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interviewINA Politique· 26 mars 2022 51 min

Anne Hidalgo face à ses archives dans "adn" , l'émission politique de l'INA | IN

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

Hidalgo Han, 62 ans, candidate socialiste à cette élection, c'est votre première présidentielle. Bonjour et bienvenue Anne Hidalgo.

0:14
Anne Hidalgo

Merci à vous.

0:15
Présentateur

Nous allons voyager ensemble dans les archives de l'INA pour mettre à jour votre ADN, avec d'abord vos premières apparitions médiatiques, rubrique Big Bang. Lors de votre toute première, vous exercez un métier de l'ombre, conseillère technique dans un cabinet ministériel sous le gouvernement de Lionel Jospin. Vous travaillez pour la secrétaire d'État aux droits des femmes et à la formation professionnelle, Nicole Péry. Nous sommes en 1998, vous avez 39 ans.

0:44
Anne Hidalgo

Je crois qu'on est tous conscients ici que les liens entre emploi et formation, entre travail et formation sont tels que le sujet ne peut pas être complètement autonome. Même si, et je crois que c'est ça qui est important aussi dans le travail de Nicole, il faut qu'on arrive à redéfinir quand même les finalités propres de la formation.

1:03
Présentateur

Vous vous souvenez de ce moment, de cette première caméra ?

1:07
Anne Hidalgo

Je me souviens de... Pas vraiment, en fait, de ce moment. Je me souviens, bien sûr, j'étais au cabinet de Nicole Péry et de Martine Aubry, puisque c'était le même ministère. Et Nicole Péry est nommée à la formation professionnelle. On n'est pas très nombreux autour d'elle à ce moment-là. Et je me souviens qu'on est en train d'essayer de définir, est-ce qu'il faut faire une réforme, une grande réforme, accompagner. On était aussi dans la loi sur les 35 heures. Et un peu plus tard, Nicole Péry va devenir aussi secrétaire d'État aux droits des femmes. Mais voilà, je me souviens un peu de moi à cette époque quand même.

1:45
Présentateur

Vous vous lancez en politique à Paris lors des municipales de 2001. Vous conduisez la liste du PS dans le 15e arrondissement face à Édouard Balladur.

1:56
Anne Hidalgo

J'ai assumé des responsabilités au ministère du Travail, auprès de Martine Aubry, aujourd'hui auprès de Marie-Lise Lebranchu. Je me sens tout à fait formée et prête à assumer un mandat de maire. Sinon, je ne me serais pas présentée. Ça, je vous le garantis.

2:11
Présentateur

Comment ça s'est passé ? Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous présenter à une élection ?

2:15
Anne Hidalgo

En fait, c'est vrai que vous m'avez vue avant. J'étais dans un rôle de conseillère technique. Toute ma vie, j'ai travaillé au ministère du Travail. J'ai été inspectrice du Travail, puis spécialiste des questions d'emploi et de formation. Et puis, au cabinet de Martine Aubry, on porte, autour de Lionel Jospin, la réforme sur la parité, la loi, la grande loi sur la parité. Et à ce moment-là, que ce soit Martine Aubry, Marie-Lise Lebranchu, ou Nicole Péry, elles me disent, voilà, on a besoin maintenant de femmes qui sont formées, qui vont venir dans la bataille des municipales qui s'annonce. Il faut que tu y ailles, tu as une expérience.

On a besoin de femmes comme toi sur les listes aux municipales. Moi, j'étais parisienne. Je voyais déjà que se profilait la bataille de Paris avec Bertrand Delanoé, que je ne connaissais pas personnellement, mais qui portait pour moi vraiment ce que je voulais dans les transformations de Paris. Je suis allée le voir. Je me suis battue parce qu'il y avait une primaire pour emporter la tête de liste dans le 15e arrondissement. Et je me souviens, alors c'était, évidemment, personne ne me connaissait. Je débarquais dans un fief de la droite avec Édouard Balladur quand même, qui était encore tout auréolé de sa fonction de premier ministre, de grand leader de la droite.

Et moi, je passais dans les rues du 15e en disant, bonjour, je suis Anne Hidalgo, candidate du Parti Socialiste. Et voilà, j'ai fait mes premières armes comme ça. Et j'ai été élue, voilà, j'ai créé la surprise en ayant notamment un deuxième tour. Parce que là, on était dans un fief où on ne passait jamais le deuxième tour, la gauche.

4:00
Présentateur

Élu au Conseil de Paris, mais vous ne gagnez pas la mairie du 15e. Non. Mais comme la gauche devient majoritaire à Paris, le nouveau maire Bertrand Delanoé fait de vous sa première adjointe en charge de la parité femmes-hommes et du bureau des temps problématiques illustré à l'époque par ce reportage.

4:21
Invité

Et si le marché en bas de chez vous était ouvert toute la journée ? Si votre bibliothèque ou votre piscine vous accordait un peu plus de temps ? S'il y avait plus de métro aux vraies heures de pointe ou bien des bureaux de la mairie ouverts après 18h ? Autrement dit, si les services publics adaptaient un peu mieux leurs horaires aux vôtres ? C'est la réflexion que mène actuellement l'hôtel de ville.

4:39
Anne Hidalgo

Telle expérience menée dans tel quartier, dans telle structure, dans tel arrondissement fera peut-être tâche d'huile. Mais en ayant bien conscience qu'il n'y a pas de solution toute faite pour tout Paris. C'est-à-dire que la solution qu'on aura trouvée dans telle crèche du 9e arrondissement ne sera pas forcément transposable parce que ne correspondant pas aux besoins du 15e ou aux besoins de telle crèche du 19e.

5:01
Invité

Le bureau du temps aura des antennes dans chaque arrondissement

5:04
Présentateur

pour engager le vaste débat sur la gestion de ce temps. Et justement, ça risque peut-être d'en prendre du temps. Cette charge du bureau du temps vous a valu le surnom moqueur d'horloge parlante ? C'était une fonction gadget ?

5:16
Anne Hidalgo

Non, pas du tout. D'ailleurs, on voit bien en 2001, on crée quelque chose de très moderne. Les femmes arrivent dans la vie politique municipale. À Paris, je suis première adjointe élue et je porte d'ailleurs ce projet sur l'égalité femmes-hommes. Il y a dans l'égalité femmes-hommes, évidemment, la question de l'articulation de la vie familiale et de la vie professionnelle. Mais pour un monde politique un peu classique, à ce moment-là, c'est les colibés en veux-tu en voilà. Elles s'occupent des problèmes de bonnes femmes. Ça n'a aucun sens, ça n'est pas politique. Donc je me prends et dans, je dirais, le landerno politique et médiatique, beaucoup, beaucoup de critiques.

Mais vous savez, ce n'est pas grave. Je sais que quand on a des idées qui sont des idées parfois un peu très progressistes, qui sont précurseurs, parce que ce bureau des temps, c'est quelque chose qui avançait beaucoup dans les pays du nord de l'Europe, qui était porté beaucoup par les féministes italiennes et qui, en fait, permettait vraiment d'articuler vie familiale et vie professionnelle. Pour moi, c'était une façon aussi de me battre, d'accompagner, d'aider les Parisiennes à vivre au mieux, parce que je connaissais la galère, la galère de la mère de famille qui court toute la journée pour essayer de tout faire et de s'occuper aussi de ses enfants.

6:45
Présentateur

« Treize ans plus tard, vous devenez la première femme mère de Paris. Nous sommes le 5 avril 2014. »

6:52
Invité

« Obtenu, Anne Hidalgo, 91 voix. » Elle goûte avec sourire à ces secondes qui font d'elle la première femme mère de l'histoire de Paris. Anne Hidalgo, fidèle première adjointe dans l'ombre de Bertrand Delanoé depuis 2001, entre dans la lumière et prononce ses tout premiers mots de mère face au Conseil de Paris qui vient de les lire.

7:18
Anne Hidalgo

« C'est avec fierté que je reçois cette immense et belle responsabilité. C'est avec fidélité que je l'assumerai chaque jour au cours des six prochaines années. »

7:37
Présentateur

À quoi ou à qui est-ce que vous pensez à ce moment-là ?

7:41
Anne Hidalgo

À ce moment-là, j'ai mon père qui est en tribune. Il a 85 ans. C'est quasiment le jour de son anniversaire. Je pense à ma famille. Je pense vraiment… Voilà, je viens de l'immigration espagnole, d'un milieu très modeste. Je viens d'un milieu ouvrier. Et rien ne me prédestinait à être là. Vous savez, on est quand même dans un monde où la reproduction sociale est à tous les états. Je l'ai connue. J'ai bossé toute ma vie. J'ai beaucoup bossé. J'ai essayé de le faire en étant toujours au rendez-vous, fidèle à mes valeurs et puis en le faisant sans mauvais coup. Je n'ai jamais aimé la politique des sales coups. Je me suis toujours inscrite.

Et pour ça, Bertrand Delanoé et Martine Aubry ou encore Lionel Jospin ont été pour moi des exemples. On fait de la politique pour changer la vie des gens. On part d'abord des réalités. On propose et on fait bouger les choses. Donc, je pense à ma famille et surtout à mes parents qui sont dans la tribune à ce moment-là.

8:51
Présentateur

Alors, puisque vous les citez, allons déterrer vos racines. Vous quittez l'Espagne franquiste à l'âge de deux ans. Votre famille décide en 62 d'émigrer en France, dans la région de Lyon. Voici un programme de l'ORTF à destination de la jeunesse. 16 millions de jeunes sur la guerre d'Espagne et l'exil du chanteur Paco Ibanez.

9:14
Invité

18 juillet. C'est l'Espagne de 1936.

9:55
Anne Hidalgo

Une moitié de l'Espagne meurt de la main de l'autre.

10:02
Invité

Comment ?

10:03
Anne Hidalgo

Qu'est-ce que ça veut dire ?

10:05
Invité

Ça veut dire, nous sommes qui nous sommes. On est fatigué d'entendre toujours, toujours les mêmes choses. De toujours être tourné vers le passé. On connaît le passé. On n'a pas besoin de l'évoquer. Il est déjà dans notre sang, dans nos attitudes. Donc, tournons-nous vers l'avenir et faisons quelque chose ensemble. Les morts, ils sont morts. On sait qu'ils sont morts. Mais ce n'est pas parce qu'on pense tout le temps aux morts qu'on leur rend un service, finalement. Le meilleur service qu'on peut leur rendre, c'est de faire ce qu'ils auraient voulu faire.

10:40
Présentateur

Regardez devant, arrêtez de se retourner et de parler du passé. Est-ce que vous partagez ou est-ce que vous faites vôtre le précepte de Paco Ibanez ?

10:48
Anne Hidalgo

Paco Ibanez, que j'aime beaucoup et que je connais bien. Et bien sûr qu'il faut regarder devant. Vous savez, il faut connaître son histoire, connaître l'histoire. Savoir pourquoi il y a eu cette guerre, ce qu'elle a produit, ce qu'a été aussi Franco le martyr de toutes ces femmes et ces hommes. Mes grands-parents paternels qui avaient fui la région de Malaga, qui ont échappé à ces massacres, qui se sont retrouvés dans des camps de réfugiés ici en France. Mais en même temps, il a tout à fait raison de dire, regardons l'avenir.

J'étais très amie avec Étienne Rodagil, qui était ce parolier, cet artiste extraordinaire, qui avait une vie aussi de réfugiés puisqu'il était né dans un des camps de réfugiés espagnols. Et un jour, après ma première victoire à Paris, à l'hôtel de ville en 2001, comme adjointe, première adjointe, il m'a dit « Tu sais Anne, tu es la preuve vivante que Franco avait tort. Et parce que tu es là, tu vis, parce que tu as montré aussi cette force, quand on connaît son histoire, cette force d'aller de l'avant et puis de construire l'avenir.

Et d'essayer d'être généreux, d'essayer de faire en sorte que des enfants qui aujourd'hui connaissent sans doute aussi ou la pauvreté, ou la difficulté, ou la guerre pour un certain nombre d'entre eux, qu'ils peuvent, qu'ils doivent, qu'on doit être nous les adultes, tourner vers eux, les accompagner pour qu'ils puissent construire leur avenir le plus librement possible, sans être déterminés par une histoire, l'histoire de leur famille, l'histoire de leur pays, si leur pays n'est pas la France, ou même l'histoire de la France, et qu'on doit se donner cette liberté, cette émancipation. Mais elle n'est possible que s'il y a de l'éducation, de la culture, et si on connaît l'histoire.

12:44
Présentateur

Votre premier métier, c'est, vous l'avez dit, inspectrice du travail. Vous êtes l'une des rares femmes à être reçue au concours national en 82. Regardez comment l'ORTF, dans une émission intitulée « Un homme de conciliation », raconte la journée d'un inspecteur du travail, M. Bussière, shérif en deux chevaux. C'est comme ça qu'on les appelait. Nous sommes en 1969.

13:07
Invité

J'avais une deux chevaux, moi aussi. M. Bussière, tout le monde vous appelle M. l'inspecteur, et vous n'appartenez pas à la police. Quel genre d'inspecteur êtes-vous ? Eh bien, je suis d'abord un inspecteur du travail, et uniquement un inspecteur du travail, puisqu'il n'a rien à voir ni avec le fisc, ni avec la police. En fait, j'appartiens à un corps qui a été créé à l'origine pour s'assurer que soit respectée l'interdiction d'emploi des enfants avant un certain âge. Progressivement, cette fonction s'est développée, et les inspecteurs du travail ont été amenés à contrôler les conditions de travail pour faire respecter les conditions d'hygiène et de sécurité du travail.

13:45
Présentateur

Ça correspond à ce que vous avez connu, à ce que vous avez fait ?

13:48
Anne Hidalgo

Oui, j'avais même une deux chevaux comme ça, dans le Val-de-Marne aussi, puisque j'ai été mon premier poste dans le Val-de-Marne. C'est un très beau métier. Vous savez, d'ailleurs, évidemment, moi je viens de ce milieu ouvrier, mon père était ouvrier, électricien, et il était aussi, plus tard dans sa vie, syndicaliste, secrétaire d'un comité d'entreprise. Et quand j'avais 16 ans, j'avais fait un stage dans sa boîte, dans les services de comptabilité. Et il y avait à l'époque un chef du personnel qui était d'origine italienne.

Et il me disait, tu sais, il y a un métier extraordinaire, regarde, regarde, toi qui t'intéresses au monde du travail et qui est un métier très utile, c'est le métier d'inspecteur du travail. C'est le premier qui m'a parlé de ce métier-là. J'avais 16 ans et c'était un chef du personnel. Ensuite, je me suis passionnée pour le droit du travail. J'ai vraiment eu envie d'être utile, j'étais très, très intéressée par ce monde professionnel. Il y avait des mutations dans les années où j'ai fait mes études de droit du travail. Et quand j'ai exercé comme inspectrice du travail, il y avait des grandes mutations, la sidérurgie, la métallurgie, la chimie.

Et je m'intéressais à la fois, bien sûr, aux conditions de travail, mais aussi à l'évolution de ce monde du travail dans lequel j'ai pris ma part. J'ai eu un immense plaisir, j'ai tellement appris, tellement appris de ces situations réelles. Et c'est vrai qu'à l'époque, les inspecteurs du travail avaient eu un article dans le monde sur les inspecteurs, les shérifs en deux chevaux. Et mon premier stage que je fais, j'étais étudiante à Lyon 3 en droit du travail.

Et le premier stage que je fais est à Saint-Etienne avec des inspecteurs du travail qui étaient presque tous à la CFDT, qui étaient hyper engagés, intéressants, qui m'ont emmenée dans des entreprises, dans la mine, la mine qui a fermé peu de temps après que j'ai pu la visiter. Bref, j'ai tellement appris. Et puis aussi, une forme d'art de négociation, parce que ce métier-là, tous les cas à l'époque, il fallait aussi beaucoup, beaucoup négocier. J'ai adoré cette fonction-là et cette expérience de vie.

16:08
Présentateur

– Vous avez la double nationalité espagnole et française. Vous avez donc pu voter dès vos 18 ans pour la présidentielle de 1981. Et comme tous les militants de gauche, vous avez été témoin depuis 40 ans des grandes heures, puis de l'effondrement du Parti Socialiste. – 5, 4, 3, 2, 1. François Mitterrand est élu président de la République. – 51,7%.

16:39
Invité

– Voilà donc l'image de ce nouveau président de la République. François Mitterrand vient d'être réélu. – Vous voyez donc Jacques Chirac, 19,9%. Jean-Marie Le Pen, 17,9%. Et Lionel Jospin, 16,1%.

17:04
Présentateur

– J'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conclusions en me retirant de la vie politique

17:15
Invité

après la fin de l'élection présidentielle. – Nicolas Sarkozy, donc élu président de la République. Ségolène Royal est donc battu. 53 donc pour Nicolas Sarkozy, 47 bien sûr pour Ségolène Royal. – Troisième présidentielle perdue après 95 et l'absence au deuxième tour en 2002. Ça fait beau. – C'est François Hollande qui est élu président de la République avec 51,9% des voix. – On l'attendait depuis longtemps, depuis très longtemps. Je suis content, Sarkozy s'en va, c'est génial. – 6,4% pour Benoît Hamon, jamais candidat socialiste n'était tombé aussi bas.

18:00
Présentateur

– Qui stoppera cette descente aux enfers, Anne Hidalgo ? Vous ?

18:04
Anne Hidalgo

– D'abord, vous savez, c'est un long processus. Et si on reprend l'élection de François Mitterrand en 81, qui a été une explosion de joie. Moi, j'avais une vingtaine d'années, j'étais à Lyon à ce moment-là. C'est tout d'un coup une liberté qui arrive, quelque chose qui s'ouvre dans le pays. Les libertés publiques, la décentralisation, les lois sur le travail, immédiatement les lois au roux. C'est un moment très fort, mais qui vient de loin, qui vient d'une longue quête d'un homme qui a su patiemment d'abord labourer la France, réunir, rassembler, créer les conditions. Évidemment, d'une union, parce que c'est évident qu'on ne peut pas gagner à gauche dans notre pays s'il n'y a pas d'unité.

Et il a supporté cela. Ensuite, on a eu les moments difficiles. Le moment de 2002, avec cette élection, où on n'est pas au second tour, alors que Lionel Jospin était Premier ministre, un Premier ministre qui avait redressé le pays, qui a fait un travail exceptionnel, mais quand même une division de la gauche qui est là. Un travail qui se fait tout de suite derrière, qui ne va pas permettre d'aller à la victoire en 2007, même si le score de Ségolène Royal est un score très très important. Et puis, François Hollande, qui gagne là aussi, sur un élan, sur un moment fort, j'y étais, j'ai fait partie de son équipe de campagne.

Il y a eu un quinquennat avec des grandes réussites et des choses difficiles.

19:45
Présentateur

Mais François Hollande, c'était il y a 10 ans. Voilà. La dernière grande victoire nationale du Parti Socialiste.

19:51
Anne Hidalgo

C'était il y a 10 ans. Et l'élection de 2017, qui a été une élection à la fois très particulière, où là, Benoît Hamon, c'est le score du PS et des Verts, 6,4, à ce moment-là, puisqu'il y a une candidature commune. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Moi, je pense d'abord la fidélité à son histoire, à ses valeurs, ce qui ne veut pas dire les solutions du passé. Mais quand même, la fidélité, ce que je porte dans cette élection présidentielle, cet héritage de cette gauche républicaine, européenne, sociale, socialiste, qui a fait sienne les questions d'écologie, et qui veut gouverner et transformer le monde et améliorer la vie des Françaises et des Français.

Je pense qu'on est encore dans le tumulte, la difficulté. Évidemment, on l'a vu, il n'a pas été possible de se rassembler avec la gauche. Les discussions ont eu lieu, mais elles n'ont pas abouti. Je pense que cette élection-là est une élection qui s'inscrit dans quelque chose encore de très difficile. Et je porte cette campagne dans ce contexte avec beaucoup de lucidité. Mais je sais que ce que nous sommes en train de faire aujourd'hui va nous permettre de construire quelque chose. Parce que ce que nous portons, c'est la voix d'une gauche qui a toujours été présente dans la République.

Et quand elle n'est pas présente dans la République, elle a toujours été là pour les grandes conquêtes, les grandes avancées. Le monde politique et médiatique a beaucoup changé ces dernières années.

Mais pour autant, je pense et je porte ce message-là, les classes moyennes, les catégories populaires, qui aujourd'hui souffrent d'une injustice sociale terrible, parce que nous sommes dans un pays où il y a beaucoup trop d'injustices, où il risque d'y en avoir encore plus, parce que les projets que je vois sur la retraite, les projets que je vois sur le démantèlement de l'école, sont des choses qui vont encore affaiblir ce qui fait pour moi la force de la France, c'est-à-dire ces services publics.

21:52
Présentateur

– Il n'y a pas un risque de disparition du PS ?

21:54
Anne Hidalgo

– Je crois qu'il y aurait eu un risque de disparition si le PS n'avait pas été, enfin si cette gauche républicaine, sociale et européenne n'avait pas été présente dans cette élection. Elle est là. Beaucoup de femmes et d'hommes me disent, bien sûr que c'est difficile. On est présent dans les territoires, très présent dans les territoires, puisque si vous regardez la carte électorale dans les communes, les départements ou les régions, le PS pèse environ 15%. Mais c'est vrai que du local au national, on n'a pas encore réussi à faire complètement cette mutation.

Elle nécessitait et elle nécessite cette présence aujourd'hui dans cette élection très très difficile, très particulière de 2022 pour permettre justement d'ouvrir une nouvelle page. En tous les cas, de façon très lucide, très responsable, très consciente de la difficulté de la tâche dans laquelle, avec d'autres, je me suis lancée, que cette difficulté de tâche que nous connaissons aujourd'hui est celle qui doit permettre d'ouvrir un nouvel espace à ce que j'appelle cette gauche républicaine, européenne, qui a intégré l'écologie. Et vous savez, la gauche, dans notre pays, ne gagne jamais par les extrêmes. Elle ne gagne jamais ni par le témoignage ou l'exclusive protestation.

Elle gagne lorsqu'elle a envie de gouverner, lorsqu'elle s'inscrit aussi dans l'histoire du pays, dans ce qui fait notre République. Je suis une républicaine vraiment absolue. Pour moi, la République, elle est aussi laïque. Elle est laïque et sociale. C'est l'un et l'autre. Ce n'est pas l'un sans l'autre. Et c'est ce que nous devons porter, ce que je porte dans cette campagne, mais ce que je vais porter.

Et vous verrez qu'au lendemain aussi de cette élection, quel qu'en soit le résultat, beaucoup, beaucoup d'initiatives vont se déployer sur le territoire, en France, en lien avec nos amis, les sociodémocrates qui gouvernent partout, ailleurs, dans beaucoup de pays européens, pour reconstruire cette proposition absolument indispensable. Et dans les autres pays, je pense l'Espagne, je pense le Portugal ou d'autres, il a fallu parfois 10 ans, voire plus de 10 ans, pour pouvoir reconstruire cette offre politique-là. C'est le travail auquel je me suis attelée dès cette campagne présidentielle.

24:17
Présentateur

Voyons qui sont vos mentors. Il y a d'abord une femme, Martine Aubry, avec qui vous avez travaillé lorsqu'elle était ministre de l'Emploi et de la Solidarité, et que vous soutenez lors de la primaire socialiste de 2011. Anne Hidalgo à l'honneur,

24:35
Invité

elle est la seule politique en photo

24:37
Présentateur

dans la lettre que Martine Aubry va distribuer aux Français.

24:40
Invité

J'ai eu la chance de l'avoir dans mon équipe au ministère. J'ai toujours dit que c'était un peu ma petite sœur en politique vraiment plus petite. Elle est plus jeune que moi, bien évidemment.

24:50
Présentateur

Martine Aubry, votre grande sœur en politique, oui ?

24:52
Anne Hidalgo

Oh oui, même plus que ça, parce que c'est vrai que moi j'ai beaucoup appris avec elle, j'ai appris en étant sa conseillère. J'ai appris l'école de l'exigence, parce que Martine, il fallait être au carré. Les dossiers, ça ne supposait pas la moindre petite ambiguïté ou hésitation. Donc j'ai appris ça. Puis j'ai appris aussi de cette femme, voilà, avec ce caractère, avec cet engagement, cette personnalité aussi, qui est une personnalité qui, entre sa vie personnelle et sa vie politique, fait, je dirais, ce qu'elle dit. Et il y a des grands... Voilà, moi je l'ai vue accueillir chez elle des enfants, des enfants des quartiers populaires de Lille, les élever, les accompagner dans leurs études.

Voilà, je la vois aussi s'engager sur les réfugiés. Elle n'hésite jamais à y mettre aussi de sa vie personnelle. Donc c'est quelqu'un qui, moi, m'a beaucoup appris et puis qui est là, qui est là aujourd'hui aussi dans ce moment qui est plus difficile, évidemment, pour la gauche. Et qui, voilà, c'est une grande dame, une très très grande dame. Malheureusement, dans notre pays, je pense que, voilà, les grandes dames en politique ont encore du mal à percer. Mais voilà, mais elle est là, en tous les cas. Et dans ma vie, elle est là.

26:11
Présentateur

L'autre mentor, c'est celui qui vous a installé à ses côtés pendant 13 ans, Bertrand Delanoé. Voici ce qu'il dit de vous lors de la campagne municipale de 2008.

26:22
Invité

Alors, Hidalgo, maire BIS, en tout cas, lors d'un meeting dans l'arrondissement où elle est élue, le 15e, Bertrand Delanoé a accordé à sa première adjointe une place de choix. Elle, je ne sais pas comment elle se débrouille.

26:34
Présentateur

Elle a du caractère, je peux vous dire. Elle a d'autorité, mais elle est toujours d'une douceur. Et donc, je sais qu'elle est meilleure que moi. Bertrand Delanoé, à qui vous avez succédé et avec qui vous avez rompu, à moins que ce ne soit le contraire. Qu'est-ce que s'est-il passé entre vous ?

26:51
Anne Hidalgo

Non, non. Moi, j'ai beaucoup d'admiration pour Bertrand. Il m'a aussi fait confiance. Lui aussi, c'est une école de l'exigence dans cette ville de Paris où j'ai tout appris. Il m'a donné cette chance que j'ai saisie aussi de comprendre, de travailler en profondeur. 13 ans, 13 ans première adjointe, à être à ses côtés, à le défendre tout le temps parce qu'il a été aussi très attaqué et à apprendre cette vie d'élu, cette vie politique par quelque chose de très concret aussi. Ensuite, en 2017, il a fait un choix, un choix pour la présidentielle d'ailleurs. Qui était Emmanuel Macron. Qui était Emmanuel Macron. Voilà, c'est un choix que je respecte et puis on s'est vus un peu moins.

Chacun a pris un chemin.

27:43
Présentateur

Vous êtes éloigné aujourd'hui.

27:45
Anne Hidalgo

On ne se voit pas tous les jours, ça c'est clair, mais je garde de toute façon pour lui une immense affection et un immense respect quels que soient les choix respectifs qu'on ait pu faire.

27:55
Présentateur

Anne Hidalgo, comme chaque candidat, nous allons vous placer face à De Gaulle. Parce que beaucoup s'en réclament dans cette campagne. Entre les deux tours de la présidentielle de 1965 alors qu'il affronte François Mitterrand, Charles De Gaulle parle ainsi de la France, de la droite et de la gauche.

28:16
Invité

La France, c'est tout à la fois. C'est tous les Français. C'est pas la gauche, la France. C'est pas la droite, la France. Naturellement, les Français, comme de tout temps, ils l'ont eu, se ressentent en eux les courants. Il y a l'éternel courant du mouvement

28:39
Anne Hidalgo

qui va aux réformes, qui va aux changements, qui est naturellement nécessaire. Et puis, il y a aussi un courant de l'ordre,

28:49
Invité

de la règle, de la tradition qui lui aussi est nécessaire. c'est avec tout ça qu'on fait la France.

28:56
Anne Hidalgo

Oui, complètement d'accord avec lui. C'est avec tout ça qu'on fait la France. Et les deux sont nécessaires, évidemment. Pour moi, le général De Gaulle, c'est d'abord l'homme de juin 40. c'est ce courage immense, c'est le chef de la France, de la France libre. C'est l'homme qui arrive à soulever cette armée, à rassembler aussi, à réunir tous les courants de la résistance, à les unifier.

et c'est l'homme de la libération, l'homme de la libération de Paris, parce qu'il décide aussi et il fait tout ce qu'il faut pour venir soutenir et libérer Paris après cette insurrection, sachant qu'évidemment, il y avait cette proposition des Américains de filer tout de suite vers le front Est, mais qu'il fait en sorte que Paris soit libéré et puis c'est l'homme qui, parce qu'il avait acquis aussi cette stature dans l'histoire et dans le cœur de toutes les Françaises et les Français, cette capacité à dire que la France c'est tout ça.

La France, c'est effectivement ces femmes et ces hommes de gauche, ces femmes et ces hommes de droite, c'est le côté conservateur et le côté progressiste et c'est tout à la fois. Et je pense qu'il a raison de rappeler ce qu'est la fonction, enfin la France et à partir de là ce qu'est la fonction présidentielle. En tous les cas, il l'a incarnée comme nul autre n'aura pu l'incarner après lui.

30:41
Présentateur

Rubrique suivante. 180 degrés, c'est la séquence des revirements ou des reniements. Le vôtre date d'il y a un peu moins de deux ans, le 25 juin 2020. Vous êtes en campagne pour votre réélection à la mairie de Paris ? Redoutable candidate à la présidentielle

31:00
Anne Hidalgo

en 2020. Êtes-vous redoutable ? Êtes-vous candidate ? S'il le dit ? Non, surtout pas. Je l'ai dit très précisément. Moi, je considère et tout à l'heure, Pascal Durand le disait très très bien, je considère qu'il y a un endroit où on peut agir aujourd'hui, qui est un endroit très stratégique, c'est celui des villes.

31:20
Présentateur

Est-ce que vous n'avez pas trompé les électeurs parisiens à qui vous avez promis que ce serait Paris à 100% ?

31:26
Anne Hidalgo

Non, vous savez d'abord, beaucoup d'électeurs parisiens me disaient déjà pendant la campagne surtout, surtout ne dites pas jamais parce qu'on voudra aussi que vous soyez candidate à la présidentielle.

31:38
Présentateur

Mais vous avez dit jamais ?

31:40
Anne Hidalgo

J'ai dit jamais et ce n'est pas un reniement. Vous savez, à un moment donné, bien sûr, là je suis sincère et dans ma vie, moi je n'ai pas grandi en me disant je serai présidente de la République un jour ou je serai candidate à l'élection présidentielle. J'ai choisi d'ailleurs souvent, quand on m'a proposé d'être ministre, François Hollande me l'avait proposé, j'ai dit non.

A l'époque, on m'avait aussi proposé de prendre la tête du Parti Socialiste, j'ai dit non parce que c'était pour moi Paris qui était l'enjeu numéro un et puis à un moment donné, vous faites partie d'une famille, d'une famille de pensée, d'une famille de pensée, dans laquelle vous vous dites je ne peux pas rester simplement à regarder ce qui va se passer dans cette présidentielle. Je pense, je le dis, si le Parti Socialiste, la gauche républicaine et européenne que j'incarne dans cette élection n'avait pas été candidate, alors là, c'était l'effacement et la disparition totale. Il y aurait eu quelqu'un ?

Je me suis dit qu'il y avait évidemment d'abord à répondre à cette attente puisque ce n'est pas moi qui me suis levée un matin mais beaucoup de gens qui sont venus me chercher pour que je prenne cette responsabilité et j'ai pris cette responsabilité qui est aussi une responsabilité parce que je pense que notre pays ne pourra pas se passer d'avoir cette gauche républicaine, européenne, laïque, écologique et sociale dans le pays, qu'il y a un déséquilibre. On le voit déjà aujourd'hui ce déséquilibre. Je ne crois pas aux extrêmes, je ne crois pas au populisme.

Je crois vraiment, comme le disait tout à l'heure le général de Gaulle, qu'il y a ces deux forces qui sont là, qui doivent être reconnues dans ce qu'elles sont, une force plus progressiste et une force plus conservatrice, que ces deux forces-là structurent notre vie politique et permettent justement aussi de rassembler les Françaises et les Français autour de projets, pas simplement autour d'un homme mais autour de projets. Et donc j'ai pris mes responsabilités et je vais vous dire, Patrick Cohen, je ne regrette pas de les avoir prises.

Bien sûr que c'est très difficile, bien sûr que le contexte n'est pas celui qui était le plus favorable pour la candidate de cette gauche républicaine que je suis. Mais je porte ces valeurs, je porte ces propositions. Vous aurez peut-être remarqué que dans mes propositions, il y a cette orientation nouvelle où la question du travail, la question des classes moyennes, des catégories populaires est très présente. La question de l'écologie, évidemment, et l'écologie pour transformer la société et notre économie, mais l'écologie toujours dans la justice.

La question de la démocratie, des institutions, toujours aussi dans l'idée d'avoir un pays où la démocratie respire, qu'on sorte de cette monarchie républicaine dans laquelle nous sommes et dans laquelle nous avons sans doute amplifié le phénomène ces cinq dernières années. Donc voilà, je crois à ces idées-là, à cette force-là. Et la politique, c'est de la construction, c'est de la construction humaine, c'est de l'aventure humaine, ce sont des idées. et c'est dans cette filiation-là que je m'inscris.

34:51
Présentateur

Paris encore dans la séquence zéro pointée. Réduire la place de la voiture, c'est louable, mais empêcher les gens de travailler, c'est plus discutable. Voyez ces artisans qui perdent du temps, de l'argent, parfois une partie de leur travail, à cause des embouteillages parisiens. Ça bloque un peu.

35:14
Invité

Sur le trajet de son prochain chantier, cet artisan a la boule au ventre. Le temps qu'il va passer aujourd'hui dans les embouteillages à Paris, Sylvain Varro n'en a absolument aucune idée. On est obligé d'anticiper au maximum. Mais quand il s'agit de faire les comptes, les bouchons ont un prix. Ils font perdre 9000 euros tous les mois à son entreprise.

35:36
Présentateur

Au-delà de ce manque à gagner, c'est quand même du temps pendant lequel on paye les salariés. C'est du temps aussi un peu de stress pour nos salariés parce qu'ils ont toujours

35:47
Invité

cette aléa du bouchon, cette angoisse, pour reprendre le mot de tout à l'heure,

35:52
Présentateur

du combien je vais mettre de temps pour rentrer ce soir.

35:55
Invité

Les bouchons, un argument qui dissuaderait déjà un artisan sur 10 d'intervenir au centre de Paris. Trouver un électricien ou un plombier dans la capitale pourrait donc bientôt devenir le parcours du combattant. Excédé par ce montant, une association d'automobilistes interpelle la mairie de Paris sur le temps passé dans les bouchons.

36:13
Présentateur

Notre mouvement s'appelle « Dis-le à Anne » et on appelle tous les automobilistes bloqués dans les bouchons à prendre leur téléphone, à connecter leur kit man-lit dans la voiture et à appeler Anne Hidalgo en direct pour lui dire ce qu'ils vivent sur la route. Votre politique municipale est-elle un handicap pour vous dans cette campagne ?

36:29
Anne Hidalgo

Vous savez, j'ai comme beaucoup d'autres villes dans le monde pris aussi un autre sujet qui est très très important qui est celui de la pollution dont les dégâts sont incommensurables, peut-être moins visibles. Mais par exemple, dans une ville comme Paris, c'est 2500 morts liées à la pollution atmosphérique par an. C'est beaucoup de coûts pour notre système de santé. Et donc, j'ai pris évidemment le pari comme toutes les grandes villes du monde et d'ailleurs toutes les villes du pays de diminuer la circulation automobile polluante notamment. Mais au bord des axes,

37:07
Présentateur

les parisiens ont le sentiment que les bouchons aggravent la pollution.

37:13
Anne Hidalgo

Oui, mais vous savez, on est à l'INA et il y a des sources incroyables, impressionnantes d'images que vous auriez aussi pu passer dans l'histoire de Paris sur les bouchons parisiens. Et donc, moi, je sais que le moment où on accomplit une transformation, où on est dans le moment de la transition, c'est-à-dire on prend conscience que la pollution, ça tue et que ça coûte beaucoup plus cher, d'ailleurs, que tout ce qu'on peut imaginer. Et que les habitants des métropoles et d'une ville comme Paris réclament de pouvoir respirer. Qu'en plus, on est à un endroit où il existe des transports en commun. Un métro à moins de 10 minutes à pied de chez vous, c'est la chance qu'ont les Parisiens.

Eh bien, la décision que j'ai prise, c'est aussi une décision qui a été validée par le suffrage des Parisiens, par deux fois. Par deux fois. Une première fois en 2014, une deuxième fois en 2020. Et d'ailleurs, qui m'a valu aussi beaucoup de reconnaissance, non seulement des Parisiens, mais aussi à l'international. Je pense à un certain nombre de reconnaissances, y compris à l'ONU, qui me valent et qui nous valent à Paris d'être justement dans une ville, la ville de l'accord de Paris, qui a su prendre à bras-le-corps cette question de la pollution, du changement climatique et de la nécessité de changer nos modes de fonctionnement.

Bien sûr que quand vous êtes dans le moment où on change, c'est compliqué. Il faut adapter, il faut ajuster, il faut trouver aussi, par exemple, des adaptations pour ce que l'on a fait, ce que j'ai fait pour tous les artisans, les accompagner dans l'achat de véhicules propres. Il y a une grande transformation de la mobilité à accomplir dans notre pays. Ce que je propose d'ailleurs dans mon programme, ce que nous faisons tous les maires des grandes villes en France et dans le monde, n'est pas transposable. par exemple, dans des territoires ruraux. Donc, il faut inventer d'autres solutions, permettre l'achat de véhicules électriques.

Donc, ça veut dire aussi organiser sur tout le territoire l'existence de bornes et d'infrastructures permettant ces véhicules électriques. C'est mettre en place, comme je le propose, un leasing social, c'est-à-dire un accompagnement pour ceux qui vivent dans les territoires ruraux, qui n'ont pas de transports en commun, de pouvoir avoir accès accès à une location de véhicules électriques qui leur coûtera moins cher, d'ailleurs, compte tenu du prix de l'essence. Bref, ce sont des transformations absolument indispensables.

Et Paris est une ville d'innovation, c'est une ville moderne qui accompagne, évidemment, les artisans, mais qui ne pouvait pas rester en arrière de la transformation écologique. Prenez ce qui s'est passé à Rome, qui est une ville qui n'a pas connu les mêmes transformations que Paris. Rome a été supplantée par qui ? Par Milan. Nous, Paris est devenue une référence mondiale qui a attiré aussi beaucoup d'entreprises qui sont venues à Paris parce que, justement, j'avais cette politique écologique très, très, très avant-gardiste et qui a montré ses résultats.

40:21
Présentateur

Vous avez rappelé votre réélection de 2020 à la tête de la mairie. Est-ce que votre score du 10 avril chez les électeurs parisiens, vous le regarderez attentivement ? Est-ce qu'il vaudra d'une certaine façon approbation ou rejet de votre action municipale ?

40:38
Anne Hidalgo

Non, je crois que vraiment les élections municipales sont les élections municipales. Elles ont eu lieu en 2020 et j'ai été élue et réélue et c'est un immense bonheur pour moi que cela. Et puis ensuite, il y a une élection présidentielle. Bien sûr que je regarderai, mais une élection présidentielle avec une gauche qui reste extrêmement éparpillée alors que sur Paris, j'avais réussi quand même à rassembler cette gauche, pas forcément au premier tour puisque j'ai battu quand même largement les Verts au premier tour. Mais ensuite, on a pu se rassembler.

Donc c'est une élection très différente, mais c'est une élection qui permettra aussi, je sais que beaucoup de parisiennes et de parisiens de gauche écologistes ont envie qu'il y ait un après, qu'on ne se résigne pas à un pays dans lequel finalement l'injustice sociale soit la règle, dans lequel les classes moyennes, les catégories populaires soient toujours celles qui payent le prix fort de la crise ou alors une ville qui serait dans un pays qui ne prendrait pas au sérieux la question de la transition écologique. La planète brûle, la planète brûle. Vous ne pouvez pas rester à expliquer qu'il est toujours temps d'attendre et de transformer demain.

Donc bien sûr que ce qui sortira de cette élection est une élection présidentielle et donc nationale, mais permettra aussi, je l'espère en tous les cas, la reconstruction demain de cette gauche écologiste républicaine et européenne qu'il est nécessaire d'avoir dans notre pays. Et vous montrez ces images-là, mais vous pouvez montrer aussi les voies sur berge avec le bonheur des Parisiennes et des Parisiens et de tous ceux qui viennent visiter Paris et qui trouvent beaucoup de plaisir aussi à voir cette ville modernisée qui est une référence aujourd'hui dans le monde.

42:36
Présentateur

Une madeleine. Une madeleine qui se nomme Carmen.

42:46
Invité

En fait,

43:24
Anne Hidalgo

je pensais que c'était, mais ce n'est pas un extrait de cela, mais j'ai joué dans Carmen. J'avais 20 ans, j'étais à Lyon, je faisais partie de la troupe de théâtre universitaire et c'était à l'époque Louis Erlot, directeur de l'Opéra de Lyon, qui avait monté au théâtre Romain de Fourvière une mise en scène de Carmen assez extraordinaire partant de tableaux de Goya, les disparates et avec la troupe de théâtre universitaire, on jouait plusieurs rôles pendant cet opéra de Carmen.

Ça a été fabuleux parce que j'ai vécu pendant deux mois et demi à la fois tout le travail de préparation et puis les représentations avec les chanteurs de l'Opéra de Lyon, avec aussi toute la troupe qui était sur place. et Carmen, oui, c'est une femme forte, c'est une femme puissante, c'est une femme qui est là, qui vit sa vie en toute liberté, qui me rappelle aussi mon Espagne natale, bien sûr, puisque Carmen, en fait, historiquement, elle était même à Cadix, dans ma ville natale, puisque c'est là que se situe au départ l'usine de tabac dans laquelle travaille Carmen. Donc, j'ai beaucoup d'affection pour cet opéra et beaucoup de souvenirs et beaucoup d'histoires avec.

44:51
Présentateur

Une archive à présent que nous proposons à tous les candidats. Celle de l'Alerte verte, c'est une archive présidentielle de 1974 avec un candidat pas comme les autres. Et vous savez ce qui va se passer ? Eh bien, nous allons bientôt manquer de l'eau et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse

45:13
Invité

puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. À lundi, je vous dis au revoir et j'espère vous revoir pour vous expliquer notre projet global d'avenir. Merci, mes amis.

45:29
Présentateur

Le candidat écolo qui n'a pas été pris au sérieux à l'époque.

45:44
Anne Hidalgo

Non, c'est vrai.

45:44
Présentateur

Pas même par les grands partis de gauche.

45:46
Anne Hidalgo

Non, bien sûr. Mais moi, j'avais 14 ans. Je me souviens vraiment de cette scène. Alors, on avait une télé noire et blanc, mais enfin, je me souviens très, très bien de cette scène. Et pour moi, ça a été le début aussi d'une prise de conscience. Je ne suis pas rentrée, je ne suis pas devenue écolo ou à ce moment-là, je ne me suis pas intéressée aux formations vertes qui commençaient à exister dans le pays. mais en revanche, il y avait du côté du PSU, du côté de cette deuxième gauche, beaucoup de femmes et d'hommes. Je pense aussi à Huguette Bouchardot, je pense d'une certaine façon à Michel Rocard aussi, qui portait déjà ces questions d'écologie. Alors, ce n'était pas tellement sur l'eau.

C'est vrai que lui, René Dumont, a été le premier à le prendre sur cet angle-là. La gauche, y compris cette deuxième gauche, le prenait plutôt sous l'angle du développement. Et moi, j'ai commencé à m'intéresser vraiment à ce moment-là aussi, à la politique et aux idées sociales, socialistes et écologistes. Mais ça a été pour moi vraiment un... Oui, une alerte, quelque chose qui, à ce moment-là, m'a ouvert vraiment sur cette question de l'écologie. Et je m'en souviens encore, j'avais 14 ans.

47:09
Présentateur

Une rencontre enfin puisée dans la malle au trésor de l'INA. C'est une voix que nous voulions vous faire entendre, celle du neuropsychiatre Boris Cyrulnik. En 2001, il est sur le plateau de Bouillon de Culture, l'émission de Bernard Pivot. Et il donne une définition de la résilience.

47:30
Invité

Eh bien, c'est un mot français qui vient du latin « ressalirer », « ressauter », « rebondir ». Et c'est un mot que les métallurgistes, les sous-mariniers emploient tous les jours, c'est-à-dire qu'un métal garde sa structure ou reprend sa structure, quels que soient les coûts ou les pressions du milieu. Donc, c'est un mot français très peu employé en France jusqu'à maintenant, mais très couramment employé dans le langage quotidien dans les pays anglo-saxons.

47:56
Présentateur

Diriez-vous que vous êtes une résiliente Anne Hidalgo, que vous êtes faite d'un métal qui résiste au choc ?

48:02
Anne Hidalgo

Je m'inscris complètement dans ce que dit Boris Cyrulnik. D'ailleurs, je l'ai rencontré, j'ai eu la chance de beaucoup lire aussi tous ces livres. Oui, je pense qu'il le dit très clairement, il faut être soi-même, il faut avoir des convictions. Évidemment, ne pas vivre en autarcie ou fermer aux autres. Il faut accepter de se laisser aussi influencer, changer par les autres, heureusement, parce que nous sommes des êtres sociaux et on est tous interdépendants, sans les autres, on n'est rien.

Et en même temps, il faut être soi-même et savoir aussi résister à la violence des paroles, à l'agressivité, à la violence tout court, savoir résister aussi à des espèces d'emportements, d'emballements qui sont quand même très dangereux où il faut toujours quand même quelques voix qui, peut-être, je ne sais pas, la solidité qui est la mienne aujourd'hui, je la puise dans mes racines, dans ma famille, dans mon histoire et puis je suis quelqu'un qui aime profondément la vie, profondément l'échange avec les autres. C'est tout ça qui fait une résilience.

Donc être résilient, c'est accepter la vie et en même temps, poser toujours, toujours les éléments de valeur et d'essayer, en tout cas, ce que j'essaye de faire, d'aligner mes valeurs avec ma vie et aussi dans la rencontre avec les autres parce que, je le redis, tout seul, on n'est strictement rien.

49:36
Présentateur

Au terme de cet ADN et de ce voyage dans les archives de l'INA, y a-t-il un morceau essentiel de votre ADN que nous avons manqué ?

49:46
Anne Hidalgo

Je ne crois pas parce qu'il y a la famille, il y a l'histoire, il y a l'engagement politique, il y a des rencontres. Je ne crois pas qu'il manque quoi que ce soit mais peut-être, je pense, en tous les cas, cette émission et cet exercice est vraiment, je vous remercie, très intéressant. C'est aussi, peut-être, faire comprendre ce qui peut motiver quelqu'un à continuer à faire de la politique et la politique, ce n'est pas quelque chose de sale. La politique, c'est quelque chose qui part de soi, ce n'est pas utilitariste, sinon ça ne sert à rien et ça se finit, en général, pas très bien, mais c'est quand même quelque chose qui vise aussi à transformer.

J'ai envie de changer, je dis changer d'avenir, c'est mon slogan, mais j'ai envie d'aider à changer, d'aider les plus modestes, ceux qui n'ont pas la chance d'être dans ce fauteuil, à parler, à évoquer cette histoire et l'avenir, de dire, je suis aussi votre porte-parole et la force qui est la mienne, que j'ai acquise avec cette vie et cette histoire, j'ai envie de la mettre au service des autres.

50:52
Présentateur

Merci.

50:53
Anne Hidalgo

Merci à vous.

50:53
Présentateur

Anne Hidalgo.

50:54
Locuteur

Merci à vous. Merci à vous. Merci à vous. Merci à vous.