemin pour 2027. J'imagine qu'il y aura des étapes supplémentaires. Mais au fond, pour vous, il y a une légitimité. Cette élection a donné une légitimité à Bruno Retailleau.
Une légitimité forte. Quand vous avez le premier parti de France en nombre d'adhérents qui vote à 75% pour élire quelqu'un à sa tête, bien sûr que sa légitimité est très forte. La question de savoir ce qu'il voudra faire lui-même pour l'élection présidentielle, cette question-là, elle lui appartient bien sûr. Mais une chose est absolument certaine depuis hier soir, c'est que Bruno Retailleau sera l'un des artisans absolument déterminants de cette reconstruction de la droite et surtout de la France.
Au moins trois officiellement en lice pour représenter une sorte de grande droite. Et encore, trois si on ne compte pas Laurent Wauquiez qui de fait depuis hier est en plus mauvaise position. C'est Édouard Philippe notamment, c'est Gérald Darmanin, c'est Xavier Bertrand. Tous les trois ont dit leur souhait d'être candidat en 2027. Est-ce que ces trois personnages-là, Édouard Philippe, Gérald Darmanin, Xavier Bertrand, sont des gens avec qui vous pourriez travailler ? Est-ce qu'il faudra à un moment se départager ?
Mais mettons les choses à l'endroit. Ce qui compte le plus, c'est le projet. Ce qui compte le plus, c'est la ligne, c'est la vision. Et moi, je vous le redis, je n'ai jamais été macroniste parce que je n'ai jamais cru en même temps. Et je pense qu'il suffit d'écouter les Français. Je vais partout dans le pays et je les entends parler de la situation de la France pour comprendre que demain, ils vont choisir en 2027 une alternance au macronisme et pas sa continuité. Le but, c'est de faire en sorte qu'on arrive à sortir de la crise que le pays traverse. Et je ne dis pas ça pour distribuer les mauvais points. Le but n'est pas de juger le passé. Le but, c'est de se tourner vers l'avenir.
Mais pour incarner l'avenir, il faudra quelqu'un, et je crois que Bruno a montré la voie hier par la confiance qu'il a suscité, quelqu'un qui n'est jamais varié. Bruno n'a jamais varié. Et cette constance-là, elle est la clé de la confiance retrouvée.
François-Xavier Bellamy, dans le travail qu'il fait avec son autre casquette, celle de ministre de l'Intérieur, il y a, comme vous le disiez, il essaye de faire, je reprends l'expression que vous avez utilisée, parfois il n'y arrive pas. Et il y a un certain nombre de points. Il avait demandé, il avait effectué une liste de personnes sous OQTF jugées particulièrement dangereuses qu'il fallait renvoyer. Au moment où l'on se parle, ils n'ont pas pu être renvoyés. Jusqu'à quand est-ce que ça peut tenir le « essayer de faire » ?
Mais, encore une fois, la situation politique, elle ne change pas. Il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale. Aucun gouvernement, aujourd'hui, n'aura les moyens de faire exactement ce qu'il voudrait. Parce qu'aucun gouvernement n'aura une majorité claire au Parlement. Donc, la situation, elle est... Donc, il faut qu'il reste plus longtemps possible,
à vos yeux. Enfin, le temps qu'il pourra...
Je suis reconnaissant à Brune Retailleau d'une chose. Et je pense que les Français partagent exactement mon sentiment. C'est qu'il n'a sans doute pas gagné tous ses bras de fer. Mais il mène des bras de fer. Vous parliez de ces OQTF que l'Algérie refuse de reprendre. On peut dire que Brune Retailleau n'a pas encore gagné son bras de fer avec l'Algérie. C'est vrai. Mais il mène le bras de fer. Il mène le bras de fer. Et tant d'autres avant lui ne l'avaient pas mené. Pendant tant d'années, vous avez entendu des gens vous expliquer que tout était normal, que tout allait bien, que tout était sous contrôle. Bruno, lui, ne fait pas comme si tout était normal.
Et quand le gouvernement algérien, en refusant de reprendre ses ressortissants sous OQTF, se rend complice d'un attentat à Mulhouse, il y a quelques semaines, qui en deuille le sol français, parce que celui qui a commis cet attentat, le gouvernement avait tenté par dix fois de le reconduire en Algérie. C'est donc le refus du gouvernement algérien qui produit cette insécurité qui ensuite frappe la France. Eh bien, je vais vous dire une chose très simple. Tant de gouvernants avant Bruno Retailleau auraient expliqué, circulé, il n'y a rien à voir. Lui dit, c'est inacceptable. Et on va tout faire. Et on va mettre la pression. Et la pression, elle continue d'être mise.
Par tout le gouvernement d'ailleurs. Parce que les diplomates qui ont récemment été expulsés d'Algérie et des diplomats français ont donné lieu à une riposte du gouvernement français. Il faut qu'on continue dans cette voie jusqu'à ce qu'on obtienne les succès dont on a besoin.
Vous estimez donc là-dessus que Bruno Retailleau a fait plier en quelque sorte puisque plusieurs lignes étaient en concurrence en quelque sorte sur l'attitude à adopter vis-à-vis de l'Algérie. Vous estimez qu'aujourd'hui c'est la ligne de Bruno Retailleau qui l'a emportée ?
Eh bien, pendant très longtemps on prenait des claques et on disait merci. Aujourd'hui, c'est terminé. Et cette ligne-là, c'est celle du gouvernement. En effet, c'est certain.
Vous ne tendez pas la joue gauche.
Ah ben non, en politique, il ne vaut mieux pas. Vous savez, Max Weber dans Le métier et la vocation de politique expliquent qu'il y a une chose qui est la beauté des messages de l'Évangile et une autre chose qui est la réalité de la crée politique.
Donc il y a le chrétien d'un côté et il y a le philosophe de l'autre. Et l'homme politique est plutôt du côté du philosophe.
Non, ce qui est sûr, c'est qu'il y a d'un côté évidemment les convictions qu'il faut défendre, dit Max Weber. De l'autre côté, il y a l'expérience de la responsabilité. Et la responsabilité, ça implique, si on veut vraiment défendre nos convictions, ça implique de mener des combats. Et si nous voulons défendre nos convictions, il va falloir mener des combats dans les mois qui viennent.
Et qu'en est-il sur la fin de vie ? On sait vos convictions, elles sont aussi celles de Bruno Retailleau. Vous estimez que la loi telle qu'elle est en train d'être adoptée par l'Assemblée, la loi sur la fin de vie, est pour vous une loi qui refuse d'accompagner les plus faibles. C'est comme ça que Bruno Retailleau le dit. Si toutefois elle était adoptée, est-ce que ça fait partie des points sur lesquels Bruno Retailleau se dit je devrais mettre presque ma démission en balance ?
Est-ce qu'elle n'est pas adoptée ? Et moi je veux dire ma gratitude, ma reconnaissance à tous les parlementaires, les républicains en particulier, à tous les parlementaires de tous les bords d'ailleurs, parce que dans tous les bords il y a des élus qui aujourd'hui à l'Assemblée nationale alertent sur la dérive que représente cette loi. Et ça n'est pas pour des raisons qui appartiendraient à des convictions particulières, c'est seulement parce que nous voyons aujourd'hui la réalité dans la vie de notre pays, dans notre système de soins. Moi ce qui me révolte c'est qu'aujourd'hui on voudrait faire croire aux Français que le choix est entre souffrir et mourir.
On est au 21ème siècle, on a plus de moyens que jamais pour soigner et soulager la souffrance. Et le vrai choix ça n'est pas celui-là, le vrai choix il est pour notre société toute entière entre soigner ou laisser mourir. Moi je crois que notre société elle s'honorerait aujourd'hui de réinvestir dans notre système de soins, de soutenir les personnels soignants sur le terrain.
C'est l'objet de la loi sur les soins palliatifs.
Mais le comité consultatif national d'éthique qui s'était pourtant prononcé en faveur de l'euthanasie avait dit qu'il serait absolument impossible de légiférer sur l'euthanasie avant d'avoir mis en oeuvre une vraie application de la loi existante. La loi Léonétiques qui n'est pas...
Il y a une vraie inégalité du territoire face à la question de l'accès aux soins palliatifs.
Et cette inégalité est une injustice révoltante encore une fois. Vous vous rendez compte qu'on parle là de ce qu'il y a de plus essentiel. Comment on naît et comment on meurt ? Ce sont les moments les plus importants de la vie humaine. La mort aujourd'hui en France est le lieu d'une injustice immense. Vous avez 21 départements dans lesquels il n'y a pas un seul lit de soins palliatifs. Vous avez des gens tous les jours qui auraient besoin des soins palliatifs qui pourraient être soulagés de leur souffrance et qui n'y ont pas accès. Et quelle est la réponse que certains voudraient leur offrir aujourd'hui ? Vous inquiétez pas, on va vous montrer la sortie. Moi je ne crois pas que ce soit ça.
L'humanité, la dignité. Je ne crois pas que ce soit ça la justice
a entendu la ministre de la Santé qui elle dit on va mettre un certain nombre de garanties de garde-fous s'assurer que la personne est totalement lucide que ce n'est pas le médecin seul qui décide est-ce que ces garde-fous comme elle dit vous paraissent suffisants ?
D'abord dans tous les pays où l'euthanasie a été légalisée tous les garde-fous ont sauté. Et c'est d'ailleurs ce que promet aujourd'hui des promoteurs ce que promettent des promoteurs de ce texte. Je pense par exemple à Jean-Louis Touraine qui est l'un des artisans de longue date de cette réforme et qui le disait de manière totalement explicite devant les caméras ne vous inquiétez pas au début il y aura quelques contraintes mais ensuite on les lèvera dans les étapes qui suivront. Donc on le voit bien je suis maintenant je passe beaucoup de temps en Belgique au Parlement européen en Belgique on discute de l'euthanasie des mineurs de l'euthanasie des détenus
Donc vous avez redouté que cette loi ne soit que le début ?
D'abord c'est certain et même dans ce texte de loi tel qu'il est discuté aujourd'hui je suis désolé mais les garde-fous j'ai du mal à les voir j'ai le sentiment d'ailleurs qu'ils ont tous sauté le délai de réflexion pour pouvoir être opéré d'une opération de chirurgie esthétique c'est généralement autour de deux semaines en France là ce sera deux jours vous pourrez avoir accès à la fin de vie sans avoir vu un deuxième médecin un seul médecin suffira sans collégialité finalement aujourd'hui on le voit bien d'ailleurs les soignants qui sont aujourd'hui à l'Assemblée Nationale notamment chez les Républicains je pense à à Philippe Juvin par exemple nous disent aujourd'hui la gravité ce que ça représente pour notre système de soins pour faire une opération des dents de sagesse vous avez besoin de signer un formulaire de décharge là vous n'aurez pas besoin de signer un papier pour la mort administrée il suffira seulement d'un consentement oral est-ce qu'on est vraiment certain de vouloir s'engager dans cette voie pour ma part je crois que c'est au contraire le danger qui est devant nous
merci François-Xavier Bellamy d'avoir répondu à mes questions ce matin député européen vice-président des Républicains il est 8h52 sur RMC BFM TV merci
François-Xavier Bellamy