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interviewFrance Culture· 8 avril 2026 26 min

MÉLANIE THIERRY : L'ART DE DISPARAÎTRE DANS UN PERSONNAGE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Elle dit qu'elle s'est retrouvée dans le cinéma comme un cheveux sur la soupe. Elle dit aussi qu'elle est un petit soldat et puis qu'il lui a fallu du temps pour savoir de quel cinéma elle avait envie ces dernières années. On dirait qu'elle a trouvé magistral dans la douleur d'Emmanuel Finkel, intense dans soudain sol de Thomas Bitgin.

Elle crève aussi le petit écran dans en thérapie en patiente amoureuse. Puis évidemment il y a Conemarade, Alex Lutz et la chambre de Mariana où elle retrouve Finkel. Les rôles s'enchaînent pour elle il y a des années comme ça.

Demain, vous la découvrirez dans le film La femme 2 de David Rou Mélanie Thierry est dans les mid aujourd'hui. Bonjour Mélanie Thierry. Bonjour et soyez bienvenu la bienvenue dans les les midis de culture.

Que deviennent les femmes que vous interprétez ? Qu'est-ce qui deviennent ces personnages dont vous avez traversé la vie et qui ont traversé la vôtre ? Bah parfois certains on les oublie.

Ouais. Euh non pas parce qu'ils ont pas compté hein, mais euh mais parce que on s'en détache avec le temps. C'est c'est comme tout.

Hm hm. Euh on a une vague une vague impression comme ça qui reste h en surface mais euh mais on on les met un peu au placard et puis il y en a d'autres qui ont vraiment sommet semé quelque chose quoi qui qui persiste qui dont on a envie de se rappeler qu'on a pas envie d'abandonner qui qu'on aime bien des personnages qu'on aime bien. Vous pensez à quel personnage en ?

Moi, c'est sûr que les films de Finkel, ils ont été fondateurs, ils ont été importants, mais parce que ils m'ont demandé aussi une telle charge de travail et pour la douleur et pour Mariana forcément que ça laisse pas intact quoi. Il y a quelque chose comme une petite graine qui germe et qui et qu'on et qu'on garde qu'on garde quoi qu'il arrive quoi. C'est-à-dire que je m'en rends compte par exemple si si j'entends un interview de durass tout d'un coup je sens que je m'éveille, je sens que mon corps se redresse ou quand j'entends des gens parler d'elle ou tout d'un coup je me dis mais qu'est-ce qu'ils vont dire ?

Je je ça me parce que ça me ça me c'est c'est comme quelque chose de c'est c'est comme un un ami proche en fait. Il y a quelque chose de Et puis quand j'entends de l'Ukrainien dans la rue parce que bien sûr faut le rappeler vous avez appris l'Ukrainien en Fl. Oui, j'ai appris cette langue et tout d'un coup je c'est pareil j'ai j'ai l'impression que Mariana Baf revient d'un coup d'un seul et qu'elle vient m'habiter en en quelques secondes, elle elle revit.

C'est c'est étonnant. et puis d'autres mais aussi parce que il y a un tel il y a une telle façon de s'investir parfois dans les personnage. Je vois le film de Gorjard qui s'appelait la la vraie famille où je jouais une femme qui euh mince comment on dit euh famille d'accueil.

Oui, famille d'accueil. Euh c'est c'est un sujet qui m'a qui m'a bah j'ai j'ai compris comment ça fonctionnait à la tout ça et c'est vrai que c'est ça me paraît c'est tellement un investissement pour ses familles pour ces femmes qui prennent en charge comme ça le destin de d'enfants que je je suis très très j'ai très ému quoi quand j'entends des des témoignages comme ça. Est-ce que vous dites parce que j'ai dit les les rôles que vous interprétez les femmes que vous interprétez vous utilisez quel mot ?

Vous dites jouez vous, je joue un personnage. Bah c'est comme ça qu'on dit. C'est comme ça qu'on dit.

Mais mais moi je j'ai certains j'ai vraiment l'impression de les vivre plus que ne les que les jouer quoi. Vraiment la femme de la femme de du film de David Rou qui sort demain, c'est vous. Vous êtes vous êtes Marianne, une femme mariée avec un fils de très bonne famille qui a une très belle situation dans la bourgeoisie catholique de province.

Marianne a deux enfants, un petit garçon, une fille adolescente, une belle maison, mais elle est réduite au silence dans cette vie normée. Son rôle en fait, c'est de tenir la maison, de prendre soin du beau-père qui était impotent et odieux et surtout ne pas se poser de questions. Euh est-ce que ce personnage de femme empêché comme ça vous a vous a intéressé tout de suite ?

Est-ce que ça a été évident tout de suite ? Ce que j'ai ce qui ce qui m'a plu, c'est à la fois l'atmosphère du film que je que je trouvais belle. Je trouvais que c'était bien écrit.

Je trouvais que le scénario était bien écrit. Je trouvais qu'il me faisait glisser comme ça dans un climat à la fois oppressant, à la fois anxiogène. La foi, il y avait quelque chose de chabrolien que j'adore, mais parce que c'est facile de dire Chabrolien, c'est parce que ça se passe en province que c'est la la France catholique parce que de bonnes familles avec les belles les belles maisons et comme ça un cadre qui nous fait penser forcément aux maisons de que la bête meurt ou même une forme de madame Bovari d'aujourd'hui.

Oui. Donc forcément ça m'a ça m'a plu parce que j'ai aimé ces films et que je les aime toujours et que j'avais envie d'évoluer dans ce genre de d'atmosphère et de climat. À la fois un thriller psychologique, à la fois un thriller domestique, à la fois voilà c'est c'est récit d'émancipation mais dans un autre cadre, un cadre que j'avais pas encore dans lequel j'avais pas encore évolué.

À bas bruit, étouffé. On entend les bruits de la maison. Mais votre personnage fait pas beaucoup de bruit mais ça m'a frappé ça.

On l'entend se déplacer, on entend le plancher qui craque, les portes qui grincent. Ça fait vraiment Oui, la la maison de famille bourgeoise. Est-ce que est-ce qu'on peut est-ce qu'on peut avoir des coups de foudre pour des personnages et inversement avoir des une relation qui se construit peut-être un peu plus lentement, un peu plus difficilement ?

Ah bah oui, il y a toutes les approches sont possibles pour euh chacun des rôles euh chacune des histoires et et même de la relation qu'on va avoir avec un metteur en scène, quoi. Donc euh c'est toutes ces choses-là où petit à petit on va on va trouver le chemin à emprunter. Ouais.

Mais à chaque fois, c'est jamais le même, hein. Ça c'est mais c'est finalement ce qu'il y a de plus dur. et avec avec ce personnage de Marianne et bien déjà un rôle si peu local et si peu bah simuet finalement simutique et bien c'est pas simple parce que ouais parce qu'on s'accroche au mot généralement et c'est ce qui va définir une personne.

C'est c'est ça va être la première porte d'entrée pour pour se faire une idée en fait d'un personnage. quand un personnage parle pas euh il on n' pas toujours accès à sa pensée euh ou en tout cas ça met plus de temps euh pour que on puisse la saisir et qu'on a envie de la suivre en fait. Hm.

Et euh et comme je mets jamais beaucoup de bah disons que je mets pas beaucoup de rondeur dans les films de dans les personnages que je joue, je cherche pas à les les envelopper comme ça d'un truc très chaleureux au premier abord. Mais parce que c'est peut-être ce que je suis, mais aussi parce que je trouve qu'il il faut prendre le temps aussi d'aimer d'aimer s'intéresser à un personnage image. Ouais, je trouve que c'est un je trouve que c'est bien de pas tout donner tout de suite en fait, de d'avoir comme un mystère en fait.

Bah, je cherche pas à mettre du mystère, mais c'est peut-être aussi la partition qui est écrite comme ça. Donc, mais et ensuite le personnage Oui, c'est comment comment trouver son isolement, comment trouver son effacement et à la fois le vide mais sans qu'elle se sente vide non plus quoi. ou ou comment tu fais de nourrir quelque chose avec un vide qu'il qu'il dans lequel elle s'engouffre ?

Ouais, tout ça est très sur un fil. Mélanie Thi ce personnage de Marianne, bah c'est une femme qui est qui est quarantaire, vous avez à peu près le même âge que votre personnage. Et effectivement, pendant longtemps dans le film, on ne sait absolument rien de son passé.

Elle a pas d'amis. On comprend assez tardivement ce qu'elle a traversé. Euh c'est que c'est c'est vraiment une énigme.

Alors, comment on s'empare de cette énigme-là ? Quoi ? Comme comment est-ce que vous avez dû vous construire une une histoire pour elle ?

Non, mais je savais, je me suis fia à ce qui était écrit. H donc je vous je me rends bien compte que c'est une jeune fille qui vient d'un milieu peut-être bien plus populaire euh où se où euh elle est tombée amoureuse. Elle est tombée amoureuse d'un type nettement plus bourgeois et qui appartient à une autre sociale.

Et tout ça part d'une histoire d'amour et puis finalement petit à petit le poids des conventions, le poids de de de cette façon de se passer le relais de d'homme en homme et de prendre les décisions et de faire en sorte que les femmes n'interviennent pas et qu'elles n'aient pas de que leur avis ne soit pas bon à prendre et que et que c'est pas comme ça. Voilà. Bon euh petit à petit ces choses-là vont elle va se retrouver enfermée quoi, emprisonnée dans quelque chose dont qu'elle soupçonnait pas ou en tout cas pas elle soupçonnait pas cette ampleurlà.

Et puis euh et puis quand on sent le glissement de terrain, on sent qu'on perd pied, on perd l'équilibre et on se laisse enfermer petit à petit. Puis plus on perd la parole et puis moins on se souvient qu'on a pu en avoir une quoi. Donc donc c'est ça va être ça va être ce cet endroit où elle va devenir complice finalement de cet isolement de de cet enfermement de et euh et de d'accepter finalement toutes ces petites humiliations du quotidien de qui sont comme ça souterraines mais qui l'asphyxie au fur et à mesure. elleit à un moment de sa vie euh euh que vous pouvez comprendre intimement ce ce moment de voilà où on se dit ça va plus pas pouvoir durer en fait et cette ce moment de prise de conscience dans la vie d'une femme.

Alors moi de mon côté je suis plutôt gâtée. Moi dans ma vie ça roule hyper bien. Je me sens ni asphixier ni prisonnière ni à devoir me dire ou là il faut ouvrir les yeux.

Non non mais mais mais je le je le je le comprends et puis même je je me rends compte autour de même le schéma de ma mère du moment où où elle a voulu partir et où il a fallu qu'elle prenne son courage à demain finalement parce que elle aussi ça ça ça met du temps chez les femmes quand il y a des enfants de de se dire que on va rompre ce schéma là, rompre ce quotidien, cette vie et d'avoir avoir la sensation que la culpabilité est tellement immense que queon on va freiner la croissance de nos enfants quoi. Ce qui est pas juste mais mais on est tellement éduqué là-dedans, c'est tellement un poids que s'en débarrasser, c'est jamais simple. Et et là c'est et puis là il y a autre chose, c'est que cette femme elle est elle travaille pas et quand tu es pas indépendante financièrement tout est vachement plus compliqué quoi.

Cette indépendance il faut la gagner coûte que coûte parce qu'autrement c'est vrai qu'on est vite piégé. H hm sur la question de trouver son personnage, on a trouvé une super jolie archive qu'on avait envie de vous faire écouter. Oh mais alors ça vous allez pas me faire un cadeau parce que alors m'écouter en archive alors c'est pas vous alors tout va bien.

C'est une note comédienne. Ah ça va. C'est une belle une belle une belle archive qui qui est qui est chouette.

Je fais écouter. C'est Isabelle Huper. C'était sur France Inter en 2012.

Ah non, j'ai jamais travaillé ma voix sur un rôle. Non non, intuitivement, on sent qu'un rôle va se loger dans des dans un certain niveau de de l'échelle sonore ou de l'échelle vocale encore que on n pas non plus une liberté, c'est pas on va pas on se dit pas tout d'un coup il y a un rôle qu'on va mettre dans les aigus puis un autre rôle qu'on va mettre dans les grabes, mais il y a quand même comme ça une gamme de sentiments qui naturellement va emprunter à des à des à des des sons peut-être plus ou moins graves ou plus ou moins aigus de de sa voix. C'est qu'un peu comme la démarche ou c'est comme le langage du corps, le le personnage, il trouve il est trou sa voix, c'est là c'est le cas de le dire pour accéder à la bonne voix, le chemin pour accéder à la bonne voix, au bon corps.

Ça le bon corps d'ailleurs généralement trouve dans les chaussures plutôt dans les chaussures. Ah oui oui. Le rôle ça se trouve dans les chaussures parce que c'est de la de la chaussure.

La la chaussure c'est la démarche et le rôle il il se il s'invente à partir de la démarche. J'aurais pas pu inventer imaginer la pianiste dans des talons haut par exemple la pianiste c'est un quelqu'un qui marchait sur des talons plats. C'était une démarche sur des talons plats.

Des talons haut peut-être un peu vacillants sur des talons haut. Un personnage comme ça un petit peu incertain qui a du mal à trouver sa place. Il sera un peu plus un peu plus vacillant.

Isabelle du père. Les rôles, on les trouve dans les chaussures. Je trouve cette phrase géniale.

Vous êtes vous êtes un peu d'accord avec ça Mélanie ? Moi, je suis toujours d'accord avec Isabelle Huper. Vous avez raison.

Je l'écoute et à chaque fois je me dis c'est tellement ce que je pense mais elle le dit tellement mieux que moi. Non mais c'est vrai les ça se trouve mais ça mais en fait il y a quelque chose de très instinctif. C'est-à-dire qu'on va nous faire essayer 25 paires de chaussures.

On va toujours dire oui mais non mais en fait celle-ci non celle-ci non. Mais c'est parce qu'on sent que notre corps ne ne répond pas. En fait, moi j'ai pas je pareil, je cherche pas une voix pour un personnage.

Et il se trouve que quand on faisait Mariana, tout d'un coup, le m chef me dit "C'est fou ce que ta voix a changé." Et je m'en suis pas rendu compte. C'est c'est vrai que quand je vois le film, je me je m' j'entends que la voix n'est pas la même, qu'elle est pas placée au même endroit, que elle est peut-être plus grave, que elle est elle est logée ailleurs, quoi.

Mais et les chaussures, c'est tout c'est de de la même façon. le corps se comprend qui il doit être avec cette hauteur de talon, avec si on est si c'est fermé sur les orteils ou ben c'est c'est c'est peu de choses mais et puis c'est moi je c'est pas en cherchant dans ma chambre d'hôtel comment je vais marcher que je vais trouver mon personnage en fait c'est il apparaît soudainement parce qu'il est on sait qu'il existe en nous quelque part on sait pas de quelle façon il va se manifester, mais c'est la bonne paire de chaussures et d'être dans le sentiment du personnage qui va tout d'un coup faire exister une nouvelle voie, une autre façon de se tenir, mais sans sans que ce soit réfléchi en fait. Bah moi, je réfléchis très peu en fait, mais je m'aperçois, je me rends bien compte que quelque chose opère quoi, que quelque chose qui n'est pas tout à qui à la fois tout à fait moi et pas tout à fait moi existe dans le même corps.

C'est très bizarre quoi. C'est c'est intéressant. Voilà, vous pensez exactement la même chose que elle dit les personnages trouvent très facilement le chemin vers la bonne voie comme comme pourrait dire un un romancier pourrait dire ça, il pourrait dire les personnages arrivent, ils ont leur propre vie quoi.

Oui, c'est incroyable. Euh l'année dernière, Mélanie Thierry, on vous a vu donc dans ce très beau film la la chambre de Mariana d'Emmanuel Finkel avec qui vous avez aussi tourner cet autre film magnifique la douleur. Et Emmanuel Finkel, il est venu nous parler de la chambre de Mariana l'année dernière dans les midis.

Je propose qu'on l'écoute. C'est pas le visage de Mélanie Thierry que je filme, c'est le visage de Mariana sur la douleur. C'était pas le visage de Mélanie Thierry, c'était le visage de Marguerite à la petite quarantaine.

C'est ça son talent, vous comprenez ? H c'est tout. C'est le talent de Mélanie que vous filmez ?

Non, même pas. Non, c'est le produit qu'elle crée. C'est le personnage qu'elle crée.

Et ce personnage, il existe autant que des gens qui existent dans la vie. C'est ce visage- làà que je filme. Elle nous donne pas un autre visage.

Je vois dans les interviews, on n'arrête pas de parler de Mélanie Thierry, comment elle est dans la vie et cetera et cetera, mais elle nous donne autre chose. Son grand tard, c'est de créer quelqu'un. Vous comprenez ?

C'est tout. Emmanuel Finel pour qui ? C'est pas votre visage qui filme.

Je vous vois rire. Tout va bien. Oui, il me fait rire.

Pourquoi ? Moi, parce qu'il me fait toujours rire. Peste tout le temps.

Il peut pas. Ah, il peste ? Oui.

Ah oui pui oui tout le temps. Mais mais je sais pas, je il filme ce que je je crois que au fond il aime bien me filmer et il aime bien il est c'est vrai qu'il est assez dérouté parce que parce que un un personnage me change chez lui surtout h pas forcément chez les autres mais il y a quelque chose c'est pour ça que je vous dis que la petite il plante quelque chose qui m'appartient totalement et pas pas tout à fait où je comprends que mon visage puisse ne pas être tout à fait le même chez lui. Ouais, il y a une façon de me filmer et je sais pas moi-même je me reconnais pas.

Alors que par exemple dans la vraie famille de Gorjard, je vais me reconnaître ou même dans thérapie, je peux me reconnaître à plein d'endroits. Mais c'est c'est pas pas pour autant que les personnages sont plus proches de vous en plus. Non, c'est pas ça, mais c'est je je je sens qu'ils m'appartiennent davantage.

H h tandis que les personnages avec Emmanuel, il ça lui appartient à lui en fait. C'est moi qui me glisse dans son monde. Et est-ce que c'est parce que peut-être vous les comprenez peut-être un peu moins sans jugement ?

C'estàd Ah non, je les comprenais pas mal quand même. C'est vrai. Tu es un mystère dont vous parlez.

Ben je les comprenais viscéralement quoi. C'est ça. Ouais.

Euh la douleur, on l'a dit hein, ça a été un tournant pour vous, mais c'est vrai que pendant longtemps Mélanie Thierry, on a beaucoup parlé votre cinie euh de votre beauté. C'est vrai, vous êtes magnifique. Mais est-ce que ça pouvait faire écran à un moment donné entre ce qu'on avait comme image de vous et ce que vous vous vouliez faire comme cinéma ?

B en tout cas, moi ça faisait écran. C'est-à-dire que moi ça me ça m'empêchait parce que d'une certaine façon j'avais envie de d'être ce qu'on disait de moi. Ah oui, ça veut dire quelque chose ça.

Oui, tout à fait. Oui. Oui.

Et euh et ça m'empêchait correspondiez à une attente. Oui. C'est-à-dire quand on me définissait comme on Non, c'est pas français ce que je viens de dire.

Si comme une Lolita. Bon et ben je voulais rentrer dans cette case coûte que coûte parce que finalement c'était celle c'était ce dont on attendait de moi et pas autre chose. Mais mais à la fois je sentais bien que c'était pas que je m'y retrouvais pas et que ce rôle me convenait pas.

Mais c'est avec ça prend du temps hein de de trouver les bons le bon curseur, le bon endroit où on va y on peut y mettre vraiment sa sensibilité, son son émotivité, tout ça c'est on met du temps avant de le trouver, de pouvoir le transmettre. Alors moi, je fais pas exprès hein, mais mais je sais que j'arrive maintenant à à faire parvenir ces émotions là quoi. H faire du cinéma quand on est comédien, c'est c'est raconter des histoires, mais quelque part c'est les histoires des autres au départ.

Oui. Puis c'est les nôtres en fait aussi. C'est-à-dire qu'on se les accapare tellement que on se perd à travers un personnage et puis on est mis quand même beaucoup de soi.

Mais pour pouvoir y mettre du soi, il faut savoir un peu de quoi on est fait. Oui, c'est ça. Et en fait, c'est ça, c'est en ça où on met un peu de temps avant de comprendre de quoi on de quoi on est fait et comment comment on on accepte ce qu'on est.

H et comment ensuite on peut tenter de le transmettre et de et d'être le vecteur de ces émotions là. H Est-ce qu'il vous arrive de vous dire que c'est quand même un drôle de métier que vous faites ? Ah oui, c'est un drôle de c un drôle.

Voilà, c'est un drôle de métier. Moi, j'adore. À chaque fois que je commence un tournage, je fais bon.

Alors voilà, c'est une nouvelle vie. Je suis maintenant infirmière libéral et puis demain je ce sera autre chose. C'est c'est fascinant.

C'est génial toutes ces toutes ces vies qu'on nous offre parce qu'on y croit vraiment. Ouais. Ouais.

C'est vrai que c'est un peu se lever le matin pour se dire "On va interpréter des personnages." Oui, c'est c'est bizarre. Je sais pas.

Mais en tout cas, on nous offre la possibilité de vivre des vies très très très diverses. Quel sens il a le métier pour vous ? On sait que les gens qui sont Le mal-être au travail, c'est un vrai métier, un vrai sujet en ce moment.

Le mal-être au travail. Les gens malheureux au travail, c'est un vrai véritable sujet en France. Mais les gens malheureux tout courts, hein.

Mais et les gens malheureux tout courts. Mais c'est vrai que ce qui manque souvent aux gens qui sont pas bien dans leur métier, c'est le sens. Et vous, vous avez le sentiment d'avoir d'avoir trouvé ce sens-l, le sens de votre métier.

Mais parce qu'il est passionnant aussi. Mais je crois qu'il faut trouver de la passion et trouver l'endroit qui nous rend curieux où où qu'on soit finalement parce que sinon effectivement on regarde le mur et et on est face à une zone inerte et c'est et il faut savoir contourner les choses et trouver parce que il y a quelque chose d'intéressant en tout en fait. Il faut simplement creuser et y mettre un peu de un peu de soi et s'investir d'une certaine façon et tout devient plus nourri et plus captivant et et même quelque chose qui peut être nous paraître chiant si on y met Non mais c'est vrai.

Bah j'y crois vraiment. Ouais. Alors et vous allez bien mais je dis ça c'est bien facile.

Je suis comédienne, je change de vie toutes les tous les 3 mois. On m'offre de changer d'époque, de changer de costume, de rencontrer des gens différents tous les jours et puis de se dire que si on n'aime pas un mteur en scène, de toute façon, dans 6 semaines, c'est fini et de commencer une autre aventure. Donc c'est bien, je fais ma maline mais c'est parce que j'ai un métier qui me qui me bouleverse et qui me permet de de me de bah d'être passionnant de de d'une couleur à une autre, d'une épat à une autre et d'un film ou d'une pièce à une autre.

Donc c'est j'ai une place j'ai une place forcément je peux pas me plaindre. Vous parliez de pièces, vous allez être au théâtre à la rentrée si tout va bien, si tout va bien, qu'est-ce qui pourrait mal se passer ? Vous devez être, vous me contredisez si c'est faux, mais au théâtre sous la direction de Stanisla Nordé, vous allez interpréter Madame de Sade dans la pièce ben de Yuky Mishima.

Ça fait longtemps qu'on vous a pas vu sur les sur les planches. Comment vous abordez tout ça ? Oh, j'ai très peur.

J'ai très peur. Mais je ça me ça me ça me ça me plaît beaucoup. Ça me passionne.

Ouais. Oui, puis j'ai une admiration pour Nord qui est immense quoi. Je quand je l'entends jouer, quand je l'entends lire, quand je l'entends diriger, quand je vois ses mises en scène, ça me en fait ça me j'en reviens pas qu'il ait pu s'adresser à moi et qui et qu'on ait ce projet là ensemble.

Ça me je me dis wouh j' ça ça me plaît beaucoup. Qu'est-ce qui vous fait peur ? Ah là, j'en ai marre, je fais trop de cauchemar.

Ça me hante trop. Bah parce que c'est une pièce difficile, parce que c'est très exigeant, parce que j'espère avoir la capacité, j'espère j'espère être à la hauteur. Je je je toujours un peu complexé de me dire je suis pas une grande technicienne, alors bon, sur quoi je vais pouvoir me reposer pour que ça puisse passer passer la rampe quoi, que ça puisse aller jusque parce que bon, on peut faire les choses toutes petites à l'écran.

La caméra vient nous chercher. Elle elle est là pour pour pouvoir avoir le moindre frémissement, le le moindre battement de cile, toutes ces choses-là. C'est imperceptible comme ça, mais à l'image, ça prend une ampleur et et on on ressent toutes ces sensations là.

Mais au théâtre, c'est autre. Ça reste jouer un personnage. Il s'agit de jouer un personnage et de raconter une histoire.

Et puis je vais pas être toute seule. Et puis je sais que je suis entre de bonnes mains donc ça va aller. Mais oh là là mais encore cette nuit que de quoi j'ai rêvé quoi ?

Je me suis réveillée ce matin, je me suis dit mais je vais jamais aller jusqu'au bout de l'année quoi. Mais je suis sûre vous allez à ce rythme là de cauchemar je me dis mais je vais je vais pas y arriver. Moi je vous promets que vous allez y arriver.

Merci Mélanie Thierry, la femme 2 de David Rous sort demain à l'écran et vous serez aussi à l'affiche de Morlet de Rahim Rosales le 15 avril prochain. Ah.