Rachida Dati: Roots, family and the republican struggle
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Je commençais à travailler, j'avais 14 ans. Mes parents ne savaient pas lire et écrire. Ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on ne peut pas réussir ou qu'on n'est pas intelligent.
Ils ne te virent pas et ils t'écœurent pour que tu t'en ailles de toi-même. Sur le droit des femmes, ça peut vite régresser. On adore faire la fête et j'adore la vie la nuit.
Coucou Nicole, c'est Rachida. Ah, c'est Rachida. Bienvenue chez moi, Rachida.
C'est sympa. Sans séconchidence, avec Rachida Deltier. Je t'embrasse.
Bienvenue chez moi. C'est un grand plaisir d'être recevoir. Merci.
Je suis contente d'être là. Oui, dans ma bulle. Très cosy.
Alors, il y a ce vide-cas, c'est sens et confidence. L'idée, c'est vraiment d'avoir des objets et de la nourriture. La nourriture va arriver sur table.
Qui vont venir appeler chez toi un souvenir ou des moments à partager avec nous. En plus, je n'étais pas au courant avant. Donc, je vais découvrir.
On a travaillé sans t'en parler. Alors, voilà, tu as plusieurs objets déjà là. Je voudrais que tu choisisses un objet.
Alors, je vais prendre plutôt ça. Alors, elle, elle est indissociable de ma vie. Et quand on dit parfois les Madeleines de Proust, c'est des moments à la fois heureux.
C'est mes parents et douloureux parce que mes parents l'écoutaient dans des moments de mélancolie. Les moments de mélancolie de quoi ? Par exemple, Mamie Blou.
Mon père, on voyait qu'il était ému. Et à chaque fois qu'il l'écoutait, je pense qu'il pensait à sa mère. Parce qu'il n'était pas expressif du tout.
Et maman, il est mort le soleil. Je pense que ça l'a ramené à des moments de vie qui étaient plus ensoleillés, qu'il était moins après. Quand ils sont arrivés en France.
Parce que l'arrivée en France, ça a été difficile. L'arrivée en France, ils ont tout quitté pour venir. C'était aussi pour des réseaux économiques.
Dans des endroits que je ne connaissais pas, ils étaient tous les deux. Avec ma soeur aînée. Donc, je pense qu'il y a des moments où ils se sont dit, heureusement qu'on est ensemble.
Parce que tout le reste, c'est un peu triste. Ils sont arrivés où au départ ? Ils sont arrivés dans un endroit qui s'appelle Saint-Loup-de-Varennes, Gergy.
En fait, ils ont été aux abords de Châlons-sur-Saône. En fait, on est passé de baraquement en baraquement. Pendant combien de temps ?
Ça a duré assez longtemps. Parce qu'après, on est arrivés, je vous rappelle, on habitait derrière la gare, rue de la Manutention. J'étais enfant.
Et puis, on a eu notre premier logement social. C'est drôle. Cité de la Liberté.
Rue de la Liberté. Ça correspond bien, tu vois ? Oui, on est passé de la rue de la Manutention à la rue de la Liberté.
Et je devais avoir dix ans. D'accord. Et donc, dix ans, c'est l'installation dans un...
Enfin, dans un vrai appartement. En dur, quoi. Voilà.
On va appeler quelqu'un. Oula. On va appeler quelqu'un.
Ah ben voilà. Et Mamie Blou, il mord le soleil. C'est ton père qui était fan, c'est ça aussi ?
Ah, mon père était...
Je lui ai présenté. Quand j'ai eu la chance de rencontrer Nicoletta, un jour, il y avait un dîner caritatif, j'ai l'emmené avec moi. Il était ému.
Il n'a pas pu lui dire quoi que ce soit. Il n'a pas ouvert. Il n'a pas ouvert la bouche.
Il n'a pas été capable de lui dire quoi que ce soit. Et elle a été d'une immense gentillesse avec lui. Ah, mais si on ne me répond pas, ça va être compliqué.
Ah ben voilà. On va rappeler alors. Titi.
On va rappeler. On va rappeler. Sa surprise continue.
Ça, c'est des objets, en fait, pour tout te dire, Rachida, j'ai préparé cette émission avec tes sœurs. Ah mais je ne savais pas. Voilà, que j'ai préparé avec Noura et Nadia.
Oui, ça ne me donne pas. Et donc, elles m'ont dit, mais il faut absolument que tu poses les lunettes de papa sur table. Parce que c'est un objet qui va lui faire raconter un peu qui on est.
D'abord, mes parents ne savaient pas lire et écrire. Et mon père s'est appris à lire avec ma sœur Enie Malika et moi, quand on a commencé à apprendre à lire au CP. Et donc, il apprenait avec nous dans les manuels.
Puis après, il a su lire, il a su écrire. Il a appris en même temps. Donc, on lui montrait le soir après l'école.
Quelle fierté. Et nous, on était fiers de lui. Et après, il s'est intéressé à tout.
Il lisait tout le temps, tout le temps, tout le temps. D'ailleurs, sa maison qu'il a à Chalon, on n'a pas touché. Il a une pièce entière, que de livres.
Il s'est créé une culture générale énorme. D'abord, il aimait beaucoup la politique. Il aimait beaucoup la géographie.
D'accord. Il nous disait toujours que l'histoire d'un pays s'explique par sa géographie. Et donc, il nous montrait des choses.
Nous, des fois, franchement, moi, je n'avais pas du tout sa culture. Et ce qui le fascinait, c'est qu'en ayant fait des études, on ne sache pas même des choses élémentaires. Mais lui, il lisait beaucoup, beaucoup, beaucoup.
Par exemple, quel type de choses ? Alors, il lisait beaucoup l'histoire politique et l'histoire de France. D'accord.
Par exemple, c'était un féru de Louis XIV. Donc, il lisait. Et puis après, les hommes politiques.
Alors, Général de Gaulle, évidemment. Sur l'histoire du Maroc. Est-ce que c'est lui qui t'a donné le goût de la politique ?
Il m'a donné le goût du combat. Parce qu'il voulait comprendre. Il ne voulait pas se laisser faire.
Par exemple, ça m'a marquée. Mais il ne voulait pas qu'on ait d'assistante sociale ou de travailleur social à la maison. Il considère qu'il dit non.
Moi, vous m'expliquez. Je gère ma famille. Je gère mes enfants.
Je ne veux pas être assistée. Et donc, je me disais, il a raison. Et la lutte contre le déterminisme.
J'ai appris avec lui que ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on ne peut pas réussir ou qu'on n'est pas intelligent. Et puis, en plus, on peut en faire en République. On peut le dire, ça.
Oui. C'est possible. Après, c'est plus compliqué.
Je ne dis pas que la République facilite tout. Elle peut permettre tout. Mais il y a quand même encore beaucoup de blocages.
Par exemple ? Il y a des blocages. Il y a des gens qui n'acceptent pas d'ouvrir les portes à une condition sociale différente.
D'autres qui ne veulent pas vous laisser accéder à une culture à laquelle ils ont droit. Donc, il y a quand même des obstacles. Après, ça dépend de votre énergie, votre envie et votre ténacité.
Cette fierté face au combat aussi, j'ai envie de dire. Et cette ténacité que tu as, toi, elle te vient du coup directement de ton père. Il s'appelait comment ?
M'Barek. M'Barek. Et donc, il avait des lunettes.
Il achetait des lunettes. Et je me rappelle, on allait chez Emmaüs. Il achetait des lunettes.
Il essayait des lunettes qui n'étaient pas à lui. Et il y en avait plein. Il y a un autre truc à ton papa ?
Je ne sais pas ce que c'est. Je ne sais pas ce que c'est. Je ne sais pas ce que c'est.
Ah ! Ah ben ça ! Alors ça, champion du monde du calcul mental.
Vraiment champion du monde du calcul mental. Et vous voyez, tout, il avait...
Ah ça, ça ne m'étonne pas. Il avait trouvé ça, c'était des conversions. En euros, en francs, les conversions.
Et sa petite calculatrice, pour les euros, les conversions, ah, il était...
C'était un...
Il calculait tout le temps. Tout le temps. Et il calcule mental.
Il savait tout par cœur. Il avait une mémoire. Comme j'avais...
Ah ben ça, il en avait plein. Il avait une calculatrice avec un...
Ce n'est pas un boulier chinois, mais...
Il nous apprenait avec ma soeur comment calculer mécaniquement. Et du coup, tu es bonne en calcul mental, toi aussi ? Alors, moi, j'ai un bac scientifique.
Moi, j'adore les maths. Malika, pas du tout. J'ai un frère qui a eu un bac S.
Vous êtes beaucoup d'enfants. On est 11. On est 11 plus ma nièce qui a été élevée.
De quel âge ? À quel âge ? Ma soeur est née en 1962.
Je ne sais pas ce que ça donne. Et la dernière, elle est née en 1984. Ah oui.
Ah oui. Effectivement. Il y en a un pratiquement tous les ans.
D'accord. Et du coup, maman, elle est comment dans tout ça ? Alors, mon père, il lisait, il s'intéressait, il était curieux de tout.
Mélancolique, pas expressif. Mélancolique, parce que le truc de l'exilé aussi ? Je ne sais pas.
Non, c'est des caractères aussi. D'accord. Son rapport à la vie en général.
Oui, son rapport à la vie. Et il n'était heureux et joyeux que quand il était avec maman. Parce qu'elle, c'était en termes de personnalité tout le contraire.
Elle était joyeuse, vivante, elle aimait rire. Elle n'a jamais appris à lire, pas à jamais à écrire. Elle considérait que l'essentiel qu'on était en bonne santé.
Elle avait ses enfants, elle avait son mari, tout allait bien. Même si la vie était dure. Mais elle profitait des instants présents.
Ce serait bien qu'on me réponde quand même. J'avais bien préparé mon coup là. Ah, allô ?
Coucou, Nicole. Oui ? C'est Rachida.
Ah, c'est Rachida. J'adore, elle n'avait pas compris. Alors, Damien, tu es en forme ?
Oui, je suis en forme. Oui, pour qu'elle soit en forme. Ah, oui, je suis en forme.
Ah, ben non, parce que je fais une émission avec un objet qui ne me rappelle que ma vie. Et donc, c'est Nicoletta. Avec ton disque, tes meilleures chansons.
Et surtout, avec toi, je me relie à ma famille, à mes parents et à mon père en particulier. Oui, je sais, je sais. Que je t'ai présenté surtout.
Tu as le sens de la famille. Et surtout, tu ne renies pas tes racines. Jamais.
Tu es très bien d'où tu viens. Bah, comme toi, Nicole. Tu es où on vient, on sait où on va.
Voilà. Bah, oui, bah, comme toi, ma Nicole d'amour. Ah, bah, écoute, ça me fait plaisir.
On s'est vus il n'y a pas longtemps en plus. D'accord. Bah, écoute, en tous les cas, ça m'a touchée que dans l'émission, on me ramène à ton disque, à tes chansons, à ta personne.
Parce qu'avec toi, le soleil n'est jamais mort, justement. Ah, c'est joli. Voilà.
On t'embrasse, Nicole, parce qu'on ne parle pas très bien. À très bientôt. Bonne chance.
Oui, merci, merci. Au revoir. N'oublie pas de voter, n'oublie pas de voter le 15 mars.
Non, non, n'oublie pas. On est là. Au revoir.
Au revoir. Au revoir. Alors, moi, j'ai envie que tu me racontes cette invitation de Nicole au ministère.
Récemment ? Non, quand ton papa était là. Ah oui, alors, non, quand je lui ai présenté.
On avait fait une invitation pour un dîner caritatif. Elle venait chanter. Et j'ai dit à mon père de venir.
Et donc, il s'est retourné. Et lui, il a écouté ça toute sa vie ? Oui.
Et donc, comment il est ? Il avait un peu de mal. Il avait du mal parce que, d'abord, je pense que ça l'a remué.
Maman n'était plus là. Et donc, ça l'a aussi remué par rapport à des tranches de vie à lui, à lui tout seul et avec maman. Et il était tellement content que je lui présente.
Et après, il a fait une photo avec elle qu'il a gardée sur son petit placard jusqu'à ce qu'il parte. Et voilà. Donc, c'est pour ça que je dis que la culture, parfois, vous apaise, vous empêche peut-être de dériver, d'être dévastée.
Et elle, elle nous a empêchés. En tout cas, elle a empêché mes parents d'être mélancoliques. Et donc, tu as des moments, parce qu'on imagine qu'avec ce que tu vis tous les jours, tu dois avoir quelques moments de mélancolie quand même ou de difficulté.
Est-ce que, justement, cette version-là de ton père, cette vision, t'emmène en fait vers quelque chose de beaucoup plus lumineux, de tenue en fait ? Bien sûr qu'on a des moments de fragilité, des moments où on l'envie de tout laisser, des moments où on a peut-être envie aussi de passer à autre chose. Mais je n'ai jamais eu de dépression, par exemple.
Non, parce que je n'ai pas de certitude dans la vie. Je n'ai aucune certitude sur rien. Jamais.
C'est quoi ? C'est des convictions, quoi ? Non, je me bats pour des idées, je me bats pour une vision, je me bats pour des inégalités ou des injustices, mais je n'ai pas de certitude.
Et puis, je ne suis pas sectaire. Donc, je parle avec tout le monde. Les gens que j'aime, j'ai envie de les rencontrer.
Les gens qui m'inspirent, j'ai envie de leur parler. Donc, ça a été, c'est l'histoire de ma vie. Voilà.
Ça a toujours été comme ça. Et moi, j'ai une famille très solide. Et résiliente, aussi.
Oui, notamment mes sœurs. D'accord. Oui, c'est-à-dire que, en fait, c'est ce que j'ai senti quand je les ai eus au téléphone.
C'est-à-dire que, déjà, elles te connaissent par cœur, ça c'est sûr. Et puis, on sent qu'il y a un clan, quoi, autour de toi. Oui, mais c'est ce qui permet aussi de...
Et c'est comme ça que tu te ressources. Oui. Ah ben oui.
Par la nourriture aussi, un peu, non ? Moi, j'aime manger. Oui.
Alors, bouge pas. Encore une petite surprise. Je reviens.
Et voilà. Alors, ça te parle, ça, non ? Alors, je ne sais pas comment ça s'appelle.
C'est une harira. Oui, mais...
Ah, mais c'est celle...
Alors, fête par Alain Fontaine, celle-là. Oui, voilà, c'est ce que j'allais dire. Parce qu'elle est comment chez vous ?
Elle est plus orangée. Alors, il y a aussi un citron gingembre. Oui, j'aime ça, tout le temps.
D'accord. Et pourquoi le citron gingembre, alors ? Parce que j'adore ça.
Alors, c'est la soupe du Ramadan. C'est la soupe du Ramadan, donc, qui est super bonne. Et ma fille, elle en est raide dingue.
Ta fille Zora, donc. Oui, ma fille Zora. Et donc, ça, c'est la soupe qu'on mange tous les soirs pour rompre le jeûne, pour le Ramadan.
D'accord. Donc, elle est extrêmement bonne. Le citron gingembre.
Toute la journée, tu en bois, Rachida ? J'en bois très souvent, mais en fait, c'est parce que j'ai une sœur qui le fait très bien avec du vrai gingembre et du vrai citron. D'accord.
Donc, on a la machine pour ça et j'adore ce mélange. Et parce qu'en fait, c'est quelque chose qui est d'abord, on imagine, c'est la vitamine, ça donne de la force et puis le goût. J'aime le goût, j'aime le goût.
D'accord. J'aime le goût. Et le gingembre, en plus, on en met beaucoup, nous, dans...
Mes sœurs cuisinent beaucoup avec le gingembre, maman cuisinait beaucoup avec le gingembre, donc j'adore ce bout. D'accord. Et donc, à la maison, c'est beaucoup des plats familiaux comme ça, des plats en sauce, c'est beaucoup...
Tes sœurs ? Oui, mes sœurs, elles cuisinent toutes, sauf moi. D'accord.
Pourquoi ? Alors, ma mère est une excellente cuisinière et toutes mes sœurs cuisinent, toutes, toutes, toutes, excellentes cuisinières, toutes, français, marocains, enfin, elle cuisine. Moi, ça ne m'a jamais tentée.
D'accord. Donc, je ne cuisine pas au grand désespoir de ma fille. Et donc, cette soupe à rira que vous mangez le soir, c'est toujours au moment de casser le jeûne, en fait ?
Oui, en fait, c'est le plat traditionnel de la rupture du jeûne. D'accord. Et donc, une date, un verre de lait et ça.
D'accord. Et ça, c'est en famille, toujours ? Oui, parce que moi, par exemple, quand on est en période de ramadan ou de carême, parce que si on se retrouve chez mes sœurs, c'est sûr qu'on mange ça le soir.
Et alors, tu me disais qu'elle est différente, parce que ça, c'est le chef à la frontière. Alors, normalement, elle est plus liquide. D'accord.
Elle est plus liquide, elle est plus orangée. Et c'est vrai que ce sont des soupes qui vous tiennent au ventre et ça vous permet de tenir aussi la journée. D'accord.
Et il y en a certains, alors moi, je ne le fais pas, mais mes sœurs, par exemple, la reprennent avant de démarrer la journée. C'est-à-dire, avant qu'on reprenne le jeûne. Donc, très tôt le matin, ça peut être à 3h ou 4h du matin.
Elle se lève pour manger. D'accord. Mais nous, on se lève pour se taper la discute, surtout.
C'est des moments assez forts de communion. D'accord. Et finalement, parce que je suis obligée d'en parler un petit peu, t'es quand même attaqué de toute part, tout le temps, en fait, pour tout.
Oui, c'est vrai. Quoi que tu fasses. Et c'est vrai qu'on voit chez toi une résistance absolument incroyable face à ça, parce qu'on a l'impression que ça glisse sur toi, en fait.
Non, ça ne glisse pas. Quand vous êtes attaqué sur votre vie personnelle ou sur votre personne, évidemment que vous avez une contraction. Après, je relativise parce que j'ai une vie, d'abord, j'ai une vie très privilégiée et j'ai une vie assez heureuse parce que je suis bien entourée.
Donc, ça me permet de relativiser. Je ne suis pas seule. J'ai ma fille.
Il ne faut pas trop lire la presse. Non, alors ça, avant, ça m'arrive de lire, mais quand, là, par exemple, il y a un article qui est paru en une d'un journal, je ne le lis pas. D'accord.
Donc, je passe outre, alors qu'avant, je voulais quand même savoir ce qu'ils disaient. Puis tu as des équipes, on imagine, qui se tiennent au courant. Non, parce que, oui, ils se tiennent au courant.
Alors, s'il y a vraiment une polémique qui monte, on m'en informe pour savoir si est-ce que je réponds ou je ne réponds pas. Mais sinon, je laisse passer. Parce qu'on a tellement dit de choses, d'ailleurs, parfois des très jolies choses sur moi qui étaient fausses, et des choses atroces qui étaient fausses.
Et alors, toi, tu as fait des belles études, tu as fait l'école de la magistrature, etc. Le moteur premier, qu'est-ce que c'est ? C'est l'envie de réussir, tout simplement ?
C'est l'envie du fils ? Moi, je voulais démontrer que ce n'est pas parce que vous êtes pauvre que vous êtes une enfant d'ouvrier, que vos parents ne savent pas lire et écrire, qu'ils ne connaissent personne, qu'ils ne pouvaient pas y arriver. Donc, mon défi, il était là.
Ensuite, le deuxième défi, je me suis dit, puisque moi j'y suis arrivée, il faut aider les autres, justement, à surmonter tous les obstacles. Donc, c'est pour ça que je passe mon temps à aider les uns, répondre, et à témoigner aussi. Pour en donner un rôle modèle, quoi.
Non, mais surtout pas découragé, parce que ça peut être parfois, puis vous pouvez avoir des paroles blessantes, ou vous pouvez avoir des attitudes et des comportements vis-à-vis de vous, quand on vous conteste votre légitimité ou votre compétence, c'est un peu blessant. Donc, c'est de leur dire, il ne faut pas en prendre en ombrage, il faut continuer. Oui, c'est la seule solution, finalement.
C'est une passion, aussi. Ah, moi, j'adore ce que je fais, depuis toujours. Ce n'est pas un travail, quoi.
Non, tout ce que j'ai fait, y compris quand j'ai été aide-soignante, y compris quand j'ai été vendeuse, y compris quand j'ai été aux femmes de ménage, j'ai aimé ce que j'ai fait. Vous avez tout ce petit job-là, pour payer tes études, en fait. Et puis, aider ma famille.
Je commençais à travailler, j'avais 14 ans. Je vendais des produits de beauté, c'était la marque avant, qui me se vendait, qu'en porte-à-porte, et en vente comme ça, en domicile. Et à 16 ans, je suis rentrée dans une clinique, et j'ai travaillé deux nuits et deux jours, dans les blocs opératoires, dans les services, et après, j'ai adoré travailler la nuit.
Et donc, j'ai travaillé pendant six ans, six ans la nuit, jusqu'au jour où je change de vie, je viens à Paris. Bravo. Et ça, c'est vraiment une route que tu t'es tracée, on peut dire, à la force du poignet, quoi.
Je l'ai voulu. Ouais. Voilà, je l'ai voulu.
Et donc, quand on veut, on peut ? Moi, je trouve, je fais attention de ne pas dire ça aussi avec...
C'est-à-dire que je ne dis pas ça aussi facilement maintenant que je suis là. Parce que quand on veut, on peut, oui, mais il faut avoir les moyens, et de vouloir, et de pouvoir. Moi, je dormais peu, je travaillais beaucoup, j'arrivais à tenir, à résister.
Moi, je voyais, par exemple, j'ai un frère qui était supérieurement intelligent à nous tous, qui a fait un bac scientifique, qui a fait une excellente école d'ingénieur. C'était vraiment la fierté de mes parents. Moi, je me souviens, mon père, quand il a touché son diplôme, il était au bord des larmes.
Mais, il me disait, moi, je ne peux pas travailler à côté de mes études. Soit je fais des études, voilà. Après, il faut avoir la capacité de le faire, la force de le faire, et puis la résistance de le faire.
Alors, de résistance, on va en parler, parce que tu as eu des gens qui t'ont adoubée, d'autres qui t'ont beaucoup reproché d'être revenue au travail deux jours après avoir accouché, ou quatre jours, je ne sais plus combien c'était. J'ai accouché le vendredi, je suis sortie le dimanche. Voilà.
T'es revenue par obligation ou par volonté ? Alors, parce qu'on se dit qu'en fait, il y a aussi le...
T'es obligée de revenir, quoi, parce qu'il y a le rôle du public. Non, non, je n'ai pas été obligée. Quand j'ai accouché, j'étais tellement contente d'avoir eu ce bébé.
Donc, j'étais transportée. D'ailleurs, je me suis levée tout de suite, et après, j'avais une petite cicatrice que j'avais faite. J'avais eu une césarienne.
Mais je me souviens, la cicatrice, c'était rouverte. Après, j'ai enclenché une campagne pour les élections européennes. J'avais un début d'infection de la cicatrice, je n'en suis même pas rendue compte.
Et c'est mon médecin qui a voulu le voir, qui m'a dit, attention, il y a une infection. Je ne m'en suis même pas rendue compte. J'étais transportée par le bonheur d'abord.
Et Zora, elle était où, pendant que tu faisais campagne ? Chez ma sœur. D'accord.
Donc, d'où la famille, c'est l'importance de la famille. Non, Nadia, elle l'a pratiquement élevée avec moi. D'accord.
Si tu avais une question à me poser, Rachida, parce que tu es chez moi, donc je t'accueille dans mon univers, n'hésite pas. On est là pour ça aussi. Je ne sais pas, moi, je me dis, comment on devient intervieweuse ?
On trouve cette idée d'interviewer quelqu'un sur des objets ou des moments ou des souvenirs ? C'est une idée commune que j'ai avec Julie Terroni, qui produit, qui est là aujourd'hui aussi. C'est l'indépendante production.
Et l'idée, c'est, en partant d'une discussion, en fait, on cherchait un format pour aller chercher au cœur des gens. Parce que j'avais envie de présenter les personnalités que je reçois, parce que je les reçois beaucoup à la radio aussi, chez Sud Radio. Mais de manière plus intime et de manière différente.
C'est-à-dire comme les gens ne les ont jamais vues, en fait. Et donc, en réfléchissant, Julie, elle travaille beaucoup avec les maîtres restaurateurs, notamment. D'accord.
Et en réfléchissant, on s'est dit qu'effectivement, le goût, ça appelle le souvenir tout de suite, en fait. Ah oui, c'est les odeurs. Oui, les odeurs et le goût.
Les goûts, en soi. Et je me suis rendu compte, d'ailleurs, en appelant les personnalités, que quand on leur demande ce qu'ils ont dans le frigo, ils se mettent à parler de leur frère, de leur mère. Ah oui ?
Oui, c'est-à-dire que la nourriture appelle tout de suite la confidence, le souvenir. Voilà, c'est vraiment le deuxième service. Moi, la nourriture appelle tout de suite les moments.
Aussi, voilà. C'est-à-dire des instants de vie, quoi, qui reviennent, et puis des relations, et puis une convivialité aussi, etc. Et donc, voilà, on s'est dit que sens et confidence, c'était bien, parce que c'est vraiment ce que ça appelle.
C'est-à-dire, le sens appelle la confidence. Et l'idée, c'est vraiment, oui, de faire connaître les gens différemment, parce que je pense que souvent, les gens ont une vision préétablie de qui ils ont dans les médias, parce qu'évidemment, on ne raconte pas son intimité dans les médias plus que ça. Et que c'est dommage, parce qu'on perd aussi une certaine essence, parfois, des personnalités qu'on voit, parce qu'on projette dessus des fantasmes, en fait.
Oui, tu connais ça ? Ah non, l'idée, moi, je trouve que l'idée est bonne, parce que ça permet d'abord, y compris, alors je ne sais pas si vous recevez beaucoup de personnalités politiques, mais, enfin, moi, je suis toujours un peu sur la brèche dans les interviews politiques, et des interviews comme celle-ci, en fait, on est un petit peu dans l'échange. J'ai une émission aussi sur les femmes.
J'ai envie qu'on raconte les femmes de manière puissante. Je trouve que le langage, évidemment, la victime, il faut la respecter, il faut l'accompagner, etc., on ne revient pas dessus.
Mais le langage victimaire permanent, qui met de côté d'office les femmes puissantes parce qu'elles dérangent, ça reste quand même un système qui m'embête un peu. Et donc, il y a aussi cette volonté-là, c'est-à-dire de faire découvrir autrement ces femmes puissantes qui nous entourent, quelles qu'elles soient d'ailleurs, que ce soit des chefs d'entreprise. Non, ce qui est surprenant sur l'approche des femmes, j'étais avec, parce qu'on a un projet commun avec Karine Rettfeld, qui a été du Vogue, qui est exceptionnel, mais qui est d'une humilité, d'une modestie, j'adore.
Et on parlait de ça, je lui disais, mais quand on fait des interviews, on n'emploie pas le même vocabulaire avec les femmes, on n'emploie pas, on n'a pas la même approche de la position ou des attitudes vis-à-vis des femmes, et des femmes ou de pouvoir ou d'autorité, qu'avec des hommes. Et je trouve qu'on a plus de déférences vis-à-vis des hommes qu'on ne peut en avoir vis-à-vis des femmes. Et alors en politique, on ne parle pas.
Oui, c'est pour ça que quand on vous dit que vous êtes agressives, vous n'êtes pas agressives, c'est juste qu'il faut être respecté dans les interviews qu'on a, et parfois on n'est pas respecté. Et finalement, si un homme faisait la même chose, est-ce qu'on dirait la même chose ? Non.
Non, non, non. Pour un homme, on ne dirait pas qu'il est agressif, on dirait qu'il est passionné. Pour un homme ambitieux, on dirait que c'est une femme qui est intrigante.
Le vocabulaire n'est pas le même, et c'est encore le cas. Moi, je vois même des médias féminins ne se rendent pas compte comment parfois elles dégradent elles-mêmes les femmes. Et donc, c'est pour ça que moi, je donne très peu d'interviews à des magazines féminins, parce qu'elles n'ont pas la bonne approche, je trouve, sur les femmes.
Soit elles les victimisent, soit elles les marginalisent, je trouve. Mais elles ne les prennent pas telles qu'elles sont et telles que le monde a changé. C'est quoi le conseil que tu donnerais, Rachida, à une jeune femme qui a envie de se lancer en politique aujourd'hui, et qui babut aussi, et qui a un peu peur justement de cette foire d'empoigne dont on a le spectacle en permanence ?
Moi, je trouve qu'il ne faut pas renoncer. Alors après, il faut avoir l'énergie pour ça, il ne faut pas être en dépression, il ne faut pas être déprimé, il faut être entouré. Moi, je pense que c'est ce qui compte aussi, mais il ne faut pas renoncer.
Moi, je trouve, je prends toujours cette expression que m'avait donnée, m'avait dite un jour Rosine Bachelot. Elle m'avait dit, mais en fait, il ne te vire pas, il t'écœure pour que tu t'en ailles de toi-même. Et une fois que tu es parti de toi-même, ils font semblant de te regretter.
Et c'est tellement ça. Au lieu de nous virer, parce que ça leur faciliterait, ils seraient contents que ça soit rapide. Donc, ils vous écœurent et vous dites, allez, j'en ai marre, je me tire.
Donc, c'est ça contre quoi il faut aujourd'hui résister. L'avenir, il est quand même plus clair pour les femmes, non, aujourd'hui ? Oui, mais le combat n'est pas gagné.
Moi, je dis toujours, le droit des femmes, c'est les acquis, ils ne sont pas acquis définitivement. Sur le droit des femmes, ça peut vite régresser. Et on le voit, y compris sur la promotion, sur la visibilité, sur la manière de les présenter, sur les rapports hommes-femmes.
Est-ce que ton prénom t'a posé un problème, Ashida ? Ma personne m'a posé un problème, pas que le prénom, c'est plutôt la personne. Moi, je coche toutes les cases.
Je suis une femme, je suis d'origine émigrée, je suis de conditions sociales défavorisées. Et je suis vive, enfin, je suis vivante. Donc, tout ça, ça fait un petit peu, tout ça dérange.
Donc, c'est pas, le prénom, c'est en plus, c'est la cerise sur le gâteau. Mais c'est un truc global. C'est une globalité, du coup, tu fais avec, en fait.
Oui, oui, c'est plutôt...
Et puis même, ça devient un étendard, non ? Ah non, non, parce que ce côté un peu compassionnel ou condescendant ou arrogant est un peu insupportable. Et ça arrive encore, là, j'étais à l'Assemblée il n'y a pas très longtemps, avec une députée écologiste qui ne m'a jamais parlé de manière normale, avec toujours beaucoup, un petit peu, je parle d'un peu plus haut, je parle un petit peu au-dessus, voilà.
Et donc, ça m'énerve, parce qu'en plus, c'est même pas qu'elle ne s'en rend pas compte, c'est qu'elle le fait très consciemment, mais elle le fait consciemment pensant que c'est normal. Voilà, c'est ça, le pire. C'est une condescendance qui est devenue une normalité, quoi.
Oui, oui, oui. Entre femmes, d'autant plus. Oui, oui, ça peut arriver, oui.
Rachida, je te remercie d'être venue partager ce moment avec moi. Merci, c'était sympa. Tu repars avec nous.
C'est en silencieux, c'est très sage. Ce cadeau est pour toi, parce que je sais que tu as un tourne-disque, tu écoutes des disques avec ta fille. Oui, ma fille m'a fait acheter un tourne-disque récemment, donc maintenant on est au vinyle.
Elle est fashion, Zorel, c'est qu'il faut écouter des vinyles. Je vais vous dire, au Maroc, on a une maison, parce qu'on n'a pas touché, c'était lequel depuis le décès de mes parents, à Casablanca. On a plein de tourne-disques, parce que mes parents adoraient les tourne-disques.
On a plein de vinyles. Il y a un son qui est quand même très différent. C'est meilleur que...
Ça grésille. Mais j'ai encore des vinyles, d'ailleurs, d'Oum Kalsum, qui sont encore avec moi. Oui, parce qu'il y a aussi Oum Kalsum, il y a Claude François, la disco, à fond.
Mike Brandt, j'ai appris Mike Brandt. T'écoutes-moi Mike Brandt à la maison, est-ce que tu danses quand tu écoutes avec Mike Brandt ? Oui, mais non, on est plutôt une époque disco.
Toi, t'aimes bien danser, non ? Oui, mais comme dirait Zora, arrête, c'est la honte. Mais nous, on est bien.
Elle te dit, t'es gênante, maman, parce que moi, la mienne, elle me dit ça. Ah oui, mais elle ne veut pas. Mais une fois...
Après, je lui dis, je fais ce que je veux. Voilà. Alors, elle dit, mais pas vers moi.
Je dis, monsieur, je dis, donc pas vers toi. D'accord. Non, non, nous, on adore danser, on adore manger, on adore faire la fête.
Et j'adore la vie la nuit. Je trouve que c'est pour ça que souvent, l'été, tout est prétexte à faire la fête, tout est prétexte à sortir. Et tu n'as pas besoin de trop de sommeil.
Je suppose. Non, c'est pour ça que je disais tout à l'heure, il faut pouvoir aussi le faire. Voilà.
Donc, il faut avoir aussi cette nature-là. C'est combien d'heures par nuit, toi ? En ce moment, je rentre pratiquement tous les soirs à minuit, une heure.
Et j'ai des premières réunions à 7h30. Ah oui. Donc, c'est que tu dors 4-5h maximum.
Oui, là, la campagne amplifie tout ça. Mais j'ai constaté ça, parce que des fois, je me dis, là, je me traîne et tout. Tout ce qui vous donne de l'adrénaline, les campagnes, une élection.
Ça en parte, c'est génial. Oui, donc, vous pouvez aussi ne pas dormir du tout. Dernière question, ta manière de communiquer, Rachida, elle est très américanisée, on peut le dire comme ça.
En tout cas, ça nous vient des États-Unis, ce type de communication. Je trouve que c'est assez novateur. Je trouve qu'on se pose, on se demande même pourquoi les gens ne s'en sont pas saisis avant, en fait.
Non, mais alors, moi, je n'ai pas d'agence de com. C'est toi qui décide ? Et je n'ai pas de responsable de com.
Je fais tout à l'intuition. Par exemple, sur les vidéos, alors, moi, je suis très nulle sur les vidéos, là, les face-cam et tout, je ne sais pas faire. Pour faire, si vous voyez une vidéo de 30...
C'est-à-dire que tu t'autofilmes à toi ? Non, mais je ne sais pas faire, je ne le fais pas. De toute façon, vous n'avez pas vu.
Mais pour faire 30 minutes, 30 secondes ou 1 minute 30, c'est 3 jours. C'est un montage. Je ne devrais pas le dire, mais les trucs où je suis figée et filmée, je suis bien dans le mouvement.
D'accord. Dès que c'est en mouvement...
Quand tu es en action et que tu défends un sujet, en fait...
Oui, oui, alors ça, je n'ai pas de sujet. Mais alors, le truc...
Alors, allez-y, il y a un truc face-cam. Je n'aime pas faire les discours, parce que je ne sais pas haranguer une foule. Et je ne sais pas faire les face-cam, bonjour, enfin, je ne sais pas faire...
Comment tu fais, alors, quand tu dois faire des discours, parce que tu dois en faire ? Les discours, oui, j'en fais, donc je le fais. Mais ce n'est pas ce que j'aime, ce n'est pas ce que je préfère.
J'aime être dans l'interaction avec les gens. On fait sa face, quoi. Oui, puis dans l'interaction, on parle, on répond, tu poses une question, on revient.
Plutôt que d'annonner un texte. Merci d'être...
Merci beaucoup. Merci pour le cadeau. Merci.
Rachida Dati