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interviewLe Média· 30 avril 2019 7 min

L'EPOQUE | LE FILM QUI APPELLE À L'INSURRECTION

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

J'étais pas du tout contre l'état, ou anarchiste, y a un an. Et, c'est, à partir du rejet de la police, que j'ai pu avoir une réflexion politique un peu plus large. C'est quoi l'époque ?

L'époque, c'est le son que ça fait quand tu prends un coup de matraque. "poc, poc, poc". C'est aussi le son des boucliers quand tu balances des bouteilles de verre dessus.

Les adultes, ils nous projettent dans le monde dans lequel eux ils vivent, dans un monde qui sera pas du tout le mien dans 40 ans ou dans 30 ans, et je me sens perdu. Mais on continue les études, on est motivés parce qu'on sait très bien que sans les études on est rien. Non mais attend, tu crois vraiment que tu vas l'avoir dans 40 ans ta retraite ?

J'avais rêvé en gros, que la France était tombée dans un hyper grosse dictature, je m'étais impliquée dans la résistance. On attend quelque chose mais on attend quoi ? Et tout ça, c'est le temps qui va te le dire en fait !

La haine, les combats, ça ne mène à rien du tout. Va regarder, va apprendre, tu apprends, d'où je viens. Après quand tu verras un facho, tu seras pas atteinte parce que tu sais qui tu es.

Quand tu dis, les français ils sont pas contrôlés, ça veut rien dire, moi je suis française, je me fais contrôler. On est obligés de toucher à vos intérêts pour que vous nous écoutiez. C'est triste d'en arriver là. une démocratie, "démo", c'est le peuple, cratie c'est le pouvoir, c'est le peuple qui a le pouvoir, c'est pas qu'une seule personne.

Tu peux être fière de quoi ? Liberté pour qui ? Egalité pour qui ?

La terre gronde. Et ouais. Si tu savais comment j'ai le feu.

Les rêves ils sont grands, et tout est possible. L'Époque, documentaire nocturne filmé entre 2015 et 2017, donne la parole à la jeunesse. Samedi 27 avril, au crépuscule de l'acte 24, le réalisateur Matthieu Bareyre a invité Juan Branco pour échanger sur le film.

Moi je pense qu'il y avait l'idée effectivement de prendre l'époque à rebours, et de redonner aussi du pouvoir à cette génération. D'aller chercher ça, constamment. De faire cet effort là pour trouver de petits espaces, de petits moments, où éclatent quand même un sentiment de liberté.

On le voit dans le film, enfin, c'est le jeu avec les images de Valls et compagnie, c'est vraiment cet autisme, cette incapacité à entendre, de la part de cet espace là en fait, c'est-à-dire de cette génération, mais aussi dans un sens plus large, de ces appareils de pouvoir, qui se refusent de laisser accéder autre chose. Cette violence que tu contournes par le rire, mais qui est quand même, qui est présente. Ah, l'histoire d'Adama Traoré, c'est pas du cinéma.

Ah, ça c'est du réel, hein. En filigrane, le film invite à l'insurrection. Notamment grâce à Rose, jeune femme révoltée, bardée de diplômes, drôle, et attachante.

Mais c'est de la balle Aimé Césaire hein, c'était un putain de nègre. J'adore ce putain de nègre instruit mon négro ! J'adore ça.

Niggers. Tu sais ce que je fais en disant ce mot? Je lui retire sa connotation négative que l'homme blanc a voulu lui attribuer en masse.

Ca s'appelle contourner le stigmate mon négro. Merci pour votre générosité Rose. Vous êtes tellement jolie, à l'extérieur comme à l'intérieur.

De même, Juan Branco, une fois n'est pas coutume, peine à trouver ses mots quand on lui demande pourquoi il faut aller voir l'Époque. Bah ce grand silence déjà est le plus convaincant des arguments. Il faut le voir pour le comprendre, et se raccorcher à un peu à un réel qu'on a essayé de cacher ou de nier, qui est pourtant là, omniprésent dans les rues.

Y aller pour se déciller, pour comprendre qu'il faut s'engager. Le film il a été accueilli de façon..

Avec beaucoup de force, quoi, que ce soit à Angers, ou au Caire. Il y a quelque chose évidemment, Paris, c'est, dans le film, c'est simplement un endroit où on peut rencontrer des gens. Ce qui est intéressant, c'est que Paris ça ne veut plus rien dire, en fait.

On dit c'est le Grand Paris, et dans le Grand Paris, il y a énormément de gens qui viennent. En fait, Paris n'appartient pas aux Parisiens. Plusieurs collaborateurs et amis du Média ont également vu ce film.

On ressort de ce film avec la sensation d'avoir, qu'il a su capter ce qui nous anime tous de colère, d'espoir, et de désillusion. Le film a cette force très grande de donner la parole à ceux qui ne l'ont pas habituellement, à ceux qu'on appelle les invisibles, et de tirer cette parole une extrême lucidité. C'est d'abord la lucidité de ces personnes elles-mêmes, lucidité sur leur propre époque, sur le monde dans lequel elles s'inscrivent.

Elles posent des diagnostics extraordinaires parfois, surtout compte--tenu de l'âge de certaines d'entre elles. L'époque, il faut aller le voir si t'es en colère, si t'as le feu, parce que ça va te faire du bien, et si c'est pas le cas, il faut y aller aussi, parce que peut être que tu comprendras certaines choses, notamment que la violence elle est pas toujours là où l'on croit. L'époque, ça m'a fait l'effet d'une claque, c'est un film qui est à la fois très beau, très lyrique, très musical, et en même temps, dur comme l'est trop souvent le réel.

Et ce film, c'est une véritable plongée dans le réel, extrêmement humaine, extrêmement belle, extrêmement réussie. Qui moi en tout cas, m'a laissé plein d'espoir. Je vous conseille d'aller le voir de toute urgence.

Si vous êtes déjà persuadé que...

Il faudrait changer les choses, peut-être qu'il vous donnera l'élan pour y aller, pour faire, pour agir. Pour arrêter d'être spectateurs, pour devenir acteurs, et participer à un changement qui est encore possible, qui est là, à nos portes. Alors courrez voir l'Époque tant qu'il est encore temps.

Courrez le voir pour que la Terre gronde encore. Courrez le voir et dites-nous, si vous aussi, vous avez le feu maintenant.