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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 6 mai 2021 25 min

François Bayrou : "La situation est plus grave qu’elle ne l’a jamais été depuis la guerre"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9, le haut-commissaire au plan président du Modem. Question, réaction, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile France Inter. François Bayrou, bonjour. Bonjour. Bonjour. Vous faites de la politique, François Bayrou, depuis de longues années maintenant. Vous faites partie de cette majorité, mais avez toujours, depuis l'élection d'Emmanuel Macron, su garder votre indépendance d'esprit et votre liberté de parole.

Alors expliquez-nous, car on a du mal à comprendre, expliquez-nous ce qui se passe depuis cinq jours dans la majorité à Matignon, en région PACA. Dimanche, le Premier ministre annonce un accord entre LREM et Renaud Muselier pour les régionales, donc en PACA. Et il y aura bien sûr des candidats LREM sur cette future liste, dit le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Renaud Muselier déclare trois jours plus tard qu'il n'en est pas question et il conserve le soutien de son parti, Les Républicains. Votre ville, fiasco, imbroglio, on lit ces mots dans la presse. Alors François Bayrou, expliquez-nous.

1:13
François Bayrou

D'abord, vous avez dit que j'étais haut commissaire au plan, c'est vrai, que j'étais président du mouvement démocrate, c'est vrai. Il faut ajouter que je suis maire de Pau. Et un maire de Pau, comme un président de région, il a une seule ligne de conduite, c'est de rassembler le plus largement possible au moment de se présenter aux élections pour avoir une base qui ressemble à sa ville ou à sa région et pas aux cartes de parti qu'on brandit, d'ailleurs pour les oublier dès l'instant qu'on a été élus. Et donc, il s'est passé ce qui, à mon sens, aurait dû se passer depuis longtemps. Pas seulement dans cette région, mais dans d'autres.

Si j'avais été président de région et si mon parti m'avait dit « je vous interdis de vous allier avec un autre parce que nous, on est dans l'opposition » et pas question de parler à ces horribles gens de la majorité, j'aurais dit « écoutez, mes chers amis du comité directeur du bureau politique, de l'exécutif et de la commission d'investiture, je suis président de la région, tout le monde connaît mes opinions, j'aurais des gens, évidemment, de ma sensibilité politique et donc dans l'opposition et je chercherais aussi des gens dans la majorité. Pourquoi ? Parce qu'une région a besoin d'être défendue et notamment lorsqu'il s'agit de participer... Sauf que ça ne s'est pas passé comme ça.

2:50
Présentateur

Très bien. Alors, c'est le problème de qui ? C'est Renaud Musoli qui n'a pas bien ? Allez-y, allez-y, allez-y.

2:55
François Bayrou

Lorsque vous êtes à la tête d'une région, vous avez besoin d'avoir avec l'exécutif des relations qui soient des relations de confiance, de pouvoir expliquer quels sont vos problèmes, ce que vous êtes et l'aide que vous attendez de recevoir. Ça aurait dû se passer comme ça. En tout cas, moi, c'est ce que j'aurais fait.

3:16
Présentateur

Pourquoi ça a raté, François Bayrou ? Christian Jacob dit que Jean Castex a reçu une gifle qui, à mon avis, a eu des résonances jusqu'à l'Elysée. Les LR, finalement, ont fermé la porte. Ils ont gagné.

3:29
François Bayrou

Enfin, je ne suis pas certain qu'ils aient gagné. Parce que ça n'est pas gagné que de se refermer. Chaque fois qu'on se referme, au contraire de ce que vous indiquez, chaque fois qu'on se referme, on perd. Vous voulez m'expliquer ce que, dans une région comme la région PACA, avec des difficultés qui sont les siennes, et dans d'autres, vous voulez m'expliquer pourquoi on garderait, comme seule référence, la carte d'un parti et son inscription dans la vie politique nationale ? J'ai toujours défendu, pour les municipales comme pour les régionales, une élection locale. Parce que les alliances...

4:12
Présentateur

Oui, mais ça se fait au deuxième tour. Ça, c'est pas au premier.

4:15
François Bayrou

Ça, c'est vous qui décrétez que ça se fait au deuxième tour.

4:16
Présentateur

Non, mais ça, c'est pas moi qui dis, ça, c'est LR.

4:18
François Bayrou

Je ne suis pas porte-parole de LR, je vous rassure. Donc, alors, remettons les déclarations à leur place. Vous dites, ça se fait au deuxième tour. Eh bien, moi, je vous dis, au deuxième tour, ça ne marche jamais.

4:30
Présentateur

Mais est-ce que cette affaire n'est pas navrante, François Bayrou, parce qu'elle instaure un climat de désorganisation généralisée ? Ce n'est pas une question rhétorique qu'on vous pose quand on dit, expliquez-nous, on ne comprend pas. Il y a de l'indistinction.

4:45
François Bayrou

On ne comprend plus. On ne comprend pas ce que veut faire la majorité. C'est un climat navrant. Le climat. Quand Xavier Bertrand, ce matin, dit, c'est de la traîtrise et du déshonneur. Et il emploie le mot de Churchill contre Hitler. C'est-à-dire, vous avez voulu éviter la défaite au prix du déshonneur. Vous aurez la défaite et le déshonneur. Bon. Le mot de Churchill contre Hitler. Rien que ça. Xavier Bertrand, lors des dernières élections régionales, il y a six ans, tout le monde, tous les partis politiques du champ démocratique et républicain, comme on dit français, se sont désistés, ont appelé à voter pour lui, y compris en sacrifiant leur siège.

La gauche n'a plus de siège dans le Nord-Pas-de-Calais. Et il dit, Xavier Bertrand, et moi-même j'ai appelé à voter pour lui, évidemment. Xavier Bertrand dit, je respecterai toutes les opinions. Vous trouvez que c'est ce qui est en train de se faire en ce moment ?

5:51
Présentateur

Pardon, vous ne précisez pas... Non mais attendez, François Bayrou, soyons justes. Vous ne précisez pas qu'il réagit au fait que la majorité veut lui envoyer. Face à lui, Éric Dupond-Moretti. Et du coup, il répond et il dit, je le cite. Emmanuel Macron est un calculateur froid et un destructeur. Pour avoir Marine Le Pen au second tour, il lui faut briser la droite. Il met en place les conditions objectives de la victoire de l'extrême droite. C'est un danger mortel. Vous lui répondez quoi à ça sur le fond ?

6:21
François Bayrou

Vous vous exprimez éloquemment au soutien d'une thèse qui est insoutenable.

6:28
Présentateur

Non, non, moi je ne soutiens rien. Je vous oppose les choses. Non, non, je vous rassure. C'est une pure citation. C'est une pure citation de Xavier Bertrand.

6:34
François Bayrou

Donc j'essaie de dire les choses. Xavier Bertrand a mobilisé tous les courants politiques français lors de son élection il y a six ans contre Marine Le Pen pour que tout le monde rassemble ses forces pour le soutenir. Aujourd'hui, il dit, ceux qui m'ont soutenu, nous en étions. Ce sont des ennemis, je vais, je ferai tout pour combattre ces destructeurs. Bon, alors, en face de lui, les forces politiques mises en cause et accusées, ils disent, on fait une liste. Pour ma part, je n'aurais pas choisi à la place de Xavier Bertrand cette stratégie-là. J'aurais choisi une stratégie de rassemblement.

Parce que je pense qu'il n'y a rien de plus important dans l'État où notre pays se trouve aujourd'hui que de se rassembler pour essayer de faire avancer les choses. Tout le monde a l'air de considérer ou fait comme si cette élection se passait dans un climat ordinaire, habituel, dans lequel on se trouverait, au fond, avec du beau temps, un ciel bleu. Et là, on peut aller sur la pelouse du stade de rugby pour faire un match de rugby et se mettre des ignons. Mais ce n'est pas ça, la situation. La situation est plus grave dans notre pays qu'elle ne l'a jamais été depuis la guerre. Pourquoi est-elle plus grave ? Parce qu'il y a une épidémie qui est sans précédent.

Et parce qu'il y a un effondrement de notre appareil de production économique et donc des emplois qui est sans précédent. Parce que depuis 30 ans, on a laissé s'effondrer ça. Et vous ne pouvez pas dire que je dis ça pour la première fois à votre micro. Aujourd'hui, je n'ai pas cessé de le dire depuis 20 ans.

8:21
Présentateur

Au nom de cela, et on va parler de la situation de la France, parce qu'on vous a aussi invité pour parler de ça, mais c'est vrai qu'on voudrait essayer de comprendre le climat politique. Et surtout, la stratégie, est-ce que c'est de la tactique électorale ? Est-ce que derrière ce que vous dites, c'est-à-dire qu'il faut l'union parce que le pays va mal, est-ce qu'il n'y a pas une volonté d'Emmanuel Macron, dans ce qu'il a fait en PACA, ou en envoyant Dupont-Moëti face à Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France, qu'il n'y ait au fond plus rien, plus aucune force politique, plus aucune incarnation politique, entre lui et le Rassemblement National.

Est-ce qu'il est en train de nous expliquer, au nom de l'Union Nationale et le pays va mal, qu'en gros, c'est lui ou Marine Le Pen, there is no alternative ?

8:57
François Bayrou

Écoutez, il m'arrive assez souvent de parler avec le Président de la République, et je crois savoir à peu près ce qu'il a en tête. Qu'est-ce qu'il a en tête ? Il a en tête qu'on puisse enfin, enfin, s'attaquer à tout ce qui mine notre pays depuis des décennies, et que pour l'instant, on n'a jamais réussi, y compris à identifier. Ce qui mine notre pays depuis des décennies, on le sait bien, c'est des fléchissements.

Je parlais d'économie et de l'appareil productif, industriel, agricole, de services, mais on a des problèmes très graves en matière d'éducation nationale, on a des problèmes très graves en matière d'adaptation à l'emploi, formation pour que les jeunes y aillent, et on a des problèmes très graves en matière d'État. On a un État qui, avec le temps, a dérivé, est devenu plus bureaucratique que soutient des initiatives de la société. Ça, c'est des problèmes, qui sont des problèmes. Vie tout ! Je ne sais pas comment on peut dire ça. Question de vie ou d'effondrement.

10:11
Présentateur

Mais la bonne santé du débat public aussi est un problème vital, François Bayrou. À ce micro, Michel Barnier dit « en conscience et gravement », je le cite, « il ne faut pas jouer avec le feu, ce pays a besoin de clarté, d'une droite républicaine. Je dis que ceux qui essaient de dynamiter ou d'effacer tout ce qui existe entre l'exécutif actuel et le Front National, a-t-il dit, prennent des risques d'ouvrir la voie à quelque chose d'improbable et que je ne veux pas voir arriver dans mon pays. » Ça, que répondez-vous à Michel Barnier, qui n'est pas là dans une tactique de court terme, et qui formule tout de même une inquiétude... Il n'en est pas sûr, François Bayrou.

Oui, il n'en est pas sûr, mais bon, en tout cas, il formule une inquiétude très grave sur l'état de l'espace public en France. Que répondez-vous à cette inquiétude ?

11:00
François Bayrou

Il y a 15 ans, qu'à votre micro et à tous les autres, j'ai formulé le diagnostic que LR, la droite qui venait de l'UMP, et le Parti Socialiste, étaient tous les deux en situation de déliquescence. Pourquoi ? Parce que leurs idées étaient des idées qui avaient perdu leur originalité, leur pertinence, leur définition par rapport à ce qui était nécessaire, c'est-à-dire un grand rassemblement central pour affronter les problèmes du pays. Je vais prendre des exemples très, très simples. Lorsque Éric Ciotti dit qu'il n'y a qu'une chose qui nous sépare du Front, enfin, à peu près, qu'une chose qui nous sépare du Front National, c'est notre capacité à gouverner.

Alors, du point de vue des idées, il y a là un aveu d'échec et, au fond, de disparition. Quelle différence en matière économique, en matière européenne, entre Michel Barnier, que vous citiez à l'instant, et le Président de la République ? Ils ont mené ensemble la politique européenne. Quelle différence y a-t-il en matière économique ? Et la preuve, c'est que le Premier ministre, le ministre de l'Intérieur, le ministre de l'Économie, ils sont issus des rangs de LR. C'est des camarades de parti, des compagnons de parti, c'était pas des... même des amis lointains. Ils étaient engagés sous la même étiquette, avec la même carte dans la poche.

Et la preuve de cette incohérence dans laquelle on se trouve et qu'on refuse de voir la réalité en face. Xavier Bertrand dit, ce matin, Emmanuel Macron ne s'est jamais occupé de sécurité. Il se trouve que le ministre de l'Intérieur, chargé de la sécurité, s'appelle... Gérald Darmanin. Gérald Darmanin, et qu'il était le bras droit de Xavier Bertrand, y compris dans sa région.

13:14
Présentateur

Sur la sécurité, vous parlez de la sécurité, parlons-en. Parlons-en, puisqu'un policier a été tué hier lors d'une opération antidrogue à Avignon, au cours de laquelle plusieurs autres policiers ont été pris pour cible. Sur la sécurité, Jérôme Fourquet, à ce micro, nous disait que c'est un sujet absolument prioritaire pour les Français. À un an de la présidentielle, il nous disait qu'en avril 2018, 40% des Français faisaient confiance à Emmanuel Macron dans la lutte contre la délinquance. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 25% à lui faire confiance sur les sujets de sécurité. Comment vous expliquez cela ?

Comment vous expliquez, alors que vous venez nous expliquer qu'il y avait Gérald Darmanin au pouvoir, que c'est des gens de droite, etc., qu'Emmanuel Macron n'a pas réussi à donner confiance aux Français sur le sujet de la sécurité ?

13:55
François Bayrou

Vous avez compris que ce que je vous indiquais par cette citation de Gérald Darmanin, c'est qu'il n'est pas vrai qu'il y ait des politiques différenciées sur ce sujet entre le LR, le gouvernement et le PS, parce que d'ailleurs, tout le monde se heurte aux mêmes difficultés. La sécurité. Alors, la sécurité, pourquoi est-ce qu'on en est là ? Parce que notre société est en voie de décomposition. Parce que l'éducation, l'éducation par la famille, les trafics de drogue, tous ces sujets-là, on les trouve chacun dans sa région et chacun dans sa ville.

Et donc, oui, je pense qu'il y a de très gros progrès à faire, notamment en rapprochant la police nationale, des responsables locaux et des maires en particulier. Je pense que la distinction qui est faite depuis si longtemps et qui est d'ailleurs légale et constitutionnelle sans doute, fait qu'on pourrait beaucoup améliorer cette question de présence sur le terrain des forces de sécurité. Il y a une deuxième chose, il faut rapprocher les attentes des forces de sécurité et la justice. Les décisions de justice sont naturellement commandées par l'appareil des lois.

Mais lorsqu'un policier arrête un dealer et qu'il le retrouve dans le quartier le lendemain, comme vous l'avez raconté dix mille fois sur vos antennes, alors il y a quelque chose qui est blessé et atteint de ce point de vue-là. La sécurité, elle ne peut être assurée que par une entente nationale entre les forces de sécurité et la justice.

15:39
Présentateur

Allez, on file au standard. Beaucoup de questions, François Bayrou, sur votre poste de haut-commissaire au plan. Je donne la parole à Alain. Bonjour.

15:49
Auditeur

Bonjour, bonjour M. Lame, bonjour M. Bayrou. Bonjour. Ma question n'est pas méchante, mais je vous sens plus fort en plan de relance politique et stratégique que ce que vous êtes chargé de relance du plan économique, Covid, etc. Je vous ai rarement entendu. Alors je voudrais savoir quel est votre poste et quel est votre rôle et j'espère qu'il n'est pas fictif. Excusez-moi.

16:16
Présentateur

Merci Alain pour cette question qui pique, comme souvent. Non, je ne pique pas. Comme souvent au standard d'un terme. Elle est franche, Léa, dit le bon mot. François Bayrou.

16:25
François Bayrou

Vous m'avez invité quatre fois de suite pour parler des productions du commissariat au plan et je pense qu'on va le faire encore aujourd'hui. Au mois d'avril, j'ai proposé que nous ayons un traitement de la suite de l'épidémie de Covid avec ce que j'ai appelé un plan Marshall pour la reconquête industrielle et productive. Pourquoi ? Parce que depuis 30 ans, on a laissé s'effondrer cette production en France. Je vous donne un seul chiffre. En Allemagne, l'industrie, c'est 25% du produit intérieur brut. En France, c'est entre 11 et 12%. Moins de la moitié. Et ça ne s'est pas fait en un jour, ça s'est fait par des suites de décisions ou de non-décisions au travers du temps.

Et j'ai chiffré à 250 milliards l'investissement qu'il faudrait faire. Et ce n'est pas de l'argent de subvention ou de l'argent perdu, c'est pour reconquérir des secteurs entiers de l'industrie dont nous sommes exclus alors que nous avons toutes les capacités technologiques, industrielles et de recherche pour le faire.

17:38
Présentateur

Il va être voté ce plan de 250 milliards ?

17:40
François Bayrou

Alors vous avez vu peut-être parce que c'est un peu c'est passé un peu inaperçu. Quand j'ai proposé cette idée, une partie du gouvernement a dit non, on n'en a pas besoin et puis le président de la République est allé à Bruxelles et il dit oui, il nous faut un deuxième plan de relance. Et de ce point de vue-là, oui, c'est un choix absolument essentiel. Nous allons sortir dans les jours qui viennent une note, la même étude sur la démographie du pays. La France a été pendant très longtemps en tête de l'Europe pour ce qui est de la démographie, de la vitalité du pays. Et aujourd'hui, cette démographie fléchit. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire qu'il y a une perte de morale du pays à la suite de l'épidémie, mais probablement commencé bien avant. Et donc, ça doit faire naître des politiques qui sont des politiques de soutien à l'enfant, de soutien à la petite enfance, de soutien aux mères de famille qui travaillent, parce que cette spécificité française d'avoir plus de femmes au travail que d'autres, c'est quelque chose dont on est fier et qu'on doit aider. Et on peut ainsi faire le tour des sujets que nous avons traités avec, M. Alain, une toute petite équipe, puisque nous sommes en tout et pour tout sept équivalents en plein.

18:59
Présentateur

Donc, ce n'est pas un emploi fictif pour assurer notre auditeur.

19:03
François Bayrou

Ni de près, ni de loin. J'ajoute que c'est de surcroît un emploi bénévole.

19:07
Présentateur

Aurélien, au standard, qui nous appelle de la ville de Nîmes. Bonjour et bienvenue. On vous écoute.

19:15
Auditeur

Merci. J'ai une question toute simple, moi, compte tenu du compagnonnage de route de M. Bayrou et du modem avec M. Macron, je voulais savoir si en 2022, lui-même ou l'un de ses proches sera candidat à la présidentielle.

19:31
Présentateur

Merci Aurélien pour cette question. François Bayrou, 2022.

19:37
François Bayrou

Non, je suis un soutien du président de la République. Je crois qu'il se représentera et je pense que ça sera bien. Pour le reste, je n'ai jamais accepté l'idée des phrases définitives du genre « moi, jamais plus ». Ah, vous laissez la porte ouverte. Et si c'était lui ? C'est-à-dire que

19:58
Présentateur

si Emmanuel Macron venait à ne pas se présenter, pourquoi pas ? Non,

20:01
François Bayrou

je ne veux pas dire des phrases de cet ordre qui seraient naturellement des événements. Ce n'est pas du tout ça qui m'intéresse. Lorsqu'on est un citoyen, on est un citoyen engagé et je n'ai jamais mis de limite à mon engagement. Et vous avez eu la gentillesse de dire que j'avais toujours conservé une liberté de parole et une liberté d'esprit qui sont ma raison d'être et la raison d'être du mouvement démocrate que j'ai créé.

20:25
Présentateur

Alors, est-ce que vous avez toujours une liberté de ton et une liberté d'esprit sur la question de la levée des brevets ? Joe Biden, dans la nuit, a annoncé qu'il soutiendrait la levée des brevets sur les vaccins contre le Covid. La majorité, elle, a voté contre au Parlement européen cette levée des brevets. Vous êtes pour ? Vous êtes contre ? Vous en pensez ?

20:42
François Bayrou

Pas seulement la majorité, mais la majorité des représentants du champ politique français.

20:48
Présentateur

Oui, sauf les verts et les insoumis.

20:50
François Bayrou

Oui, parce que l'EPS a voté contre, l'ER a voté contre. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a de recherche que si les chercheurs sont respectés et récompensés quand ils trouvent. Et donc, il peut y avoir levé des brevets, je trouverais ça très bien, pourvu que le vaccin en question soit efficace et garanti, je trouverais ça très bien, mais naturellement, il faudra indemniser les laboratoires de recherche. Et on peut le faire par une démarche internationale.

21:18
Présentateur

Vous êtes, François Bayrou, un fervent défenseur de la proportionnelle. Vous étiez venu nous le dire à ce micro lors de votre précédente venue dans le 7-9. Ce combat, il est perdu pour ce quinquennat ? Non. Vous y croyez encore ? Encore ?

21:32
François Bayrou

Je dis, vous dites le combat est perdu. Pour le quinquennat, je dis. Non. Alors expliquez-nous. Ma conviction profonde, c'est qu'on a vérifié depuis des années qu'il fallait changer les rapports entre l'exécutif et le pays. Entre la décision centrale et le pays. Et ce rapport qui est symbolisé par la fonction présidentielle, il faut, en face, qu'on ait une vraie représentation du pays. Voilà pourquoi je soutiens et pas seulement moi, puisque j'ai obtenu la signature...

22:08
Présentateur

Vous n'êtes pas suivi, François Bayrou, par le président de la République sur ce point.

22:10
François Bayrou

Vous dites, vous affirmez que je ne suis pas suivi et moi je vous dis, je considère que ce combat qui est essentiel n'est pas perdu et je pense que le jour où on aura rééquilibré les rapports entre le président de la République et l'exécutif, le président de la République et le gouvernement et la représentation nationale, on aura fait un pas très important pour que le débat soit intéressant et considéré par les Français comme sincère.

22:38
Présentateur

Alors qu'approche le 10 mai prochain, le 40e anniversaire de la victoire de François Mitterrand en 1981, le rapport Duclerc sur le rôle de la France dans le génocide au Rwanda en 1994 pointe la faillite de la politique française et met directement en cause François Mitterrand et son entourage même si le rapport ne compluit pas à une complicité de la France dans ce génocide. Nicolas Sarkozy s'exprime ce matin sur la question longuement dans le point. Il parle de l'aveuglement dramatique qui était le fait d'un petit groupe au plus haut sommet de l'État. Il cite le chef d'état-major particulier s'est élu l'Afrique et le président Mitterrand lui-même.

La France doit-elle aujourd'hui s'excuser pour ce qui s'est passé au Rwanda ?

23:14
François Bayrou

J'étais membre du gouvernement de François Mitterrand. François Mitterrand étant président de la République, gouvernement de cohabitation. Et moi, je n'ai jamais vu d'indice qui aille dans ce sens-là. Je pense qu'il est possible que peut-être à l'époque une partie de l'État-major ait été au courant ou en tout cas ait éludé quelque chose. Mais pour avoir souvent parlé avec François Mitterrand de ces sujets, moi, je n'ai jamais senti la moindre indulgence, la moindre indifférence à l'égard de ces choses. Alors, je n'étais pas dans l'appareil militaire, je n'étais pas dans les relations internationales, j'étais ministre de l'éducation, mais moi, je n'ai jamais senti cela.

24:05
Présentateur

La France doit s'excuser ?

24:07
François Bayrou

Je ne sais pas de quoi s'excuser, devrait-elle s'excuser si les faits sont établis. La France dira qu'il y a eu des erreurs à cette époque, mais je n'aime pas la politique perpétuelle de l'excuse. Je trouve que c'est tellement confortable dans un fauteuil 25 ou 30 ans après de pointer du doigt ceux qui étaient aux responsabilités. Je n'aime pas cette démission devant l'histoire.

24:38
Présentateur

François Bayrou, merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Je rappelle que vous êtes maire de Pau, au commissaire au plan et président du MoDem. Merci encore. Merci.

24:49
Locuteur

Merci.