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Discours / meetingEmmanuel Macron (sur YouTube)· 6 mai 2019 23 minAutoproduitFond programmatiqueEnvironnement & énergieAgriculture & alimentationÉconomie & entreprisesOutre-mer

Urgence de se mobiliser pour la biodiversité et le climat. Mes propositions pour agir ensemble.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 17:01OuverteRéponse directe

    Est-ce que repenser le modèle écologique français impliquerait de privilégier les subventions à l'agriculture biologique plutôt qu'à l'agriculture productiviste ?

  • 19:00OuverteRéponse directe

    Comment concilier ces transformations drastiques avec les problèmes de fin de mois ?

  • 21:00OuverteRéponse directe

    Qu'en est-il du projet Montagne d'Or en Guyane ?

  • 23:00OuverteRéponse directe

    Comment agir mieux sur les quantités de déchets produites par les grandes sociétés ?

  • 25:00OuverteRéponse directe

    La France peut-elle mener cette bataille seule ou faut-il des partenaires internationaux ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:30E. MacronFait
    « La surexploitation de la planète y est clairement décrite, les signes de dégradation considérable de 75 % de l'environnement terrestre, 40 % de l'environnement marin et la disparition de plusieurs centaines d'espèces. »
  • 11:30E. MacronFait
    « Plus des trois quarts de nos réserves de biodiversité sont outre-mer. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

-E. Macron: Bonjour à toutes et tous. Je veux d'abord remercier les experts de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, l'IPBES, le GIEC de la biodiversité, qui s'est réuni à Paris pour sa première évaluation mondiale.

Et le travail qui a été présenté à Paris ces derniers jours, largement commenté et dont nous venons de discuter ensemble, c'est le fruit de trois ans de travail, et je veux vraiment vous en remercier. Vous l'avez conduit, mené, avec autour de vous plus de 150 chercheurs, 400 chercheurs au total impliqués durant ces trois années et, je le sais, ces derniers jours qui furent particulièrement intenses pour acter d'un rapport. Et donc ce qui s'est passé ces derniers jours en France est un évènement mondial extrêmement important.

C'est la première prise de conscience à ce niveau de notre situation en matière de biodiversité. C'est un moment aussi important que le premier rapport du GIEC en 1990 sur le climat, et c'est la première fois qu'au meilleur niveau scientifique sont établis des faits, des faits qui sont cruels pour nous tous et qui appellent à l'action. La surexploitation de la planète y est clairement décrite, les signes de dégradation considérable de 75 % de l'environnement terrestre, 40 % de l'environnement marin et la disparition de plusieurs centaines d'espèces, et la menace d'une part importante des espèces encore vivantes sur notre Terre.

Je ne reviens pas sur les faits qui ont été largement présentés, commentés, mais au fond, ce qui est en jeu, c'est la possibilité même d'avoir une terre habitable, c'est l'émergence même de nouvelles inégalités qui seront dues aux menaces qui pèsent sur notre biodiversité, et c'est l'émergence de nouveaux déséquilibres mondiaux, parce que ce qui est décrit par ce rapport, ce sont de nouveaux déséquilibres directs ou indirects. C'est-à-dire, la disparition d'espèces, la disparition d'écosystèmes de production, de vies et donc des bouleversements très profonds de notre environnement aujourd'hui et demain, avec des causes que nous ne savons pas en totalité mesurer. Ce rapport nous dit donc, de manière claire, que la biodiversité est un sujet aussi important que le changement climatique et que nous ne pouvons gagner cette bataille qu'en mettant ces deux objectifs ensemble et qu'en oeuvrant sur tous les leviers pour justement inverser la tendance.

Je veux que nous nous engagions très clairement autour des options qui sont présentées par ce rapport, et pour pouvoir proposer justement, de manière claire, des actions dans plusieurs domaines. J'en relève trois, qui sont principalement au coeur de l'action que nous allons mener. En matière d'alimentation, il est très clair que nous devons profondément changer nos modèles, d'abord en luttant encore plus activement contre le gaspillage.

Sous la mandature précédente, une loi importante a été passée, qui a permis de responsabiliser beaucoup plus les distributeurs, les acteurs, et qui nous a permis d'améliorer les choses. Nous devons aller encore plus loin en changeant les comportements concrets, en renforçant nos actions à l'école, avec l'ensemble des territoires, en responsabilisant davantage les consommateurs, mais aussi les restaurateurs, les distributeurs, pour réduire le gaspillage alimentaire dans notre pays. Nous ne sommes pas aujourd'hui aux standards qui devraient être les nôtres, mais partout dans les économies développées, la lutte contre le gaspillage alimentaire est un objectif que nous devons nous fixer.

C'est ensuite avoir des objectifs clairs en termes de changement de nos modèles de production. Nous avons eu beaucoup de débats ces deux dernières années sur ce sujet. Il n'est jamais facile, parce que cette prise de conscience est en train de s'accélérer et parce que nous vivons sur des modèles de production qui n'étaient pas conformes à cette prise de conscience.

Je rappelle que si la France ne s'était pas battue il y a maintenant un an et demi, nous étions repartis pour 15 ans d'autorisation de glyphosate en Europe. Nous avons limité à 5 ans ces autorisations, et je réaffirme ici notre volonté, sur 3 ans, d'avoir des résultats en matière agricole, parce que nous sommes dans une dynamique où nous avons engagé justement tous les producteurs, tous nos agriculteurs dans cette logique de transformation, et donc nous maintiendrons la pression. Je veux très clairement réaffirmer cet objectif, mais qui doit être un objectif partagé, partagé avec les agriculteurs et avec les territoires, parce que des solutions existent, mais elles supposent d'être accompagnées, de savoir justement apporter des solutions et simplement de ne laisser aucun agriculteur sans solutions, ou avec des solutions qui conduiraient à dégrader, en quelque sorte, et à avoir une réponse chimique encore moins bonne.

Je veux, ici aussi, très clairement dire notre volonté réaffirmée de réduire de 50 % les phytosanitaires d'ici 2025. C'est un engagement qui est le nôtre, qui sera suivi, sur lequel j'ai demandé une évaluation à l'été sur le plan agricole. Plus largement, c'est un changement de nos modèles, en lien avec les régions, avec nos territoires, pour avoir justement une agriculture beaucoup plus cohérente à cet objectif de biodiversité.

C'est le même objectif que nous poursuivrons en matière de pêche. Là aussi, j'ai demandé au ministre de l'Agriculture de revenir avec des objectifs clairs et de repréciser, sur le terme du mandat, des changements que nous pouvons établir. Deuxième objectif que je veux nous assigner, c'est en matière de préservation de nos sols et de la gestion de nos territoires.

D'ici 2022, nous porterons à 30 % la part de nos aires marines et terrestres protégées, dont un tiers d'aires protégées en pleine naturalité, ce qui est un renforcement, en particulier sur le plan maritime, considérable, mais surtout une intensification de cette protection dans les aires protégées, avec cet objectif de 30 % en pleine naturalité. Nous allons aussi accroître la lutte contre l'artificialisation des sols. J'ai demandé à ce qu'un bilan puisse être fait de manière très précise pour que nous puissions nous fixer des objectifs dans le cadre de ce mandat et à court terme, en matière de lutte contre les artificialisations, de réduction de toute artificialisation nouvelle, mais également de réhabilitation de 20 à 25 % de sols agricoles extrêmement dégradés par l'utilisation passée de produits phytosanitaires, qui est un enjeu à la fois pour nos territoires et notre agriculture.

L'ensemble de ces sujets feront l'objet, là aussi, d'une évaluation, d'un suivi des initiatives déjà prises, je vais y revenir, et d'engagements nouveaux. Enfin, le troisième objectif, pour répondre de manière concrète à l'interpellation de nos experts, c'est la lutte contre le gaspillage. Je l'évoquais à l'instant, en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire, mais la lutte contre toutes les formes de production de déchets est un enjeu essentiel pour améliorer, restaurer notre biodiversité.

Nous sommes en train de mettre en place, et nous avons déjà pris des engagements, d'avoir 100 % de plastique recyclé d'ici 2025, ce qui est une vraie transformation à la fois de la production, de la distribution, de l'utilisation des matières plastiques. Ce qui veut dire aussi que nous renforcerons les contrôles et l'utilisation en la matière, puisqu'aujourd'hui, beaucoup des producteurs qui se sont justement conformés à cet objectif nous ont aussi interpellés sur le fait qu'il y avait, en Europe, des pratiques qui étaient extrêmement divergentes et des imports non européens qui n'étaient pas conformes à cet objectif. Ensuite, nous prendrons, dans les prochaines semaines, une loi en matière d'économie circulaire, qui vise non seulement à réduire la production de déchets qui sont non-biodégradables, mais aussi à améliorer notre organisation pour accélérer et améliorer d'une part le tri et d'autre part, notre capacité à recycler les déchets ainsi justement rassemblés.

La lutte contre le gaspillage est donc le troisième axe de transformation en matière d'amélioration, justement, de notre biodiversité que nous retiendrons. Pour réussir cette bataille, nous devons d'abord nous mobiliser sur le plan national. Nous n'avons pas attendu.

Je le rappelle, un plan biodiversité avait été présenté par Nicolas Hulot à l'été 2018, avec plus d'une soixantaine d'actions. On a tendance, souvent, à oublier ce qui a été fait. Il y a eu une réflexion, une mobilisation, beaucoup de choses.

J'ai donc demandé à ce qu'une évaluation de ce plan soit faite, pour voir déjà la première année d'application de celui-ci, et donc à l'été 2019, nous aurons une évaluation des un an de ce plan biodiversité. Ensuite, j'inscrirai au prochain conseil de défense écologique le sujet de la biodiversité pour, là aussi, sur la base des premières évaluations d'ores et déjà demandées et de quelques travaux qu'on a déjà lancés sur le plan gouvernemental, pouvoir prendre des engagements clairs en la matière et compléter le plan de 2018. Ensuite, j'ai demandé une revue de l'ensemble de nos dispositifs fiscaux et budgétaires pour les mettre en conformité avec ce que je viens de dire.

Nous avons, sur le plan économique, industriel, agricole, énormément d'aides qui sont données à plusieurs secteurs et qui ne sont pas toujours en conformité avec les objectifs que je viens d'assigner. Nous avons lancé une revue de nos aides fiscales et budgétaires pour les mettre en conformité avec cet objectif. En la matière, il est évident que notre politique ultramarine sera particulièrement essentielle.

Je le rappelle, plus des trois quarts de nos réserves de biodiversité sont outre-mer, qu'elles soient d'ailleurs terrestres ou maritimes. Et donc en la matière, nous avons une véritable ambition ultramarine pour réussir cet enjeu et nous devons prendre des décisions cohérentes avec cela. Enfin, nous mobiliserons sur le plan interministériel, je le disais, évidemment, le secteur agricole, économique, notre ministère de l'Education, puisqu'il y a une sensibilisation de la jeunesse qui est à accroître pour améliorer justement les comportements, tel que je viens de l'évoquer, une mobilisation du service national universel autour de cet objectif, qui est aussi un objectif d'engagement, et une mobilisation de notre recherche, car la biodiversité doit faire partie des axes de recherche prioritaires.

Ensuite, au niveau européen, nous devons mobiliser. Nous intégrerons la biodiversité à nos objectifs, en particulier en matière agricole, et dans les critères justement de négociation de la prochaine PAC. Et je souhaite que des objectifs très concrets, comme la lutte contre le plastique, puissent être intensifiés au niveau européen.

C'est le bon niveau pour réussir à avoir des résultats concrets. Et puis enfin, c'est au niveau international que nous allons mener cette action de manière très concrète. La première étape s'est faite à Metz, sous l'autorité de François de Rugy, qui a réuni l'ensemble de ses homologues, a reçu ce premier rapport de l'IPBES et a conduit à la signature d'une charte.

Nous allons intensifier ce travail pour faire du G7 de Biarritz une étape importante de cette bataille pour la biodiversité. Nous aurons une prochaine étape à Marseille, et l'ambassadeur Wehrling est en particulier en charge de ce sujet, où le sommet de l'UICN, en juin 2020, sera une étape importante de cet agenda biodiversité. Enfin, nous ferons tout pour que la COP biodiversité, qui se tiendra en Chine au deuxième semestre 2020, puisse être l'équivalent de la COP de Paris sur le plan de la lutte contre le réchauffement climatique.

C'est cet objectif que nous devons nous assigner, et nous avons un an et demi sur le plan international pour faire progressivement monter ces objectifs et obtenir des engagements clairs sur le plan international. A cet égard, nous continuerons, dans le cadre du One Planet Summit, d'intégrer les objectifs de biodiversité, comme nous l'avons fait depuis New York l'année dernière, avec déjà des premiers résultats et une mobilisation de plus en plus forte, tout particulièrement des acteurs privés, puisque nous avons pu construire dans ce cadre les premières coalitions privées. Cette bataille est extrêmement importante, vous l'avez compris.

Elle suppose notre engagement sur le plan intérieur, elle suppose l'engagement de tous les gouvernements et organisations internationales, elle suppose de continuer à être éclairés par les experts que vous êtes, et je vous en remercie, mais elle suppose de mobiliser pleinement les citoyens, les entreprises, les financeurs, parce que ce qui nous est proposé, en quelque sorte, l'interpellation qui nous est faite par les experts qui viennent de remettre leur rapport, c'est très profondément de changer notre organisation mondiale. C'est de changer notre manière de produire, de nous organiser, et le réchauffement climatique comme la biodiversité imposent de revoir en profondeur des modèles auxquels nous étions habitués, et donc de revoir en profondeur, en tant que citoyens, en tant qu'entreprises, en tant que gouvernements, beaucoup des habitudes que nous avions prises. Je vous remercie pour votre attention.

S'il y a des questions, je vais y répondre. -Monsieur le président, est-ce que repenser le modèle écologique français, ça impliquerait éventuellement de privilégier les subventions à l'agriculture biologique, par exemple, et moins à l'agriculture productiviste traditionnelle telle qu'on la connaît ? -Alors c'est, en effet, une réorientation qu'on a commencée à faire.

Dans le cadre de la prochaine PAC, c'est le schéma que défend la France. C'est-à-dire, je ne vais pas entrer dans les sujets techniques, mais de pouvoir réorienter une partie des financements vers des modèles de transition. Quand je dis ça, quelles sont les bonnes réponses ?

Ca veut dire accompagner nos agriculteurs pour qu'ils puissent faire des transitions et réduire leur dépendance aux produits phytosanitaires, parce que parfois, il faut les aider pour ce faire, parce qu'il y a une période de temps durant laquelle vous allez avoir moins de rentabilité, même si on le sait, on l'a vu, au bout d'un certain temps, vous retrouvez les rentabilités, c'est maintenant prouvé, des modèles avec des produits phytosanitaire. Donc il faut les accompagner. Ensuite, c'est de développer plusieurs formes de production, le bio, mais aussi le circuit court.

Mais donc, en tout cas, d'avoir, en effet, un modèle qui est beaucoup moins centré sur une seule réponse, qui est le modèle intensif exportateur. -Comment on fait pour concilier ces deux mondes, qui sont vraiment des transformations drastiques, et les problèmes de fin de mois ? -Je pense qu'ils sont profondément... qu'ils relèvent de la même logique.

Parce que l'angoisse de fin de mois, c'est une angoisse de citoyen, c'est un sujet de pouvoir d'achat, mais c'est aussi un sujet de sens qu'on donne à sa vie, c'est aussi un sujet où on sent qu'on perd le contrôle de sa vie. C'est un sujet d'inégalité, d'opportunité de destin, c'est l'angoisse qu'on a pour ses enfants, et c'est aussi l'angoisse quand on dit chaque jour que la planète est en train de se dégrader, qu'on a un problème de réchauffement climatique et qu'on a un problème de biodiversité. Donc je pense que ces problèmes n'en font qu'un.

Et d'ailleurs, moi, je n'ai jamais voulu lire dans, évidemment, l'appel qui nous a été fait, auquel j'ai apporté une réponse de pouvoir d'achat, la volonté de tourner la page sur les sujets très profonds qui sont les sujets de réchauffement climatique, de biodiversité ou de lutte contre les inégalités. Je pense que ce sont deux faces de la même médaille. Et d'ailleurs, lutter pour la biodiversité, contre le réchauffement climatique, c'est aussi lutter contre les inégalités d'aujourd'hui et de demain.

Les premières victimes du réchauffement climatique, ce sont nos concitoyens les plus modestes, ce sont ceux qui roulent avec les véhicules généralement les plus polluants et les plus consommateurs, par nécessité, ce sont ceux qui sont obligés de vivre dans ce qu'on appelle les passoires thermiques et donc les logements qui vont émettre le plus pour pouvoir se chauffer et dans lesquels on va dépenser le plus pour se chauffer. Et de la même manière, les premiers qui subissent les conséquences de la réduction de la biodiversité, ce sont celles et ceux qui vivent dans les zones qui sont déjà les plus fragiles sur ce plan-là. Ce sont souvent ceux qui ont vécu dans les zones qui ont subi les productions les plus intensives sur le plan agricole ou industriel et qui parfois étaient les ouvriers de ces zones-là, et qui eux-mêmes, en tant qu'ouvriers ou en tant qu'enfants de celles et ceux qui ont travaillé, ont déjà subi des conséquences sanitaires lorsqu'on a utilisé des produits qui n'étaient pas les bons.

Je pense à nos concitoyens d'Outre-mer, qui ont eu à subir du chlordécone et de ses effets, qui a des effets sur la biodiversité, mais aussi sur la santé humaine. Donc je pense qu'on ne doit pas opposer ces deux objectifs, qui sont les mêmes. Le rythme de temps n'est pas le même.

C'est vrai. Mais on le voit bien, il y a une telle urgence, que nous devons dès aujourd'hui commencer la bataille que je viens d'évoquer, et qu'on peut avoir des résultats à court terme dans la bataille pour la biodiversité. -Qu'en est-il du projet Montagne d'Or, en Guyane ? -J'ai demandé une évaluation claire de ce projet.

Ce que je peux vous dire, c'est qu'à l'heure actuelle, ce que je sais du projet n'est pas compatible avec l'ambition que je viens de fixer. Et donc il y aura une évaluation complète pour le prochain conseil de défense sur ce sujet et une décision formelle et définitive sera prise en concertation aussi avec le territoire. Mais de manière très claire, aujourd'hui, l'état de l'art du projet ne le rend pas compatible avec une ambition écologique et en matière de biodiversité. -Il y a les individus d'un côté, mais il y a aussi les grandes sociétés.

Comment agir mieux sur aussi bien les quantités de déchets qu'elles produisent...?

Comment...? -D'abord, nous, en adaptant nos propres systèmes d'aides.

Je le disais. C'est-à-dire, lorsqu'on a des aides, des avantages fiscaux qui favorisent des secteurs ou des comportements qui ne sont pas cohérents avec l'agenda de biodiversité ou l'agenda de lutte contre le réchauffement climatique, il faut les revoir et progressivement les changer. C'est cette revue que j'ai demandée, c'est ce qu'on va progressivement faire.

Ca fait partie de ces fameuses niches, parfois, envers les entreprises. Ca a été fait historiquement pour des bonnes raisons, et derrière, il y a des emplois...

Mais il faut progressivement changer ça pour avoir un système beaucoup plus cohérent. Ensuite, il faut les engager dans ce changement et les responsabiliser. Il y a quelques mois, j'ai reçu ici le Cluster Maritime Français, toutes les grandes entreprises et les acteurs du secteur maritime.

On est progressivement en train de les engager dans un objectif de réduction de la vitesse. Ca paraît ancillaire. C'est le moyen le plus efficace de baisser les émissions maritimes de nos grands transporteurs.

Ce que je voudrais maintenant faire, c'est convaincre les autres pour que ce soit une des choses très concrètes qu'on puisse obtenir à Biarritz, au G7. Ca, ça veut dire engager les entreprises en leur disant : "Soit on change les standards, "soit on vous taxe davantage "sur l'utilisation du kérosène à international "sur le plan maritime, "soit vous vous mettez dans une logique vous-mêmes coopérative "et vous changez vos habitudes." Et en matière de lutte pour la biodiversité, on a réussi à engager aussi beaucoup d'entreprises du secteur alimentaire dans ce travail-là.

Toutes les entreprises qui sont en train de s'engager pour rendre transparent à l'égard du consommateur l'impact sur la biodiversité, qui réduisent les intrants ou les types de production qui ne sont pas conformes à nos objectifs de biodiversité, elles s'inscrivent dans une logique positive. Donc voilà. Réorienter nos aides, taxer les comportements qui ne sont pas les bons, mettre de nouvelles normes et embarquer nos entreprises dans un comportement, si je puis dire, gagnant-gagnant, parce qu'on le voit bien, à un moment donné...

On vit la période qui est un peu la plus dure, parce qu'on est en train...

La conscience est partagée maintenant par tous, mais il faut changer d'habitudes. Mais les entreprises, les financeurs, le secteur privé doivent comprendre que c'est leur intérêt, parce que les citoyens sont aussi des consommateurs. Donc les jeunes qui manifestent pour la biodiversité, pour accélérer la lutte contre le réchauffement climatique, ils vont aussi progressivement changer et de manière beaucoup plus rapide leur comportement en tant qu'acheteurs, en tant que consommateurs, et on commence à le voir.

Et donc les entreprises qui ne se conforment pas à ça ne sont pas des entreprises qui vont réussir à s'installer durablement non plus sur le plan de leur activité. Je prends une dernière question s'il y en a une. -Vous entendez mener cette bataille.

La France peut le faire toute seule ou il faut des partenaires internationaux d'autres pays ? Ca peut pas se gagner tout seuls ? -D'abord, au premier plan, on n'est pas seuls.

L'expertise qui est réunie derrière moi et qui s'est mobilisée durant trois ans, elle est profondément internationale. C'est une plateforme intergouvernementale et elle a été voulue, d'ailleurs, sur une initiative intergouvernementale. Ensuite, on a des vrais partenaires sur ce sujet, qui sont, en Europe, plusieurs des autres Etats membres.

La question, c'est l'intensité, et ça sera le test des prochains mois. Moi, je pense qu'au niveau du G7, on peut avoir des vrais résultats. La Chine est un partenaire aussi très crédible.

La Chine a décidé de s'engager dans ce sujet, puisqu'elle a décidé d'accueillir la prochaine COP. Et ça n'est pas le moindre des partenaires. Il y a des partenaires européens, il y a le niveau G7 et il y a la Chine aujourd'hui.

Beaucoup de pays africains sont aussi engagés. Moi, j'ai commencé à tester, pour le G7 de Biarritz, beaucoup de nos partenaires africains. Plusieurs pays africains seront invités, puisque j'ai décidé qu'on ait des coalitions avec des formats variés selon les sujets.

Je peux vous dire que beaucoup de pays africains voient l'intérêt de la biodiversité, elle fait partie de leur modèle de développement. La réduction de la biodiversité, c'est un problème pour eux, parce que ce sont les premières victimes de ces déstabilisations d'écosystème. Donc moi, je crois très concrètement qu'on aura beaucoup de partenaires.

Oui. Après, comme toujours, changer, c'est difficile. Ca crée de l'anxiété.

Mais au fond, on a le choix entre deux anxiétés : l'anxiété de la fin du monde, pour reprendre la formule maintenant consacrée, qui est de dire : "De toute façon, quand on lit les experts, "le réchauffement climatique, la biodiversité, "on va vers le pire", ou l'anxiété de changer ses habitudes, mais de dire qu'il y a malgré tout une sortie et qu'on peut avoir un agenda gagnant-gagnant. C'est-à-dire continuer à faire, à vivre sa vie, mais en acceptant de changer d'habitudes et donc de se remettre un peu en question et d'être accompagné pour cela. C'est ce qu'on doit faire dans chacun de nos pays.

C'est jamais facile, ça se fait jamais tout seul, ça crée parfois des difficultés, il y a des pressions des uns, il y a des justes anxiétés, mais ça se fait, en quelque sorte, par la transition, des vrais contrats de transition, on accompagne les acteurs, les territoires, les citoyens. Mais je pense très sincèrement que nous ne sommes pas isolés pour ce combat, bien au contraire. Et vous savez, notre premier allié, ce sont les citoyens, et tout particulièrement notre jeunesse.

Moi, j'essaye de regarder...

On doit toujours se poser cette question, quand on dirige : qu'est-ce qui restera et à l'aune de quoi on me jugera ? Ne pas faire ce qu'on doit et le maximum de ce qu'on doit sur ce sujet, c'est prendre le risque historique d'être jugé très sévèrement. Notre premier allié, ce sont nos citoyens et nos jeunes.