Israël-Palestine : la France peut-elle vraiment changer de politique ?
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Qu'est-ce que la dissolution pourrait changer à la diplomatie française ?
- 1:15OuverteRéponse directe
La dissolution est-elle comprise à l'international ?
- 4:00OuverteRéponse directe
Le président reste-t-il maître de la diplomatie en cas de cohabitation ?
- 7:01OuverteRéponse directe
En cas de cohabitation, la France sera-t-elle ingouvernable ?
- 9:12OuverteRéponse directe
Le RN a-t-il une politique étrangère ?
- 15:52OuverteRéponse directe
Quelles sont les lignes de doctrine du RN sur la Palestine ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 33:32InvitéFait
« si on appelle souveraineté alimentaire le fait et d'ailleurs c'est la définition des organisations internationales de respecter les cultures alimentaires de chaque pays »
- 34:10InvitéFait
« le protectionnisme va tout régler »
- 34:20InvitéFait
« il y a un certain nombre de produits que nous ne pourrons jamais cultiver en France ni le cacao ni le café ni les bananes par exemple »
- 35:34InvitéFait
« elle a été le dernier des soutiens de l'empire colonial français »
- 35:54InvitéFait
« vanter la supériorité de la civilisation occidentale »
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Une bérésina électorale pour le camp présidentiel qui débouche sur une période d'intenses doutes sur le destin de la France, mais aussi sur son image et son rôle à l'international. La dissolution décidée par Emmanuel Macron et les législatives à venir pourrait bien ouvrir la voie à une sorte de semi-alternance avec soit une coalition de gauche, le nom de nouveau Front populaire, soit l'extrême droite à Matignon et au Quai d'Orsay. Dans ce cas, qu'est-ce que cela pourrait changer à la diplomatie de la France ? Rastera-t-elle incarnée par un Emmanuel Macron politiquement affaibli en interne au nom de la politique du domaine réservé ?
Pourra-t-il s'en servir pour exister en cas de cohabitation comme ses prédécesseurs l'ont fait ? Et au fait, quels sont les programmes du nouveau Front populaire et du Rassemblement national en termes de politique internationale, notamment sur les dossiers chauds la Palestine, l'Ukraine, le Sahel ? Quelle image rendrait la France à l'étranger si elle était gouvernée par l'extrême droite ? J'en parlerai dans quelques instants avec Bertrand Baddy, politiste, professeur émérite à Sciences Po, dans le cadre de sa chronique internationale « Le monde n'a pas de centre » sur le Média. Bonjour Bertrand. Bonjour Théophile.
La dissolution est une pratique institutionnelle française qui témoigne des particularités de notre système politique. Elle est d'abord un fait national, mais de quoi témoigne-t-il ce fait national si l'on le situe dans un cadre international et comment cette possibilité donnée à un président peut-elle être vue en dehors de nos frontières ?
Elle est vue effectivement avec un certain étonnement. Il suffit de lire la presse étrangère pour comprendre qu'il y a eu une surprise énorme et que nul ne sait véritablement, tant en Europe qu'au-delà, sur quoi tout cela va déboucher. Il faut quand même voir une chose, c'est que la fragilité de la diplomatie française, elle n'est pas couplée avec la dissolution. C'est un phénomène qui est apparu au fil des temps, je dirais paradoxalement, depuis 2003, c'est-à-dire le temps où Chirac s'étend opposé à l'intervention militaire américaine en Irak.
Il a été impressionné par le French bashing et a rétro-pédalé jusqu'à annuler ce qui faisait les caractéristiques propres de la politique étrangère de la France. Depuis, ça n'a jamais repris. Depuis, ça n'a jamais repris. Et cette dissolution peut effectivement avoir et aura un effet de perception à l'extérieur, mais il y a déjà longtemps qu'à l'extérieur, on s'interroge sur la capacité diplomatique française. C'est ça de plus inquiétant. Ça, c'est un premier élément. Le deuxième élément, c'est qu'il faut regarder le jeu politique et s'interroger sur le débat actuel, le débat politique en France actuellement sur la politique étrangère. Il est théophile quasiment nul.
C'est-à-dire, les partis n'ont pas d'offre claire sur la politique étrangère. C'est manifeste avec le Rassemblement national qui essaye de bricoler avec des éléments pleins de contradictions. Mais même le programme vite élaboré par le Front populaire, par le nouveau Front populaire, ne laisse pas apparaître de lignes claires. Et voilà le mal français. Le mal français, cette incapacité de la France de s'adapter à ce monde nouveau, dissolution, pas dissolution, Macron, pas Macron, droite ou gauche. Moi, je crains véritablement que l'on ait à souffrir de ce déficit d'imagination et surtout de réflexion sur ce que le monde est devenu et la manière dont la France peut peser sur ce monde.
Alors, d'un point de vue institutionnel, le président qui est le chef de l'exécutif, mais qui a toujours un revolver braqué sur les législatives et qui peut, dans un coup de colère, dissoudre le Parlement, ce n'est pas si évident que cela dans beaucoup de démocraties. Est-ce que c'est compris ?
Oui, alors là, il faut un peu relativiser, parce que si on prend la composition du G7 actuellement, il faut voir la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne, il y a eu une dissolution surprise. Alors, ce n'est pas du tout le même ordre institutionnel, donc le sens de la dissolution n'est pas le même. C'est un régime parlementaire. Et l'enjeu n'est pas le même, mais il y a quand même une situation d'incertitude, d'impasse. Et là non plus, le programme du Parti travailliste en matière de politique étrangère n'est pas extrêmement limpide. Continuons. Il y a des élections en novembre prochain aux États-Unis.
Personne ne sait véritablement ce qui va se passer, ni ce qu'est l'exact enjeu pour la redéfinition nécessaire de la politique étrangère américaine. Le premier ministre japonais est déstabilisé. En Allemagne, la coalition a subi un revers qui est comparable à celui subi par Macron lors des élections européennes. Donc, qu'est-ce qui reste ? Et la question est d'autant plus importante que l'on voit bien à quel point ces vieilles démocraties occidentales ont du mal à accorder leurs institutions à un monde qui change. La vraie question, elle est là. Elle n'est pas française. Il ne faut pas croire qu'il y a toujours une exceptionnalité française.
Il suffit de regarder les sondages, de voir la chute incroyable de la confiance des peuples dans leurs institutions et dans leurs dirigeants, y compris au sein de ce camp démocratique que l'on considérait comme plus élaboré, pour employer un terme plus brutal, que les autres pays. Donc, cette confiance, elle se traduit par un malaise institutionnel, par une ingouvernabilité. Je pense qu'on peut dire des États-Unis comme de l'Allemagne, comme de la Grande-Bretagne, comme de l'Italie, que ce sont des pays où se pose un problème de gouvernabilité, comme en France, et où, surtout, l'Europe ne comprend pas qu'elle n'est plus seule au monde et qu'elle a à se définir par rapport à ce monde.
Et d'ailleurs, quel est le cri d'orfraie que l'on entend dans les préaux d'école en ce début est bientôt la fin de cette courte campagne électorale en France, c'est protectionnisme, souverainisme, rétablissement des frontières, etc. Comme si tous ces gens se croyaient à l'époque du Congrès de Vienne, je rappelle, pour mémoire, 1815.
Alors, il y a très peu de chance, nous disent les sondages, pour que la majorité actuelle, qui n'était que relative, d'ailleurs, survive à cette dissolution. En cas de cohabitation, la cohabitation est une probabilité, un pays sans majorité est dans une configuration encore plus difficile pour le pouvoir actuel, et c'est aussi une configuration possible. Emmanuel Macron, s'il n'a plus la majorité, donc s'il doit cohabiter avec une alliance, y compris une alliance faite de briques et de brocs, restera-t-il le maître des horloges de la diplomatie française ? Que nous disent les cohabitations passées à ce sujet ?
Et d'ailleurs, est-ce que le domaine réservé du chef de l'État est un concept vraiment pertinent au regard de la Constitution de la Ve République ? Est-ce que ces homologues dans le monde considéreront que c'est lui qui a l'alpha et l'oméga qui appuie sur le bouton la diplomatie française ?
Alors, d'abord, il faut faire très attention. Je n'emploierai pas, en tous les cas, de manière certaine et automatique le mot « cohabitation », la cohabitation faisait sens lorsque l'on était dans un schéma binaire. Il y avait la droite et la gauche. La gauche était au pouvoir, par exemple, par deux fois sous Mitterrand, la droite gagnait l'élection législative, il y avait une cohabitation droite-gauche. Ensuite, lorsque Chirac a été élu président de la République, il a dissous et qu'il a perdu la majorité, qu'il n'a pas eu la majorité, c'est la gauche qui l'a eue, il y a eu une cohabitation droite-gauche entre Chirac président et Jospin premier ministre.
Là, on est dans un autre cas de figure qui est beaucoup plus compliqué puisqu'on est, pour le moins, parce que la réalité est encore plus complexe, dans un jeu triangulaire, c'est-à-dire l'extrême droite, la gauche et, disons, le centre-droit incarné par Emmanuel Macron. Ce qui veut dire que le plus probable, c'est que personne n'est la majorité. Par parenthèse, n'oublions pas une chose, c'est que dans l'assemblée sortante, personne n'avait non plus la majorité. Donc, c'est plus la continuité que la rupture qui risque de se produire. Bon, dans cette situation... Une continuité moins favorable à Emmanuel Macron ?
Alors, qui sera probablement arithmétiquement moins favorable, c'est la raison pour laquelle cette dissolution est incompréhensible et pour le moins irrationnelle, mais on sera dans le même schéma, c'est-à-dire le plus probable étant celui d'un gouvernement minoritaire, un gouvernement minoritaire donc fragile, susceptible de tomber au moindre vote de censure, sachant qu'en plus, pendant un an, le président ne peut pas redissoudre l'Assemblée nationale. Donc, on va vers des périodes de tension, de forte chaleur, disons, mais ça ne veut en aucun cas dire cohabitation. cohabitation est un choix stratégique.
Est-ce que, par exemple, un front national ou un rassemblement national minoritaire accepterait quand même de conduire un gouvernement ? Relativement majoritaire. Ils ont dit que non. Ils ont dit que non. Donc, le plus probable, c'est qu'on soit dans cette logique du gouvernement minoritaire, ce qui était le cas du gouvernement de Mme Borne et qui était également le cas du gouvernement Attal. Bon, ça c'est une chose. Maintenant, le problème de l'incarnation de la politique étrangère.
Ça, ça fait partie, contrairement à ce que l'on dit un peu trop vite, des grandes ambiguïtés des institutions de la Ve République puisque le texte de la Constitution confère et au président et au gouvernement des pouvoirs en matière de politique étrangère. Pourquoi ? Parce que lorsque la Constitution de la Ve République a été rédigée, on n'imaginait pas, et c'est une des faiblesses de ce texte, qu'il y ait un président et un parlement d'orientation différentes. Donc, on ne peut se fier qu'à la pratique. Alors, la pratique, quelle a-t-elle été ?
Elle a été, dès le général de Gaulle et parce que c'est le général de Gaulle, l'incarnation de la politique étrangère pour le président de la République. La grande incertitude, c'est qu'est-ce qui se passe lorsque le parlement n'est pas de même couleur que le président ? C'est déjà arrivé. C'est ce qui est arrivé par trois fois. On a connu trois cohabitations. Et là, à chaque fois, il faut quand même admettre que la politique étrangère a été, de manière plus ou moins facile, mais quand même globalement, consensuellement, définie par Matignon et par l'Élysée. Quelquefois, il y avait quelques tensions, mais qui étaient plus des tensions protocolaires.
C'est-à-dire, qui va siéger à la table du G7 ? Le Premier ministre ou le Président de la République ? Est-ce qu'ils vont être là tous les deux ? Est-ce qu'ils ne vont pas être là tous les deux ? Mais du point de vue de la construction de la politique étrangère, prenons les trois cohabitations, Jean-Bernard Raymond, ministre des Affaires étrangères, de Jacques Chirac, Premier ministre, et de François Mitterrand, président de la République, ça n'a pas posé de problème majeur pour la diplomatie française. Ensuite, Juppé, ministre des Affaires étrangères, de la seconde cohabitation avec Balladur, Premier ministre, et toujours Mitterrand, président, ça n'a posé aucun problème.
On voit maintenant qu'on ressort le dossier du Rwanda, du génocide rwandais, que les deux étaient à part égale impliqués et co-responsables de ce qui s'est produit. Rien n'indique, en tous les cas, qu'il y ait eu un désaccord entre eux. et la même chose en matière de politique européenne et la même chose en matière de relations, je dirais, internationales, globales, des rapports avec l'Afrique, par exemple, chapitre toujours important dans la politique étrangère française, il n'y a pas eu de différence.
Ensuite, lorsqu'il y a eu la dernière cohabitation, celle, Jospin, Premier ministre, Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères et Jacques Chirac, président de la République, on n'a pas de souvenir qu'il y ait eu de tensions.
Et tout ça, d'ailleurs... Cette chronique, elle est regardée dans toute la francophonie et on se souvient que sur la Côte d'Ivoire, le coup d'État contre Henri Colombédié, qui était le commencement des malheurs pour la Côte d'Ivoire pendant de nombreuses décennies, il y a eu des chocs et Jacques Chirac a toujours reproché à Lionel Jospin d'avoir empêché une intervention au profit d'un des alliés structurels de la droite française, par exemple. Donc, il y avait quand même sur le rapport que la France devait entretenir avec ses anciennes colonies d'un point de vue militaire, il y avait quand même une différence d'appréciation qui a pu jouer et entraîner une perception différenciée. Il y a eu
jusqu'à justement cette troisième cohabitation une sorte d'affirmation d'une politique étrangère sinon commune, du moins très proche entre la sensibilité gaulliste et la sensibilité mitterrandienne. Tu as raison, il y a à la marge des tensions, mais fondamentalement, on s'aperçoit qu'il n'y a pas eu des accords de fond. Aujourd'hui, on est dans une autre perspective, dans un autre contexte, pour deux raisons. D'abord, parce que le gaullo-militaire, on dit, ça n'existe plus, donc il n'y a plus ce fond commun, il n'y a plus ce dénominateur commun capable d'unir des adversaires politiques sur une diplomatie commune, premièrement.
Deuxièmement, c'est ce que je disais en début de notre échange, il n'y a plus de politique étrangère explicite, claire, pour lesquelles militeraient les forces qui sont actuellement en compétition pour ces élections législatives.
Et troisièmement, il y a bien longtemps que l'on n'a pas actualisé les principes de la diplomatie française, et ça, on l'a vu pendant les deux mandats de Macron, mais on le voyait sous Hollande, on le voyait sous Sarkozy, c'est-à-dire que l'essentiel, ce n'est pas de se demander comment on pourra concilier des politiques plus ou moins conciliables comme lors des précédentes cohabitations, mais l'essentiel, c'est de demander quels seront les principes directeurs chez chacun des protagonistes. Moi, je suis absolument effrayé de ne plus voir, sauf quelques idées très générales de ligne directrice d'une politique étrangère du Rassemblement National.
Le Rassemblement National n'a pas de politique étrangère. Justement, parlons-en, si l'extrême droite arrivait à Matignon, parce que, même si elle n'arrive pas à Matignon en 2024, il n'est pas impossible qu'elle arrive à l'Elysée en 2027 vu la progression quasi inarrêtable du Rassemblement National. Quelles sont vraiment les lignes de doctrine de ce Rassemblement National sur les grands sujets internationaux ? Au-delà, sinon pas une doctrine générale, qu'est-ce qu'ils pensent ? En tout cas, qu'est-ce qu'on peut voir qu'ils pensent des grands sujets internationaux ? Et je voudrais qu'on commence par la Palestine. Israël-Palestine.
Avec le Rassemblement National, quel regard qu'ils portent, étant donné que c'est une famille politique marquée par à la fois l'antisémitisme et le racisme anti-musulman ?
Alors, deux choses. Une chose générale et une chose vraiment clairement centrée sur le conflit israélo-palestinien. La chose générale, c'est qu'il faut bien comprendre que l'extrême-droite française, le Rassemblement National, le Front National comme Reconquête et les autres, ne sont pas des partis programmatiques. Ce sont des gérants de la peur instillée. C'est-à-dire la peur de la mondialisation, la peur du monde, la peur de l'étranger, la peur de l'immigré. et ce que je voudrais dire, c'est que tout ceci crée une rhétorique en matière internationale, mais ne crée pas une politique.
Et à partir du moment où on viendrait à créer une politique, eh bien, justement, la surface sur laquelle on veut s'appuyer pour gagner viendrait à rétrécir jusqu'à être minoritaire. c'est très clair à propos de l'Europe, c'est très clair à propos de l'atlantisme, c'est très clair également en matière de commerce international, dont on ne parle pas beaucoup, mais qui est un élément important. Donc, il faut bien partir de là. C'est-à-dire que ces gens-là sont des ingénieurs de la peur et n'existent que par l'installation d'une rhétorique de la peur. Mais la peur, ça ne fait pas un programme de gouvernement. Sur le conflit israélo-palestin, c'est extrêmement intéressant.
C'est extrêmement intéressant parce qu'on a assisté depuis un certain temps, et pas seulement en France, à une convergence entre la défense d'Israël et la droite, la droite radicale et la droite extrême. Ça, c'est un des grands éléments de modification par rapport à l'historique de ce conflit. Et il suffit de se souvenir 1967, 1973, et je dirais le temps des accords d'Oslo et des négociations qui ont suivi les accords d'Oslo, c'est-à-dire jusqu'à le fameux échec de Camp David, la gauche était partagée entre le soutien à Israël et le soutien à la cause palestinienne.
et la droite dans son versant nationaliste et gaulliste était dans une posture, je dirais, d'équilibre, mais d'équilibre plutôt critique à l'égard d'Israël, alors que la nouvelle droite qui est née en Europe et aux États-Unis notamment, devient le socle, le soutien le plus fort, le plus ferme d'Israël. C'est vrai de Trump aux États-Unis, c'est vrai de Orban en Hongrie, c'est vrai des partis d'extrême droite et populistes un peu partout, il suffit de se rappeler la conférence qui s'est tenue à Madrid récemment où un ministre israélien était là et où on chantait effectivement cette alliance entre la droite européenne et Israël. Pourquoi ? Il y a plusieurs raisons à cela.
La première, c'est évidemment la coloration du gouvernement israélien. Le gouvernement Netanyahou est un gouvernement d'extrême droite donc qui suscite de la sympathie dans l'extrême droite alors que ce visage d'extrême droite commence à faire peur à la gauche qui trouve mal aisé de soutenir une configuration politique de cette nature. Le deuxième élément, c'est que l'on voit au fil des temps et moi ça m'inquiète beaucoup, comment dans le narratif du conflit israélo-palestinien, l'identitarisme prend le dessus.
C'est-à-dire ce double slogan, moi qui me fait très très peur, qui consiste à de plus en plus mettre en avant l'identité juive depuis la réforme constitutionnelle de 2018, Israël est l'état du peuple juif. Donc c'est une formule identitariste qui sonne bien aux oreilles de l'extrême droite européenne, n'est-ce pas ? et d'une droite radicale, des gens comme M. Ciotti ou d'autres.
Et deuxièmement, il y a ce montage qui est également très préoccupant, qui de plus en plus consiste à présenter le conflit israélo-palestinien comme une lutte de civilisation, c'est-à-dire qu'Israël serait le représentant en quelque sorte de la civilisation occidentale, voire de la civilisation tout court dans un monde de barbarie, dans ce monde proche oriental.
Et ça aussi, ça rejoint des thèmes essentiels de cette extrême droite ou cette droite radicale européenne qui repose sur l'axiome que c'est la civilisation occidentale européenne judéo-chrétienne qui se trouve menacée et que donc il faut faire bloc autour effectivement de ceux qui en sont la pointe avancée et ça va de Trump jusqu'à Netanyahou. Donc la convergence elle est forte et elle va à rebours de cette vieille tradition antisémite propre à l'extrême droite en général et d'ailleurs on voit des choses assez étonnantes. Orban qui est un des soutiens les plus fermes d'Israël est en même temps le chantre de la démocratie illibérale et a été longtemps porteur d'une rhétorique antisémite.
Donc tout ça est très surprenant. Mais tout ça veut dire quoi ? Tout ça rejoint encore une fois cette absence de vision du monde de ce que le monde est devenu ou plutôt la peur de voir le monde tel qu'il est devenu et par ce besoin de convertir les réalités politiques en fantasmes identitaires. Et là à ce moment-là le bloc se reconstitue et devient menaçant et dangereux. Pourquoi je disais que j'ai peur ? Parce qu'à partir du moment où on convertit un combat en combat identitaire on l'absolutise c'est-à-dire on rend le compromis impossible. Et ça évidemment pour la cause de la paix c'est extraordinairement dangereux.
Alors le RN a souvent été présenté comme pro-russe même s'il s'en défend est-ce que cela bon je dis qu'il n'y a pas vraiment de doctrine diplomatique mais est-ce qu'on peut dire que c'est encore un parti eurosceptique donc qui serait tenté finalement de trouver une convergence avec Moscou plutôt qu'avec Bruxelles en ce qui concerne le conflit ukrainien ?
Je crois qu'à nouveau il faut partir de la vraie nature de cette extrême droite qui est une extrême droite réactive et non proactive c'est-à-dire qui procède par cette installation de la peur dont je parlais tout à l'heure et au nom de cela elle brandit ce qui est véritablement son crédo c'est-à-dire l'hypernationalisme dans un monde mondialisé et l'identitarisme dans un monde qui ne peut survivre qu'en étant humaniste
et dans une société
plurielle voilà et exactement dans une société qui sera de plus en plus plurielle et au nom de ça il faut faire très attention qu'il y a des convergences presque naturelles quand le mur est tombé en 1989 et que ça en a été fini de l'URSS en 1991 le le marxisme plus ou moins trafiqué ou arrangé qui était celui de l'URSS s'est converti en nationalisme c'est le nationalisme qui a été le successeur du marxisme et l'unique successeur possible donc il y a une sympathie naturelle entre ces mouvements nationalistes européens et ce nationalisme poutinien tel que nous le connaissons c'est la même famille c'est-à-dire c'était le même réflexe par rapport à la réalité du monde par rapport à la peur du monde dont je parlais tout à l'heure ça c'est un premier élément mais quand la bipolarité a disparu l'affrontement des blocs le danger pour les nationalistes européens ce n'était plus l'URSS puisqu'elle n'existait plus ce n'était plus le soviétisme ou le marxisme puisqu'ils avaient disparu c'était le maintien de ce bloc occidental qui soumettait de fait l'Europe aux Etats-Unis et donc il s'est créé dans la dynamique de la dissolution des blocs et de la disparition de l'URSS un nationalisme anti-américain qui a fait fleurès en Europe et au nom de cet anti-américanisme qui est devenu quasiment viscéral au Front National et de cette convergence avec le nationalisme naturel qui s'est développé en Russie Madame Le Pen elle a mécaniquement choisi l'alignement je persiste à employer le terme alignement sur la Russie alors pour gagner les élections il ne faut pas trop le mettre en avant il faut même dire de temps en temps son contraire mais la convergence elle est je dirais dans l'ADN de ces deux nationalismes réactifs que sont le nationalisme russe et occidental
mais quand on voit Georgia Melloni aux Etats-Unis en Italie elle n'est plus du tout sur elle n'y est pas du tout en tout cas sur une sorte d'alignement ou de préférence pour la Russie elle est à la fois d'extrême droite et pro-américaine alors
tu as tout à fait raison l'Italie de Melloni constitue une exception si on regarde l'extrême droite européenne dans toutes ses configurations le cas italien est un cas exceptionnel d'ailleurs qui ne repose pas sur l'entièreté de l'extrême droite italienne puisque Salvini lui continue à avoir des sympathies que Berlusconi lui-même avait à l'égard de la Russie c'est à dire c'est en quelque sorte un moyen qui permet à Melloni de se distinguer de son associé rival Salvini et de la Ligue du Nord elle le fait stratégiquement en opposant effectivement à cette russophilie d'une partie de l'extrême droite italienne une américanophilie ou une occidentalophilie qui consiste à mettre en avant davantage le référent à la civilisation occidentale que à l'hyper internationaliste dont on parlait tout à l'heure c'est vrai ceci dit ce n'est là non plus conforté par aucune politique étrangère construite c'est quelque chose de très empirique je disais stratégique tout à l'heure je vais même dévaluer je dirais tactique on ne sait pas vers quoi ça va avancer madame madame mélanie habilement joue la carte de l'alliance avec la commission européenne ce qui lui a permis à l'Italie néofasciste d'entrer de plein pied dans ce monde européen qui l'a regardé avec un oeil suspect et si on regarde bien on voit la même tactique mais de façon moins élaborée dans le rassemblement national français où on ne dit plus qu'on veut sortir de l'Europe où on ne parle plus de celle-ci de l'union européenne de la manière critique et acerbe qui était le discours banal du front national puis du rassemblement national en son début on voit bien que tous ces gens sont confortés à l'impossible gouvernance c'est à dire l'extrême droite ne peut pas gouverner parce qu'elle n'a pas de programme de gouvernement alors c'est pas j'ai pas dit que les autres en avaient de manière ferme définitive en tous les cas avec l'extrême droite comment un mouvement réactif protestataire je dirais râleur c'est la rallologie en quelque sorte en politique peut véritablement aspirer au gouvernement
ça n'existe pas alors la gauche a déjà gouverné en France la gauche plurielle aussi elle a déjà co-géré le pays dans le cadre d'une cohabitation mais peut-on dire qu'elle est aujourd'hui cohérente d'un point de vue doctrinaire notamment sur les dossiers palestiniens et ukrainiens alors que ça a été à la faveur de la campagne en vue des élections européennes une sorte de foire d'empoigne entre disons un camp plutôt pro-autant et pro-européen et un camp disons plus on va dire inter-mondialiste et pro-palestinien
alors effectivement il ne faut pas croire que tout est réglé à gauche je pense que la gauche a fait preuve de pragmatisme et de lucidité en réalisant ce pacte ça c'est évident en sachant trouver des dénominateurs communs je pense qu'il est quand même plus facile pour une formation qui en tous les cas en partie à travers le parti socialiste a eu une expérience gouvernementale longue je ne parle pas seulement du quinquennat de Hollande mais je remonte dans le temps d'avoir une ligne de politique étrangère manifestement le leadership de Olivier Faure a effacé une bonne partie des infléchissements que Hollande avait donné à la ligne traditionnelle du parti socialiste en matière de politique étrangère Olivier Faure se montre moins atlantiste plus je dirais réaliste sur le dossier israélo-palestinien alors qu'il faut bien admettre que Hollande avait un alignement complet sur Israël je me souviens son voyage en Israël où il disait qu'il voulait chanter un chant d'amour à Israël enfin tout un tas de choses qui l'alignaient de manière très claire là la direction d'Olivier Faure a manifestement recentré la politique du parti socialiste sur une vieille ligne qui le conduit finalement à ce qui peut faire consensus c'est-à-dire reconnaissance d'un état palestinien ce que Macron n'a pas voulu deuxièmement solution à deux états ce qui est la seule ligne de rassemblement possible et puis je dirais troisièmement une réactivation de l'urgent essentiel c'est-à-dire un cessez-le-feu durable à partir du moment où
il y a un soutien à la CPI en tout cas c'est dans le programme du Nouveau Front Populaire tout à fait
tout à fait donc il y a là des éléments crédibles de politique étrangère commune maintenant aussi douloureux le conflit israélo-palestinien soit-il aussi dominant des souffrances mondiales est-il aujourd'hui je pense que ce qui manque au programme de gauche c'est une vraie réflexion dans leur rapport au monde ce qu'on appelle le sud global ce que l'on appelle cette nouvelle fluidité des relations internationales la reconnaissance de l'autre savoir traiter je dirais de manière horizontale et non plus verticale les relations internationales la considération et la reconnaissance pour l'Afrique pour les pays du monde musulman pour également les pays d'Asie du Sud savoir considérer les émergents et leurs droits nouveaux rebâtir redéfinir un multilatéralisme qui enfin tienne compte de la décolonisation alors que tout notre multilatéralisme est bâti sur le vieux schéma de 1945 bon tout ça ça demande des réflexions profondes ne pas tomber dans la facilité de souveraineté souveraineté alimentaire non nous sommes dans un monde d'interdépendance la souveraineté alimentaire c'est aussi l'écologie oui mais
c'est pas la vieille ancienne
la souveraineté alimentaire tout dépend de la manière dont on la définit si on appelle souveraineté alimentaire le fait et d'ailleurs c'est la définition des organisations internationales de respecter les cultures alimentaires de chaque pays aucun problème et c'est tout à fait compatible bien entendu avec ce que la gauche est en mesure d'énoncer si par souveraineté alimentaire on tente à réhabiliter les cultures locales et nationales et éviter cette stupidité que constitue d'utiliser des transports longs pour faire venir des produits de première nécessité on est d'accord aussi mais si la souveraineté alimentaire consiste à dire le protectionnisme va tout régler là on se trompe et il faut avoir le courage de le dire on se trompe pourquoi ?
parce qu'il y a un certain nombre de produits que nous ne pourrons jamais cultiver en France ni le cacao ni le café ni les bananes par exemple et il en est de même pour les autres pays européens de même nous n'aurons jamais de souveraineté énergétique ce n'est pas possible il faut avoir la lucidité de comprendre que nous sommes dans un monde d'interdépendance et moi j'ai pas peur de l'interdépendance que je dépende de mon frère éloigné autant que de mon frère proche et ben d'accord mais il faut le réguler il faut l'institutionnaliser et il faut en même temps respecter l'autre qui a le droit aussi de pouvoir cultiver au-delà de nos frontières
ce qui est nécessaire à sa propre survie alors dernière question en Afrique dans l'ancien précaré les opinions s'intéressent moins à la politique intérieure française que par le passé les expériences du passé justement ayant achevé de convaincre que le fond que dans le fond gauche et droite portaient le même regard sur le continent et certains pensent que le RN que si le RN arrivait au gouvernement cela précipiterait le divorce et donc l'autonomisation de l'ancien précaré selon la règle du chacun est-ce que l'extrême droite française a une tradition impérialiste ou isolationniste elle a eu
toutes ses traditions elle a été le dernier des soutiens de l'empire colonial français il ne faut quand même pas l'oublier
dans l'armée française il y a encore beaucoup de gens qui
oui bien sûr mais elle est caméléon cette extrême droite je redis ce que je disais tout à l'heure maintenant ce qui l'intéresse pour fonds de commerce c'est vanter la supériorité de la civilisation occidentale et à l'intérieur de cette civilisation occidentale évidemment la civilisation française il est évident que quand on part d'un pareil postulat on est incapable de construire la mondialisation positive quand on part d'un tel postulat on est incapable de construire les rapports nord-sud quand on part de ces postulats on est incapable de regarder l'Afrique avec respect quand on part de ces postulats on est incapable de comprendre ce qui pour moi est l'essentiel c'est à dire j'ai autant à gagner de l'Afrique que l'Afrique a à gagner de moi or ça ce qui me désespère c'est que c'est laissé en friche par à peu près tout le monde évidemment l'extrême droite c'est l'antinomie
même de ces principes merci beaucoup merci beaucoup Bertrand merci de nous avoir regardé restez fidèle aux médias sur le canal 350 de la Freebox notre chaîne youtube et sur notre site internet le média votre média et en liste pour avoir un canal sur la TNT nous serons auditionnés dans le mois de juillet donc donnez-nous de la force avant cette audition en allant sur tnt.lemediatv.fr et soutenez-nous donnez-nous le pouvoir de porter votre voix et soutenez-nous