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interviewRadio J — L'interview politique· 6 mars 2024 13 min

Stéphane Travert - Le Barbier du matin du 06/03/24

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Stéphane Travers, bonjour. Bonjour. Vous avez été récemment élu président de la commission des affaires économiques à l'Assemblée nationale. On va donc parler économie, mais un mot d'international pour commencer. Le Super Tuesday s'est tenu aux Etats-Unis, pas de surprise, Biden et Trump l'ont emporté. La perspective de voir arriver Trump au pouvoir dans quelques mois, c'est une inquiétude pour l'économie française notamment ?

0:26
Stéphane Travert

Pour l'économie européenne, parce que nous le savons très bien, le programme de Donald Trump, si tant est qu'il y a un programme, parce que nous n'avons pas encore vu grand-chose, mais nous savons seulement qu'aujourd'hui, ce sont des mesures de protectionnisme qui affaibliront l'économie européenne et qui nous mettront dans une concurrence très rude. Et les Etats-Unis est le premier marché d'exportation de l'Union européenne. Donc voilà, il n'y aura pas de surprise sur ce que sera l'affiche de cette élection, Trump-Biden, un remake de la fois dernière, mais nous devons nous préserver et protéger l'Europe, justement, de ses assauts.

1:04
Présentateur

Ça serait aussi un risque géopolitique, parce qu'on sait que Trump, ça veut dire l'affaiblissement de l'OTAN et le désintérêt de l'Amérique pour ce qui se passe en Europe.

1:11
Stéphane Travert

Affaiblissement de l'OTAN, nous le savons bien aujourd'hui, et c'est pourquoi le président de la République, ces derniers temps, a repris la main sur le dossier ukrainien, en considérant que l'Europe devait protéger l'Ukraine, et protéger l'Ukraine, c'est protéger l'Europe, parce que la guerre est aux portes de l'Europe et que nous devons aujourd'hui prendre tout cela en considération. Et parce que nous savons que si demain Donald Trump était réélu, nous n'aurions plus le soutien dont bénéficie l'Ukraine aujourd'hui auprès des Etats-Unis.

1:42
Présentateur

Le président de la République française avait soulevé la polémique et il était assez isolé. Quand il a évoqué l'envoi de troupes au sol en Ukraine, hier à Prague, il a persisté. Il dit qu'il faut un sursaut stratégique, il ne faudra pas être lâche. N'est-il pas trop pessimiste, trop va-t'en-guerre ?

1:57
Stéphane Travert

Pas va-t'en-guerre, mais lucide sur la situation que nous connaissons aujourd'hui. Oui, une partie de l'Europe est en guerre, une partie de l'Europe peut être menacée. Alors il ne s'agit pas, comme certains ont pu le prétendre ou l'entendre, dire qu'on allait envoyer des troupes de soldats en Ukraine, mais aujourd'hui il y a des coopérations entre l'Europe et l'armée ukrainienne sur le renseignement et bien d'autres choses. Nous fournissons des armes aux soldats ukrainiens pour se défendre. Et parce qu'aujourd'hui protéger l'Ukraine c'est défendre l'Europe, c'est défendre des principes de liberté, c'est défendre aussi des principes de civilisation quelque part qui sont les nôtres.

Et je crois que nous avons besoin d'une Europe unie et qui parle d'une seule et même voix, sans nier ce qui se passe à deux heures d'avion d'ici.

2:46
Présentateur

Autre conflit au Proche-Orient, est-ce que la France a encore une prise, une influence sur ce qui se passe ?

2:51
Stéphane Travert

La France est un, on le voit toujours quand on va à l'extérieur, la France est un pays qui reste très écouté, dont la parole est toujours attendue et entendue. Et justement nous devons continuer à utiliser cela auprès de l'ensemble de nos intervenants, des gens avec qui nous travaillons dans tous les pays, l'Europe qui doit porter aussi les messages de paix, l'Europe qui doit porter des messages de construction, des libertés, de légalité. Et c'est vrai qu'aujourd'hui cette voix de la France, elle doit continuer à être entendue et je sais que le Président de la République est à sa tâche dans ce domaine.

3:30
Présentateur

Est-ce qu'on ne perd pas sur les deux tableaux en étant derrière Israël, qui se défend depuis le 7 octobre, mais en même temps en disant attention les populations civiles, est-ce qu'on n'est pas dans le « et » en même temps qui n'aboutit à pas grand-chose ?

3:40
Stéphane Travert

Pas du « en même temps », il y avait la condamnation de ce qui s'est passé le 7 octobre, qui a été un drame absolument épouvantable, pogrom, on n'avait pas vu ça depuis la Seconde Guerre mondiale, et ça il faut lutter de toutes ces forces contre le terrorisme, le islamisme, et donc faire la guerre au Hamas, et puis dans un même temps condamner aussi ce qui peut se passer sur Gaza et les populations civiles, c'est trouver le juste équilibre qui va nous permettre à la fois de trouver des solutions, si tant est qu'un jour on puisse en trouver, bien évidemment que nous le souhaitons.

4:16
Présentateur

Alors vous arrivez à la tête de cette commission des affaires économiques, à un moment où on craint la décroissance, la reprise du chômage, horizon sombre non pour l'économie française ?

4:26
Stéphane Travert

Un horizon qu'il va falloir contribuer à remettre des éléments positifs. Moi je vais vous parler de ce que je connais le mieux, c'est mon territoire. Moi dans mon territoire aujourd'hui nous sommes à 5% de chômage, c'est le département de la Manche, je vois des chefs d'entreprise qui cherchent des salariés, des collaborateurs dans tous les sens, qui ont du mal à recruter, des marchés qui sont là et qu'il faut fournir, et on assiste même à une baisse et à une diminution de l'activité, parce qu'on ne trouve pas les collaborateurs pour mener à bien l'ensemble des chantiers et des commandes qui sont passées.

Mais dans le même temps, nous avons aussi nos finances publiques, sur lesquelles nous devons faire un effort. Bruno Le Maire a fait un certain nombre d'annonces, il y aura certainement, je crois, un projet de loi de finances rectificative, qui, sur les finances publiques, portera sur un certain nombre d'économies. Mais dans le même temps, c'est notre capacité aussi à investir, notre capacité à apporter des garanties, et c'est ce que nous avons rappelé l'autre jour à l'ensemble des filières agricoles avec Bruno Le Maire lorsque nous les avons reçus au Salon de l'Agriculture.

Et je crois qu'aujourd'hui, nous avons vécu un moment où, entre les effets de l'inflation qui ont pesé lourdement sur l'économie des Français, ce que nous avons pu, avec la majorité et le gouvernement, mettre en place comme outil, comme matelas pour que les Français voient moins cet effet de l'inflation, nous puissions repartir dans des politiques d'investissement. Ça va être le logement, ça va être la production agricole, ça va être la réindustrialisation de la France, qui concourt justement à faire en sorte que nous ayons des chiffres demain de l'économie qui soient meilleurs et des objectifs de croissance qui soient en hausse.

6:06
Présentateur

On est bon pour les investissements étrangers, ils viennent chez nous, on est en tête des pays de l'Union Européenne. En revanche, on n'est pas bon pour le commerce. Notre déficit commercial s'aggrave. Comment l'expliquez-vous ? On n'est pas compétitif à l'étranger ?

6:19
Stéphane Travert

Toutefois, ça a été l'occasion de mettre en place des beaux outils d'attractivité de la France pour accueillir des investisseurs étrangers, des entreprises qui viennent investir sur notre territoire. Je pense que là aussi, cela peut se régler dans le domaine européen. Nous avons besoin de plus de cohérence européenne pour que sur le commerce extérieur, nous soyons plus forts, que nous puissions tous les uns et les autres dépendre des mêmes règles, sans concurrence déloyale particulière.

6:49
Présentateur

Notre problème aujourd'hui, c'est l'Allemagne. Une Allemagne essoufflée, une Allemagne qui n'a plus de croissance, une Allemagne qui est en crise ?

6:53
Stéphane Travert

Une Allemagne, oui, qui connaît des difficultés économiques. L'Allemagne a toujours été regardée avec envie par bon nombre de pays européens depuis des années pour son dynamisme économique, pour l'entrain de ses entreprises. Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin du moteur du couple franco-allemand pour faire fonctionner l'Europe, oui.

7:15
Présentateur

Votre secteur fétiche, c'est l'agriculture, vous en avez été le ministre. Cette loi agricole qui se prépare, est-ce qu'elle va régler les problèmes et calmer définitivement la colère ?

7:23
Stéphane Travert

Il faut trouver les solutions. Vous avez trois domaines qui sont nécessaires aujourd'hui pour calmer à la fois les colères et les peurs. C'est d'abord une loi d'orientation. La dernière date de 2013, nous l'avions votée avec Stéphane Levol qui consacrait l'agroécologie. Aujourd'hui, cette loi d'orientation, c'est la souveraineté alimentaire. Comment nous pouvons tendre vers notre souveraineté alimentaire demain en France et en Europe ? Le président de la République s'est engagé sur des égalimes européens et c'est une bonne nouvelle.

Aujourd'hui, la souveraineté alimentaire, nous allons l'obtenir à travers la formation, le renouvellement des générations, l'innovation, la lutte contre le changement climatique. Et puis, pour calmer les colères, c'est cet immense chantier de simplification auquel le Premier ministre a souhaité s'atteler, qui fonctionne aujourd'hui dans les préfectures. Je vois chez moi, les réunions ont lieu toutes les semaines avec le préfet, les sous-préfets pour aller chercher les irritants, les points faibles qui empêchent ou qui contraignent aujourd'hui nos agriculteurs.

8:26
Présentateur

Et l'administration joue le jeu ?

8:27
Stéphane Travert

L'administration, de ce que je vois, de ce que j'entends, joue le jeu, mais on a besoin d'être là. Et c'est le rôle du Parlement, peut-être, d'être en contrôle de ce qui se passe. Mais comptons sur les députés pour être dans l'action de ce contrôle, dans le dialogue qu'ils ont avec les préfets et les services d'administration déconcentrés.

8:44
Présentateur

Vous parliez des nouvelles générations, la transmission des entreprises agricoles. On entendait beaucoup de jeunes au Salon de l'agriculture qui sont au lycée qui disent « je veux reprendre l'exploitation de mes parents ». Mais on sait qu'au passage, on prend de l'argent. Est-ce qu'il ne faut pas lever les droits de succession ?

8:58
Stéphane Travert

Alors il y a un travail qui a été mené chez mon collègue Éric Gérardin qui a beaucoup travaillé sur les successions et la transmission. C'est comment aujourd'hui faire en sorte qu'un jeune qui veut prendre la succession de ses parents puisse le faire sans avoir à décrocher un chèque énorme et qui va l'empêcher d'investir. C'est comment des gens qui ne sont pas issus de familles agricoles, et il y a de plus en plus de gens, aller dans les lycées agricoles, et vous verrez des jeunes aujourd'hui dont les parents ne sont pas issus du milieu agricole qui ont envie d'aller travailler dans des exploitations, qui ont envie de devenir producteurs, agriculteurs, éleveurs.

Mais le ticket d'entrée est trop élevé. Et le ticket d'entrée parfois est trop élevé. C'est la question du foncier, bien évidemment. Vous êtes agriculteur, si vous faites de l'élevage, vous avez besoin de champs, vous avez besoin de prairies pour mettre vos bêtes, ou si vous faites du maraîchat, vous avez besoin de plusieurs hectares pour pouvoir produire. Et donc, là aussi, on doit trouver des mécanismes, et la Péloa, j'espère, pourra y répondre. Ça sera dans la loi, oui. Et ça sera dans la Péloa. Il y a un volet transmission, bien évidemment, qui sera travaillé, et sur lequel les parlementaires travaillent déjà. Ils sont quelques-uns qui travailleront dessus avec ardeur, je le sais.

10:00
Présentateur

Vous évoquiez les problèmes de main-d'oeuvre, la tension sur certaines activités où on ne trouve pas de travailleurs. Est-ce que durcir les conditions d'accès au RSA, comme c'est prévu, va régler le problème ?

10:11
Stéphane Travert

Mais je crois qu'à un moment, ce que nous avons besoin, c'est de remettre les gens dans l'emploi, et à travers des formations. Et ce qui a été proposé par le gouvernement, là-dessus, parfois, ce sont des formations, ce n'est pas du travail en échange d'une allocation, mais c'est la capacité de pouvoir, à travers des formations, parfois, à travers un emploi, parfois, à travers un stage, remettre des gens dans le milieu du travail qu'ils ont quitté il y a déjà beaucoup trop longtemps, parce que nous avons besoin aujourd'hui de salariés, nous avons besoin de faire monter les compétences, et nous avons aujourd'hui un pays qui est en recherche de collaborateurs.

Regardez la restauration, regardez l'agriculture, regardez les mécaniciens, les garages automobiles, partout, sur les ronds-points, chez moi, vous voyez des pancartes « recherche mécanicien », « recherche des comptables ».

11:06
Présentateur

Des métiers trop difficiles, vont vous dire beaucoup de gens, la restauration, l'agriculture, la mécanique, les jeunes ne veulent plus travailler dans ces conditions-là.

11:11
Stéphane Travert

Oui, mais justement, il y a aussi un gros travail d'attractivité des métiers. Prenez par exemple les métiers de la tôlerie, de la chaudronnerie, pendant des années, ces métiers ont été dévalorisés. Aujourd'hui, dans un département comme le mien, ce sont des industries qui recrutent à tour de bras, mais avec des salariés qui sont très bien payés dès le démarrage, mais parce qu'on a su revaloriser ces métiers qui sont en tension.

11:39
Présentateur

Un dernier mot sur un autre sujet, un sujet de société. On a vu les proviseurs mobilisés hier à Paris, contre l'insécurité, contre les atteintes à la laïcité dans leurs établissements. Il y a un vrai ras-le-bol, vous êtes inquiet ?

11:49
Stéphane Travert

Je pense qu'on a besoin d'abord d'apporter tout notre soutien, à la fois aux chefs d'établissement, à la communauté éducative, et rappeler que le principe de laïcité, c'est ce qui prévaut dans notre pays, et que l'école est un sanctuaire. Et donc nous devons à la fois protéger l'école, protéger nos enseignants, protéger aussi nos enfants, des attaques, quelles qu'elles soient venues de l'extérieur. Et c'est souvent l'islamisme politique qui est en question.

Et bien souvent, travailler et lutter contre cet islamisme politique qui, sous différents aspects, arrive parfois à rentrer dans des établissements et faire en sorte que ce lieu qu'est l'école soit creusé à la fois de la démocratie, de la liberté, et ce sanctuaire, je dirais, que l'on ne peut pas franchir, parce que c'est un lieu d'apprentissage et c'est un lieu d'égalité.

12:43
Présentateur

La loi antiséparatisme est assez dure ?

12:46
Stéphane Travert

Je ne sais pas si cette loi est assez dure. En tous les cas, il faut qu'elle puisse être appliquée.

12:52
Présentateur

Stéphane Travers, bon courage pour sauver l'économie française, vous la redressez. Merci. Et puis merci et bon journée. Merci à vous. Merci beaucoup, Christophe Borbier. Demain, votre invité sera, je crois, il me semble, à 7h45. Florent Bachelier. Oui, ancien caisseur de l'Assemblée nationale. Merci beaucoup. On va passer de la Manche à la Bretagne. A demain. Merci.

13:09
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.

Stéphane Travert - Le Barbier du matin du 06/03/24 — Stéphane Travert · Pourquijevote