Vladimir Poutine en Mongolie : controverse autour d'une visite sous mandat d'arrêt international
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Vladimir Poutine a été accueilli en grande pompe par le président de la Mongolie à ouan Bator officiellement il est là pour célébrer le 85e anniversaire d'une grande bataille sovietto-mongole contre le Japon survenue avant la Seconde Guerre mondiale mais évidemment ce voyage suscite une polémique Vladimir Poutine est sous le coup d'un mandat d'arrêt international et c'est son premier déplacement dans un pays ayant ratifié la Convention de la Cour pénale internationale les autorités mongoles donc en théorie devraient l'arrêter pour quoi accepter une telle visite bonjour Antoine mer bonjour vous êtes politiste et chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique président de celdon conseil il faut tout d'abord nous dire pourquoi cette visite a été organisée au-delà évidemment et du motif officiel elle s'inscrit dans le cadre d'un développement des relations bilatérales russo-mongol avec une volonté de la Russie de réaffirmer en quelque sorte une sorte de présence et d'influence en Mongolie dans un contexte international qui est particulièrement compliqué et donc une visite en Mongolie c'était quasiment une visite sans risque on est dans un pays qui reste quand même relativement dépendant de la Russie on en pourra en reparler mais notamment justement oui si vous pouviez donc nous expliquer en quoi ce pays est dépendant de la Russie et puis peut-être aussi nous présenter la Mongolie Antoine donc la Mongolie la premier le premier trè distinctif c'est un pays qui est enclavé entre deux voisins qui sont la la Chine et la Russie et qui est confronté à une forme de euh de de différence radicale entre de puissance entre ses deux voisins que ce soit au niveau de de population les Mongoles c'est 3,5 millions d'habitants sur un territoire qui est vaste comme trois fois la France et donc ça limite leur capacité à exercer une souveraineté et une indépendance qui soit pleine et entière et face à cette situation là euh ils ont pendant longtemps été placés sous la tutelle de de la Chine puis l'Union soviétique et ils ont reconquis leur indépendance à partir des années 90 au gré d'une révolution démocratique et de la transition vers l'économie de marché qui a eu lieu dans le pays au tournant des années 90 et depuis cette période la Mongolie essaie d'exister d'une manière indépendante et souveraine sur la scène internationale et donc de concilier avec ces deux puissants voisins ce qui est pas toujours aisé est-ce qu'elle peut ne pas choisir entre ces deux voisins c'est l'objectif le le cœur de la stratégie de sécurité développée par les Mongoles c'est des ESS de préserver une forme d'équilibre dans les relations qu'ils vont avoir avec Moscou et avec Pékin le l'idée étant que ce le maintien de cet équilibre est une garantie de sécurité mais qu'il va aussi permettre de développer des relations privilégiées avec ce que les autorités mongoles considèrent comme étant des troè voisin c'est-à-dire des pays démocratiques et développés qui vont pouvoir appuyer le fonctionnement de la démocratie mongole soutenir la diversification de son économie et donc permettre l'exercice de son indépendance et lorsqu'on évoque une démocratie iste une véritable démocratie la Mongolie et c'est tout le le charme finalement de ce pays c'est qu'on est sur un cas qui est assez singulé dans la mesure où quand on regarde finalement les conditions initiales dans les années 90 il y a rien qui laissait à penser que la Mongolie allait pouvoir entamer un processus de démocratisation on est sur un pays qui a pas de tradition démocratique il y a pas de voisin démocratique qui auraiit pu influencer le modèle il y a une richesse en matièrees premières qui est quand même un élément qui est très défavorable normalement sur les processus de démocratisation et contrairement à ce qu'on a pu voir sur d'autres République d'Asie centrale ou même dans dans dans d'autres pays postsocialistes on a vraiment une évolution du pays vers un régime qui est de plus en plus parlementaire et ce qui est intéressant de noter c'est que le parlementarisme est aussi une réponse à cette situation sécuritaire délicate dans la mesure où il permet de de diluer le pouvoir et de donner des marges de manœuvre aux autorités mongoles et justement puisque vous l'avez évoqué ce pays est riche très riche est-ce que ça fait partie là aussi de ce que convoite à la fois Moscou et Pékin oui dans une certaines mesures alors ce qu'il faut bien prendre en compte c'est que la Mongolie est dans une situation compliquée parce qu' dans dans une situation de double dépendance sur le volet de l'exportation des matières premières donc le sous-sol mongol est riche de tout un tas de de ressources que soit du charbon du cuivre des des terr RARs et cetera de l'uranium et donc l'essentiel de la production miniire mongole est exportée en Chine en revanche les Russes n'importent pas de de matière première de Mongolie mais mais fournissent au pays de l'énergie notamment des des produits pétroliers raffinés et de l'électricité et cette dépendance mongole à l'gard de la Russie est problématique dans la mesure où elle est utilisée par les autorités russes pour faire pression sur les autorités mongoles dans des moments de décision qui peuvent être clés alors ces moments de décision c'est par exemple la visite de Vladimir Poutine c'est c'est quand même très ennuyeux d'avoir ratifié la Convention de la Cour pénale internationale et de ne pas l'exécuter puisque Vladimir Poutine savait fort bien qu'il ne serait pas arrêté en débarquant à houan Bator c'est tout le on ça illustre bien finalement la ligne de crête sur laquelle se situent les autorités mongoles c'est-à-dire que la première priorité pour eux la condition syéquanon finalement de de leur liberté de leur indépendance c'est de ne pas froisser les voisins et donc d'entretenir de bonnes relations avec Moscou et avec Pékin quel que soit le contexte international quels que soient les les éléments qui qui peut y avoir autour de ça et donc le il y a toute une logique de réassurance à l'égard de la Russie et donc cette invitation qui a été faite par le président rouel sour euh à Vladimir Poutine à l'automne dernier elle s'inscrit dans un cadre bilatéral classique mais elle constitue aussi une marque de réassurance à l'égard de la Russie pour leur montrer que la Mongolie n'est pas dans une attitude hostile et le la difficulté pour les autorités mongoles c'est de combiner finalement cette cette nécessité avec toute l'ambition de diversification d'ouverture d'engagement dans la dans la communauté internationale qu'ils ont témoigné depuis le début des années 90 mais alors justement est-ce qu'il va y avoir des des sanctions pour ne pas avoir sanctionné Vladimir Poutine probablement pas donc le c'est des questions qui peuvent se poser mais c'est il y a eu d'autres États qui ont accueilli des des chefs d'État qui étit soumis à des accusations de la CPI qui ont pas forcément été sanctionné mais dans le cas de la Mongolie serait usoire de de penser que la crainte d'une sanction pourrait les inviter à revoir leur politique on est plutôt sur une question d'une nécessité les autorités mongoles s'attachent au contraire à expliquer dans toutes les chancellerie occidentale la nature finalement inévitable de cette visite et contrainte et essayer d'expliquer leur position sur le sujet mais c'est c'est un peu humiliant à l'échelle internationale parce que ça témoigne de la suggestion de la Mongolie vis-à-vis de la Russie aujourd'hui oui dans un sens ça témoigne de l'influence de la Russie en Mongolie mais c'est aussi et on on peut faire un parallèle parce que la situation est la même avec la Chine il y a quelques années le dalil Lama s'était rendu dans le pays et le ministre des Affaires étrangères avait été obligé d'aller en à Pékin présenter des excuses publiques en disant que les Mongoles avaient retenu la leçon et cetera et donc c'est des mesures qui sont des mesures enfin la situation est humiliante euh elle témoigne des de des limites sur leur capacité d'action dans la région mais c'est la condition cinequanon pour la diversification des relations qu' peuvent entretenir avec d'autres partenaires le développement des relations avec la France avec les États-Unis et cetera donc ils ont pas le choix ils sont obligés d'en passer par là quel est l'intérêt de Vladimir Poutine cette fois-ci bah là je pense que le il y a un côté symbolique très fort montrer que il peut se rendre en Mongolie sans sans difficulté dans une forme de visite de routine autour d'une euh d'une d'une relation bilatérale qui reste quand même quelque part anecdotique pour la Russie donc il y a vraiment ce ce côté symbolique il y a quelques enjeux économiques mais qui sont accessoires au regard de de cet enjeu symbolique oui euh c'est-à-dire qu'on on voit mal effectivement l'urgence de se rendre en en Mongolie comment la jeunesse mongole perçoit-t-elle la situation actuelle là aussi alors vous parliez d'une culture démocratique récente comment ces choses-là sont-ell perçu il y a une il y a une crainte dans la enfin il y a une une forme de de peur et de crainte dans la jeunesse mongole à l'égard de l'attitude de de la Russie ce qu'il faut bien prendre en compte c'est quelque part malgré toute la suggestion mongole et lesgard de la Russie les Mongoles ont gardé une sorte de bonne image de leurs voisins russes du fait de leur contribution au développement économique à la modernisation du pays et cetera mais là avec les les événements en Ukraine les choses sont quand même en train de changer il y a une forme de rupture et vous avez beaucoup de euh une jeunesse urbaine évidemment plutôt à wouand battor qui tente d'organiser des mouvements de protestation il y a des manifestations antig-erre qui ont été organisé alors elles sont pas très suivies mais ça témoigne quand même d'une forme d'inquiétude sur ce sujet comment sont-elles perçues au sein du pays est-ce qu'il y a donc vous évoquiez le gigantisme de ce pays un pays très peu peuplé et qu'est-ce que ça signifie sur le le reste de la population mongole celle qui n'est pas urbaine il y a une forme de d'attentisme finalement dans la dans la population mongole avec l'idée que de toute façon le ce qui se passe en Ukraine les dépasse très largement et que ils ont une question vitale pour eux qui leur capacité à exister au milieu de l'UR de voisin et cette cette peur finalement dépasse tout le reste néanmoins on note quand même y compris dans les élites mongol euh bah une forme de dégoût à l'égard de ce qui se passe quand on quand on en parle avec eux ça crée une vraie inquiétude euh parce que il y a il y a d'autant l'inquiétude elle est liée au fait que il y a ce différentiel de puissance cette cette brutalité russe mais il y a peut-être aussi une inquiétude un peu plus sourde et lancinante sur l'irrationalité même de la politique russe et qui pourrait aussi avoir des conséquences en Mongolie d'où aussi la nécessité de mener des des approches de réassurance pour être sûr que l'attitude mongole euh en tout cas pour les autorités soit pas interprété comme une une attitude hostile merci beaucoup Antoine mer je rappelle que vous êtes politiste chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et président de celdon conseil
Jean-Pierre Bataille