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interviewRCF — L'Invité de la Matinale· 10 juillet 2024 11 min

" Le Président de la république va tuer le parlementarisme " selon Richard Ramos, secrétaire géréral adjoint du Modem

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. Grégoire, votre invité ce matin est Richard Ramos, secrétaire général adjoint du MoDem, allié du camp présidentiel. Bonjour Richard Ramos. Bonjour. Merci d'être avec nous sur RCF. La droite se restructure, on l'a vu hier, la gauche s'organise pour trouver un ou une première ministre. Et vous, Richard Ramos, au MoDem, est-ce que Matignon vous intéresse ?

0:37
Richard Ramos

Non, moi, vous savez, je ne sais pas pour le MoDem, vous pourrez la question à François Bayrou. En tout cas, je pense qu'il faut écouter ce qu'ont dit les Français. Les Français, ils ont dit, on veut que des gens qui ne pensent pas tout à fait la même chose travaillent ensemble. Et j'espère qu'on va y arriver. Et je ne voudrais pas que le président de la République essaie d'organiser l'incapacité de le faire pour pouvoir nous mettre des techniciens.

1:01
Présentateur

Donc, ça veut dire que vous ne vous sentez pas légitime au MoDem pour prétendre à cette place à Matignon ?

1:07
Richard Ramos

Si. Évidemment que François Bayrou aurait toute sa légitimité, évidemment, à être Premier ministre. Et évidemment, à la fois dans sa capacité à travailler aussi bien avec des gens plutôt de sensibilité de gauche que des gens de sensibilité de droite. Évidemment que le MoDem est aujourd'hui, j'ai envie de dire, le cœur de ce qui pourrait être un équilibre. Mais il faut penser d'abord, moi, je suis très inquiet de la lettre du président de la République. Voilà. Et pourtant, vous avez dit, je suis dans le camp présidentiel. Je dis au président qui a eu tort de dissoudre comme il l'a fait. Là, on a l'impression qu'il n'a pas envie de trouver de solution. Si on lit bien la lettre, c'est ça.

Alors que ce n'est pas ce qu'ont voulu les Français. Et donc, je suis un peu inquiet pour tout vous dire.

1:51
Présentateur

On va revenir justement sur le bilan d'Emmanuel Macron. Mais d'abord, les tractations tout de même se poursuivent en coulisses pour savoir qui sera le nouveau Premier ministre. 166 députés au sein de votre camp, celui du camp présidentiel. Vers qui vous tournez-vous pour un minima obtenir une majorité relative ? Vous disiez vers la gauche plutôt ?

2:12
Richard Ramos

Mais il n'y a pas vers la gauche. Il y a vers la gauche et la droite. Ce n'est pas à vous, journalistes, ou à moi, député, de déterminer qui. C'est le peuple qui a parlé. C'est le peuple dans sa totalité. Qu'est-ce qu'il a dit, le peuple ? Il a mis des gens qui ont été élus par le peuple français à l'Assemblée nationale. Et donc, c'est à l'intérieur de ça qu'il faut qu'on trouve, je dirais, un équilibre des groupes parlementaires. Donc, avant de trouver une personne pour savoir quel est le nouveau Père Noël, il faut d'abord qu'à l'Assemblée nationale, les groupes se constituent et qu'on respecte le vote des Français. On ne peut pas exclure. Il ne faut exclure personne.

La représentation nationale, elle est une et indivisible. Elle est la volonté du peuple.

2:54
Présentateur

Donc, ça se fera avec les Insoumis à gauche et avec le Rassemblement national à droite ? Il ne faut exclure personne.

3:01
Richard Ramos

Non, je dis qu'il va falloir trouver à l'intérieur de l'Assemblée nationale. C'est quoi les Insoumis ? Est-ce qu'on met François Ruffin dans les Insoumis ? Je ne crois pas. Alors qu'aujourd'hui, il est calculé dans les Insoumis. Et il y a une partie de ceux-là qui ont été élus par le peuple français. Il y a une partie des Républicains qui a été élu par le peuple français. Il faut laisser l'Assemblée nationale s'installer, les groupes s'installer. Et à partir des groupes, c'est-à-dire de ce qu'ont voulu les Français, on déterminera, je dirais, l'axe sur lequel il faudra choisir le Premier ministre. Et non pas penser qu'il y a un Père Noël qui va arriver comme ça.

3:36
Présentateur

Alors prenons un peu de recul. Effectivement, les groupes vont se constituer à partir du 18 juillet. 18 juillet, en tout cas, ils ont jusqu'au 18 juillet pour se constituer. Prenons effectivement ce schéma de l'Assemblée. Où est-ce qu'on va à gauche et jusqu'à où on va à droite pour faire un gouvernement de coalition ? On va jusqu'aux Républicains maximum avec, sans Ciotti, jusqu'aux Insoumis maximum avec, sans François Ruffin ? C'est ça qu'on essaye de comprendre aujourd'hui.

4:03
Richard Ramos

Je pense que l'axe qui sera le nôtre est celui-là. Il est sans le Rassemblement National, évidemment, évidemment, d'accord ? Qui, eux, ne peuvent pas faire partir de l'axe de gouvernance. Ils ont voulu avoir la majorité absolue pour pouvoir gouverner. Ils ne l'ont pas eu. Ils ont perdu. Le Rassemblement National a perdu. C'est comme ça. Il a perdu son pari. Et donc derrière, il peut qu'on trouve une majorité large qui ira, comme vous l'avez dit, des Républicains jusqu'à des gens comme François Ruffin. J'ai envie de dire, peut-être avec au milieu les deux François, François Ruffin d'un côté, François Bayrou de l'autre.

4:40
Présentateur

Et vous y croyez vraiment à ce scénario-là ? Un gouvernement de coalition des socialistes et de François Ruffin, aux Insoumis, aux Républicains ? On y croit vraiment du côté du modem à ce scénario-là ?

4:51
Richard Ramos

Je ne peux pas vous répondre pour le modem, monsieur, vous savez, deux fois, je vous le dis, je vous réponds qu'à titre personnel. En tout cas, moi, je n'y crois pas. Je n'y crois pas. Pourquoi ? Parce que pendant que les Français sont en train de se poser la question, comment la semaine prochaine, je mets de la viande pour mon gosse dans le caddie, les chefs à plumes politiques, tous réunis, ils disent des promotions, ce sera en 2027. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'alors, il faut qu'on réponde maintenant aux problèmes des Français, dans l'hémicycle en ce moment, dans les couloirs de l'Assemblée Nationale, vous avez des gens déjà qui sont en train de rouler pour 2027.

Et qui n'ont absolument pas pris en compte le cri de douleur des Français. Et donc, non, je n'y crois pas. Je l'espère, je le dis très clairement, je l'espère, mais je n'y crois pas parce que je suis moi-même un peu dégoûté de la politique avec des gens qui, dans l'Assemblée Nationale, depuis hier, ne pensent qu'à 2027 pour organiser leur écurie.

5:38
Présentateur

Vous-même, qui êtes politique, êtes dégoûté de la politique ?

5:41
Richard Ramos

Oui, oui, oui, je le dis, je le dis très clairement. Vous savez, j'ai juste cette particularité-là de toujours dire ce que je pense. Là, on est en train de regarder des écuries 2027, d'accord ? Alors que les Français ne savent pas ce qu'ils vont mettre dans le caddie la semaine prochaine. Voilà. Et donc, cette coalition qui a été voulue par les Français, c'est pour répondre aux problèmes immédiats des Français. C'est ça qu'ils nous ont dit, les Français.

6:04
Présentateur

Vous êtes sur RCF, notre invité ce matin, et Richard Rameau, secrétaire général adjoint du Modem. Vous avez été réélu député de la sixième circonscription du Loiret. Vous, vous avez été réélu. Certains de vos alliés du camp présidentiel, chez Renaissance aussi, n'ont pas eu cette chance, entre guillemets. Est-ce qu'Emmanuel Macron a fait une erreur en annonçant la dissolution de l'Assemblée Nationale ?

6:27
Richard Ramos

Bien évidemment. Mais je l'ai dit, le président de la République, et je n'ai pas attendu ces élections-là, je suis l'un des seuls depuis des mois et des mois à dire que le président de la République est complètement déconnecté. Déconnecté. Il faut qu'avec ses têtes d'œufs autour qu'il le conseille, il revienne sur terre. Il regarde la réalité en face. Et le président de la République a le mépris de l'Assemblée Nationale. Le mépris de l'Assemblée Nationale. Il faut que notre régime redevienne vraiment un régime parlementaire. C'est ce que veut le peuple français. Et il dit dans ce régime parlementaire, des gens qui ne pensent pas tout à fait la même chose doivent pouvoir travailler ensemble.

C'est ça le message des Français. Je pense que le président de la République ne l'a pas entendu.

7:10
Présentateur

C'est vrai que tous les observateurs de la vie politique sont unanimes depuis des années. Pour dire qu'on connaît une hyper-présidentialisation. Emmanuel Macron presque jupitérien. Est-ce que finalement le début de cette nouvelle période de la vie politique marque un parlementarisme, le retour du parlementarisme affirmé ?

7:30
Richard Ramos

Oui, c'est le retour. Mais le président de la République va essayer de le tuer. Le président de la République va essayer de tuer le parlementarisme. Comme il l'a fait depuis son accès à l'Elysée. Et en faisant en sorte qu'il ne sorte pas de majorité à l'Assemblée nationale, en créant le bazar à l'extrême gauche, en créant le bazar à l'extrême droite, et faire en sorte de dire regardez il ne se passe rien. Et donc je vais faire un gouvernement de techno et comme ça j'aurai encore la main.

7:54
Présentateur

C'est vrai qu'Emmanuel Macron attendait une clarification suite à ces élections législatives. Une clarification qui, il faut le dire, n'a pas vraiment fonctionné. Force est de constater que le scrutin a plongé le pays et la vie politique, même dans un épais brouillard. Vous parliez des Français tout à l'heure. Est-ce que ce ne sont pas finalement les Français qui sont les plus perdants dans toute cette histoire ?

8:15
Richard Ramos

Oui, à la fois c'est les Français qui sont les plus perdants, mais non, non, les Français ils ont donné un message clair. Un message clair, sauf qu'il faut vouloir l'entendre. Et le président de la République ne veut pas l'entendre. Le message clair, c'est à l'intérieur de ce pays-là, nous voulons que des gens qui ne pensent pas à la même chose puissent travailler ensemble. Alors évidemment, vous pensez à juste titre que c'est confus, brouillant, brouillon, etc., qu'on n'y voit rien. Mais parce qu'on n'a pas l'habitude. On n'a pas l'habitude, on est en train de regarder autre chose. La volonté des Français, c'est de dire, travailler ensemble, même si vous avez des différences.

C'est sale, c'est ça ce qui s'est dit dans les urnes. C'était déjà ça un peu en 2022, mais on n'a pas su l'entendre. Et dans cette cinquième république auquel on s'accroche à un pouvoir élisé, on est en incapacité comme des autistes à entendre ce message des Français.

9:05
Présentateur

Et donc il va falloir aussi tendre la main à d'autres, à ceux qui n'ont pas les mêmes idées que nous. C'est ça que vous voulez dire aussi ?

9:10
Richard Ramos

Mais bien évidemment, bien évidemment. Vous savez, dans ma circonscription, dans mon département, il y a des gens qui ont voté pour moi, qui n'ont pas voté pour moi au premier tour. Ça veut dire qu'ils ne pensaient pas tout à fait la même chose que moi. Et qu'est-ce que je reçois comme mail aujourd'hui ? Prenez un peu en compte notre pensée. Parce qu'on a quand même voté pour vous au deuxième tour. C'est ça les mails qu'on reçoit. Demandez à tous les députés qui ont été élus par des voix, soit pour des députés de gauche par des voix, on va dire, de la Macronie, et des gens de la Macronie par des voix de gauche.

Ils reçoivent des mails qui leur disent, prenez un peu en compte le pourquoi on a voté pour vous au deuxième tour. Alors qu'on n'avait pas voté pour vous au premier tour. Donc on n'était pas tout à fait d'accord. C'est ça le message des Français. Et on ne veut pas l'entendre.

10:00
Présentateur

Dernière question. Vous parlez des Français, Richard Ramos. Comment on peut réparer aujourd'hui la fraternité, ce lien entre les Français alors que la société se fracture, se divise ?

10:11
Richard Ramos

Vous savez, je suis sur une radio chrétienne. La fraternité dans une radio chrétienne, on sait ce que c'est. Parce qu'il faut de l'amour pour l'autre. Il faut arrêter l'individualisme. Il faut prendre le bâton, pardon de dire ça comme ça, comme Jésus. C'est-à-dire à aller voir l'autre. À aller voir l'autre. Être en chemin. Et c'est ça qui va faire qu'on va pouvoir recoudre cette société. Prenons le chemin comme Jésus, qui est d'aller à l'autre et ne pas s'enfermer chez soi. Prenons le chemin.

10:40
Présentateur

Et tendons la main du coup vers l'autre. Merci d'avoir été avec nous, Richard Ramos. Je rappelle que vous êtes député réélu de la sixième circonscription du Loiret. Et l'entretien est à retrouver dans son intégralité sur rcf.fr. Sous-titrage ST' 501

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