MACRON VEUT SUPPRIMER L'ANONYMAT SUR INTERNET
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- 1:00Emmanuel MacronPromesse
« C'est pourquoi j'ai décidé que nous allions faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles »
- 3:00Emmanuel MacronFait
« Je crois qu'on doit aller vers une levée progressive de toute forme d'anonymat et je crois qu'on doit aller vers de processus où on sait distinguer le vrai du faux »
- 7:00Christian EstrosiFait
« Nous allons faire une expérimentation à partir de gens qui auront donné leur feu vert pour faire partie de cette expérimentation »
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Quand il se rase le matin, dans sa spacieuse salle de bain de l’Elysée, Emmanuel Macron rêve-t-il d’une France où la liberté d’expression sur Internet serait, sinon muselée, du moins très, très, très verrouillée ? Pour ma part, je pense que oui… Et j’ai quelque raison de penser ainsi… Les débuts d’année se suivent et se ressemblent pour Emmanuel Macron, du moins si l’on s’arrête à ses obsessions cybernétiques. En janvier 2018, à l’occasion de ses voeux à la presse, il annonçait un projet de loi censé lutter contre la propagation des fausses nouvelles, ou fake news, ou infox, via un contrôle renforcé des plateformes Internet.
C'est pourquoi j'ai décidé que nous allions faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles Un texte de loi sera prochainement déposé à ce sujet En période électorale, sur les plateformes internet Les contenus n'auront plus tout à fait les mêmes règles Comme vous le savez, propager puissamment une fausse nouvelle sur les réseaux sociaux Ne requiert aujourd'hui que quelques dizaines de milliers d'euros et peut se faire dans l'anonymat complet Les plateformes se verront ainsi imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés afin de rendre publique l'identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus En cas de propagation d'une fausse nouvelle Il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé permettant le cas échéant de supprimer le contenu mis en cause de déréférencer le site, de ferme le compte utilisateur concerné voire de bloquer l'accès au site internet Bien entendu, des critiques se sont très vite fait entendre. Pourquoi créer un dispositif spécial alors que la loi réprime la diffusion de fausses nouvelles depuis 1881 ? Pourquoi passer par une procédure de référé, qui exige du juge qu’il se détermine en 48 heures dans des affaires pourtant complexes par définition ?
Pourquoi cette obsession pour les périodes pré-électorales ? En dépit de tout, cette loi a été adoptée en novembre dernier. Désormais, Emmanuel Macron a un autre combat : en finir avec l’anonymat sur les plateformes Internet, où si cela ne dépendait que de lui, on ne s’exprimerait plus qu’à visage découvert.
Et il profite de son fameux grand débat pour faire avancer son combat. L’interdiction de l’anonymat permettrait, selon lui, de faire avancer le chantier de la démocratie délibérative. Ce que nous devons réussir à faire, d'abord c'est, en quelques sortes, une forme d'hygiène démocratique du statut de l'information Je crois qu'on doit aller vers une levée progressive de toute forme d'anonymat et je crois qu'on doit aller vers de processus où on sait distinguer le vrai du faux et où on doit savoir d'où les gens parlent et pourquoi ils disent les choses La levée de l’anonymat, du grand méchant anonymat, serait aussi la solution magique pour mettre fin au cyberharcèlement et au harcèlement scolaire.
On se bat contre, et on va continuer sans relâche On va continuer la formation des maitres Pour que les autres élèves qui font ça soient repérés et sanctionnés et on va continuer à travailler avec les plateformes internet pour sanctionner ce qui est fait sur ces plateformes Moi je ne veux plus de l'anonymat sur les plateformes internet et je veux une vraie responsabilité des parents, et l'interdiction c'est le seul moyen Dans les faits, il est déjà assez facile, aujourd’hui, pour un juge par exemple, de remonter à la personne qui a publié quelque chose sur Internet. C’est ce qu’a récemment expliqué dans l’émission L’Atelier des Médias sur RFI Grégoire Pouget, président de l’association Nothing2Hide, qui aide les journalistes et militants à, justement, protéger l’anonymat de leurs sources et de leurs données. Ecoutons un extrait.
Déjà l’anonymat sur internet c’est très compliqué à obtenir. Mais en deux mots, l’anonymat c’est le fait de pouvoir publier quelque chose sur internet sans que l’on ait aucun moyen d’identifier la personne qui a publié C’est de le faire sous une identité qu’on ne peut absolument pas identifier. Ça c’est très très compliqué.
Ce qui existe beaucoup plus sur internet c’est ce qu’on appelle le pseudonymat. Par exemple, moi je publie quelque chose, je ne vais pas le faire sous mon nom Grégoire Pouget, je vais le faire sous un pseudo. C’est très facile de faire la correspondance entre mon pseudo et mon vrai nom.
Et le véritable anonymat, c’est à dire publier quelque chose sous un pseudonyme, sous un faux nom, sous quelque chose qui n’est pas mon vrai nom et faire en sorte d’identifier que c’est moi Grégoire Pouget qui l’ai publié c’est extrêmement compliqué parce qu’il y a beaucoup de couches techniques qui permettent de remonter jusqu’à la personne qui a publié quelque chose sur internet. Emmanuel Macron voudrait donc lutter contre le pseudonymat sur Internet. Et il y a de quoi être angoissé.
Pourquoi ? Parce que c’est exactement ce que le régime chinois, considéré sous nos cieux comme le coeur de l’Empire du mal illibéral, a essayé et réussi ces dernières années. Rappelons qu’en Chine Facebook, Twitter ou Youtube n’ont pas droit de cité, et sont remplacés par des réseaux sociaux 100% chinois.
Et sur l’un des plus gros, Weibo, les pseudonymes ont été bannis en 2011. Et en 2016, le Parlement chinois a voté une loi qui consacre la norme de “l’identité réelle”, et l’impose aux rares plateformes étrangères présentes dans le pays. Est-ce bien là le modèle dont Emmanuel Macron rêve en se rasant le matin ?
Pour assurer la stabilité du régime, Xi Jing Ping veut être le premier au monde à créer un système généralisé de contrôle de la population capable de régir tous les aspects de la vie des citoyens. Une nouvelle technologie de reconnaissance faciale met instantanément un nom et des informations personnelles sur un visage, même en mouvement. Les chinois sont donc officiellement tous fichés par un logiciel policier.
Bien entendu, je vois d’ici ceux qui crient à l’exagération, à la manipulation de fantasmes, voire à la théorie du complot. Je les entends déjà dire [Nous sommes tout de même en démocratie] [Mais personne ne risque quoi que ce soit en exprimant son opinion en France voyons] [L'anonymat ça a du sens dans les dictatures, mais chez nous on peut s'en passer] Mouais. D’abord, il faut se souvenir que des députés LR ont tenté, en vain pour le moment, d’introduire, dans la récente loi anticasseurs, des dispositions permettant de recourir à la reconnaissance faciale. “A la chinoise”.
Christian Estrosi, maire de Nice, est un avocat zélé de ce type de technologies. Ce serait tellement facile pour les forces de sécurité avec une reconnaissance faciale, biométrique de pouvoir immédiatement identifier ceux qui sont interpellés. Sauf qu’ils sont la plupart du temps masqués, ont des lunettes ou un masque sur le bas du visage… Et bien sachez qu’aujourd’hui l’évolution des technologies, que je vais expérimenter à l’occasion du carnaval à partir du 15 février prochain à Nice.
Nous allons faire une expérimentation à partir de gens qui auront donné leur feu vert pour faire partie de cette expérimentation. Nous avons déjà fait la démonstration scientifique que même avec des lunettes, même avec un masque, aujourd’hui on est capable de pouvoir démasquer. Et pour revenir plus directement à notre sujet, il faut aussi se souvenir que des salariés d’Amazon ont été soit licenciés, soit menacés de licenciement pour avoir publié des messages de soutien aux Gilets Jaunes sur les réseaux sociaux.
Au sein de l’Education nationale, quelques enseignants ont été convoqués à leurs rectorats, ces derniers mois, pour avoir tenu sur les réseaux sociaux des propos favorables aux gilets jaunes, ou franchement hostiles à Emmanuel Macron. Forcément, un Internet français qui bannirait les pseudonymes serait un espace où l’autocensure aurait un règne absolutiste. Et c’est peut-être là le but recherché.
Emmanuel Macron