Philippe Bolo : "On peut réduire la production de plastiques sans se priver de nombreux usages utiles"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, le 5-7.
Il est 6h21, l'humanité est-elle prête à réduire sa dépendance au plastique, une matière, on le sait, extrêmement polluante et très peu recyclée ? C'est tout l'enjeu des négociations internationales qui se tiennent cette semaine à Boussane, en Corée du Sud. Le but est d'aboutir à un premier traité mondial sur le sujet. Notre invité est sur place pour suivre ces négociations. Bonjour Philippe Bollot.
Bonjour Mathilde Munoz.
Vous êtes député Modem du Maine-et-Loire et vous faites partie des parlementaires français qui travaillent sur les sujets scientifiques et technologiques. C'est un groupe qui s'appelle Lopesque. Vous venez d'ailleurs de rendre un rapport sur l'impact sanitaire des plastiques. Alors ces négociations de Boussane, c'est le troisième grand rendez-vous international en quelques semaines lié à la protection de l'environnement. Il y a eu la COP16 sur la biodiversité et la COP29 sur le climat, avec dans les deux cas des résultats décevants au regard des objectifs. Vous êtes optimiste pour ce rendez-vous sur le plastique ?
Oui, optimiste mais quand même serein. Nous sommes en pause. Il y a eu une première plénière ce matin, une autre va commencer dans une heure ou deux. Conscient quand même de points de clivage entre des pays qui veulent moins avancer que d'autres. Donc il va falloir effectivement composer avec tout le monde.
Qui sont les pays qui freinent ? Ce sont ceux qui consomment le plus de plastique ou c'est qu'ils produisent ? Les pays qui ont du pétrole ?
Les pays qui freinent sont ceux qui ont un intérêt économique dans la transformation des produits pétroliers en polymère. Donc les pays de la pétrochimie. Alors ce matin s'exprimait avec de nombreuses précautions l'Arabie Saoudite, l'Inde, l'Iran et beaucoup d'autres pays qui ont des intérêts similaires. Voilà, eux disent que l'essentiel peut se gérer par pays et avec le recyclage.
Et d'autres, un autre groupe de pays qui sont les pays qui portent un traité de haute ambition, dont fait partie la France, l'Allemagne, la communauté européenne, la Grande-Bretagne, le Japon et d'autres pays, eux disent au contraire, allons-y, réduisons la quantité de polymères mises sur le marché parce que tout passera par là et tant qu'on n'aura pas atteint cet objectif de réduction, on ne réduira pas la pollution plastique.
L'Europe parle d'une même voie sur ce sujet ?
L'Europe parle d'une même voie sur ce sujet, effectivement.
Alors l'enjeu c'est quoi exactement ? Vous le disiez, c'est de plafonner la production de plastique, de la maintenir à son niveau actuel, de la réduire, c'est de fixer vraiment un chiffre, un montant, ou d'aller aussi au-delà, d'essayer de réduire la pollution, de mieux recycler ? Est-ce qu'on va aussi sur le volet pollution ou c'est juste production ?
L'enjeu il est simple. Partons très rapidement des chiffres. On sait qu'on a multiplié par deux la production de plastique en 20 ans, on est à peu près à 430 millions de tonnes en 2023, on va dépasser les 500 millions de tonnes en 2040 et le milliard en 2050. Et les scientifiques nous disent très clairement que cette augmentation exponentielle, elle est corrélée à l'augmentation des déchets et à l'augmentation de la pollution.
Donc tant qu'on ne réduira pas cette production, on sera toujours confronté à cette montagne de déchets que nous avons à gérer, qui parfois termine dans l'environnement, qui font la pollution et qui font une pollution qui est absolument insidieuse et invisible, qui est celle par les microplastiques contre laquelle il faut lutter, parce que c'est derrière que nous avons des préoccupations sanitaires, des préoccupations d'ordre de santé publique.
Et cet enjeu sanitaire, c'est l'argument le plus porteur ? C'est ça qu'il faut mettre en avant comme angle d'attaque selon vous ?
Voilà, c'est exactement cela. Autant la réduction fait des points de clivage, autant l'aspect de la préservation de la santé de l'humanité est évidemment beaucoup plus consensuel. Donc il faut agir absolument sur ce volet-là.
Et alors comment on fait pour essayer de convaincre les pays qui sont pour le moment récalcitrants ? Avec quels arguments ?
Eh bien ceux des arguments scientifiques qui sont, comme je vous l'ai dit, que plus on produit, plus on met de déchets, plus on retrouve de déchets, plus on a de sujets de pollution plastique. Donc il faut vraiment aller là-dessus. Et la réduction, surtout moi je pense qu'elle est tout à fait atteignable lorsqu'on réfléchit aux principes même de l'économie circulaire. Ce sont très simples ces principes de l'économie circulaire. C'est la réduction, la réparation et le recyclage. Et dans les trois cas, lorsque vous activez ces leviers-là, vous réduisez la quantité de matière vierge dont vous avez besoin.
Donc par la transition au moyen de l'économie circulaire vers un nouveau modèle économique, on peut réduire sans se priver de nos ombreux usages qui nous sont utiles au quotidien.
Mais les pays qui sont producteurs de pétrole ou qui produisent ce plastique, eux, vous nous avez dit tout à l'heure qu'ils voyaient que par leur prisme économique, ils seront perdants.
Oui, mais ces mêmes pays sont aussi sollicités et interpellés sur d'autres COP. Vous les avez mentionnés en introduction. Celle de la biodiversité et surtout celle du climat.
Pour qu'il y ait un texte à la fin de la semaine, est-ce que le consensus est obligatoire ? Est-ce que si une partie de la communauté internationale décide d'avancer sans attendre les autres, est-ce que c'est faisable ?
C'était exactement l'objet des débats de ce matin entre ceux qui réclament le consensus et ceux qui veulent aller au vote. Moi, je crois qu'il faut que la majorité des pays, enfin le plus grand nombre de pays qui ont de l'ambition, doivent se réunir pour avancer. Si certains ne veulent pas y aller, ils reprendront le train plus tard. Mais à partir du moment où on a quelques bonnes volontés, il faut vraiment s'appuyer sur ces bonnes volontés-là, s'adosser à elles pour qu'on avance. C'est absolument un problème incontournable, ce problème de la pollution plastique, encore une fois, pour le climat, pour la biodiversité, pour notre santé.
Donc on ne peut pas être au rendez-vous des attentes et au rendez-vous de l'histoire. Il faut absolument réduire cette pollution plastique. Donc pour cela, que tous les pays qui ont de l'ambition, se mettent autour de la table, produisent un traité. Si certains n'y sont pas, avançons sans eux.
Et ça se négocie à quel niveau ? Est-ce que les chefs d'État sont là ou vont venir ?
Alors, c'est surtout au niveau ministériel. Mais chaque pays est représenté par des délégations qui travaillent en séance plénière et puis aussi dans des réunions parallèles, thématiques par thématique, pour faire avancer sur tous les sujets du traité.
Et vous ne regrettez pas justement que ce ne soit pas un échelon au-dessus si ce sujet est tellement important, comme vous le dites, que les chefs d'État, que les dirigeants viennent, prennent le temps de venir pour marquer le coup ?
Les chefs d'État l'ont fait au moment du G20 puisqu'ils avaient signalé l'importance de regarder ce sujet de la pollution plastique. En bilatéral, Emmanuel Macron l'avait fait au Canada, il l'avait fait aux États-Unis avec le président chinois. Lors de conventions entre les deux pays, à chaque fois avait été signalé l'importance de soutenir le traité international.
Merci beaucoup Philippe Bollot, député Modem du Maine-et-Loire, en direct de ces négociations internationales sur le plastique qui se tiennent toute la semaine à Boussane, en Corée du Sud.
Philippe Bolo