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Podcast / conversationL'Agora· 30 octobre 2025 82 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsEurope & internationalJusticeTravail & emploi

L'Agora reçoit Alain Juppé

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 53 %Attaque 10 %Défensif 34 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 77 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 29:23OuverteRéponse directe

    Pourquoi avoir choisi la politique et comment est né votre engagement ?

  • 31:16OuverteRéponse directe

    Quel bilan tirez-vous du plan Juppé près de 30 ans après ?

  • 33:23OuverteRéponse directe

    Comment concevez-vous le rapport entre courage politique et popularité électorale ?

  • 35:58OuverteRéponse directe

    Que retenez-vous de la dissolution de 1997 ?

  • 38:27OuverteRéponse directe

    Considérez-vous votre défaite à la primaire de 2016 comme un échec personnel ou un symptôme d'évolution de la droite ?

  • 41:56OuverteRéponse directe

    Comment concilier neutralité du Conseil constitutionnel avec le passé militant de ses membres ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 16:45Invité politiqueFait
    « Aujourd'hui, le Conseil constitutionnel n'a plus de raison d'être, le Conseil d'Etat, pareil, tout ça, ça dégage, ça coûte de l'argent, ça sert à rien, et on y met juste les copains, c'est la République des copains. »
  • 32:06Invité politiqueFait
    « Le plan Juppé, c'était un plan de réforme de la sécurité sociale dans sa globalité et pas un plan de réforme de retraite. »
  • 33:43Invité politiqueChiffre
    « Quand je suis arrivé à Matignon, j'avais un record de popularité comme aucun Premier ministre nouvellement nommé n'en a jamais eu. J'étais à 60%. »
  • 39:13Invité politiqueChiffre
    « Jusqu'à la mi-octobre, j'étais largement en tête, mais avec 10 ou 15 points d'avance sur François Fillon et près d'une vingtaine sur Nicolas Sarkozy. »
  • 45:08Invité politiqueFait
    « Le conseil constitutionnel a eu à interpréter cette disposition et elle violait manifestement un droit fondamental qui est l'égalité devant le suffrage. »
  • 46:14Invité politiqueFait
    « On est neuf, trois sont nommés par le président de la République, trois sont nommés par le président de l'Assemblée nationale et trois par le président du Sénat. »
  • 52:44Invité politiqueFait
    « La taxe Zuckmann est-elle inconstitutionnelle comme l'affirme François Bayrou ? »
  • 53:18Invité politiqueFait
    « Condamnation de Nicolas Sarkozy : justice politique ou justice indépendante ? »
  • 57:30InvitéFait
    « En France, quand il y a un problème politique grave, on veut changer la Constitution, c'est une manie française. »
  • 59:55InvitéChiffre
    « On souffre d'une fragmentation de la représentation politique : onze groupes parlementaires à l'Assemblée nationale. »
  • 1:00:51InvitéFait
    « Quel est le but d'une élection ? C'est pas de photographier le kaléidoscope des sensibilités politiques d'un pays, c'est de dégager une majorité pour gouverner. »
  • 1:14:32InvitéChiffre
    « Le taux de renouvellement d'une génération, c'est 2,1. Le Niger c'est 6. »
  • 1:18:43InvitéFait
    « René Coty était président de la République en 58 quand le général de Gaulle est revenu au pouvoir. »

Temps de parole

  • Invité73 %
  • Alain Juppé21 %

0,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

15:52
Présentateur

L'autre visage de l'homme d'Etat, celui de l'élu local, maire de Bordeaux. Alain Juppé à Matignon. Celui qui est probablement le meilleur d'entre nous, notre secrétaire général Alain Juppé. Richard Ferrand vient de proposer Alain Juppé comme membre du Conseil constitutionnel. Alors parlons du Conseil constitutionnel, ça existe en France depuis 1958. C'est la constitution de la 5ème République qui a installé le Conseil constitutionnel, c'est-à-dire le contrôle de la constitutionnalité des lois. Vous écrivez, les Français n'ont pas le moral, ils sont plus pessimistes que d'autres Européens.

16:32
Locuteur non identifié

Tout ça, ça contribue à avoir un sentiment dans le pays de gens qui se disent « la démocratie nous a été volée ». 53% des Français, Raphaël Stainville, éprouvent de la honte par rapport à l'attitude de l'ensemble des forces politiques.

16:45
Alain Juppé

Aujourd'hui, le Conseil constitutionnel n'a plus de raison d'être, le Conseil d'Etat, pareil, tout ça, ça dégage, ça coûte de l'argent, ça sert à rien, et on y met juste les copains, c'est la République des copains. Bonsoir à toutes et à tous, et bienvenue. L'Agora est heureuse de vous recevoir pour sa 2ème conférence de la saison. Ce soir, nous avons le plaisir de recevoir à notre tribune, M. Alain Juppé. Homme d'Etat reconnu, Alain Juppé a marqué de son empreinte plus de 40 ans de vie politique française.

Ancien Premier ministre et plusieurs fois ministre, notamment aux affaires étrangères, à la défense et au budget, il a occupé certaines des plus hautes fonctions de l'Etat et a contribué à façonner durablement la 5ème République. Agrégé de l'être classique, normalien et inspecteur des finances, il incarne l'exigence intellectuelle et le sens du service public. Maire de Bordeaux pendant plus de 20 ans, il a profondément modernisé la ville en développant les transports en commun tels que le tramway, la rendant ainsi plus dynamique et attractive sur le plan européen.

Depuis 2019, Alain Juppé siège au Conseil constitutionnel, où il œuvre à la défense de l'État de droit, à la protection des libertés fondamentales et au bon fonctionnement de nos institutions. Ce rôle s'inscrit dans la continuité d'un parcours consacré au service de l'État et à la défense des valeurs de la République. Ce soir, lors de cette conférence intitulée « Du pouvoir à la sagesse », il partagera avec nous son regard sur la vie publique, sur les responsabilités liées au pouvoir et sur la place des institutions dans l'équilibre démocratique français. Avant de laisser place au débat, l'Agora souhaite remercier l'EDEC et la Régie pour leur aide logistique.

L'Agora souhaite également remercier ses partenaires, Oresis, TGS France, Dr. DSI et Studirama pour leur confiance. Je vous prie à présent d'accueillir M. Alain Juppé. Bienvenue à l'EDEC et merci d'avoir accepté notre invitation. Avant de commencer la conférence, Charlotte nous délivrera notre traditionnel billet d'humeur. Ensuite, viendra le temps des questions qu'Augustin et Edgar se chargeront de vous poser. Enfin, nous terminerons par un moment dédié aux interrogations du public. Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente conférence. D'autres qui cherchent la lumière pour exister et d'autres qui, par un étrange paradoxe, brillent davantage en restant dans l'ombre.

Né un 15 août, jour de l'Assomption. Forcément, vous étiez promis à l'Ascension sociale. Louis Le Grand, l'ENS, Sciences Po, l'ENA. Pour vous, la voie royale était une évidence. Énarque, issu de la promotion Charles de Gaulle, tient donc, vous décidez enfin de vous lancer en politique au sein du cabinet de Jacques Chirac. Parait-il qu'il voulait d'un normalien sachant écrire. N'a-t-il pas plutôt trouvé un disciple sachant servir ? Mais soit, toute ascension vers la lumière passe sans doute vers un travail de l'ombre. Alors, vous enchaînez, ministre du budget, des affaires étrangères, député européen, maire, hors de question de freiner.

Vint alors ce jour de mai 1995, où la lumière triompha enfin de l'ombre. Vous entrez à Matignon. Vous vouliez réformer la France. Et la France, comme à son habitude, répondit non. L'histoire retiendra la rigueur du plan Juppé et les grèves qui lui répondirent en cœur. La suite en 2004, vous la connaissez. Une affaire, un procès, une condamnation. Beaucoup auraient crié au complot. Vous, non. Vous avez préféré un discret exil à la lumière des plateaux. Pas sur une île tropicale, non. Vous avez opté pour Montréal. Officiellement, professeur invité de gestion publique. Officieusement, le plus long congé sabbatique de la Vème République.

Parait-il que c'est devant un foot-truck que vous vous êtes demandé ce que vous faisiez là. En même temps, quand on passe de Matignon à la salle 203 d'un campus québécois, on se doute que votre vie d'avant vous manque un peu. Alors, en 2006, vous retrouvez la mairie de Bordeaux comme on retrouve un amour qu'on n'a jamais vraiment quitté. Entre vous et cette ville, c'est l'histoire d'un ex-toxique. On se sépare, on se jure que c'est fini. Et puis, vous revoilà. Sous votre impulsion, Bordeaux devient plus belle, plus verte, plus vivante. L'homme de l'ombre devient celui qui met sa ville de cœur sous les projecteurs. Seulement, voilà, l'échelon national vous manque à nouveau.

Alors, en 2016, vous vous lancez dans l'ultime ascension, la présidence de la République. Tous les voyants sont au vert et même la gauche vous trouve raisonnable. C'est dire. La route semblait tracée jusqu'au second tour des primaires où François Fillon vous grille la priorité. Déçu, vous revenez vers celle qui vous est toujours restée fidèle, Bordeaux. Mais après plus de 20 ans d'aventure commune, vous décidez de rompre pour embrasser une nouvelle mission. Veillez au respect de notre Constitution. Vous devenez alors officiellement juge au Conseil constitutionnel, méritant ainsi votre nouveau surnom de sage.

Mais si vous pensiez en avoir fini avec les tourments de la vie politique, le quotidien d'un membre du Conseil constitutionnel semble tout aussi agité. Covid, 49.3, réforme des retraites, loi du plomb. Si on dit souvent que le Conseil constitutionnel accueille tous les retraités politiques, il n'a de l'EHPAD que la réputation. Le rythme est presque aussi effréné que celui des Welcome Weeks. Mais alors, Monsieur le Premier ministre, ou devrions-nous vous appeler Monsieur le maire, ou peut-être Monsieur le sage, que reste-t-il après tout cela ? On retiendra surtout une carrière menée avec rigueur.

Si, comme vous le dites, vous êtes resté droit dans vos bottes, c'est peut-être parce que, dans ce pays, il faut au moins ça pour rester debout. Jacques Chirac aura donc tout appris à celui qu'il qualifiait du meilleur d'entre nous, sauf peut-être à gagner une présidentielle. Mais au fond, cette défaite vous a sauvés, elle vous a rendus à vous-mêmes. Encore aujourd'hui, si vous évoluez loin du tumulte de la politique active, vous continuez pourtant d'éclairer la rue de Montpensier. Comme vous le dites si bien, en politique, on n'est jamais fini. Alors, Monsieur Juppé, nous sommes ravis que vous soyez ce soir sous le feu des projecteurs.

24:36
Locuteur non identifié

Elle n'a jamais réuni, selon moi, déjà. Le fait qu'on ne respecte pas le vote du peuple, par exemple, lorsqu'on a fait les législatives, merci. Du coup, c'était quand même le rassemblement de gauche qui avait été élu. Et on nous a littéralement chié dessus, je vais utiliser ce terme. Voilà. Ce n'est pas l'objectif de la politique actuelle que de réunir, mais plutôt de diviser, selon moi. Les gens s'informent et donc, du coup, se renferment dans leur bulle. Et donc, du coup, ce qui éloigne les gens des uns des autres. Et ils ont tendance à parler qu'avec des gens avec qui ils sont d'accord, plutôt que de parler avec des gens avec qui ils ne sont pas d'accord. Ce qui permet de converger.

Et là, les gens sont plutôt en train de diverger, je pense.

25:14
Alain Juppé

Chacun a un avis qui est assez propre à lui-même, à ses valeurs. Et heureusement, en même temps qu'on n'a pas tous les mêmes valeurs. Sinon, ce serait un peu bizarre qu'on se ressemble tous. Mais du coup, ça nous divise en même temps.

25:25
Locuteur non identifié

Notre président actuel ne fait plus la bien-unité. Donc, je crois que c'est ça que ça divise. C'est pour ça que ça divise.

25:43
Alain Juppé

Globalement, on est quand même dans un pays où on a quand même les libertés de penser, des libertés de manifester, la liberté de religion, la liberté d'avorter si on le souhaite, par exemple, ce qui n'est pas le cas dans beaucoup d'autres pays. Je pense qu'avant, oui, mais maintenant, non. J'ai vu comme quoi, par exemple, un truc tout bête, j'ai vu comme quoi ils étaient en train de voir pour faire en sorte que les réseaux sociaux, le chat GPT, Snapchat, tout ça, ils pouvaient nous écouter.

26:11
Locuteur non identifié

J'ai vu ça ce matin. Du coup, je pense qu'ils font en sorte qu'on soit moins libre. Ils sont mis en danger, justement, parce qu'il y a des partis politiques et des hommes politiques qui remettent en cause l'état de droit. Et donc, je pense qu'il faut être très vigilant sur le fait que les libertés individuels restent protégés. Au niveau international, aujourd'hui, le maître du monde, c'est Trump. On le voit partout et nous, on n'a plus trop notre mot à dire. Les Etats-Unis veulent un petit peu prendre le pied sur tout le monde, alors que l'UE donne peut-être la voix à l'autre.

La France, dans l'UE, on entend déjà rien que dans les journaux internationaux que la France passe pour un énorme con auprès de l'Europe, surtout Macron. Je pense que la France a toujours un point international, dans le monde et en Europe, de par sa présence culturelle, mais que la situation politique actuelle, ça nous a faiblir. Parce qu'on ne parle pas d'une voix unie et forte, ce qui n'est pas incroyable. On est en déficit, on est en train de couler, donc je pense qu'on a un très beau potentiel, mais il n'est pas si bien exploité. Je dirais confuse, parce que les gens n'arrivent pas à s'accorder et qu'on n'arrive pas à parler d'une seule voix, alors que c'est ce qu'on cherche à faire.

Votre ville, parce que c'est vraiment un spectacle, qui n'a aucun sens, qui est ironique, qui cherche à faire qu'on comprenne rien à ce qui se passe et qu'on soit simplement spectateur.

28:11
Alain Juppé

Bonsoir M. Juppé, bienvenue à l'EDEC et merci d'avoir accepté notre invitation. Avant de commencer, est-ce que vous souhaitez réagir aux billets d'humeur ou aux micro-trottoirs qui vous ont été présentés ?

28:21
Invité

Je voudrais simplement remercier Charlotte parce qu'elle sait tout de moi, donc je n'ai rien à changer à son petit billet. Et puis je voulais vous dire que je suis heureux d'être parmi vous ce soir. Ce n'est pas une formule de politesse, ça me change. Au Palais-Royal, nous sommes neufs. Et ce n'est pas tout à fait la même tranche d'âge. Voilà, donc je suis très heureux d'avoir l'occasion de cet échange. J'irai déjà beaucoup à dire sur le micro-trottoir que vous venez de présenter. Quand l'un des intervenants explique qu'en France, les libertés fondamentales ne sont pas garanties, je voudrais simplement l'inviter à les voir un peu ailleurs, voir ce qui se passe.

Il se rendra compte que chez nous, globalement, même si tout est toujours perfectible, les garanties publiques, collectives et individuelles sont garanties. Et c'est une chance pour nous, bien entendu. Merci beaucoup.

29:16
Alain Juppé

Comme cela a été rappelé dans le biais d'humeur, vous décidez très tôt de vous lancer en politique, notamment au sein du cabinet de Jacques Chirac. Pourquoi avoir choisi la politique et comment est né votre engagement ?

29:27
Invité

Pas si tôt. J'ai commencé la politique à 31 ans. Certains commencent au berceau, beaucoup plus tôt. C'est un mélange à la fois, je dirais, de nécessité et de hasard. Nécessité parce que, en choisissant l'ENA, je me dirigeais évidemment vers le service public plutôt que vers l'engagement dans l'entreprise. Dans ma famille, il n'y avait pas d'entrepreneurs, à propos de parler, c'était plutôt une famille d'agriculteurs. Et les agriculteurs peuvent être entrepreneurs. Mais voilà, je me suis plutôt orienté dans cette direction-là. Ça, c'est un peu la nécessité qui me conduisait sur cette voie. Et puis, le hasard, c'est la rencontre avec Jacques Chirac.

Je venais d'entrer à l'inspection des finances. Je terminais ce qu'on appelle la tournée, c'est-à-dire les quatre années où on se consacre à la vérification des services du ministère des Finances ou de l'ensemble des institutions qui reçoivent des fonds publics. Et je m'apprêtais à entrer à la direction du budget. Et un beau jour, le directeur du cabinet du Premier ministre, qui s'appelait Jacques Chirac, son directeur s'appelait Jérôme Baudot, me téléphone en me disant, venez me voir samedi. J'ai mis mon plus beau blazer, une plus belle cravate pour aller à Matignon. Et là, Jérôme Baudot me dit, le Premier ministre souhaiterait que vous rejoignez son cabinet.

J'ai demandé un délai de réflexion, tout à fait hypocritement. Parce que quand on a 30 ans et qu'on est inspecteur des finances et qu'on vous propose de rentrer au cabinet du Premier ministre, on n'hésite pas. Donc j'ai fait semblant d'hésiter. Et le lundi suivant, j'étais au cabinet de Jacques Chirac. J'ai rencontré Jacques Chirac. Et après, nous avons vécu ce que j'ai qualifié dans un livre récent comme une amitié singulière pendant pratiquement 40 ans de vie politique.

31:10
Alain Juppé

De cet engagement est née une carrière au service de l'État, marquée entre autres par votre passage à Matignon. Nommé Premier ministre en 1995, vous avez incarné de grandes réformes, dont le plan Juppé, qui visait notamment à sauver la sécurité sociale. Près de 30 ans plus tard, quel bilan en tirez-vous ?

31:27
Invité

J'ai écrit un livre pour répondre à votre question. Donc je vous y renvoie. Ça s'appelle Une histoire française. Juste un petit point d'histoire sur le plan Juppé. Je ne sais pas si ça évoque quelque chose dans votre esprit, mais enfin, pendant un mois, le mois de décembre 1995, les rues de France étaient un peu embouteillées par des manifestants qui dénonçaient le plan Juppé et qui me brûlaient en effigie. J'étais brûlé régulièrement, toutes les semaines à l'effigie, y compris à Bordeaux, sur la place Péverlan. Et l'idée, c'est installé dans les esprits que face à la rue, j'ai retiré le plan Juppé. C'est faux.

Le plan Juppé, c'était un plan de réforme de la sécurité sociale dans sa globalité et pas un plan de réforme de retraite. J'avais commis l'imprudence dans mon discours de présentation à l'Assemblée nationale d'annoncer la mise en place d'une commission qui allait réfléchir à la réforme des régimes spéciaux de retraite. Et c'est ça qui a mis le feu au poudre. Mais ça n'était que 10 lignes, je crois, dans un discours de 10 pages. Le reste de mon plan, il a été intégralement mis en oeuvre par une réforme constitutionnelle qui a eu lieu en janvier, février, 96 et qui a abouti à la création de ce qu'on appelle la loi de financement de la sécurité sociale. Vous allez l'entendre parler.

Elle est actuellement discutée au Parlement et ça a été une innovation tout à fait importante qui est passée par une réforme de la Constitution. Et puis toute une série d'ordonnances avec la création de la caisse d'amortissement de la dette sociale qui devait durer 13 ans et qui est toujours en vigueur, avec la création des agences régionales de l'hospitalisation qui sont devenues les agences régionales de santé et ainsi de suite. Je voulais simplement préciser ce point. Le plan Juppé a été réalisé et beaucoup de ces réformes sont encore aujourd'hui en vigueur.

33:22
Alain Juppé

Vous l'avez dit, cette réforme a fait l'objet d'importants mouvements sociaux. Avec du recul, comment concevez-vous aujourd'hui le rapport entre courage politique et popularité électorale ?

33:33
Invité

Les deux, mon général. On ne cultive pas l'impopularité. Il vaut mieux être populaire qu'impopulaire. Quand je suis arrivé à Matignon, j'avais un record de popularité comme aucun Premier ministre nouvellement nommé n'en a jamais eu. J'étais à 60%. Ça a duré deux mois. Et un peu plus tard, voilà, j'étais pas tout à fait dans les abysses comme certains aujourd'hui, mais presque. D'ailleurs, un des membres de ma majorité, sympathique, disait de moi, le Premier ministre, à force de descendre, il va finir par trouver du pétrole. Voilà, c'était... J'étais soutenu parfois comme la corde soutient le pendu.

Voilà, donc la popularité, bien sûr, on y tient parce que c'est ça qui vous permet de progresser et d'avoir confiance en vous-même. Mais en même temps, il y a des moments où il faut avoir le courage de prendre des décisions impopulaires. C'est vrai à Matillon, c'est vrai à tous les échelons de la décision publique. J'imagine que c'est vrai aussi dans la gestion des entreprises où les chefs d'entreprise sont parfois amenés à prendre des décisions qui ne leur valent pas la popularité auprès de leurs salariés. Voilà, je prends un exemple à Bordeaux.

Le jour où j'ai lancé le tramway et donc annoncé la piétonnisation d'un certain nombre de rues commerçantes pour y faire passer le tramway, je ne vous dis pas le tollé général que ça a provoqué. J'ai tenu bon parce que je pensais que c'était l'intérêt général de doter ma ville d'un réseau de tramway. Et aujourd'hui, quand je reviens à Bordeaux, petite satisfaction. Ah, bravo, le tramway, c'est formidable. C'est ça aussi la vie publique. Savoir gérer les oppositions, les surmonter parfois, parfois en tenir compte et changer évidemment de pied. Mais lorsqu'on considère que l'essentiel est en jeu, tenir le cap et aller jusqu'au bout de ces décisions.

C'est pour ça que j'ai dit que j'étais droit dans mes bottes. Ça m'a collé à la peau. Comme d'ailleurs, ce que vous avez cité tout à l'heure, c'est-à-dire le compliment que m'a décerné Jacques Chirac. Juppé, le meilleur d'entre nous, je ne vous dis pas. Tous les compas étaient furieux,

35:41
Alain Juppé

naturellement. Vous avez donc évoqué le plan Juppé et deux années après le lancement de ce dernier, en 1997, Jacques Chirac tente de redonner de l'élan à sa majorité fragilisée avec une dissolution. Mais celle-ci se solde par une victoire de la gauche et votre départ de Matignon. Vous qui en avez été un acteur direct, que retenez-vous de cette dissolution ? Était-ce une erreur politique ou une décision que vous estimez justifiable dans son contexte ?

36:08
Invité

Je dirais d'abord que je n'ai jamais trouvé qui avait eu l'idée. J'ai essayé de prospecter un peu autour de moi. Chez les responsables politiques de l'époque, l'idée ne vient de personne. Vous me dites, est-ce que ça a été une bonne idée ou une mauvaise idée ? On a perdu. Donc c'était une mauvaise idée par définition. Elle n'a pas donné tout à fait le même résultat que la dernière. Bref, parenthèse d'actualité, puisque là, elle a abouti à la constitution d'une majorité qui a pu soutenir un premier ministre, le Edel Jospin. Et on est entrés dans cette phase qui n'était pas complètement inédite.

C'était la deuxième fois de la cohabitation entre un président de la République, disons, de droite, entre guillemets, Jacques Chirac, et un premier ministre de gauche, le Edel Jospin. Rétrospectivement, je crois que je l'ai écrit quelque part, on s'est trompé de date. La dissolution, il fallait la faire en 1995 quand Jacques Chirac est arrivé au pouvoir et que la majorité était en fait divisée entre Chiracien et Baladurien. Et ça m'a compliqué la tâche. Si on avait 10 sous, on aurait constitué une majorité autonome et on aurait eu 5 ans devant nous pour franchir en particulier le cap du 1er janvier 1998 qui était la qualification de la France à l'euro. On ne l'a pas fait à ce moment-là.

On l'a fait en 1997. Pourquoi ? Quand on essaye d'analyser les raisons de Jacques Chirac, ma popularité, pardon, mon impopularité était telle que je commençais à tirer Jacques Chirac vers le fond. Et je lui ai dit, il faut changer de premier ministre. Premier ministre, il est là pour ça. C'est le fusible, comme on dit. Chirac m'a dit, pas question, on continue ensemble. Donc, on a cherché une autre solution et notre solution, ça a été de demander aux Français de nous renouveler leur confiance pour franchir un cap qui était extrêmement important et que j'ai évoqué tout à l'heure, qui était la qualification de la France à l'euro. Nous n'étions pas encore tout à fait.

Nous ne remplissions pas encore tout à fait les conditions fixées par l'Union européenne. Et donc, mon idée, c'était de demander aux Français mandat pour donner le dernier coup de collier et arriver à ce niveau-là. Sauf que les conseillers en communication de Jacques Chirac l'ont dit, surtout, ne parlez pas de l'Europe parce que ce n'est pas populaire. Donc, on n'a pas parlé de l'Europe, on n'a parlé de rien. Et les Français n'ont pas compris pourquoi on avait dissous, d'où l'échec que j'évoquais tout à l'heure.

38:26
Alain Juppé

Quelques années plus tard, en 2016, cette fois-ci, vous êtes considéré comme le grand favori de la primaire des Républicains, incarnant une droite apaisée et pro-européenne. Mais finalement, c'est François Fillon qui l'emporte au deuxième tour contre vous. Considérez-vous cela comme un échec personnel ou plutôt comme le symptôme d'une évolution plus profonde de la droite française ?

38:45
Invité

Je n'ai jamais eu l'habitude de faire porter la responsabilité de mes échecs sur d'autres. J'étais le candidat. Je n'ai pas réussi. C'est moi qui ai échoué, bien sûr. Deux leçons à tirer de cette séquence. La première, c'est qu'il faut regarder les sondages avec la plus grande prudence. Jusqu'à la mi-octobre, la primaire a eu lieu en novembre 2016. Jusqu'à la mi-octobre, j'étais largement en tête, mais avec 10 ou 15 points d'avance sur François Fillon et près d'une vingtaine sur Nicolas Sarkozy. Et puis, le jour de l'élection, vous connaissez le résultat qui a été exactement inverse. Pourquoi ? Pourquoi ? J'ai commis des erreurs. Deux erreurs, peut-être.

La première, de n'avoir pas bien expliqué le concept que j'avais mis en avant, qui était celui de l'identité heureuse. J'avais développé cette idée. Identité, c'est la France. J'aime la France. On va faire en sorte que la France joue pleinement son rôle. Et une France heureuse. Et on m'a accusé d'être un peu naïf, de ne pas voir les difficultés auxquelles les Françaises et les Français se trouvaient confrontés. Alors que dans mon esprit, je ne voyais pas comment on pouvait être candidat à la magistrature suprême en promettant aux Français d'être malheureux. L'objectif qu'on devait se fixer ensemble, c'était le bonheur d'être ensemble. Mais ça n'a pas marché.

Et puis, deuxième élément d'explication qui n'est peut-être pas déterminant, mais en fait, qui a pesé lourd quand même dans la balance. J'étais l'objet sur les réseaux sociaux d'une campagne de dénigrement assez efficace. On m'avait collé le surnom d'Ali Juppé. Pourquoi Ali Juppé ? Parce que j'avais d'excellentes relations avec l'imam de Bordeaux, Tarek Obrou, que je considérais comme un imam républicain. Et une partie de la droite la plus conservatrice a tiré parti de cette relation que j'avais pour m'accuser de complicité avec l'islam radical. Je me souviens d'avoir fait à Sass à Paris, devant un amphi qui était aussi nombreux que celui-ci, une conférence. C'est dans la rue.

J'avais été accueilli juste avant par une grande bande de rôle sur laquelle on avait écrit « Bienvenue au grand mufti de Bordeaux ». C'était moi. Voilà, je me suis dit c'est tellement grotesque que je ne vais pas ferrailler là-dessus au risque de diffuser encore cette attaque. Et puis j'ai eu tort parce que ça a eu des conséquences non négligeables sur une partie de l'électorat. Voilà quelques-unes des explications. Peut-être aussi plus profondément ai-je un peu confondu la campagne pour la primaire et la campagne pour la présidentielle.

Je m'étais dit que compte tenu de mon passé politique au RPR ensuite à l'UMP dont j'avais été le président fondateur j'étais fort à droite et que donc j'ouvrais au centre. Mais c'est la droite qui m'a lâché.

41:54
Alain Juppé

Vous avez donc évoqué un moment marquant de votre carrière politique mais pour revenir davantage au présent vous êtes aujourd'hui membre du Conseil constitutionnel une institution qui fait régulièrement l'objet de critiques notamment sur la proximité politique de certains de ses membres ou encore sur le manque de transparence de ses délibérations. Comment selon vous concilier la neutralité que cette fonction exige avec le fait que beaucoup de ses membres ont eu eux-mêmes un passé à la fois militant et engagé ?

42:24
Invité

Le Conseil politique le Conseil constitutionnel pardon aujourd'hui est une institution absolument centrale dans ce qu'on appelle l'état de droit et on constate un petit peu partout autour de nous que chaque fois qu'on s'attaque à l'état de droit on s'attaque à la Cour constitutionnelle. Le Conseil constitutionnel est un pouvoir je ne le nie pas nos décisions sont sans appel et elle s'impose à toutes les autorités publiques. Quand nous annulons une disposition législative elle disparaît du droit en vigueur. Mais nous ne sommes pas un pouvoir à l'égal des autres.

Nous ne sommes pas un pouvoir à l'égal du pouvoir législatif qui appartient au Parlement ou du pouvoir exécutif qui appartient au président et au gouvernement. Et j'essaye de vous dire pourquoi. D'abord nous ne pouvons pas nous auto-saisir. Nous ne pouvons pas aller picorer dans l'état du droit en disant ça c'est pas bien on va l'annuler. Il faut que nous soyons saisis soit par 60 députés et 60 sénateurs soit au terme d'un processus dans lequel je ne rentre pas. Ça s'appelle la question prioritaire de constitutionnalité par la Cour de cassation ou le Conseil d'État.

Ensuite nous écrivons souvent dans nos décisions que nous n'avons pas le même pouvoir d'appréciation et de décision que le Parlement. En particulier dans les questions dites de société où notre contrôle est extrêmement restreint et distant. Je pense à ce qui a été fait en son temps sur l'interruption volontaire de grossesse ou sur le mariage homosexuel ou peut-être demain sur la fin de vie. Là nous nous bournons à regarder s'il n'y a pas une violation manifeste d'un principe constitutionnel essentiel.

En troisième lieu selon la formule d'un de nos prédécesseurs nous avons la gomme et pas le crayon c'est à dire que nous pouvons effacer une disposition législative mais seul le Parlement peut la réécrire et en général nous nous laissons d'ailleurs plusieurs mois de réflexion ou d'action pour qu'il modifie la loi en la mettant en conformité à la constitution. Et enfin c'est toujours le pouvoir constituant qui a le dernier mot c'est à dire le peuple pas le conseil constitutionnel je pourrais en apporter la démonstration mais ça serait sans doute un peu trop long à propos d'une question qui est revenue d'actualité qui est celle du corps électoral de la Nouvelle-Calédonie.

Ce corps électoral pour les élections aux élections aux assemblées provinciales et au congrès de Nouvelle-Calédonie a été gelé à un moment donné c'est à dire qu'à ces élections tous les habitants tous les citoyens de Nouvelle-Calédonie ne peuvent pas voter seuls peuvent voter ceux qui étaient déjà là en 98. Le conseil constitutionnel a eu à interpréter cette disposition et elle violait manifestement un droit fondamental qui est l'égalité devant le suffrage. Alors à l'époque le conseil avait trouvé une solution en disant mais on va prendre une formule glissante les gens qui sont là depuis 10 ans etc.

Le constituant est revenu à la charge en disant non, non, non nous on veut que ce soit les électeurs présents en 98 ou qui peuvent justifier d'une présence de 10 ans à partir de 98. Nous avons été à nouveau saisis cette année par un électeur de Nouvelle-Calédonie qui nous dit ben voilà je ne peux pas voter et je demande au conseil constitutionnel de se prononcer. Qu'est-ce qu'on a fait ? Le constituant s'est prononcé voilà on a simplement pris acte de cette décision et on l'a évidemment appliqué. Donc le pouvoir final appartient toujours au pouvoir constituant et au peuple.

Voilà alors c'est vrai qu'on n'est pas à l'abri de quelques critiques et vous avez évoqué notamment le mode de désignation des membres du conseil constitutionnel. Je ne sais pas si vous savez comment ça fonctionne donc on est neuf trois sont nommés par le président de la République trois sont nommés par le président de l'Assemblée nationale et trois par le président du Sénat renouvelable par tiers et neuf ans mais le mandat lui n'est pas renouvelable naturellement. Comment procéder autrement ? Aux Etats-Unis c'est le président des Etats-Unis qui donne la totalité des membres à vie. Je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui ce qui se passe aux Etats-Unis nous incite à copier ce système.

Deuxième système possible la cour allemande Karlsruhe ce sont les groupes parlementaires du parlement qui proposent les candidats à la cour suprême allemande. Vous voyez le cinéma en France aujourd'hui ? 11 groupes parlementaires avec 11 candidats pour le conseil constitutionnel je ne suis pas sûr que ça garantisse la neutralité politique. Après il y a le tirage au sort mais le tirage au sort est un peu incompatible avec le deuxième reproche qui est fait au conseil qui est qu'il ne comporte pas uniquement des spécialistes pointus du droit constitutionnel. Il y a des juristes au conseil constitutionnel.

Aujourd'hui sur les neuf que nous sommes deux ont fait carrière au conseil d'Etat deux sont des magistrates confirmés deux ont été avocats pendant 15 ans de leur vie avant de devenir sénateur ça fait 6 sur 9. Et puis comme le conseil constitutionnel fait du droit évidemment mais qu'il est aussi amené à se prononcer sur la façon dont fonctionnent les institutions sur la façon dont la loi est élaborée il est extrêmement utile d'avoir parmi les membres du conseil constitutionnel d'anciens ministres ou d'anciens parlementaires qui connaissent la musique. Voilà ma défense et l'illustration du conseil constitutionnel.

Je constate simplement que tous les régimes illibéraux qui veulent mettre en cause des libertés publiques commencent toujours par s'attaquer à la cour constitutionnelle exemple la Hongrie exemple Israël exemple on pourrait les multiplier.

48:01
Alain Juppé

Merci pour vos éclaircissements on vient d'évoquer votre parcours et les différentes fonctions qui vous ont permis de servir l'Etat sous toutes ses formes vous avez exercé à la fois des responsabilités nationales et locales du parlement à la mairie de Bordeaux à travers cette double expérience quelle est selon vous la juste place que l'Etat doit occuper dans la société française contemporaine ? Compliqué

48:23
Invité

comme question j'ai été très longtemps par formation l'ENA etc l'inspection des finances plutôt jacobin et puis après j'ai été maire de Bordeaux pendant 24 ans et je suis devenu plutôt girondin donc votre question est quand même une question absolument centrale parce que elle me permet d'évoquer et je ne voudrais pas être trop long là dessus mais c'est quand même un point vital la crise de la démocratie représentative que vit la France aujourd'hui je ne parle pas de la crise politique dont vous avez le spectacle qui a été qualifié par tout à l'heure une intervenante de votre ville je parle de la crise plus profonde de la démocratie représentative qui se manifeste par des taux d'abstention de plus en plus élevés un déclin des grands partis politiques qui ont alterné au gouvernement pendant 40 ou 50 ans et une réputation détestable des hommes et des femmes politiques plus la perte d'un certain nombre de repères fondamentaux autour de l'idée d'état de droit et en particulier du rôle du juge constitutionnel voilà la crise telle qu'elle est qui n'est pas propre à la France et qui aboutit corollairement à une montée à la fois des populismes et des autoritarismes j'étais un peu comment dire bouleversé le mot n'est pas trop fort par la lecture d'un hebdomadaire la croix à l'hebdo qui est en général assez bien fait récemment qui interviewait un certain nombre de jeunes de votre génération je vous cite trois phrases qui font des intertitres dans l'article en France on aurait bien besoin d'un Poutine c'est une forme d'Hitler mais au moins il a remis son pays sur pied deuxième citation le type il s'agit de Trump est un peu fou mais lui il agit troisième citation le suffrage universel ça marche pas on aurait bien besoin d'un chef militaire à la tête du pays voilà aujourd'hui la dérive dans laquelle nous sommes engagés compte tenu de cette crise de la démocratie représentative que j'évoquais tout à l'heure est-ce qu'on va se laisser entraîner dans cette dérive ma réponse est évidemment non nous avons la chance je l'ai dit tout à l'heure de vivre dans un pays de liberté et nous sommes un certain nombre à être bien décidés à maintenir ce régime de liberté il faut donc essayer de redonner vie de redonner confiance à la démocratie représentative plutôt que de la laisser dériver vers des régimes autoritaires où Winston Churchill a dit un jour la démocratie représentative c'est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres alors comment on fait et j'en viens à votre question j'essaye de tracer dans mon livre quelques pistes d'abord redonner davantage la parole aux citoyens puisqu'il paraît qu'il la réclame on pourrait en discuter d'ailleurs quand on la lui donne très souvent il ne l'apprend pas enfin bon et c'est toutes les idées qui tournent autour des conférences citoyennes des référendums etc deuxièmement ramener la décision du haut vers le bas du niveau national au niveau local et je suis dans votre question à ce moment là l'une des solutions on en reparle à nouveau il y a des projets en cours c'est de franchir une étape supplémentaire de décentralisation pour donner aux collectivités territoriales davantage de moyens davantage de compétences davantage de proximité avec les citoyens et en faisant en sorte que simultanément l'état central devienne davantage un état local c'est ce qu'on appelle la déconcentration autour du rôle des préfets voilà c'est une des solutions possibles je pense qu'on sera saisi dans les mois qui viennent de nouvelles lois essayant d'aller un coup plus loin dans la décentralisation

52:08
Alain Juppé

merci monsieur Juppé à présent nous aimerions vous faire réagir rapidement à quelques sujets d'actualité pour cela deux articles vont être diffusés sur les écrans ce sera à vous de les commenter succinctement nous reprendrons les questions par la suite j'ai encore des jokers effectivement nous sommes également conscients que votre fonction au conseil constitutionnel vous impose un devoir de réserve nous aborderons donc ces articles et les questions suivantes sous un angle plus général afin de recueillir votre regard d'ancien acteur politique voici le premier article qui apparaît donc il s'intitule la taxe Zuckmann est-elle inconstitutionnelle comme l'affirme François Bayrou

52:47
Invité

joker évidemment comment voulez-vous que je réponde à cette question puisqu'elle va être posée peut-être au conseil constitutionnel dans quelques mois c'est la même chose sur la loi de finances la loi de finances si elle voit le jour prochainement elle sera très vraisemblablement soumise au conseil constitutionnel et donc je serai amené à me prononcer avec mes collègues en tant que juge je ne vais pas donc vous dire aujourd'hui ce que j'en pense pardon désolé

53:13
Alain Juppé

le deuxième article s'intitule condamnation de Nicolas Sarkozy justice politique ou justice indépendante

53:21
Invité

même traitement même traitement je ne commande pas les décisions de justice juste un point quand même d'abord il m'est arrivé de dire publiquement que j'avais vécu 40 ans avec Nicolas Sarkozy politiquement c'est un des premiers responsables politiques jeunes que j'ai rencontré dans ma vie en 1976 quand je suis rentré au cabinet de Jacques Chirac Jacques Chirac me commande un discours puisque j'avais été recruté aussi comme plume sur l'UJP c'était l'union des jeunes pour le progrès les jeunes gaullistes je lui dis je ne sais pas ce que c'est je vais vous les faire connaître et là il me met en contact avec trois ou quatre jeunes au milieu d'eux il y en avait un qui était particulièrement chevelu déjà un petit peu agité il s'appelait Nicolas Sarkozy et voilà ça a été 1976 à partir de là nous avons milité gouverné avec des périodes dans lesquelles nous étions en face d'autres nous étions en conflit et j'ai toujours eu pour lui une estime réelle pour son courage sa détermination sa volonté de défendre les intérêts de la France et les intérêts des Français point barre voilà sur le jugement je ne m'exprimerai pas je voulais juste dire que il faut bien distinguer ce qui relève des juges et ce qui relève du législateur ce ne sont pas les juges qui ont inventé l'exécution provisoire c'est le législateur dans cette espèce de course poursuite à la transparence qui ne rassure jamais les citoyens et les électrices et les électeurs vous n'allez peut-être pas le souvenir de tout ça mais il y a quelques années il y a eu un scandale autour du ministre des finances ça y est son nom est en train de me sortir par la petite case ce qu'il faut et en réaction à ce scandale le Parlement a voté une loi qui s'appelle la loi Sapin 2 je crois que vous connaissez monsieur Sapin voilà qui a créé cette exécution provisoire dans un certain nombre de cas pas toujours automatique mais enfin bon j'entre pas dans le détail et les juges appliquent cette loi on ne peut pas le reprocher donc si on veut modifier les choses parce qu'on considère que la sanction est excessive c'est au législateur de s'emparer du problème et de changer la loi pas au juge de décider de ne pas l'appliquer merci monsieur Juppé

55:37
Alain Juppé

nous allons à présent reprendre les questions ces deux sujets d'actualité font écho à des enjeux plus larges qui nous amènent naturellement à discuter de l'actualité politique vous l'avez évoqué une crise profonde actuelle que touche la France mais votre ancienne famille Les Républicains a subi depuis 2017 de nombreux revers et semble aujourd'hui en proie à des jeux de pouvoir puissants entre l'extrême droite et les macronistes ainsi estimez-vous qu'une stratégie du nom des droites puisse représenter une option crédible pour 2027

56:04
Invité

je vous avais prévenu vous avez dit je ne ferais pas de politique appelons-la politicienne je ne peux pas répondre à cette question j'ai un devoir de neutralité et d'impartialité j'ai prêté serment devant le président de la République et donc je ne veux pas m'engager dans le débat politique si j'ai parlé tout à l'heure de la crise de la démocratie c'est en prenant du recul par rapport à l'actualité et pour essayer d'analyser en profondeur ce que nous sommes en train de vivre mais je ne vais pas m'engager dans une espèce de palmarès de mes anciens camarades j'ai fait un peu le buzz l'autre jour j'étais dans une émission de télévision qui s'appelle qu'à l'époque et alors on m'a mis sous les yeux la photo d'un certain nombre de responsables politiques ma mémoire s'est un peu troublée je ne sais plus si c'était Wauquiez ou Retailleau et on m'a demandé de réagir et j'ai dit simplement ciao voilà c'est tout et ça a fait le buzz sur les médias il faut que je sois très prudent

57:06
Alain Juppé

très bien laissons la politique politicienne de côté alors la constitution de la cinquième république avait été pensée pour éviter les blocages de la quatrième pourtant la succession rapide de plusieurs premiers ministres a montré que même ce cadre pouvait être mis à l'épreuve ainsi pensez-vous que notre constitution offre encore aujourd'hui les outils nécessaires pour surmonter les périodes de blocage institutionnels et démocratiques

57:30
Invité

nous avons une manie en France quand il y a un problème politique grave on veut changer la constitution c'est une manie française les Etats-Unis ont la même constitution depuis leur déclaration d'indépendance les Anglais ils sont encore plus associés ils n'en ont pas du tout ils n'ont pas de constitution écrite donc ils n'ont pas besoin de la changer en France on en a eu 15 je crois ou 14 depuis 1790 ou 11 la première donc voilà la nôtre elle a au moins un mérite c'est qu'elle a duré ça a été la plus longue de l'histoire de la république 1958 à aujourd'hui on a battu la longévité de la constitution de la troisième république elle a su s'adapter à des circonstances exceptionnelles 68 de cohabitation Chirac Mitterrand Chirac Jospin elle a fait preuve de souplesse parce qu'elle est mixte elle est à la fois présidentielle dans la mesure où le président de la république élu au suffrage universel direct a un pouvoir qui lui est propre et parlementaire parce qu'on le voit bien aujourd'hui le gouvernement ne tient que s'il a une majorité parlementaire qui le soutient voilà donc elle a cette caractéristique qui fait qu'elle peut répondre à des situations politiques tout à fait différentes et aujourd'hui s'il y a une forme de crise politique de mon point de vue ça n'est pas imputable à la constitution c'est imputable la façon dont les français ont voté et qui a abouti à ce morcellement de la représentation nationale à l'Assemblée nationale alors est-ce qu'elle est intangible non bien sûr il y a des procédures pour la modifier on va renoncer à l'élection du président de la république au suffrage universel direct les français y tiennent c'est le moment où ils ont l'impression qu'ils choisissent vraiment celui qui va conduire la politique de la nation bon quel autre changement peut-on prononcer on va supprimer le poste de premier ministre pour passer à un régime purement présidentiel aujourd'hui on cherche plutôt à le renforcer et à accentuer le caractère parlementaire alors il y a la solution miracle qui elle fera peut-être l'unanimité c'est le changement du mode de scrutin à la proportionnelle voilà je ne comprends pas aujourd'hui on souffre d'une fragmentation de la représentation politique onze groupes parlementaires à l'Assemblée nationale aucun dans la majorité et on voit le résultat la proportionnelle va aggraver le système quand je dis ça parfois on m'objecte 86 vous n'étiez pas né bon en 86 François Mitterrand comme il anticipait un échec grave de sa majorité socialiste à l'élection il a fait changer la loi électorale pour instaurer la proportionnelle intégrale qui nous a donné la majorité donc c'est un contre-exemple de ce que je viens de dire à savoir que la proportionnelle aboutit à la fragmentation de la représentation politique pas à tous les coups mais j'en tire une seconde leçon c'est que manipuler la loi électorale ça ne donne jamais le résultat qu'on attend donc il faut se méfier et je ne suis pas sûr que la représentation proportionnelle soit véritablement un système démocratique et je m'explique quel est le but d'une élection c'est pas de photographier le kaléidoscope des sensibilités politiques d'un pays c'est de dégager une majorité pour gouverner le pays et ça on y arrive plus facilement par un scrutin majoritaire que par un scrutin proportionnel et deuxièmement on dit la proportionnelle facilite les coalitions oui après l'élection en Allemagne le SPD et la CDU se sont tapés dessus pendant toute la campagne électorale et le lendemain ils se réunissent dans une salle pour se mettre d'accord est-ce que c'est un processus totalement démocratique j'en suis pas véritablement sûr donc voilà mes réticences un peu personnelles là je vais un peu loin dans l'analyse encore que la loi électorale n'est pas une loi constitutionnelle je le précise elle n'est pas inscrite dans la constitution et le législateur peut la modifier comme une loi ordinaire voilà on verra ce que cela donne mais je serai plutôt porté à faire confiance à nos institutions et puis pardon je vais dire quelque chose qui va vous choquer mais je le dis quand même qui est responsable de l'émiettement de la représentation nationale à l'Assemblée générale aujourd'hui à l'Assemblée nationale aujourd'hui les partis sans doute qui n'ont pas été capables de créer la dynamique pour dégager une majorité mais les électeurs d'abord ceux qui ne sont pas allés voter donc la première réforme constitutionnelle je ne pense pas au vote obligatoire parce qu'il vaut mieux que les géants y aillent volontairement que par obligation c'est de convaincre les électeurs d'aller voter et votre génération en particulier ne venez pas vous plaindre après si le gouvernement vous amène dans des voies où vous ne voulez pas aller vous avez le pouvoir au bout du bulletin de vote contrairement à ce que certains disent et donc il faut aller voter vous voulez voter pour qui vous voulez naturellement Pierre-Paul ou Jacques il faut aller voter et c'est à partir de là qu'on pourra peut-être redonner un élan à notre démocratie à condition que les partis politiques et ça c'est leur rôle soient capables d'incarner un projet une idée une promesse une ambition et de l'incarner dans une personne hier soir j'étais devant un groupe de mes anciens supporteurs de 2016 qui sont maintenant des jeunes de 35 à 40 ans qui ont tous des responsabilités professionnelles assez importantes je les ai sentis pas désespérés c'est pas le mot mais anxieux inquiet et l'un d'entre eux m'a dit mais vous prenez la modération en politique est-ce que vous ne pensez pas que à force de parler de modération vous encouragez la radicalité parce qu'aujourd'hui le phénomène c'est la radicalité à gauche comme à droite je lui ai répondu mais la modération c'est pas la mollesse Montesquieu écrit qu'il n'y a rien de plus facile que de monter aux extrêmes se mettre en colère vitupérer à la tribune de l'Assemblée nationale tout le monde sait faire c'est pas très compliqué prendre le temps de réfléchir de rechercher le point d'équilibre d'une décision qui permet de concilier parfois des points de vue contradictoires c'est une discipline c'est une exigence c'est ça la modération et c'est cela je crois que l'on doit à nouveau cultiver et je répondais à ces jeunes moi je sais très bien ce que peut être aujourd'hui le vecteur d'un projet politique porteur dans notre pays c'est la défense de la liberté c'est la défense des libertés qui sont aujourd'hui mises en cause un peu partout dans le monde regardez ce qui se passe aux Etats-Unis pas porter de jugement sur la politique internationale de monsieur Trump ça dépend des jours il y a 15 jours il a fait la paix devant la Knesset à Jérusalem et aujourd'hui Netanyahou bombarde Gaza enfin bon passons là dessus mais en revanche il est en train de porter atteinte fondamentalement à un certain nombre de libertés vitales aux Etats-Unis par exemple ça devrait concerner ici les universitaires qui sont là la liberté académique en essayant de faire pression sur les universités pour les orienter dans un sens idéologique qui soit le sien pareil sur les médias il fait pression sur les propriétaires des grands médias américains pour qu'ils expulsent les journalistes qui critiquent le gouvernement de monsieur Trump voilà un risque qui n'est pas purement aléatoire purement fictif il existe de ce qui a été longtemps considéré comme la plus grande démocratie du monde et soyons vigilants ça peut nous arriver ça peut nous arriver c'est la raison pour laquelle moi je souhaite qu'on ait un projet politique porteur autour de cette idée de la défense de la liberté fondamentale pour sortir quelque peu du débat je précise je ne suis pas candidat

1:05:25
Alain Juppé

pour sortir quelque peu du débat politique et aborder une touche plus personnelle vous avez monsieur Juppé marqué la vie politique française en occupant presque toutes les grandes fonctions étatiques chauffe une on va y venir premier ministre ministre député maire et aujourd'hui membre du conseil constitutionnel mais justement le fait de ne jamais avoir été président de la république représente-t-il votre plus grand regret et au contraire s'il fallait retenir une fierté dans votre parcours laquelle serait-elle

1:05:55
Invité

moi je ne cultive pas la nostalgie quand j'avais 6-7 ans j'étais enfant de coeur et j'avais un objectif c'était de devenir pape voilà j'ai toujours eu de l'ambition j'ai renoncé à cette ambition vers l'âge de 10-12 ans après quand je me suis lancé en politique j'ai gravi les échelons et j'ai eu l'ambition de devenir président de la république et j'ai essayé de tout faire pour ça je n'y suis pas arrivé bon parce que sans doute je n'ai pas fait ce qu'il fallait ou que je ne le méritais pas donc je n'en veux à personne et je ne me complais pas dans la nostalgie ou dans le regret donc voilà alors votre deuxième question c'est de savoir ce qui m'a le plus apporté dans ce long parcours politique c'est compliqué parce que j'ai exercé des fonctions très différentes j'ai aimé passionnément passionnément conduire la diplomatie française au Quai d'Orsay à deux reprises entre 93-95 et entre 2011 et 2012 où j'ai été confronté à des drames épouvantables la guerre dans l'Aïs-Sougoslavie le génocide du Rwanda et quelques autres encore donc quand on aime l'action politique évidemment ça vous prend ça vous prend au coeur ou au trip Matignon est aussi un endroit qui n'est pas un enfer contrairement à ce qu'ont écrit certains parce que quand on aime décider on est amené à décider dix fois par jour donc ça aussi c'est très mobilisateur cela dit comme beaucoup de responsables politiques qui ont exercé des fonctions très différentes je serais presque tenté de dire que ce qui m'a apporté je ne suis pas sûr que ce soit tout à fait vrai je le dis quand même le plus de satisfaction c'est quand même les 24 ans que j'ai passé à la tête de la ville de Bordeaux parce que là j'ai eu le sentiment de changer véritablement une ville la ville a toujours été belle c'est pas moi qui l'ai créé ou inventé mon prédécesseur Jacques Chabon Delmas a été maire 48 ans de 47 la libération jusqu'à ce que je sois élu en 95 il a été un grand maire de Bordeaux il a fait des choses formidables mais il a été maire dix ans de trop les dix dernières années il a été fatigué il a été malade et la ville a périclité ce qui m'a permis d'ailleurs de la relancer et j'ai été obsédé par l'idée de ne pas suivre ce mauvais exemple et de ne pas faire le mandat de trop c'est la raison pour laquelle j'avais décidé depuis longtemps de ne pas me représenter aux élections municipales de 2020 au bout de 25 ans de mandat municipal et de passer la main à un de mes équipiers il se trouve qu'un an avant j'ai reçu la proposition du président de l'Assemblée nationale de me nommer au conseil constitutionnel et j'ai estimé que cette proposition n'était pas déshonorante et je l'ai accepté ce qui fait que je suis parti un an plus tôt de la mairie de Bordeaux mais voilà quand je vais à Bordeaux j'ai écrit d'ailleurs un livre qui s'appelle le dictionnaire amoureux de Bordeaux et quand je suis parti avec un peu l'arme à l'oeil ça m'arrive je ne suis pas un personnage aussi insensible que vous le lisez partout dans tous les journaux quand je suis parti de Bordeaux ça m'a fait un petit serment de coeur parce que je me suis voué à cette ville corps et âme pendant plus de deux décennies et que j'étais heureux de la voir épanouie belle, attractive avec des citoyens qui étaient également fiers de leur ville voilà un peu ce qui dans mon parcours politique peut-être m'a le plus marqué

1:09:19
Alain Juppé

merci monsieur Juppé pour votre témoignage et merci d'avoir répondu à nos questions nous pouvons désormais passer aux questions du public auxquelles vous pourrez répondre en quelques mois

1:09:28
Invité

alors je ne sais pas si l'acoustique de cette salle est bonne mais formulez bien vos questions parce que je ne suis pas sûr qu'elles arrivent jusqu'ici de manière audible qu'est-ce qui pose la question ? Personne ?

1:10:06
Locuteur non identifié

Bonjour monsieur le Premier ministre Bonjour vous avez je crois 80 ans du coup d'après les sondages vous êtes un homme mort parce que c'est la moyenne d'âge en France mais je pense que du coup vous avez beaucoup de choses à apporter encore au pays ma question elle était la suivante et elle se décline en trois questions c'était souhaitez-vous améliorer la France est-ce que vous serez intéressé d'avoir des partenaires pour améliorer la France et ce serait quoi trois choses pour vous qui seraient améliorées dans cette France ?

1:10:44
Invité

comme je vous l'ai dit je n'ai plus d'ambition politique il y a un temps pour tout dans la vie il y a un temps pour l'action et puis comme vous l'avez mis d'ailleurs dans le titre de cette rencontre il y a un temps pour la pour la sagesse je ne sais pas si je suis sage mais en tout cas c'est le titre par lequel on nous désigne au Conseil constitutionnel donc voilà cela dit je continue à m'intéresser évidemment à la situation de mon pays que j'aime j'ai intitulé ma mémoire une histoire française je suis profondément attaché à la France à tout ce qu'elle représente à son histoire à son patrimoine à sa langue à ses valeurs etc et je suis évidemment un peu inquiet aujourd'hui de voir dans l'état dans lequel elle est je ne vais pas vous donner des pistes politiques ce n'est plus mon rôle aujourd'hui je voudrais simplement vous mettre en garde contre ce qui est distillé matin, midi et soir dans tous les médias y compris dans les réseaux sociaux c'est à dire une espèce de pessimisme général tout fout le camp tout s'effondre la France ne compte plus on l'a vu tout à l'heure ici sur la scène internationale et ainsi de suite voilà il y a de bonnes raisons de boyer du noir vous avez de bonnes raisons de boyer du noir et moi aussi bien entendu j'ai parlé de la crise de la démocratie représentative on pourrait parler de la perte d'un certain nombre de repères traditionnels qui donnaient du sens à nos vies et cohésion à nos sociétés alors je vais énumérer des choses sur lesquelles je ne porte pas de jugement de valeur mais qui sont des changements qui peuvent parfois nous déstabiliser la religion de nos pères qu'on le veuille ou non qu'on soit croyant ou pas la France a des racines chrétiennes ou judéo-chrétiennes et l'Europe j'étais il n'y a pas très longtemps en Sicile voilà partout des églises des calvaires etc etc or nos pays se déchristianisent même si on voit réapparaître aujourd'hui une nouvelle aspiration à des formes nouvelles de spiritualité ensuite la famille papa, maman, les enfants aujourd'hui un quart des familles françaises sont monoparentales et le chef de famille est une femme seule donc ça m'amuse ou ça m'attriste quand j'entends dire il faut que les parents soient responsables de leurs jeunes enfants vous voyez une mère qui a un ado de 17 ans croyez qu'elle est en capacité toute seule de le mettre dans les bons clous et de lui faire respecter la bonne règle c'est plus compliqué que ça ensuite pardon le sexe moi j'ai vécu dans l'illusion qu'il y avait des hommes et des femmes c'est plus compliqué que ça apparemment et puis le travail le travail était valorisant aujourd'hui d'abord on n'a plus besoin d'aller au travail pour travailler c'est un changement profond peut-être un progrès et puis quand un DRH propose à un jeune un CDI il tique en disant je préférerais ne pas m'engager pour la durée je préférerais un CDD je le répète je ne sais pas si c'est bien ou si c'est mal je dis que ça change ça change bien des choses dans les têtes et ça peut expliquer ce sentiment un peu d'anxiété de désarroi qu'on ressent plus pardon je vais être long dans cette réponse plus certains défis existentiels qui vous sont lancés et qu'il ne faut pas négliger et quand je dis existentiels c'est des défis qui mettent en cause notre existence en tant qu'homme et femme et en tant qu'humanité le défi environnemental il n'est plus à la mode parce que peut-être le balancier a été trop loin mais le problème existe il est là et on va cloconnant droit dans le mur je vous parlais de mon voyage en Sicile je lisais un article de journal à cette occasion la Sicile prochain désert européen point d'interrogation parce que la sécheresse sévit deuxième défi existentiel le défi démographique on n'en parle pas la France ne renouvelle plus ses générations on est à 1,6 de natalité d'enfant par femme en âge d'avoir un enfant le taux de renouvellement d'une génération c'est 2,1 le Niger c'est 6 défi migratoire bon voilà quand les jeunes africains crèveront de faim chez eux personne ne les empêchera de traverser le désert et la méditerranée pour venir chercher du boulot et une qualité de vie acceptable dans les pays européens et ainsi de suite et enfin le défi numérique qui est totalement ambivalent avec des progrès extraordinaires dont on a vu paraît-il que le commencement du début déjà les radiologues vous expliquent que l'intelligence artificielle peut lire une radio de vos poumons de façon beaucoup plus sûre qu'elles ne le font eux-mêmes parce qu'elles comparent des milliers et des milliers de clichés pour poser le diagnostic donc des progrès en éducation en gestion en tout ce qu'on voudra mais de l'autre côté un poison absolument redoutable bien sûr avec la circulation sur les réseaux sociaux et soutenue par l'intelligence artificielle des pires mensonges et des contenus les plus délirants autre jour dans cette émission qu'à l'époque j'étais assis comme ça sur mon fauteuil et tout d'un coup à l'écran je me vois c'était moi mes traits à l'aride près ma voix exactement produit de l'intelligence artificielle et je racontais je ne sais pas quoi j'aurais pu raconter n'importe quoi donc il faut absolument que nous reprenions la main sur ces outils numériques pour les mettre au service de l'humanité et pas l'inverse et de ce point de vue là il y a de bonnes raisons de s'inquiéter voilà donc nous avons des raisons de broyer du noir mais il ne faut pas céder à cette espèce de tentation de la collapsologie du déclinisme du tout fou le camp la France reste un grand pays je disais l'autre jour que sa principale qualité ça vous apparaîtra un discours pas très politique c'est la beauté déjà la France est belle elle est diverse elle est extraordinaire nous avons décidé avec ma femme de renoncer aller au bout de la planète et de commencer par visiter l'Alsace le massif central les Vosges etc c'est extraordinaire tout ça ensuite elle a des gens comme vous qui ont l'esprit d'entreprise qui créent des entreprises qui se battent dans la vie pour réussir elle a une excellence également intellectuelle et scientifique on vient d'avoir trois prix Nobel dans des disciplines aussi différentes que la physique je crois ou l'économie bon voilà je ne vais pas passer en revue tous les atouts de la France et donc il ne faut pas baisser la garde il ne faut pas considérer que nous sommes condamnés à régresser et à subir le diktat des superpuissances ce n'est pas vrai si l'Europe choisit et c'est ça l'heure du choix si nous choisissons non pas la vassalité sous la domination des superpuissances mais au contraire l'indépendance en nous donnant les moyens de l'indépendance et de la puissance alors nous pouvons occuper notre place sur la scène mondiale qui n'est pas une place agressive on ne va attaquer personne naturellement mais qui nous permettra de défendre ce que nous sommes c'est à dire les valeurs fondamentales qui sont les nôtres et qui sont inscrites dans la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne pardon là j'ai totalement explosé vos normes de délai de réponse mais je tenais à vous dire ça parce que j'y crois profondément je crois qu'il faut que vous retrouviez si vous l'avez perdu et je pense que vous ne l'avez pas perdu le sentiment de confiance en l'avenir et d'espérance en l'avenir plus qu'une question

1:17:57
Alain Juppé

tout d'abord merci beaucoup monsieur Juppé pour votre présence aujourd'hui

1:18:03
Invité

où êtes-vous ?

1:18:04
Alain Juppé

vous parliez de neutralité au sein du conseil constitutionnel tout à l'heure et justement estimez-vous compatible avec l'indépendance du conseil constitutionnel la présence à vie et de droit des anciens présidents de la république quand les autres membres sont nommés et temporaires et pensez-vous qu'il faut faire évoluer cette tradition ?

1:18:24
Invité

oui là je crois que s'il y a une réforme sur laquelle tout le monde est d'accord c'est bien celle-là vous parlez de la présence au conseil constitutionnel de membres de droit qui sont les anciens présidents de la république on raconte beaucoup je ne sais pas si c'est vrai qu'on doit cette disposition de la constitution parce que c'était inscrit dans la constitution au général de Gaulle qui voulait d'une certaine manière bien traiter René Coty ça vous dit quelque chose René Coty ?

René Coty était président de la république en 58 quand le général de Gaulle est revenu au pouvoir et René Coty s'est effacé devant le général de Gaulle alors qu'il n'avait pas fini son septennat et comme Coty n'avait pas de fortune personnelle le général de Gaulle a dit tiens on va nommer les anciens présidents de la république au conseil constitutionnel pour leur donner un statut aujourd'hui ça n'a plus de sens évidemment et d'ailleurs plus aucun président de la république ne siège au conseil constitutionnel depuis des années d'abord il n'a plus que deux en vie celui que vous allez recevoir la semaine prochaine je pense mais qui ne vient pas au conseil constitutionnel moi en sept ans je ne l'ai jamais vu et puis Nicolas Sarkozy qui ne peut pas venir non plus au conseil constitutionnel donc voilà le problème est réglé de facto il faudra sans doute le régler des jurés en changeant la constitution et en supprimant cette clause qui est effectivement complètement désuète

1:19:43
Alain Juppé

merci monsieur Juppé de vous être prêté au jeu nous souhaitons également remercier nos partenaires Oresis docteur DSI Studi Rama et TGS France pour leur confiance nous remercions également la régie pour son aide logistique nous vous laissons si vous le désirez le mot de la fin

1:19:59
Invité

j'ai déjà fait mon petit couplet final pour vous inciter à ne pas céder à la morosité ambiante et je n'aurai qu'un seul mot c'est le dernier mot de mon livre je cite un très beau poème de Charles Péguy que je vous incite à lire Péguy fait parler Dieu pendant pour hypothèse que Dieu existe donc Dieu parle et il regarde les humains et il dit mais les pauvres malheureux avec toutes les catastrophes qui leur tombent sur la tête je les admire ça c'est moi qui dis ça c'est pas Péguy Péguy le dit de façon beaucoup plus poétique et Dieu dit je comprends la charité la foi mais il y a un truc que je n'arrive pas à comprendre c'est l'espérance cette petite fille espérance qui suit son chemin immortel voilà je vous invite à la suivre c'est ça qui vous amènera dans la bonne direction merci de m'avoir écouté

1:20:51
Alain Juppé

merci encore monsieur Juppé nous remercions également le public d'avoir assisté si nombreux à notre conférence nous demandons d'ailleurs à ce dernier de bien vouloir rester assis le temps que l'invité quitte la salle à l'aide du QR code qui s'affiche à l'écran nous vous invitons à laisser votre avis sur cette conférence vous pourrez la retrouver sur l'ensemble de nos réseaux sociaux qui s'affichent à l'écran n'hésitez pas à vous y abonner pour être informé des prochaines conférences de l'Agora merci à tous merci à tous