Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewINA Histoire· 19 juin 2026 7 min

Les images censurées des femmes tondues de Voiron à la libération | INA Histoire

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Nous sommes à Voiron en Iser à l'été 1944. [musique] Dans la ville qui vient d'être libérée, des femmes accusées d'avoir collaboré avec les autorités allemandes ont été capturées. Une foule nombreuse est venue assister au châtiment qui leur est réservé.

Un châtiment public filmé en détail. Bien que des scènes comme celles-là se multiplient pendant la libération, cette séquence ne sera pas diffusée dans les journaux d'actualité de l'époque. Pourquoi une telle censure ?

Quelles sont ces images que les autorités de la France libre ne veulent pas montrer au public ? Voici l'histoire de ce film conservé dans les archives de Lina. [musique] 25 août 1944, le caméraman d'actualité Félix Forestier filme la libération de Voiron, une commune de lisser située à côté de Grenoble.

Ces images s'attardent sur quatre femmes accusées d'avoir collaboré avec les Allemands. Dans son rapport de tournage, l'opérateur indique que ces femmes sont des miliciennes, des femmes à allemand qui ont aidé la Guestapo. Attardons-nous sur un mot, milicienne.

C'est une référence à la milice française, une organisation paramilitaire créée en 1943 par le régime de Vichi pour aider la police allemande. Elle est notamment engagée dans la lutte contre la résistance et la traque des juifs. Ces membres, quasi exclusivement des hommes, ont commis de nombreuses exactions en Iser en 1944.

Torture, exécution sommaire, déportation. Ces opérations ont traumatisé la population et provoqué sa colère. Et c'est à cette colère que ces femmes sont désormais exposées.

Le crime présumé de ces accusées dites femmes à allemand, c'est d'avoir fréquenté les soldats de la Vermart et d'avoir été des collaboratrices. On veut les punir. L'église qui apparaît sur ces images sert de décor à un rituel soigneusement préparé.

Les quatre femmes sont d'abord tendues par un groupe d'hommes qui se présentent comme des résistants. L'humiliation publique est renforcée par l'instrument utilisé pour raser la tête de ces femmes. Il s'agit d'une machine destinée à tondre les animaux.

Le dispositif a une double fonction. Marquer le corps de ces femmes et les déshumaniser. Il s'agit de frapper les esprits en soumettant ses présumés coupables à un châtiment infamant qui les condamne [musique] à la honte et à l'exclusion.

Après avoir été tendu, les quatre femmes sont contraintes de s'agenouiller autour de leurs cheveux en train de brûler. C'est une scène d'expiation, d'inspiration religieuse. Elles se repentent de leur crime devant le symbole de leur séduction devenu symbole de trahison.

Le tas de cheveux enflammés fixe l'objectif du rituel. Conjurer 4 années d'occupation en consumant la trace symbolique de la collaboration. Le châtiment public permet aussi de répondre au désirs de vengeance exprimé par la population à l'égard des collaborateurs.

Alors, pourquoi censurer les images de cette justice populaire à laquelle adhèrent de nombreux Français de l'époque ? D'abord parce que ce film montre une scène de l'épuration extrajudiciaire. Le châtiment se déroule hors de tout cadre légal.

Période d'euphorie, la libération est aussi une période de vengeance et de règlement de compte dans un pays où le gouvernement provisoire de la République doit ramener l'ordre et rétablir l'état de droit. Environ 20000 femmes sont tondues publiquement pendant la libération. C'est un châtiment qui est épargné aux hommes accusés des mêmes crimes.

De fait, c'est un châtiment spécial et supplémentaire qui vise d'abord ces personnes parce qu'elles sont des femmes. La majorité d'entre elles n'ont pas été jugées et les preuves de leur collaboration n'ont pas été apportées à la justice. Ces images sont donc excluses des actualités filmées de l'époque.

Les signes qui associent ce châtiment aux nouvelles autorités le sont aussi. Regardez cette séquence. Cette femme en train d'être tondue a été forcée de tenir un drapeau avec la croix de Laoren entre ses mains.

L'emblème de la France libre incarné par le général de Gaul est placé au cœur de la mise en scène comme si le nouveau pouvoir approuvait le traitement imposé à ses femmes. Il n'en est rien. Le gouvernement provisoire de la République condamne ses actes de représaill auxquels il refuse d'être associé.

Des châtiments comme celui de Voiron se déroulent un peu partout en France pendant l'été 1944. Leur compte-rendu occupent régulièrement les pages des quotidiens de la presse écrite. Des journaux qui ont retrouvé leur liberté d'expression avec la fin de l'occupation.

Ce n'est pas le cas des actualités filmées. Avec la libération, elle passe sous le double contrôle civil et militaire du gouvernement provisoire de la République. [musique] Les bobines de film qui nous intéressent, celles où figurent les femmes tondues de Voiron, parviennent à Paris à l'automne 1944.

À ce moment-là, les journaux d'actualité sont visionnés chaque semaine par des agents du contrôle militaire de l'information ainsi que par des représentants des ministères de l'intérieur, de la justice et de l'information. Appliquant la ligne du gouvernement, leur censure proscrit tous les sujets sur les femmes tendues. Le châtiment infligé à celle de Voiron n'échappera pas à cette règle et les spectateurs des journaux filmés de la libération ne le verront pas.

Les autorités préfèrent célébrer l'engagement des femmes dans la résistance comme dans ce sujet diffusé dans les salles de cinéma le 3 novembre 1944. Pendant l'insurrection parisienne, les femmes ont tenu leur poste malgré le danger. Elles ont même pris les armes.

Aujourd'hui, sous l'uniforme, elles occupent leur place dans les troupes alliées. 4 ans de souffrance à cette et de courage leuront même donné le droit de juger elles aussi les traîtres. Voici les quatre jurés qui sièchent à la cour de justice de Paris.

Et n'oublions pas celles qui sont devenues madame la meresse ou madame l'adjointe. L'Union des femmes françaises tient son premier grand meeting. Madame Claudine Michot du comité directeur.

Souffance a fait l'union des femmes françaises. L'Union peut se réaliser encore mieux dans la lutte pour le bonheur à condition de montrer à toutes celles qui souffrent que cette lutte est possible et qu'elle peut-être féconde.