Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 10 juin 2026 6 min

Mondial 2026 : "On a appliqué à cette compétition les lois du marché américain", selon Luc Arrondel, chercheur au CNRS

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 6h22, nous sommes à la veille de l'ouverture du mondial de football et ce matin, on va faire rimer ballon avec pognon. Ce sport brasse des milliards, c'est logique, c'est le sport le plus populaire au monde, mais ce mondial organisé en Amérique du Nord, le sera-t-il réellement populaire ? Il semble en tout cas difficilement accessible au commun des mortels. Le foot business, c'est le titre de votre livre, Luc Arondel, bonjour. Bonjour. Vous êtes chercheur au CNRS, professeur à l'école d'économie de Paris. La FIFA, cash machine, c'est plus vrai que jamais avec ce mondial ?

0:39
Invité politique

C'est sans doute une vision un petit peu déformée qu'on a effectivement de la FIFA. Parce qu'il faut vraiment relativiser un petit peu tous les revenus qui sont générés par la FIFA par rapport à la popularité du foot, l'enthousiasme que ça suscite, etc. Si on regarde un petit peu le budget, au Qatar, la Coupe du Monde a généré à peu près 6 milliards de dollars. Il y a à peu près 1,5 milliard de supporters qui ont regardé la finale. Donc, si vous mettez en rapport ces deux chiffres, ça veut dire que finalement, chaque supporter a mis 4 euros pour regarder la finale. Donc, par rapport à toute la popularité que suscite le football, finalement, c'est assez peu d'argent.

Et notamment, si on regarde aux Etats-Unis, par exemple, la NFL génère à peu près 20 milliards de dollars par an. Donc, effectivement, il faut vraiment relativiser tous ces chiffres.

1:35
Présentateur

Mais est-ce qu'on peut encore parler de sport populaire quand on voit le prix des billets ? Ils sont, franchement, très souvent autour de 1 000 euros la place. Il y en a un, alors je ne vais en citer qu'un, mais il y a une place pour le match Norvège-France qui s'est vendue à 5 767 euros. C'est toujours aussi cher, les places des Coupes du Monde ?

1:51
Invité politique

Non, ça, c'est vraiment le problème de la compétition de cette année. Puisque si on regarde dans les prévisions de la FIFA, la billetterie au Qatar, ça représentait à peu près 1 milliard, on va dire. Et là, ça va être multiplié par 3. Donc, effectivement, il y a un problème de prix. Parce qu'effectivement, il y a plusieurs éléments. Un, il y aura plus de matchs.

2:14
Présentateur

Oui, c'est la première fois qu'il y a un mondial avec 48 équipes. Donc, forcément, plus de matchs.

2:17
Invité politique

C'est 104 matchs, donc il y aura plus de matchs. Les stades sont aussi plus grands, puisque c'est les stades de football américain. Et puis, on a appliqué à cette compétition les lois du marché américain. C'est-à-dire que si vous regardez comment fonctionne l'économie du soccer aux Etats-Unis, c'est vraiment basé essentiellement sur la billetterie. Enfin, c'est ce qu'on appelle les recettes des gens de match.

2:42
Présentateur

Avec une tarification dynamique.

2:44
Invité politique

Avec des plateformes de revente. Avec aussi une exploitation commerciale des stades qui est sans commune mesure avec celle qu'on peut observer en Europe. Et puis aussi avec, par exemple, une exploitation des parkings, etc. Donc, finalement, on a appliqué un petit peu ces lois du marché.

3:03
Présentateur

Et c'est vrai que c'est la première fois pour une Coupe du Monde que la revente est légale. Il y a des plateformes officielles. Et d'ailleurs, la FIFA prélève 15% vendeurs et 15% à l'acheteur. Le problème, c'est qu'on est à la veille du coup d'envoi. Il y a encore des billets disponibles. Il y en a vraiment beaucoup. Tout n'a pas été vendu. Ça veut dire que le Mondial, c'est devenu un produit premium aujourd'hui ?

3:19
Invité politique

Là, c'est vrai qu'on applique vraiment la loi de l'offre d'allemande. C'est-à-dire qu'à partir du moment qu'il y a un pricing dynamique sur des plateformes de revente, effectivement, les prix peuvent évoluer en fonction de l'offre et de l'allemande. Donc, c'est vrai que par rapport à certains matchs, il y aura forcément beaucoup moins de demandes que pour d'autres matchs. Donc, il va y avoir un gros écart sur les prix des différents matchs.

3:41
Présentateur

Alors, c'est beaucoup d'investissements, des milliards évidemment pour les pays qui l'organisent. Trois cette année, États-Unis, Mexique, Canada. Est-ce que c'est rentable pour les pays hautes ?

3:48
Invité politique

Ça, c'est pas rentable économiquement. C'est-à-dire que là, on a suffisamment de recul pour étudier l'impact économique des grands événements sportifs. Que ce soit les Jeux Olympiques ou la Coupe du Monde, il y a assez peu d'impact sur les économies. Si on regarde par exemple aux États-Unis en 1994, déjà les États-Unis qui organisaient la Coupe du Monde en 1994, on s'attendait à avoir un impact économique positif, alors que finalement, ils ont plutôt fait des pertes économiques sur l'événement. En France, par exemple, l'euro 2016, il a rapporté à peu près 1,5 milliard à l'économie. Il y a eu un impact économique, donc rapporter au PIB, c'est très très peu.

4:26
Présentateur

Et il n'y a pas de différence entre les trois pays ? Ce n'est pas plus intéressant pour le Mexique et le Canada qui ont peut-être dépensé un petit peu moins parce qu'ils ont accueilli moins de matchs ?

4:33
Invité politique

Oui, mais justement, s'ils accueillent moins de matchs, il y aura moins d'impact.

4:35
Présentateur

Il y a aussi moins de retombées. Alors, c'est la troisième Coupe du Monde pour Gianni Infantino en tant que président de la FIFA. Est-ce que les choses ont beaucoup changé en 10 ans sous son règne ? Parce que la FIFA, c'est quand même la plus grosse fédée au monde, la plus riche aussi. Est-ce que le côté business s'est accentué ?

4:51
Invité politique

Disons qu'on ne peut pas reprocher à la FIFA de vouloir augmenter ses revenus puisque, je vous rappelle, c'est une association qui a été fondée en 1908 pour gérer et développer le football dans le monde. Donc, quelque part, c'est tout à fait logique.

5:03
Présentateur

Tout ce qu'elle gagne, elle l'aurait investi normalement sur le terrain.

5:05
Invité politique

Elle le redistribue. C'est-à-dire que, par exemple, là, on raisonne en quadriennale, mais sur le quadriennale 2023-2026, il y a un programme de développement du football qui s'appelle FIFA Forward. Et donc, ils vont redistribuer 2,5 milliards de dollars pour développer le football dans le monde, donner aux confédérations, développer le football féminin, développer les infrastructures. Donc, quelque part, la philosophie originelle de la FIFA, c'est comme de développer le football dans le monde. Donc, après, on peut, effectivement, on peut critiquer, on peut s'interroger sur la gouvernance de ce football.

Et puis, finalement, c'est vrai, on peut faire de l'argent tant qu'on respecte le football.

5:44
Présentateur

Et je vais citer aussi Michel Platini, qui dit de lui qu'il aime les riches et les puissants. Ceux qui ont de l'argent, c'est dans sa nature, dit-il.

5:51
Invité politique

Voilà, c'est surtout ça qu'il faut avoir en tête. C'est de garder quand même, respecter le football.

5:56
Présentateur

Merci, Lucas Rondel, chercheur au CNRS, professeur à l'École d'Économie de Paris. Et je vais donner le titre de votre livre, Food Business, les 30 glorieuses, paru chez Odile Jacob, ce mondial de foot. C'est donc à partir de demain et jusqu'au 19 juillet. Sous-titrage Société Radio-Canada