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interviewFrançois Ruffin· 2 juillet 2024 9 min

On a le vent de face, mais on va gagner !

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 7h48, Sonia De Villers, votre invitée ce matin et députée sortant LFI de la Somme.

0:06
François Ruffin

Bonjour François Ruffin. Bonjour. Vous êtes en ballotage défavorable, arrivée deuxième avec 34% des voix contre une candidate erenne qui en a obtenu 41%, la candidate de la majorité présidentielle, elle, arrivée troisième, s'est immédiatement désistée. Alors, nous n'évoquerons pas le cas de votre circonscription pour des questions de temps de parole, question plus globale donc. Vous faites campagne et vous êtes habitués à faire campagne dans les mêmes territoires que ceux du Rassemblement National, comment prenez-vous acte de ce raz-de-marée ?

0:36
Présentateur

Écoutez, c'est une difficulté. On a le vent de face, il y a de la pente, mais on est en train de la remonter, il y a match. Bon, qu'est-ce qui se passe ? J'étais venu, après la dernière législative, tirer le signal d'alarme en venant dire, attention, en Picardie, il y a 8 députés sur 17 du Rassemblement National. Est-ce qu'on veut laisser la France des bourgs à l'extrême droite ou est-ce qu'on se bagarre pour qu'il existe une gauche là-dedans ? Voilà la difficulté dans laquelle on se trouve depuis deux ans maintenant.

1:06
François Ruffin

En fait, c'est ça la vraie question passionnante. C'est que sur le papier, il y a une dynamique de la gauche. C'est vrai, il y a une dynamique de la gauche. Mais elle se fait quasi uniquement dans les villes et même dans les grandes villes. Alors que toutes les petites communes, toutes les campagnes, c'est une déferlante du Rassemblement National. Est-ce que la gauche est encore entendue dans les territoires ? Est-ce que la gauche est encore entendue dans les campagnes ?

1:26
Présentateur

D'abord, qu'est-ce qui s'est passé depuis deux ans ? Puisque je venais ici pour tirer le soudanel d'un arbre et ça n'a pas été entendu. Mais ça n'a pas été entendu. D'abord, replaçons les responsabilités du côté du président de la République. Et je l'ai dit au moment des retraites, quand on a une minorité dans le pays et quand on a même une minorité à l'Assemblée, on ne peut pas gouverner avec brutalité et gouverner avec arrogance. En passant par-dessus, à l'époque, 8 salariés sur 10, tous les syndicats unis et une majorité à l'Assemblée. Ça laisse des dégâts derrière. Ça laisse des traces. Et je disais, en sonnant l'alarme, il faut prendre soin des gens pour prendre soin de la République.

Je disais, en sonnant l'alarme, qu'il fallait remiser cette réforme parce que ça produisait non seulement quelque chose sur le plan social de dur, mais ça produisait aussi du ressentiment dans le cœur des gens. Et je disais au président de la République, vous devez veiller d'abord à l'unité de la nation. Aujourd'hui, on assiste à ce déchirement. On assiste à ce déchirement profondément dans le pays. Et la deuxième responsabilité, je ne l'écarte pas, elle est du côté de la gauche. Est-ce qu'on a tout fait pour qu'une gauche existe dans la France des bourgs ? Non, depuis deux ans, très clairement. Maintenant, vous savez, je suis dans le match.

2:35
François Ruffin

Donc, c'est aussi une défaite de la gauche.

2:37
Présentateur

Oui. Et maintenant, vous savez, je suis dans le match. Je ne suis pas là pour commenter le match. Ça, ça sera l'after. Vous voyez ? Donc, qu'est-ce que je...

2:45
François Ruffin

Les abstentionnistes, par exemple, les abstentionnistes François Ruffin, en réalité, c'était une réserve de voix pour l'extrême droite ?

2:52
Présentateur

Oui, en partie. Je veux dire, ça pouvait basculer de l'autre côté. Maintenant, moi, la question, c'est qu'est-ce que je viens de dire aux éboueurs quand je les rencontre ? Qu'est-ce que je viens de dire à des gens qui se lèvent tôt, qui vont au boulot, qui ont mal au dos, qui rendent un service aux villes, et quand ils me montent les messages que leur envoie le crédit agricole, c'est pour me dire que le 6 du mois, ils ont 650 euros de découvertes. Que pour continuer à vivre, ils sont obligés, parce qu'ils sont papa et célibataire de deux enfants, de faire l'aumône quasiment près de leur famille et de leur mère.

Que, pendant ce temps-là, le maire décide sur eux, parce qu'il n'y a pas de budget, parce que l'État resserre les crédits, d'aller gratter de 100 à 200 euros sur leur salaire à eux. Qu'est-ce que ça produit, ça ? En leur disant, voilà, votre heure du matin, entre 5 et 6 heures du matin, elle ne sera plus payée double, vous aurez juste 17 centimes en plus. Qu'est-ce que ça produit ? Il faut bien le comprendre. Qu'est-ce que produit ce resserrement, ce rationnement des gens ? Ça produit une chose sur le plan matériel, c'est sur le porte-monnaie. Comment on peut vivre avec ça ? Comment on peut payer son loyer ? Comment on peut payer ses factures ?

Mais ça produit aussi quelque chose de l'ordre spirituel, qui est un sentiment d'humiliation. Je rends un service au pays, je rends un service à ma commune, et comme me l'a dit un éboueur, on me crache à la gueule.

4:05
François Ruffin

C'est l'humiliation qui s'est exprimée dans les urnes.

4:07
Présentateur

Oui, l'humiliation, ça produit du ressentiment, un ressentiment qui gonfle dans le pays. Le ressentiment produit de la colère,

4:13
François Ruffin

et la colère produit du vote.

4:14
Présentateur

Et nous, on a le devoir de transformer le ressentiment en espérance, mais donc ça veut dire que quoi ? Ça veut dire qu'il faut marteler des mesures de bon sens et de décence. Les Français doivent pouvoir vivre de leur travail, bien en vivre et pas seulement en survivre. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire indexation des salaires sur inflation. Ça veut dire que quand le prix des œufs, du lait, augmente, quand l'huile d'olive devient presque un produit de luxe, quand les factures de gaz bondissent, il faut dire que les salaires, les retraites doivent suivre ça. Et vous savez, si on dit ça, si ça avait été le message qu'on avait parté centralement depuis deux ans, on serait entendus.

Si on a fait porter comme message depuis deux ans que côté impôts, les petits doivent payer petits et les gros doivent payer gros, qu'il faut mettre fin à l'injustice fiscale dans notre pays.

4:56
François Ruffin

Alors justement, qui entend quoi ? François Ruvin. On comptait à la sortie du premier tour 306 triangulaires. La cacophonie du camp présidentiel, les uns se désissent, les autres pas fait couler beaucoup d'encre. Mais pour de vrai, c'est la gauche qui paye le prix fort du front républicain. C'est-à-dire, c'est la gauche qui a le plus de candidats en position de se désister, qui a le plus de candidats qui sont arrivés troisième. Mais est-ce que les électeurs vont suivre les consignes de vote ? Est-ce que des électeurs qui ont le cœur bien accroché à gauche vont voter pour d'anciens ministres macronistes, vont voter pour des LR qui ont massivement soutenu la loi immigration ?

Est-ce qu'à l'inverse, est-ce qu'à l'inverse, des macronistes de gauche vont voter pour des enseignes ? Écoutez, moi, je ne suis pas dans le cœur des gens,

5:38
Présentateur

je ne suis pas prophète. Je peux vous dire ce que j'ai dit dès dimanche soir, c'est qu'on a un objectif aujourd'hui, ce n'est pas de majorité absolue pour le Rassemblement National. J'ai dit à quel point le président de la République avait brutalisé ce pays ces dernières années. Et vous savez, j'ai tenu compte de ça dès ma réélection de 2022, et même si ça a été confortable à l'époque. J'ai tenu compte de cet état d'esprit. Je dis, il nous faut apaiser, il nous faut réconcilier, il nous faut sortir de cette brutalité, il faut passer du bruit à la fureur à la force tranquille, quelque part. Je l'ai fait pour moi-même.

6:09
François Ruffin

Les insoumis, c'est la force tranquille.

6:11
Présentateur

Les insoumis, c'est le vote de l'apaisement. Maintenant, vous savez, vous avez parlé du Rassemblement National. La question, c'est, est-ce qu'à une brutalité va s'ajouter une autre brutalité ? Parce qu'il va y avoir les décisions prises par Marine Le Pen et Jordan Bardella, peut-être qu'ici, ça deviendra une radio privée, livrée à Vincent Bolloré, on verra bien, mais avec une mise en cause de la démocratie. Mais il y a autre chose. C'est qu'est-ce que ça va réveiller comme forces obscures dans le pays ? Quelles tensions, quels conflits entre voisins ? Comment on va trier ?

6:43
François Ruffin

Qui doit porter ce discours, François Ruffin ? Qui doit porter ce discours dans cet entre-deux-tours crucial ? Jordan Bardella souhaite un débat télé avec Jean-Luc Mélenchon parce qu'il considère qu'il n'y a plus que deux choix en France. Jean-Luc Mélenchon est d'accord, mais il renvoie à sa place ses lieutenants insoumis. Mais il y a Marine Tondelier qui dit « Non, non, non, mais attendez, c'est mon tour de porter cette voix-là. Vous vous en fichez aussi ? »

7:03
Présentateur

C'est lunaire, vous savez, moi je parle. Non, c'est pas lunaire. Non, les débats télévions, ils ont été massivement suivis.

7:09
François Ruffin

On ne peut pas se réjouir que les gens votent et se passionnent pour la politique et dire « c'est lunaire les débats télé ».

7:15
Présentateur

C'est pas le sujet. Je vous assure, aujourd'hui, c'est pas le sujet. Je vis dans une Picardie où six députés Rassemblement National ont été élus dès le premier tour. Voyez ? C'est ça. Donc maintenant, il s'agit de comprendre qu'est-ce qui se passe profondément dans le pays. Pourquoi on a ce glissement de terrain ? Je l'ai dit avec clarté concernant Jean-Luc Mélenchon. Lui, c'est lui. Moi, c'est moi. Nous avons des désaccords profonds. Ils sont connus, à la fois sur le ton et sur le fond. Maintenant, c'est pas le moment. C'est pas le moment. Ça se fera à un autre moment.

7:44
François Ruffin

Mais il y a des séquences télé qui frappent François Ruffin. Le soir du premier tour, Jean-Luc Mélenchon qui prend la parole tout de suite, qui est accompagné de l'eurodéputé Rima Hassan enroulé dans son kéfier de la lutte, symbole de la lutte pro-palestinienne. Évidemment qu'il y a des séquences télé qui frappent.

7:58
Présentateur

Je vous l'ai dit, lui, c'est lui, moi, c'est moi. Maintenant, le sujet, c'est qu'est-ce qu'on vient dire ?

8:03
François Ruffin

Je m'en fous de Jean-Luc Mélenchon. C'est ce qu'a dit Marine Leblanc-Denelier.

8:06
Présentateur

Moi, ce que je viens dire, c'est comment on doit traiter les gens. Comprendre ce qui se passe. Les gens sont placés depuis 40 ans dans une instabilité qui n'a fait que s'accélérer sous Emmanuel Macron. On veut les rendre flexibles, liquides, mobiles. Nous, on doit être la force qui rassure. On doit être la force qui protège. On doit être la force qui ramène de la confiance. Voilà ce qu'on doit incarner au quotidien et en sortir du désordre. Parce que c'est un désordre qui a été installé par Emmanuel Macron sur le plan financier, sur le plan social et là, maintenant, sur le plan politique.

8:39
François Ruffin

Merci François Ruffin.

On a le vent de face, mais on va gagner ! — François Ruffin · Pourquijevote