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interviewbsmart· 27 juin 2026 8 min

SMART JOB - Transformer l’entreprise sans casser le collectif

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bien dans son job, une rubrique de Smart Job pour bien revenir sur les enjeux du dialogue social. Alors c'est un sujet qui impacte tous les chefs d'entreprise, les entrepreneurs de plus de 50 salariés et les grandes entreprises. Et je suis avec Marianne Monchamp. Bonjour Marianne. Bonjour Arnaud. Très très heureux de vous accueillir, directrice générale de l'Ocirp. Alors l'Ocirp c'est la prévoyance et on en parlera peut-être. Et on va s'intéresser avec vous parce que vous avez eu une longue et belle carrière politique, ancienne ministre, députée. Cette question du dialogue social, vous comment vous la regardez ? Parce qu'il y a un peu deux écoles.

Il y a ceux qui considèrent que le dialogue social ralentit et freine. Et d'autres, peut-être en fait vous partie, considèrent que le dialogue social c'est une clé de performance et de réussite.

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Invité politique

Oui c'est exactement ça. Il y a ceux qui se disent dialogue social, courage, fuyons. Et il y a ceux qui en revanche savent que la transformation de l'entreprise, sa capacité de développement ne peut pas se faire sans le dialogue social. Et c'est là que l'entrepreneur, l'entrepreneur d'aujourd'hui, celui de la PME, celui de l'ETI qui est en contact avec les salariés, a un rôle majeur. Il va arrimer les salariés au collectif. Il va arrimer l'individu au projet de l'organisation. Et ça passe par, là au sens propre du mot, un bon dialogue social. Ça passe par un bon dialogue social. Et un bon dialogue social, c'est un dialogue qui permet d'établir un consensus.

Un consensus sur la situation de l'entreprise. Un consensus sur la perspective. Afin que tout le monde puisse apporter une juste contribution à l'effort entrepreneurial.

1:48
Présentateur

Qui dit dialogue social dit aussi construire une relation de confiance. On en revient à ma première question. Comment, pour arrimer les collaborateurs, on crée cette relation de confiance ?

2:00
Invité politique

Il y a plusieurs sujets. Il y a tout le sujet de la négociation qui porte en réalité sur la stratégie de l'entreprise, la connaissance économique et financière. Ça c'est la base, c'est le CSE. Et c'est ce que dit le code du travail dont on a un peu oublié l'esprit. Pour ne retenir que le formalisme. Et ça c'est un peu un problème. Et puis il y a une deuxième dimension qui est celle de la construction de la protection sociale individuelle dans un environnement collectif. Et là pour le coup, les partenaires sociaux sont indispensables. Ce sont eux qui sont ces tiers de confiance, ces corps intermédiaires qui connaissent les besoins des salariés.

Qui sont capables d'imaginer une protection sociale totalement adaptée à la situation d'un secteur d'activité des salariés.

2:39
Présentateur

Alors c'est intéressant ce que vous dites, parce que tant on connaît, en tout cas on pense connaître les salariés élus d'une entreprise, on connaît moins les élus syndicaux qui siègent dans les branches et qui ont des responsabilités paritaires très importantes. C'est majeur. Puisqu'ils vont définir des niveaux de SMIC, de salaire.

2:56
Invité politique

Et des niveaux de protection sociale. Vous voyez la différence entre la PME, le TI qui est rassemblée ici avec le mouvement Les Entrepreneurs, et la grande entreprise. Dans la grande entreprise, il y a une gouvernance qui est souvent supranationale. La protection sociale, elle s'achète. C'est une stratégie d'achat. On maintient la masse salariale, on fait des calculs, on a des courtiers qui intermédient. Dans la PME, c'est tout à fait différent. Ce sont les organisations syndicales représentatives, les organisations patronales, et très souvent effectivement les entrepreneurs eux-mêmes, qui vont définir ce niveau, ces standards de protection sociale. Et là on tape juste dans ce cas-là.

3:31
Présentateur

Un mot quand même, parce que vous avez fait de la politique à haut niveau, en étant ministre notamment, il y a souvent un effet loupe entre ce que font les organisations nationales, c'est-à-dire les clichés de manifestations, d'images très médiatiques, et la réalité du dialogue social dans l'entreprise. Et on l'entendait lors de conflits. On disait, mais dans les entreprises, ça vote, ça signe les accords. C'est très étrange ça.

3:53
Invité politique

C'est cette représentation inversée qu'il faut avoir d'un dialogue social ascendant, qui commence au plus près des salariés dans l'entreprise, et qui ensuite par capillarité peut être une forme d'inspiration pour des réformes importantes. Bon, les confédérations ont leur rôle, en ce qu'elles sont capables de dire à la puissance publique, ne néglige pas le fait que nous sommes des tiers de confiance, et ne néglige pas le fait que nous avons une connaissance fine par cette capillarité.

4:19
Présentateur

Vous leur parliez quand vous étiez ministre, vous aviez des échanges avec eux.

4:21
Invité politique

Oui, et je dois dire avec passion, et aujourd'hui à l'OSIRP, dont c'est la vocation, je continue de retrouver en fait cette notion. Vous savez, les réformes qui ont planté, il y en a quelques-unes, ce sont celles dans lesquelles on a voulu faire passer l'information pour de la négociation. Et ça, c'est une faute de méthode dont je crois qu'il faut avoir la trace pour éviter de la reproduire. La négociation, ça a un sens.

4:45
Présentateur

Donc ça veut dire que vous donnez sa chance au dialogue social, Marianne Monchon. Vous faites partie de cela.

4:49
Invité politique

Moi, je crois que dans un modèle européen qui cherche sa souveraineté, ce qui peut nous différencier de modèle autoritaire, c'est effectivement un haut niveau de protection sociale qui passe par un haut degré de dialogue social.

5:01
Présentateur

Donc les partenaires sociaux sont des acteurs au même titre que les acteurs politiques, je dirais aussi importants dans la vie de l'entreprise, dans la vie de la cité économique.

5:11
Invité politique

Ils fabriquent cette intermédiation sans lesquelles il est improbable que l'individu rencontre la cause du collectif. Et ça, on n'en a jamais eu autant besoin. Sinon, on a des pensées séparatistes ou on imagine une protection sociale sans les gens. Tout ça, on le voit bien, n'a pas de sens. Et les transitions que nous vivons l'imposent encore plus.

5:26
Présentateur

Il y a, avant de nous quitter, un sujet qui impacte très directement les partenaires sociaux, je pense à l'IA, qui est un sujet, alors il y a beaucoup de sujets sur lesquels les partenaires sociaux sont très en pointe. Le droit du travail, l'accompagnement social des salariés. Sur l'IA, on sent là un flottement. Comment on fait pour créer du dialogue social qui échappe même au délai ?

5:53
Invité politique

Moi, je trouve qu'il y a un thème qui a été abordé par quelques-uns et qui, aujourd'hui, est un peu en déshérence. C'est la question du lien de subordination. Et en fait, l'intelligence artificielle, dès lors que ça se fonde sur de la responsabilité, sur une capacité d'analyse critique, c'est libérateur et ça permet d'avoir une nouvelle conception de ce qu'on appelait naguère, le lien de subordination. Et je ne saurais trop suggérer une réflexion assez approfondie sur ce qu'est le travail aujourd'hui et cette transformation d'un lien qui était naguère de subordination et qui doit devenir un lien d'émancipation.

Et peut-être que là, sur ce chemin-là, on a des possibilités avec l'intelligence artificielle.

6:31
Présentateur

Attendez, d'un mot, vous nous dites, on supprime ce lien de subordination qui crée un rapport de hiérarchie et d'autorité ?

6:37
Invité politique

Il n'a plus de sens. Hier, il était fondé sur le capital et la détention du capital. Et il était normal que l'ouvrier, si on peut dire, ait un lien de subordination puisque le capital appartenait à l'entrepreneur. Quel sens cela a-t-il dans l'économie sociale et solidaire ? Quel sens cela a-t-il quand on fait le partage de la valeur ? Quel sens cela a-t-il dans des scopes et dans des nouvelles formes d'organisation ? Et dans le télétravail et l'individualisation de la contribution ? Et c'est là que je pense qu'il nous faut investir cette nouvelle dimension sans quoi on risque de passer à côté du sens de ce que l'intelligence artificielle peut apporter.

7:11
Présentateur

Sujet essentiel, ce rapport de subordination qui régit notre rapport au travail, aujourd'hui encore. Merci, chère Marianne Monchance. C'est un vrai plaisir de vous accueillir. directrice générale de l'OCIRP, la protection sociale et puis ancienne ministre, rappelons-le, député notamment. Merci à vous. Merci à vous. Et c'est la suite bien sûr de nos programmes, les programmes de Smart Job ici au Parc des Princes.