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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 22 juillet 2026 40 minContradictoireActualité / polémiqueDéfenseEurope & internationalÉconomie & entreprisesImmigration & asile

Moyen-Orient : le régime iranien a-t-il intérêt à une guerre au long cours ?

Au micro : Bérangère BonteSource d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 8 %Attaque 23 %Défensif 46 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 59 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:18OuverteRéponse partielle

    Qui a commencé la violation du cessez-le-feu du 17 juin ?

  • 2:39OuverteRéponse partielle

    Qui est à l'origine de la rupture du cessez-le-feu côté iranien ?

  • 4:23OuverteRéponse partielle

    Pourquoi les Gardiens de la Révolution ont-ils rejeté l'accord du 17 juin ?

  • 5:49OuverteRéponse partielle

    Quels sont les objectifs en relançant la guerre ?

  • 7:10OuverteRéponse partielle

    Que cherchent-ils en relançant cette guerre ?

  • 10:05OuverteRéponse partielle

    Les Iraniens ont-ils conscience de la faiblesse de la diplomatie américaine ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:41InvitéFait
    « Du point de vue américain, ce sont bien les Iraniens qui ont violé le cessez-le-feu, notamment en ne respectant pas leurs engagements vis-à-vis du détroit d'Hormuz. »
  • 2:03InvitéFait
    « On peut aussi harguer que ce sont bien les États-Unis qui ont pour les premiers effectué à nouveau des frappes massives sur le territoire iranien. »
  • 6:40InvitéChiffre
    « Il est dit que les États-Unis donneraient en réparation ces 300 milliards de dollars. »
  • 9:08PrésentateurChiffre
    « La guerre aurait coûté au moins 35 milliards de dollars. »
  • 17:07InvitéFait
    « Les gardiens de la Révolution sont quand même assez impopulaires en Iran. »
  • 23:03InvitéFait
    « L'ensemble des services de renseignement considèrent que l'Iran n'a pas d'arme nucléaire, ça on peut en être sûr. »
  • 28:16InvitéChiffre
    « Vous avez aujourd'hui environ 10 tonnes d'uranium enrichi encore en Iran. »
  • 28:25InvitéChiffre
    « La communauté internationale s'est focalisée sur les fameux 440 kilos d'uranium enrichi à 60%. »
  • 32:36InvitéFait
    « vous pouvez assez facilement effectivement contourner les sanctions »
  • 32:40InvitéFait
    « la Russie et la Chine ne sont pas particulièrement vigilantes sur l'application de sanctions internationales vis-à-vis de l'Iran »
  • 33:09InvitéFait
    « l'Iran certes s'il n'y avait pas du tout de sanctions aurait une industrie de défense encore plus dynamique »
  • 34:03InvitéFait
    « ça s'explique par une mécompréhension générale de ce qu'est un changement de régime »
  • 35:15InvitéFait
    « il y a une capacité pour remplacer beaucoup de figures qui ont été décapitées »
  • 35:38InvitéFait
    « en Irak il y avait une structure du pouvoir qui était beaucoup plus verticale »
  • 37:15InvitéFait
    « le fils a une volonté déjà un caractère beaucoup plus discret même avant les attaques »
  • 37:49InvitéFait
    « il y a une volonté d'arbitrage mais l'intérêt qu'il a en commun avec son père c'est de maintenir le régime tel qu'il est »
  • 38:56InvitéFait
    « le simple bombardement aérien ne peut pas provoquer de changement de régime »
  • 39:16InvitéFait
    « ce vocabulaire de guerre totale s'applique pour de la communication à l'international »

Temps de parole

  • Invité44 %
  • Invité 239 %
  • Présentateur17 %

0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

11 jours après la reprise des bombardements, la guerre entre l'Iran et les Etats-Unis est entrée dans une nouvelle phase. Cette nuit encore, des frappes américaines et en face, Téhéran qui étend ses représailles aux bases américaines du Golfe. Les outils menacent désormais d'ouvrir un nouveau front en mer rouge, ce qui fait craindre un embrasement régional. A l'intérieur du pays, maintenant le président iranien, Massoud Bezéchian, évoque désormais une guerre totale, alors que les gardiens de la révolution semblent plus influents que jamais et que la crise économique se durcit. Cette guerre est-elle en train de transformer durablement le régime iranien et sa stratégie militaire ?

Quels sont les objectifs des gardiens de la révolution ? Le régime iranien a-t-il intérêt à une guerre au long cours ? Je suis très heureuse d'accueillir Sophia Marouk, bonjour, spécialiste des gardiens de la révolution. Vous êtes prof-assistante à la Sorbonne à Abu Dhabi et on profite de votre passage à Paris. Très heureuse aussi d'accueillir Héloïse Fayet, vous êtes chercheuse au Centre d'études de sécurité de l'IFRI et responsable du programme de recherche, dissuasion et prolifération. Merci à toutes les deux d'avoir accepté l'invitation des matins d'été. Héloïse Fayet, question générale peut-être pour commencer.

Les Iraniens et les Américains s'accusent mutuellement d'avoir violé le cessez-le-feu conclu le 17 juin. Qui a commencé ?

1:26
Invité

C'est évidemment difficile de répondre à cette question-là parce que ça dépend déjà comment est-ce qu'on interprète le cessez-le-feu, comment est-ce qu'on interprète le Memorandum of Understanding, ce protocole d'accord qui avait effectivement signé entre les États-Unis et l'Iran début juin. Mais en tout cas, oui, du point de vue américain, ce sont bien les Iraniens qui ont violé le cessez-le-feu, notamment en ne respectant pas leurs engagements vis-à-vis du détroit d'Hormuz, qui est maintenant depuis plusieurs semaines le nœud vraiment critique des tensions entre l'Iran et les États-Unis.

Mais de l'autre côté, on peut aussi harguer que ce sont bien les États-Unis qui ont pour les premiers effectué à nouveau des frappes massives sur le territoire iranien. Mais dans tous les cas, depuis effectivement mars 2026, et puis on peut faire remonter cette crise en fait même à avril 2024, donc aux premières frappes israéliennes sur le consulat iranien à Damas qui avait engendré des répliques iraniennes. On est aussi et surtout effectivement dans une guerre des récits où chacun souhaite avoir l'ascendant sur son adversaire et veut clamer la victoire.

2:29
Présentateur

La Washington parle d'attaque iranienne contre la navigation commerciale dans les droits d'Hormuz. Et Teheran dit non, c'est eux, et prétend répondre donc à ces actions américaines. Sophia Marouk, côté iranien, qui précisément est à l'origine de la rupture du cessez-le-feu et de la reprise des hostilités ?

2:45
Invité

Je crois qu'il y a quand même un consensus parce que, comme l'a dit Héloïse Fayet, les deux parties s'accusent mutuellement d'avoir violé un cessez-le-feu qui était déjà fragile et qui n'existait pas vraiment. Il faut rappeler quand même ce qu'est ce mémorandum d'entente qui n'est pas un protocole de paix. Il ne l'a jamais été. Et alors, on ne va pas reprendre point par point les 14 points de ce mémorandum. Mais en fait, dès qu'il a été signé au 17 juin, il y avait un certain nombre de points qui n'étaient déjà pas respectés. Et notamment, dans le premier point, les Iraniens avaient réussi à intégrer le Liban dans les territoires qui étaient convoqués.

Donc, on parlait d'un arrêt total des hostilités. Même au Liban, les frappes ont continué. Israël n'est pas concerné par cet accord. Donc, l'Iran n'a pas de garantie qu'Israël n'interviendra plus. Et donc, il y a un certain nombre de points sur lesquels on marche vaguement. On essaye d'interpréter. Chacun essaye d'interpréter ses parties. Mais côté iranien, c'est Pézéchkian qui a signé ce mémorandum. Pézéchkian qui est le président de la République. Et ça, ça en dit long aussi, puisque Pézéchkian n'a pas la même aura politique qu'ont aujourd'hui les gardiens de la Révolution ou qu'a le guide suprême. Et ça, ça a été très peu interprété, à mon grand étonnement.

Mais ce n'est pas le président de la République qui décide de l'arrêt des hostilités ou non. Côté iranien.

4:21
Présentateur

Alors, ça amène la question suivante. Pourquoi les gardiens de la Révolution ont-ils rejeté cet accord du 17 juin ? Qu'est-ce qu'ils y perdaient ? Ou qu'est-ce qu'ils y perdraient ?

4:30
Invité

Je dirais qu'ils ne l'ont pas rejeté en bloc. C'est quand même assez divisé à l'intérieur. Et ça, on peut en parler. Parce que les gardiens de la Révolution ne sont pas en consensus sur la continuité ou non de cette guerre. Et Mojtabah Ramenei, qui est quand même très proche des gardiens de la Révolution, a donné son accord pour signer ce mémorandum. Mais à l'intérieur des gardiens de la Révolution, on a des dits pragmatistes. Donc, la figure de Ralibaf, qui est le chef du Parlement iranien et celui qui est le chef officieux des négociations directes avec les Etats-Unis, est un gardien de la Révolution.

Mais dans une mouvance beaucoup plus transactionnelle et beaucoup plus pragmatique que l'est, par exemple, Ahmad Vaidi, qui est le chef du corps des gardiens de la Révolution, ou le chef du Conseil suprême de sécurité, qui est Zolhadr. Donc, on a à l'intérieur des gardiens des tensions là-dessus, entre des figures qui se disent, bon, il faut qu'on arrive à un accord, il faut qu'on arrive à obtenir certains points, la levée des sanctions, le retour des avoirs qui sont gelés. Mais beaucoup de gardiens ne suivent pas Ralibaf, par exemple, dans cette logique de négociation. Mais ça ne fait pas consensus.

5:46
Présentateur

On s'arrêtera sur ces différentes approches. Mais là, ils cherchent quoi, en fait, en relançant la guerre, pour vous ?

5:53
Invité

Ils cherchent à obtenir, à mon sens, ils cherchent à obtenir des petits points avec lesquels ils ne sont pas d'accord avec les Etats-Unis. Parce qu'il faut lire entre les lignes ce mémorandum, parce qu'il y a certains points qui sont un petit peu vagues et c'est fait exprès. Je ne sais pas ce qu'en pensait Louise Fayet là-dessus. Mais par exemple, sur la question du détroit d'Hormuz, on ne sait pas si on parle des eaux territoriales d'Omane ou si on parle des eaux territoriales iraniennes, par exemple. Parce que l'Iran prétend avoir le pouvoir sur l'ensemble des eaux du détroit d'Hormuz. Ce n'est pas exactement le cas.

Idem pour la question de la réparation, puisqu'il est dit que les Etats-Unis donneraient en réparation ces 300 milliards de dollars. Puis après, Donald Trump dit que ça servirait seulement à acheter des produits agricoles américains. Les Iraniens ne sont absolument pas d'accord sur ce point-là. Donc en fait, c'est un petit peu la même stratégie des deux côtés. Il y a un point de base, il y a des écrits de base, et puis ensuite, par déclaration interposée, on essaye d'avoir quelques avantages supplémentaires.

7:10
Présentateur

Héloïse Fayet, que cherchent-ils en relançant cette guerre ?

7:13
Invité

Alors, à mon sens, les deux parties ont relancé la guerre. C'est-à-dire, à nouveau, les Iraniens ont effectivement à nouveau perturbé, enfin, une partie du résime iranien a perturbé le trafic maritime. Après, les Américains ont, à mon sens, réagi d'une façon disproportionnée, peut-être un terme un peu fort, mais d'une façon extrêmement puissante, voire violente, en reprenant directement des frappes sur le territoire iranien, alors que ce ne sont pas les Iraniens qui ont frappé les premiers, les bases américaines au Moyen-Orient, en tout cas là, dans la séquence qu'on a effectivement depuis une dizaine de jours.

Donc quand on dit qu'ils ont repris les conflits, certes, mais il faut avoir du coup en tête à la fois quels sont les objectifs des États-Unis en reprenant les frappes directes sur le territoire iranien, et effectivement quels sont les objectifs de l'Iran en perturbant à nouveau le trafic maritime. Et puis aujourd'hui, en reposte aux frappes américaines, en frappant effectivement certaines bases américaines au Moyen-Orient.

Alors du côté de l'Iran, effectivement, je pense qu'ils cherchent à maximiser tout ce qu'ils peuvent tirer de l'accord, et ça, Sophia l'a très bien montré, c'est un accord qui était extrêmement flou, enfin même un protocole en fait, qui était extrêmement flou, qui reflète aussi l'amateurisme total de la diplomatie américaine, parce qu'on peut se rappeler que dans la délégation américaine qui a conduit les négociations, il y a très peu d'experts de la région, peu d'experts du Moyen-Orient, peu d'experts non plus du nucléaire.

Ils ont traité en fait ces négociations tout simplement pour avoir un papier, pour avoir une sorte de victoire du côté des États-Unis, et en réalité, il est tellement flou que chacun peut interpréter les points de l'accord comme il le souhaite. Donc pour moi, la réaction américaine, qui est extrêmement forte, elle est en fait assez peu compréhensible, parce qu'on sait bien que cette guerre est extrêmement populaire aux États-Unis.

Là, il y a des estimations chiffrées qui viennent de paraître, et même le gouvernement américain reconnaît que la guerre aurait coûté au moins 35 milliards de dollars, donc la séquence qui a commencé en mars 2026, pour des objectifs stratégiques qui sont quand même extrêmement faibles. Je veux dire, avant la fin février 2026, la libération, la navigation dans le détroit d'Hormuz était quand même totalement ouverte.

Le régime iranien n'est pas non plus tombé depuis la fin février 2026, et donc en fait, les objectifs américains de reprendre des frappes aussi importantes sur le territoire iranien sont peu clairs, tandis que du tout côté iranien, je pense qu'ils cherchent effectivement à tirer tout ce qu'ils peuvent de l'accord, et à montrer que ce sont encore eux qui dominent la situation dans la région, qui donnent un petit peu les tempos, et surtout qu'ils sont toujours capables en fait d'exercer ce genre d'action, alors qu'ils sont bombardés par les États-Unis maintenant depuis plusieurs mois.

10:05
Présentateur

Vous parliez de ce coup qui était révélé hier par Pitexet, le ministre de la Défense américain, 37,5 milliards de dollars depuis février, pour une guerre qui devait durer quelques semaines, ce qui ne doit pas déplaire aux Iraniens, j'imagine, ce qui ne doit pas leur déplaire non plus, est-ce qu'ils en ont conscience de ce que disait Elosis Fayet, cette faiblesse de la diplomatie, cette incompétence, je crois même que vous avez dit, Sophia Marouille ?

10:35
Invité

Vous voulez dire, est-ce que les Iraniens ont conscience que ça ne marche pas par voie diplomatique ? Oui, parce que finalement, le régime de la République islamique s'est fondé là-dessus, sur une idée de guerre avec les États-Unis, qu'elle soit idéologique ou militaire. Mais leur faiblesse, leur incompétence, dit même Elosis Fayet ? L'incompétence de la délégation américaine ? Oui, est-ce que je parlerais d'incompétence totale ?

Je pense, mes connaissances en effet du sujet, alors ça, on peut le dire, et de l'intérieur de l'appareil d'État iranien, et puis de toute façon, si j'ai bien compris, les services de renseignement américains ne sont pas toujours entendus par l'administration Trump pour prendre des décisions ensuite. Ça, c'est autre chose.

11:19
Présentateur

Je vous interromps, mais soit ils ne les écoutent pas, ça, c'est autre chose. Mais ce que disait Elosis Fayet, c'est qu'ils sont, oui, incompétents, le mot est peut-être fort, mais ce n'est pas seulement que l'administration Trump ne les écoute pas. Pour moi, c'est de l'incompétence

11:31
Invité

que de ne pas écouter ces services de renseignement. Un bon point. Mais bon. Donc, oui, alors, ils ont conscience aussi qu'il y a une logique très transactionnelle avec Donald Trump sur des points très précis qui sont liés, justement, au cours du baril, sur le gel des avoirs, sur la levée des sanctions également. Donc, ils savent qu'à chaque fois, il faut aller chercher des petits éléments dans les négociations pour avancer. Et ils savent très bien que Donald Trump ne lâchera pas, même s'il n'en a pas les capacités militaires maintenant, parce qu'il sait qu'il y a les élections américaines qui arrivent à l'automne. La guerre est largement impopulaire, n'a pas fonctionné.

Il n'y a pas eu de changement de régime, comme il avait été évoqué. Donc, les Iraniens savent très bien qu'ils peuvent gagner du temps grâce à ça et les avoir à l'usure. Et c'est une stratégie iranienne depuis très longtemps. C'est de laisser traîner des petits points qui ne sont pas ratifiés ou qui sont flous, qui restent inconfirmés dans le temps pour pouvoir ensuite les avoir à l'usure et dire maintenant, on veut ce point-là. Et donc, comme l'élection américaine arrive, peut-être qu'ils auront gain de cause.

12:50
Présentateur

Alors, les Américains connaissent mal le régime iranien. Il se trouve que vous deux, vous le connaissez parfaitement. Et vous avez commencé à évoquer à quel point ce regain des hostilités divise les factions au sein du régime. Ça, c'est vraiment intéressant de prendre le temps de comprendre comment le pouvoir est réparti au sein des gardiens de la Révolution.

13:09
Invité

Il y a deux niveaux de lecture pour comprendre les gardiens de la Révolution dans la guerre. D'abord, une mainmise des gardiens dans l'appareil d'État exécutif des plus radicaux. Parce que les gardiens de la Révolution, vous avez des très radicaux et des personnalités qui sont beaucoup plus pragmatistes, comme je l'ai dit tout à l'heure, comme le président du Parlement, Rally Baff, qui est beaucoup plus dans une logique de négocier et de libéraliser aussi le pays d'un point de vue économique, voire social, parfois.

Le problème, c'est qu'avec l'assassinat ciblé d'un certain nombre de figures des gardiens de la Révolution des premières générations, on arrive avec des gardiens qui sont au poste de commandement, qui sont beaucoup plus durs. J'ai parlé d'Armad Vaidi, qui est le chef des gardiens de la Révolution, qui lui est un produit pur des plus radicaux des gardiens de la Révolution, qui a fait la guerre Iran-Irak. Ahmad Vaidi, qui s'est assuré de nommer dans un conseil suprême de sécurité nationale, donc c'est le conseil qui décide du commandement de la guerre, entre autres, avec le chef du corps des gardiens de la Révolution et le guide suprême.

Il a nommé à la tête de ce conseil Solhadr, qui est un de ses camarades, qui est aussi un radical, après une figure qui s'appelait Larry Gianni, qui est décédée dans les frappes américaines pendant la guerre et qui lui était beaucoup plus pragmatiste aussi. Donc on a au poste de commandement des éléments beaucoup plus radicaux. Ensuite, il faut comprendre que maintenant, être gardien de la Révolution, ça veut un peu tout et rien dire.

C'est-à-dire, il y a la figure militaire, c'est-à-dire, il y a des gardiens qui sont militaires de carrière, mais les gardiens de la Révolution forment une institution telle, qui est tellement présente dans l'économie, dans la politique, dans la culture, etc., qu'il y a une massification des gardiens et des civils aussi partout dans les réseaux de gardiens de la Révolution parce que ce sont des personnalités qui arrivent à offrir des emplois, donc des institutions culturelles affiliées aux gardiens qui offrent des emplois dans l'administration aussi.

Donc on voit aujourd'hui que ça devient de plus en plus dur, ça va devenir de plus en plus dur de différencier ce qui est un gardien et ce qui ne l'est pas. Et c'est ça qui est intéressant de comprendre, c'est qu'on voit qu'il y a une militarisation de ce régime et de ce pays qui montre une certaine normalisation des gardiens et c'est plus concentré à une armée. Comment on devient

15:51
Présentateur

gardien de la Révolution ?

15:52
Invité

Ça dépend, il y a des formations militaires, alors il y a un service militaire qui est obligatoire, donc soit on entre dans l'armée conventionnelle qu'est l'artèche, qui est l'armée de carrière et l'armée conventionnelle, soit on entre au sein du corps des gardiens de la Révolution. Mais aujourd'hui, comme les gardiens de la Révolution ont des entreprises, des institutions culturelles, des institutions touristiques ou des entreprises de BTP, des banques, etc., comment, et ça pose la question de où est-ce qu'on met des sanctions aussi contre les gardiens ?

Est-ce qu'on sanctionne, par exemple, quelqu'un qui a réussi, un civil non gardien qui a réussi à entrer dans une entreprise affiliée au corps des gardiens de la Révolution mais qui n'est pas gardien de carrière ? C'est ça qui est intéressant de comprendre aujourd'hui dans le régime iranien. Parmi ces gardiens,

16:44
Présentateur

on va dire qu'il y a les pragmatiques, vous avez dit, on va appeler les autres les bellicistes, je ne sais pas, quelle est leur popularité ? qui numériquement dominent ?

16:56
Invité

Ceux qui veulent vaincre

16:58
Présentateur

les Etats-Unis,

16:59
Invité

ceux qui veulent aller au bout. Je ferais très attention sur la question des chiffres parce que de toute façon, ce n'est pas chiffrable. En revanche, les gardiens de la Révolution sont quand même assez impopulaires en Iran. En revanche, il y a une question de, je ne pourrais pas dire de contrat social parce qu'il est quand même violée depuis un certain temps, surtout avec les dernières manifestations de janvier. Mais il y a un accord tacite qui est maintenu parce que, encore une fois, ce sont des personnalités qui donnent de l'emploi.

Et surtout, il ne faut pas croire, ce n'est pas parce que les Iraniens se sont opposés au régime et à Ramena Hiper qu'ils sont d'accord pour avoir une intervention israélo-américaine. Donc, il y a beaucoup d'Iraniens qui se sont retrouvés dans cette situation où que dois-je choisir ? Dois-je défendre mon pays aux côtés des gardiens de la Révolution qui le défendent, aux côtés de Raliboff ? Ou dois-je m'opposer totalement, coup de coup de coup puisque je ne suis pas d'accord avec ce régime ? Donc, il faut prendre en compte cette complexité-là dans la guerre. Héloïse Fayet,

18:06
Présentateur

quels sont les moyens militaires dont disposent aujourd'hui ces factions iraniennes ?

18:12
Invité

Oui, alors comme Sofia le rappelait, en fait, il y a deux branches armées, on va dire, principales en Iran. Donc, l'Artesh qui est l'armée régulière qui est plus, on va dire, pour la défense du territoire et puis les gardiens de la Révolution qui, traditionnellement, étaient beaucoup employés notamment à l'étranger. Donc, pour soutenir, par exemple, des régimes ou des factions favorables alliant à l'étranger. Donc, par exemple, des conseillers militaires envoyés auprès du Hezbollah, envoyés auprès de certaines factions palestiniennes, auprès du régime de Bachar el-Assad, évidemment, avant sa chute, il y a maintenant un an et demi, en Irak aussi.

Et on peut remarquer d'ailleurs que le système un peu mafieux, en fait, quasiment, que décrivait Sofia, on le retrouve aussi dans d'autres pays de la région. Par exemple, le Hezbollah, en fait, fonctionne d'une façon un peu similaire. Donc, Hezbollah qui a été partiellement, voire entièrement créé par le régime iranien où vous avez cette interconnexion extrêmement forte, justement, entre branches militaires, branches politiques et puis des institutions religieuses, sociales, économiques, ce qui rend effectivement la question du ciblage, en fait, du Hezbollah et donc aussi des gardiens de la Révolution extrêmement complexes.

Mais là, on va dire que depuis, en fait, juin 2025 et puis là aussi, à nouveau, je pense qu'on peut vraiment remonter jusqu'à avril 2024 et les premiers échanges de tir direct entre Israël et Iran, ce sont clairement plus les gardiens de la Révolution qui sont à la manœuvre et puis spécifiquement, en fait, la branche aérospatiale des gardiens de la Révolution qui détiennent, en fait, la plupart des projectiles aujourd'hui qui sont utilisés par l'Iran, donc les missiles balistiques, quelques missiles de croiseurs, les drones aussi.

Et donc, ce sont eux, en fait, qui détiennent, voilà, ce levier de pression qu'est l'arsenal balistique qui, en fait, à une époque, je pense, faisait partie des trois piliers de la dissuasion iranienne. Donc, vous aviez, en fait, justement, ce réseau de milices majoritairement chites au Moyen-Orient mais qui ont été partiellement démantelés par Israël après le 7 octobre. Vous aviez l'arsenal balistique, justement, mais dont, on va dire, qui a montré ses limites face au système de défense antimissile israélien alors qu'il a été, en fait, plus efficace contre les pays du Golfe parce que les pays du Golfe avaient beaucoup moins, justement, de systèmes de défense antimissile.

Mais là, on est sur une guerre de salve, c'est-à-dire qui s'épuisera en premier. Comme le disait Sophia, les Iraniens sont extrêmement bons pour faire patienter les choses, faire stagner les choses en attendant que l'adversaire s'épuise. Là, pour ce qui est des échanges balistiques, on est clairement là-dessus. C'est-à-dire que les systèmes de défense en Israël, aux Émirats, au Qatar, commencent à manquer d'intercepteurs. Les Américains peinent, en fait, à renouveler le stock d'intercepteurs et en face, en fait, la production de missiles en Iran, par contre, rencontre beaucoup moins de lenteur. Et puis, le troisième pilier, c'était le nucléaire dont on pourra parler.

21:03
Présentateur

Eh bien, on va y revenir précisément parce qu'il va être 8h, le programme nucléaire. On s'interagera évidemment, vous l'avez évoqué aussi, sur les sanctions économiques, l'impact des sanctions sur la stratégie des défenses iraniennes. Vous restez avec nous, mais pour l'heure, il est 8h sur France Culture. France Culture, 7h-9h, les matins d'été, Bérangère Bonte. Deux expertes qui sont là, qui sont restées. Je les remercie. Héloïse Fayet, chercheuse au Centre des études de sécurité de l'IFRI, responsable du programme de recherche, dissuasion et prolifération.

Et Sophia Maroug, professeure assistante à la Sorbonne à Abu Dhabi, je signale la publication en septembre des Gardiens de la Révolution de 1980 à nos jours. Ce sera donc en septembre aux presses universitaires de France. Héloïse Fayet, on s'était arrêté sur les trois piliers de la dissuasion militaire iranienne, humain, balistique et on en était au nucléaire. Où en est ce programme nucléaire iranien ? Et j'ai envie de vous demander, est-ce que les responsables iraniens savent eux-mêmes ce qu'ils veulent ? Est-ce que la décision est prise ?

22:09
Invité

Non. Alors aujourd'hui, on estime déjà que le régime iranien qui a été fortement effectivement décapité par les frappes israéliennes et américaines n'a pas encore pris de décisions sur le nucléaire et en fait, cette hésitation stratégique peut être remontée à juin 2025.

Il y a une comparaison assez intéressante à faire justement entre les frappes israélo-américaines de juin 2025 qui étaient beaucoup plus courtes dans la durée, qui étaient ciblées avec un réel objectif qui était justement l'affaiblissement voire la destruction du programme nucléaire iranien du fait notamment de la publication de certains rapports de la IEA, donc l'Agence internationale de l'énergie atomique en mai 2025 et qui ont été interprétées par Israël comme un signe en fait que l'Iran avançait vers une arme nucléaire. Il n'y a pas de consensus aujourd'hui sur l'avancée effectivement de ce programme nucléaire iranien.

L'ensemble des services de renseignement considèrent que l'Iran n'a pas d'arme nucléaire, ça on peut en être sûr, et que l'Iran n'a pas non plus franchi les étapes techniques et stratégiques nécessaires à la fabrication d'un dispositif explosif nucléaire.

Ce qu'on est certain, c'est que le programme nucléaire iranien est trop avancé pour être strictement civil, notamment en termes de production de matières fissiles, en termes d'enrichissement également de l'uranium, mais il n'y a pas de justification civile au programme nucléaire iranien, mais de l'autre côté, depuis 2003, on n'a pas observé de signe concret de militarisation de ce programme d'arsenalisation de la matière et donc de la construction d'une arme nucléaire. Ça, c'était ce qu'on savait avant juin 2025, donc avant cette quinzaine de jours de frappes extrêmement ciblées principalement sur des sites nucléaires iraniens.

Là, par contre, en mars et avril 2026, la plupart des frappes étaient surtout contre des sites militaires, on va dire conventionnels, donc des sites de lancement de missiles, par exemple, également des infrastructures énergétiques et donc étaient beaucoup plus larges que le simple programme nucléaire, tout simplement parce que dans l'administration de Trump, ils considèrent qu'ils ont fait le boulot en juin 2025, on en parlait, les services de renseignement n'en sont pas tout à fait d'accord et considèrent qu'encore aujourd'hui, en quelques mois, si la décision politique était prise, l'Iran pourrait effectivement avancer, enfin réavancer vers un programme nucléaire.

Le problème étant qu'aujourd'hui, et ça, c'est le cas depuis un an, les inspecteurs de l'AIEA n'ont plus accès aux sites nucléaires iraniens les plus préoccupants et effectivement, on a du mal à savoir la quantité de matière et d'équipements qui ont pu être sauvés par les Iraniens après les frappes de juin 2025 et à nouveau après les frappes de mars et d'avril 2026. Ce qu'on peut observer notamment à l'aide d'imageries satellitaires, ce sont des travaux qui sont effectués par les Iraniens autour justement de certains sites. Donc, est-ce que c'est pour les protéger face à de nouvelles attaques ? Est-ce que c'est pour récupérer la matière ?

En fait, tant qu'il n'y aura pas de nouvel accord ouvert et relativement honnête entre l'Iran et la IEA, ce sera extrêmement difficile en fait d'avoir à nouveau cette vision quasiment d'ensemble sur le programme nucléaire iranien. Mais en tout cas, aujourd'hui, ce qu'on estime, c'est que l'Iran n'a toujours pas pris la décision d'aller vers une arme nucléaire, principalement parce qu'à mon sens, ils savent que l'appareil sécuritaire iranien reste extrêmement pénétré, on va dire, par des espions, par exemple, israéliens, américains ou d'autres nations.

C'est-à-dire que s'ils voulaient aller vers un programme nucléaire militaire entièrement clandestin, à mon sens, ils n'en seraient pas capables aujourd'hui. Et ça, ils le savent, donc ils s'exposeraient à nouveau à des frappes, à des assassins et ciblés à des attaques informatiques. Et puis surtout, aujourd'hui, l'Iran réussit encore un peu à se poser comme la victime de ce qui se passe aujourd'hui, la victime du droit international, en disant qu'ils ont été agressés par une puissance nucléaire, enfin, deux puissances nucléaires, par les Etats-Unis et par Israël.

Et donc, même si dans la communauté stratégique iranienne, vous avez depuis plusieurs années maintenant des voix qui s'élèvent pour dire qu'il faudrait au moins que l'Iran quitte le traité de non-prolifération nucléaire, donc se débarrasse un peu en fait de l'une de ses obligations par rapport au droit international à ne pas développer d'armes nucléaires.

Vous avez une autre partie du gouvernement iranien et de la communauté stratégique qui considère en fait que c'est en restant dans les clous, au moins sur le papier, du droit international qu'ils peuvent encore gagner justement cette bataille des récits, se protéger de nouvelles frappes et continuer à dire mais regardez, nous, on reste signataire du TNP, le traité de non-prolifération, on respecte nos engagements vis-à-vis de l'AEA, ça c'est pas le cas et donc en fait on peut se poser en victime des frappes américaines et israéliennes.

26:54
Présentateur

Juste pour rentrer bien dans le détail mais sans forcément s'éterniser, l'Iran vous dites n'a pas l'arme nucléaire, on en est sûr, elle peut encore l'avoir ?

27:03
Invité

Elle peut l'avoir si jamais la décision politique est prise et dans tous les cas c'est un processus qui prendra plusieurs mois voire plusieurs années parce qu'une arme nucléaire ça se développe pas comme ça par un claquement de doigts, surtout même en Iran.

On n'a pas une idée très claire effectivement des dégâts qui ont été effectués sur les centrifugeuses par exemple en juin 2025 sur la quantité de matière fissile disponible à l'Iran et dans tous les cas en fait vous avez une fenêtre de vulnérabilité entre la décision de lancer un programme militaire qui est prise et puis le fait d'avoir vraiment un dispositif nucléaire que vous pouvez faire exploser qui ne serait d'ailleurs pas une arme nucléaire au sens où nous on l'entend, c'est-à-dire que demain l'Iran n'aura pas un sous-marin avec des missiles ou même des missiles balistiques intercontinentaux comme peut l'avoir la Russie et dans cette fenêtre de vulnérabilité en fait il pourrait à nouveau y avoir des frappes américaines des frappes israéliennes des actions coercitives de la communauté internationale et ça les Iraniens en sont conscients.

Mais l'uranium enrichi on sait où il est ? On ne sait pas entièrement où est-ce qu'il est. En partie ? Voilà On sait en partie qu'il est resté dans certains sites stratégiques iraniens. Ça ressemble à quoi concrètement ? Alors en fait vous avez aujourd'hui environ 10 tonnes d'uranium enrichi encore en Iran mais enrichi à des stades extrêmement différents.

Donc la communauté internationale s'est focalisée sur les fameux 440 kilos d'uranium enrichi à 60% parce qu'en fait vous n'êtes pas très loin de ce qu'on appelle la qualité militaire de l'uranium enrichi qui est environ à 85-90% et ça on estime en fait qu'il y a une partie de cet uranium qui a été transféré dans d'autres sites après justement les frappes de juin 2025 et qu'une autre partie reste en fait enterrée dans certains sites nucléaires iraniens et c'était justement l'un des points de contentieux en fait entre l'Iran et les Etats-Unis.

C'est ce qui figurait en partie dans le mémorandum d'entente qui devait aboutir justement à de nouvelles négociations spécifiquement sur le nucléaire dans les deux mois après la signature du mémorandum. Je pense qu'on en est très loin aujourd'hui mais c'est vrai que c'est un peu l'obsession de Donald Trump c'est où sont ces 440 kilos d'uranium enrichi à 60% et qu'est-ce qu'on va bien pouvoir en faire ?

29:16
Présentateur

Alors je voudrais qu'on se penche sur les sanctions économiques et l'impact qu'elles ont sur la stratégie militaire. Pourquoi historiquement Sophia Marroug les sanctions finalement on a le sentiment qu'elles profitent aux gardiens de la révolution ?

29:32
Invité

Elles profitent complètement parce que c'est une technique américaine assez ancienne d'appliquer des sanctions rapidement contre les états dits voyous c'est un petit peu la rhétorique américaine qu'elles soient démocrates ou républicaines d'ailleurs Clinton faisait cette même référence à des états voyous et donc mettait en place un certain nombre de sanctions qui pouvaient être efficaces dans l'immédiateté mais qui à long terme a créé un réseau non traçable d'une économie parallèle que détient les gardiens de la révolution donc les gardiens de la révolution profitent des sanctions il y a une rente des sanctions aujourd'hui dont les gardiens de la révolution profitent en effet

30:13
Présentateur

c'est à dire pour le coup ils y échappent même comment ils font d'ailleurs comment ils parviennent à échapper à ces sanctions

30:21
Invité

c'est souvent par des réseaux informels qui sont via le Liban via aussi les pays où l'Iran a des proxys donc l'Irak bon maintenant l'Irak est un peu plus contrôlé par les Etats-Unis mais il y a eu le cas de la Syrie aussi du Yémen et surtout du Liban encore via le Hezbollah donc c'est la possibilité d'avoir des points des points de passage hors de tout système SWIFT donc il y a une possibilité de ne pas être tracé et de pouvoir continuer à commercer sans avoir

31:02
Présentateur

de contrôle oui oui sans difficulté alors dans la population iranienne c'est évidemment une toute autre histoire je voyais inflation qui dépasse 57 58% ce qui est du jamais vu depuis plus de 80 ans et évidemment dans le contexte notamment de canicule avec des températures très élevées l'électricité un réseau électrique qui est tout à fait vieillissant tout ça est compliqué quel effet ça a tout ça sur la stratégie militaire pour rester un peu sur notre sujet Loïs Fayet ces sanctions économiques et sur les capacités de défense de l'Iran

31:43
Invité

les sanctions n'ont pas d'effet majeur sur les capacités militaires iraniennes c'est comme le rappelait Sophia en fait il y a quand même des sanctions sur le régime iranien depuis le début des années 1980 et donc l'Iran est devenu champion on va dire dans les techniques justement d'évasion des sanctions et puis surtout en fait s'ils arrivent par exemple à se fournir en composants par exemple en Russie donc en composants de missiles en composants électroniques en carburant donc en Russie en Chine mais aussi tout simplement sur le marché européen parce que si vous savez où viser et puis en fait sélectionner vraiment des composants à double usage par exemple des composants qui peuvent être aussi utilisés pour des systèmes civils et que vous arrivez ensuite en fait à vous fournir un petit peu partout comme plein plein de pièces d'un puzzle et puis ensuite reconstituer le puzzle tranquillement chez vous vous pouvez assez facilement effectivement contourner les sanctions d'autant plus que la Russie et la Chine ne sont pas particulièrement vigilantes sur l'application de sanctions internationales vis-à-vis de l'Iran c'est encore plus problématique on va dire depuis effectivement l'expiration de tous les accords en fait qui pouvaient tenir entre l'Iran et la communauté internationale et dont l'application donc du GSPOA ou l'accord de Vienne en 2015 qui avait certaines dispositions notamment sur les missiles balistiques balistiques iraniens et donc ce qu'on constate effectivement aujourd'hui c'est que l'Iran certes s'il n'y avait pas du tout de sanctions aurait une industrie de défense encore plus dynamique ce qu'on ne souhaite pas vu ce qu'ils en font mais en tout cas oui les sanctions ont principalement des conséquences en fait sur la vie de tous les jours sur effectivement la capacité de production agricole sur les médicaments des produits des fois de première nécessité mais les gardiens et l'industrie de défense iranienne iraniennes n'ont pas tellement de difficulté à continuer à produire des drones des missiles balistiques des missiles de croisière des mines navales et tout l'arsenal en fait de déstabilisation dont ils ont besoin dans la région

33:47
Présentateur

Sophia Maroug ce qui est étonnant aussi vu d'ici vu d'Occident c'est que malgré la mort du guide suprême c'était en février le 28 février on a le sentiment que les structures de commandement ont parfaitement résisté c'est une impression comment ça s'explique ?

34:03
Invité

ça s'explique par une mécompréhension générale de ce qu'est un changement de régime c'est-à-dire on a beaucoup parlé de changement de régime qu'est-ce que ça veut dire ? est-ce que ça veut dire qu'on enlève juste la tête qui était à l'Irameneille ? c'est ce qu'ont imaginé les américains ?

c'est ce qu'ont imaginé les américains et pas que je pense que c'est une rhétorique qui a été beaucoup utilisée aussi dans les études stratégiques européennes et américaines parce qu'on ne regarde pas la substantifique moelle des régimes en général alors peut-être que ça les européens non plus ne connaissent pas le régime il y en a quand même globalement je pense que c'est parce qu'on ne regarde pas à l'intérieur comment fonctionnent les institutions en Iran qui sont assez complexes comment ils sont formés aussi donc il faut faire un peu de sociologie politique c'est là où nous en tant que chercheurs on aime intervenir mais il faut regarder aussi comment fonctionne le système iranien aujourd'hui c'est-à-dire les gens sont formés il y a plusieurs niveaux d'expertise il y a des universités qui forment des experts dans un certain nombre de disciplines ça peut être les sciences cognitives ça peut être l'ingénierie bon il y a beaucoup de chimie civile en Iran les mathématiques etc donc il y a une capacité pour remplacer beaucoup de figures qui ont été décapitées et je pense qu'on a beaucoup comparé avec la Syrie on a beaucoup comparé avec l'Irak aussi l'invasion américaine en Irak où on s'est dit soit c'est bien soit c'est mal qu'il y ait un changement de régime en Iran mais ça ne va pas fonctionner parce que ça va faire comme en Irak non précisément parce qu'en Irak il y avait une structure du pouvoir qui était beaucoup plus verticale en Iran finalement ça ne fonctionne pas totalement verticalement effectivement il y a une autorité qui est le guide suprême qui est l'autorité des dernières instances entourée de ce qu'on appelle la maison du guide donc de ses experts et conseillers mais en réalité c'est un arbitre le guide suprême et il y a il y a une fonction publique qui fonctionne qui est déployée à l'échelle provinciale l'Iran fonctionne en province donc vous avez des fonctionnaires et des experts partout en Iran qui sont capables de remplacer toutes les figures qui vont être décapitées

36:24
Présentateur

La meilleure preuve c'est peut-être que le fils Mojtabar Amenei le nouveau guide suprême dont on dit beaucoup enfin on s'interroge tous et peut-être que vous allez nous donner des nouvelles mais sur son état il a l'air plus enclin à la guerre que le père mais qu'est-ce qu'on sait de lui là ?

36:40
Invité

Peu de choses comme beaucoup de choses parce que ça fait longtemps qu'il prépare que Ali Ramenei de toute façon préparait sa succession et voulait que son fils lui succède Ali Ramenei il savait qu'il était vieillissant et qu'il allait mourir d'une manière ou d'une autre alors en martyr c'est le mieux qui puisse lui arriver

36:59
Présentateur

Mais il y a effectivement une différence d'approche indépendamment de son état de santé qui pose beaucoup de questions mais c'était prévisible

37:05
Invité

cette évolution de ce que j'en observe parce que je n'ai pas de verbatim qui vient de Mojtabar Amenei mais de ce que j'observe c'est que le fils a une volonté déjà un caractère beaucoup plus discret même avant les attaques et une volonté d'être l'autorité de dernière instance dans l'ombre dans l'ombre des gardiens de la révolution et dans l'ombre d'un certain nombre de personnalités avec des réseaux de camaraderie entre lui et certaines élites qui ont été tissées ces 30 dernières années et il y a une volonté d'arbitrage mais l'intérêt qu'il a en commun avec son père c'est de maintenir le régime tel qu'il est et d'avoir de maintenir l'intégrité territoriale de l'Iran face à toute attaque étrangère

37:59
Présentateur

Il y en a un qui parle c'est Massoud Pézechkian le président son discours de guerre totale Élise Fayet il s'adresse avant tout à l'extérieur ou à l'opinion iranienne ?

38:10
Invité

Je pense que c'est les deux déjà pour montrer à la population iranienne peut-être parfois contre leur gré que l'Iran est toujours capable de résister face à la toute puissance à la très grande puissance américaine et puis à sa délégation au Moyen-Orient dans le vocabulaire iranien évidemment c'est-à-dire Israël et à nouveau l'Iran je pense se considère partiellement comme victorieux de ce qu'il s'est passé ils ont réussi à tenir face aux Etats-Unis tenir face à Israël exercer une véritable pression à la fois sur le détroit d'Ormuz quelque chose je pense dont ils ont été surpris eux-mêmes et puis évidemment sur les pays du Golfe et puis on le sait très bien aussi que le simple bombardement aérien ne peut pas provoquer de changement de régime et donc c'est là la comparaison avec l'Irak aussi ne tient pas tout simplement parce qu'en Irak il y avait quand même une invasion aussi au sol par des militaires par des militaires américains et donc là l'administration de Trump en fait s'est fourvoyée effectivement s'ils pensaient pouvoir atteindre un changement de régime comme ça uniquement par les aires et puis évidemment aussi ce vocabulaire de guerre totale s'applique pour de la communication à l'international de la communication stratégique face aux Etats-Unis mais aussi face au reste en fait des pays qui pourraient tenter peut-être de soutenir les Etats-Unis dans cette offensive contre l'Iran avec en fait cette idée aussi que l'Iran peut en fait être comment dire un vecteur de nuisances dans plein de domaines par exemple en termes de cyber en termes d'espionnage sur le territoire sur le territoire européen et puis aussi une véritable guerre qui s'est déroulée sur les réseaux sociaux avec une très très bonne compréhension des codes modernes on va dire par les ambassades iraniennes

39:53
Présentateur

Merci infiniment à toutes les deux Héloïse Fayet chercheuse au centre des études de sécurité de l'IFRI Sophia Maroug professeure assistante à la Sorbonne à Bouddhabi les gardiens de la révolution de 1981 nos jours ce sera en septembre aux presses universitaires de France Merci beaucoup 8h40 sur France Culture