La démocratie au bord du gouffre ? Le président de la République répond.
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Monsieur le Président, merci de nous accueillir aujourd'hui à l'Elysée. On approche des élections européennes de 2024 et pourtant plus de trois quarts des jeunes français ont annoncé une estime en tout cas qu'ils ne vont pas aller voter. Est-ce qu'on peut construire une démocratie sans les jeunes ? Et est-ce que vous, en tant que Président de la République, vous estimez avoir une responsabilité justement dans l'engagement des jeunes en politique ?
J'essaie de tout faire et je veux tout faire pour que les jeunes aillent voter. Les choses sont simples pour moi. Je vois comme vous, en effet, les sondages qui disent qu'environ 30% pensent aller voter et pas davantage. Moi, j'invite tous les jeunes qui nous écoutent à aller voter le 9 juin et le 9 juin, il n'y a qu'un tour aux européennes. Je dis parce que beaucoup, quand j'en parle, me disent, j'irai au deuxième tour, les européennes, ce n'est pas les municipales, ce n'est pas les législatives, ce n'est pas les présidentielles. Il n'y a qu'un tour, il n'y a qu'un jour. C'est le 9 juin. Et c'est simple en fait.
C'est que ne pas aller voter, c'est laisser les autres choisir pour vous. Ce n'est pas compliqué.
Et moi, à titre personnel, je n'ai pas envie que d'autres choisissent pour moi. Je veux que ma voix porte. Et je pense que c'est le respect qu'on doit à chacun. Donc le vote est un devoir individuel parce que c'est un droit qui a été conquis. Pour moi, ce droit s'accompagne d'un devoir. Mais surtout, si on est logique, je sais que les jeunes sont engagés. Moi, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que les jeunes se moquent, ne s'intéressent pas à la politique, à la vie de la cité. Mais le paradoxe, c'est qu'ils sont de plus en plus engagés sur des causes. Le climat, ça peut être l'Europe, la guerre, la situation au Proche-Orient ou en Ukraine.
Et donc, quand on est engagé sur des causes, on ne peut pas se désintéresser des élections, qui est le moment où on choisit soit la sensibilité politique, la liste à laquelle on adhère, soit en tout cas celle qui correspond le plus à nos choix. Donc vraiment, j'incite tous les jeunes qui nous écoutent à y aller.
Et comment vous expliquez ce décalage justement entre l'engagement pour des causes ?
Parce que je pense qu'il y a ce paradoxe un peu dans la société où on vit qui se dépolitise. Le chiffre est important pour les jeunes, mais il est vrai en général. Il y a cinq ans, on avait réussi à réduire de manière historique l'abstention pour des Européennes. Mais tendanciellement, dans toutes les démocraties, l'abstention est élevée. Ce n'est pas une bonne chose du tout. Et pourquoi ?
Parce que, je vous le dis, il y a une forme dans la société de paradoxe, c'est que les gens sont engagés sur des causes, ils veulent tout de suite des résultats, ils sont prêts à aller assez loin sur leurs engagements, on le voit avec des engagements qui parfois sont de plus en plus violents, mais ils se désintéressent de la politique, qui est une vision complète, si je puis dire, de la société. Et donc c'est vrai qu'avec des partis politiques, on peut être d'accord sur telle ou telle chose, pas d'accord sur d'autres. Le monde parfait n'existe pas.
Moi, j'ai fondé un parti politique il y a huit ans maintenant, parce que justement, je ne me retrouverai pas dans l'offre politique, donc chacun aussi peut participer à la vie politique. Moi, je ne faisais pas de politique avant, j'en ai fait pour porter mes idées, et elles m'ont amené jusqu'ici. Je crois que quand on s'intéresse à la vie de la cité, à proprement parler, la politique, c'est ce qui permet de le faire, et donc je trouve qu'on ne doit pas se satisfaire de ce paradoxe, et au contraire convaincre les gens qu'aller voter, c'est important. Moi, je cite toujours un exemple, c'est ce qui s'est passé en 2016 en Grande-Bretagne. Le Brexit.
Il y a eu beaucoup de mensonges, de fausses informations, de fausses promesses, mais une bonne partie des Britanniques sont allés voter et ont décidé de quitter l'Union Européenne. Les jeunes se sont massivement abstenus, et tous les sondages montraient que les jeunes, eux, voulaient rester. Les jeunes seraient allés voter, ils seraient restés dans l'Europe. Et ce qui est fou, c'est qu'en fait, les jeunes Britanniques ont délégué en quelque sorte leur avenir à des gens qui pensaient différemment d'eux et qui vivraient beaucoup moins que les conséquences, par définition. C'est absurde. Et j'ai un autre très bon contre-exemple, c'est ce qui s'est passé il y a quelques mois en Pologne.
En Pologne, tout le monde disait que l'extrême droite allait gagner à nouveau, le PIS. Il y a eu une mobilisation inédite des jeunes. Il y a eu un niveau de participation aux élections polonaises qui n'avait jamais été atteint depuis que la Pologne avait recouvré son indépendance après la chute du mur. Ils ont fait passer des partis démocratiques et pro-Europe. Il y a eu une alliance entre, je dirais, la droite et la gauche, si on parlait dans les mêmes termes, mais qui sont des partis européens. Ils ont réussi à mettre par la participation des jeunes. Donc vous pouvez changer le cours d'une élection si vous allez voter.
Avec mon équipe, on vous a suivi très récemment lors de votre visite d'État en Allemagne. Il y a une séquence qui nous a particulièrement marqués, c'est votre discours à Dresde.
En attaquant l'Ukraine, la Russie a décidé de menacer la sécurité de notre continent tout entier. Quelle paix et quelle sécurité ? En Allemagne, en France, en Pologne, en Lituanie, en Roumanie, si la loi du plus fort prévaut en Ukraine. Quelle paix et quelle sécurité ? Si la charte des Nations Unies est foulée au pied à quelques centaines de kilomètres d'ici. Aucune. Européens, depuis le premier jour, nous avons décidé des sanctions contre la Russie pour empêcher son effort de guerre. Européens, dès les premiers jours, nous avons décidé de soutenir l'Ukraine.
Et ensemble, en Européens, aujourd'hui et demain, nous continuerons aussi longtemps et autant qu'il le faudra pour aider l'Ukraine à se défendre, à protéger son sol et à défendre notre sécurité.
Dedans, vous avez été assez virulent envers la Russie, notamment sur le conflit Russie-Ukraine. Moi, quand j'ai écouté ce discours à titre personnel, je me sentis inquiet en se disant est-ce qu'il va y avoir potentiellement une guerre entre la Russie et l'Europe ? Est-ce qu'aujourd'hui, en tant que jeunes, on a grandi dans une époque de paix ? Est-ce que c'est possible de construire un destin commun et d'avoir une vision pour la jeune génération si on a peur qu'il y ait une guerre potentielle ? En tout cas, je pense qu'on ne peut pas
se cacher l'évolution du monde. C'est que le monde est beaucoup plus violent
et il le sera pour votre génération. D'abord parce qu'il y a des transitions
qui créent dans nos sociétés des inquiétudes et des peurs, la transition climatique et la transition technologique. Elles déstabilisent le fonctionnement de nos démocraties. Moi, je crois qu'il faut prendre les deux. C'est la politique que je mène en accompagnant, en investissant, en menant ces transitions, mais elles créent des peurs, des tensions, parfois des angoisses et elles peuvent conduire parfois à des mouvements.
Mais surtout, sur le plan géopolitique, il y a un retour en quelque sorte de la loi du plus fort, l'agression de la Russie contre l'Ukraine qui décide d'envahir, de passer les frontières, alors que c'était un pays membre du conseil de sécurité qui était à la table avec nous. Moi, je faisais des réunions encore il y a quelques années avec Vladimir Poutine. L'Iran qui envoie des bombes en Israël, Pakistan, qui est complètement désinhibé. La Corée du Nord qui menace tous ses voisins. Et ces trois-là fonctionnent ensemble aujourd'hui. Ils cèdent. Ils sont alliés. De fait, la Corée du Nord et l'Iran équipent la Russie dans sa guerre d'agression. De fait, la Russie aide aussi les deux autres.
Donc oui, il y a une alliance de fait. Et ça, c'est sur le plan géopolitique, militaire, si je puis dire. Et à côté de ça, vous voyez une tension diplomatique entre la Chine et les Etats-Unis et une tension économique pour nous. Donc je crois, c'est tout le sens du discours que je porte. Moi, je suis pour la paix et la stabilité. C'est ce que la France a toujours porté. Mais vouloir et défendre la paix en ce moment, c'est surtout ne pas être naïf. Et donc, il faut qu'on se donne les moyens de protéger notre paix européenne. Et donc, d'éviter que cette loi du plus fort ne rentre en Europe. Elle est rentrée par l'Ukraine. Il ne faut pas que ça aille plus loin.
Et il faut maintenant négocier cette paix. Donc, je suis honnête avec vous. Je pense qu'on a des défis inédits. Et l'accumulation de ces défis, c'est ce qui fait que j'ai pu dire à la Sorbonne ou à Dresde, l'Europe peut mourir. Parce que si l'Europe est naïve, si l'Europe, elle ne fait pas ce qu'il faut pour se protéger et se défendre, si elle ne fait pas ce qu'il faut pour investir dans son nouveau modèle de croissance, elle se fera balayer. Justement, à Dresde, vous avez dit,
réveillez-vous.
Est-ce que c'est la démocratie en Europe,
en France,
qui a endormi le peuple ? Non, je pense qu'on s'est collectivement habitués. J'ai dit, réveillez-vous, parce qu'il y a quelque chose d'étrange dans cette élection européenne telle qu'elle se passe en France, mais un peu partout en Europe. C'est qu'on a le sentiment que, d'abord, ce n'est pas important. Quand je vois les taux d'abstention, etc. Or, il n'y a jamais eu une élection européenne aussi importante que celle-ci. Parce qu'il y a la guerre en Europe, parce qu'il y a le changement climatique, parce qu'il y a l'intelligence artificielle, parce qu'il y a ce nouveau modèle de croissance à faire et de prospérité, parce que, aussi, notre démocratie est menacée par les extrêmes qui montent.
Puis la deuxième chose, c'est qu'on a l'impression que les gens s'habituent aux extrêmes et disent, ce n'est pas si grave. On va se lâcher, on va leur envoyer un coup en disant, on n'est pas content, on va voter aux extrêmes. Mais si les extrêmes gagnent, ce n'est plus la même Europe. Et ça, les gens ne le réalisent pas. Quand je dis réveillez-vous que c'est ça, si les extrêmes gagnent partout dans les grands pays européens, l'Europe qui a protégé face au Covid finit, ils étaient contre. On parle de quels extrêmes, exactement ? L'extrême droite. C'est les extrêmes droite qui sont en tête dans beaucoup de pays européens.
Et donc, l'extrême droite, sois donc clair, imaginons l'extrême droite au pouvoir en Europe ces dernières années. Pas de vaccins face au Covid. Il y avait la chloroquine. Vaccins russes, s'il en fallait un, puisque c'est celui qu'ils avaient. Ils voulaient tous promouvoir. Pas de fermeture des frontières et de protection dans cette période, en tout cas de protection des habitants. Pas de plan de relance. Ils ont tous voté contre. On aurait laissé l'économie s'effondrer. Face à l'immigration, la coopération européenne
qu'on prône, parce que, d'ailleurs, nos Français,
les clandestins, arrivent par l'Espagne, par l'Italie, par la Belgique, en tout cas par tous les autres pays. Elles n'arrivent pas directement en Europe. Et donc, si on veut mieux maîtriser l'immigration et lutter contre l'immigration illégale, on doit coopérer avec ces pays. Si l'extrême droite arrive partout en Europe, plus de coopération. Et donc, ça devient une forme, là aussi, d'état de nature. On renvoie les bateaux l'un chez l'autre. C'est à la fois inhumain et inefficace. si les extrêmes droits montrent toutes ces protections tombent. Et derrière, la PAC, ils ont voté contre, donc la politique agricole commune.
D'abord, on parle d'Europe, on parle d'agriculteurs. À aucun moment, vous ne parlez de la PAC qui permet à nos agriculteurs de vivre. C'est entre 20 000 et 40 000 euros en moyenne par exploitation. Je comprends, vous avez voté contre la PAC. Je l'ai voté. Pas du tout. Je l'ai voté, monsieur. Vous avez voté contre le budget.
Donc, vous voyez, il faut se représenter ce qu'aurait été l'Europe des dernières années qui a quand même permis de protéger et de résister face à la pandémie, de vacciner, de mieux répondre à nos défis. On s'est battus pour. Ça aurait été l'inverse. Et donc, quand je dis réveillez-vous, c'est face à tous ces risques qu'on a besoin d'une Europe encore plus ambitieuse. On a besoin d'une Europe qui se protège beaucoup plus, qui réussit à devenir une vraie Europe de la défense géostratégique, qui, pour elle-même et par elle-même, pense sa sécurité.
On a besoin d'une Europe qui va aller encore plus loin sur la croissance, qui a besoin d'investir plus sur le changement climatique et l'intelligence artificielle. Et on a besoin d'une Europe qui contrôle ses réseaux sociaux.
Tous ces défis-là, si l'extrême droite gagne en Europe, on ne peut pas les rôler.
Comment, justement, mobiliser les gens ? Justement, vous vous dites réveillez-vous. Si aujourd'hui, on est dans le régime actuel tel qu'on est, les gens, peut-être, ne comprennent pas suffisamment l'enjeu des élections européennes.
En fait, le but de la démocratie, moi, je le crois, c'est de pouvoir former conviction sur la base d'arguments et dans la contradiction. C'est ce que je fais. Et on explique pourquoi et on essaie d'avancer de convaincre. Et je pense qu'aujourd'hui, il y a trop répandu ce sentiment que, au fond, ce n'est pas grave. Et le sentiment qu'on peut exprimer des émotions négatives à peu de frais. Je pense que c'est une norme.
Parce que le danger est trop grand.
Le danger est énorme. Le danger est énorme parce que c'est le moment où tout se joue et on est plus fort ensemble. Ce n'est pas compliqué. Quand vous êtes à un moment où la loi du plus fort reprend, est-ce que vous pensez que vous le défendez mieux en étant strictement français ou en étant français européen ? Moi, j'aimerais être simple. On est en français européen. Parce qu'on est plus fort ensemble.
Est-ce qu'aujourd'hui, l'Europe, c'est le couple franco-allemand, le moteur de l'Europe ?
C'est un des moteurs de l'Europe. C'est, je pense, le plus structurant. C'est vrai depuis toujours. Après, moi, j'ai fait très attention toujours à associer aussi les autres pays. Il y a une chose qui est simple. Si la France et l'Allemagne ne se mettent pas d'accord, tout est bloqué. Il n'y a jamais eu d'accord, quel qu'il soit, sur un désaccord franco-allemand. Donc, le préalable à tout, c'est l'accord franco-allemand. C'est ce qu'on a fait avec la chancelière Merkel pendant la Covid en mai 2020. On fait un accord franco-allemand pour dire on va aller chercher une dette ensemble. Tout le monde pensait que c'était impossible. Convaincu. Accord franco-allemand.
On dit on va émettre de la dette ensemble. Deux mois après, on avait un accord européen. On a dû convaincre les autres. On a fait un très gros travail. Mais s'il n'y avait pas eu d'accord franco-allemand, il n'y aurait jamais eu d'accord européen. Pareil sur l'Ukraine. Accord franco-allemand sur les sanctions, sur l'accès au statut de candidat à l'Union européenne. C'est un accord franco-allemand. Puis, on a convaincu. Donc, ce n'est pas une condition suffisante, mais elle est nécessaire. Et après, moi, dans mon premier mandat, j'ai fait toutes les capitales européennes de l'Europe. Ce qui ne s'était jamais fait pour un président.
C'est-à-dire que j'ai vraiment fait attention à avoir une relation bilatérale avec chaque pays, quelle que soit sa taille. Pour ne pas me donner le sentiment, parce que ce n'est pas une réalité dans ma tête, que l'Europe, c'était ou que Bruxelles ou que le groupe franco-allemand. Mais le groupe franco-allemand, il permet à l'Europe d'avancer.
Et justement, pour bien comprendre aussi, pour ceux qui nous écoutent, pour qu'ils comprennent un peu le fonctionnement de l'Europe, vous êtes un chef d'État français, vous discutez avec un chef d'État allemand, avec d'autres chefs d'État européens. Quand on va voter au Parlement européen, les décisions qui vont être prises les plus importantes au Parlement européen, c'est vous en tant que chef d'État différent des pays ?
Alors, ça dépend des compétences. Il y a des compétences qui sont dans la main de la Commission européenne, certaines. On prend un exemple le commerce. Il y a des compétences qui sont dans la main des gouvernements avec des règles de majorité. La plupart du temps, c'est ce qu'on appelle la majorité qualifiée. Et c'est nos ministres qui représentent selon la nature. Et puis après, il y a des règles à l'unanimité, la politique étrangère et la fiscalité. Et puis après, tous les deux, trois mois, il y a au niveau des chefs, un conseil. On peut évoquer tous les sujets d'importance. Et là, c'est le conseil qui prend la décision.
Et après, en fonction des textes, quand vous avez un texte législatif européen, il fait ce cheminement des conseils compétents, de la commission, et il faut qu'il soit voté par le Parlement. Et donc, le Parlement a un rôle important parce que c'est un peu comme notre Assemblée nationale et notre Sénat. Sur les compétences qui sont les siennes, qui sont communautaires, il valide. Et s'il n'est pas d'accord si vous n'avez pas de majorité au Parlement européen ou si vous avez une majorité qui est ambiguë, qui ne permet pas d'avancer, il peut bloquer un texte. Voilà.
Donc, c'est très important parce que si on veut avoir une ambition pour tenir notre sécurité face à la Russie, pour pouvoir mettre en œuvre notre politique climatique, pour pouvoir avoir une vraie politique d'investissement et d'ambition, sur ces trois choses-là, les extrêmes droites en Europe, elles pensent non.
Elles sont contre. Donc, si on pense que ces trois sujets-là, rien que ceux-là, sont importants pour nous, je rajouterai un quatrième qui est l'État de droit. Si ces quatre sujets-là sont importants pour nous, c'est important de voter pour des partis politiques qui les soutiennent, mais pas de laisser l'extrême l'emporté.
Est-ce que, selon vous, on doit créer une armée européenne ?
Alors, une armée européenne, moi, je suis pour une ordre de la défense des capacités militaires et pour une force d'intervention. On l'a d'ailleurs poussé sous présidence française. Une armée, à proprement parler, c'est très compliqué parce qu'on n'a pas les mêmes règles d'engagement et on n'a pas exactement les mêmes composantes d'armée. Exemple simple, la France, elle a l'arme nucléaire. On doit la déléguer à l'Union européenne, vous pensez ? Non, je l'ai dit, elle doit contribuer à la sécurité, mais avec une règle d'engagement qui est que, par nom de constitution, c'est le président de la République qui en décide, avec une forme aussi de...
une doctrine qui est ciselée parce que ce qui crée la dissuasion nucléaire, c'est aussi l'ambiguïté qui l'accompagne. Mais donc, beaucoup d'autres n'ont pas cela. Par contre, j'ai dit, dans les intérêts vitaux qu'on défend, il y a une dimension européenne. L'Allemagne, par exemple, n'intervient, ces dernières années, n'est quasiment jamais intervenue dans un conflit, quel qu'il soit, hors d'un cadre onusien ou autant et dans des règles très précises. Et quand elle intervient, il faut que ça passe par son Bundestag, donc son parlement, que ce soit validé. Donc, c'est plus lent, c'est des discussions politiques, c'est compliqué, ce qui fait qu'elle ne peut pas faire une opération très rapide.
En France, engager l'armée, s'il faut le faire très rapidement, c'est le choix du président. Après, si ça dure, il faut que ça aille au Parlement et que ce soit validé. C'est ce qui fait que, par exemple, le président Hollande, quand il y a eu l'attaque au Mali et que le Mali a failli tomber, en 24 heures, il a pu décider d'envoyer des troupes, même pas. Elles y sont allées.
J'ai donc, au nom de la France, répondu à la demande d'aide du président du Mali, appuyé par les pays africains de l'Ouest. Les forces armées françaises ont apporté cet après-midi leur soutien aux unités maliennes pour lutter contre ces éléments terroristes.
C'est ce qui fait que moi, quand il y a eu la guerre, en 24 heures, j'ai pu envoyer des troupes en Roumanie pour protéger la frontière. Ça, ces règles d'engagement, ce sont nos différences. Ce qui fait que c'est très dur de créer une armée commune parce que le risque, c'est que nous, par exemple, on perde beaucoup en efficacité. Par contre, nous, ce qu'on pousse, c'est qu'il y a une force d'intervention rapide européenne, c'est-à-dire qu'on est une armée commune, chacun contribue, qui fasse les évacuations sanitaires. Ce n'est pas au combat, mais c'est quand il se passe quelque chose comme au Soudan ces derniers mois ou autre.
On a une armée européenne qui va sauver les ressortissants européens. Aujourd'hui, c'est souvent la France qui le fait pour le compte des autres. Ça, ça a du sens. Et après, nous, on est pour créer une culture commune, des opérations communes. C'est un peu ce qu'on a commencé à faire au Sahel et qu'on veut multiplier, où la France, c'est un peu nation-cadre, comme on dit. C'est-à-dire qu'on se met au milieu, on organise, parce qu'on est équipé, on a cette culture d'intervention et on agrège autour des partenaires européens. C'est ça, cette forme-là qu'aurait au fond une armée européenne.
Mais vous voyez, c'est plutôt l'addition de nos armées avec nos cultures différentes et notre capacité à travailler ence.
Pour terminer juste, est-ce qu'il y a aujourd'hui des grandes figures ? Selon vous, est-ce qu'on est dans une époque où il y a encore des figures inspirantes ?
Ça dépend de ce que vous appelez des figures inspirantes et après, c'est très dur de les nommer. Mais je pense qu'il y a encore des figures inspirantes et on en verra dès la semaine prochaine quelques-unes avec nos vétérans. Je pense que ceux qui ont fait le débarquement sur les plages il y a 80 ans, c'est quand même des gens extraordinairement inspirants et malheureusement, plusieurs sont tombés ces derniers mois en tenue de l'âge. Mais Léon Gauthier, par exemple, moi que j'avais pu rencontrer, je vais vous dire que c'était une figure inspirante.
Incroyable. J'ai écouté un podcast récemment où il racontait son histoire.
Il était incroyable et d'humilité où Hubert Germain qui était le dernier des compagnons de l'Ordre de la Libération. Donc ça, c'était des très grandes figures inspirantes parce qu'ils avaient vécu la guerre. C'est des gens qui avaient résisté, qui avaient débarqué, l'un en Normandie, l'autre en Provence. Donc ça, c'est des gens devant qui vous êtes... Après, aujourd'hui, vous avez des figures inspirantes selon les secteurs. Je pense que Thomas Pesquet inspire beaucoup de jeunes qui se passionnent de sciences, d'espace. Je pense que vous avez des grands sportifs qui... Et j'espère qu'on en aura et à l'Euro et aux JO et aux Jeux Paralympiques qui inspirent. Et...
Après, c'est l'histoire qui dit. Mais oui, il y en a. Il y en a. Et je pense que notre époque a besoin d'engagement et de rêve. Et c'est pour ça
que moi, je suis... Je pense que notre ennemi, c'est le aquabomb. C'est-à-dire le ouais, bof, aquabomb, quoi, on va laisser faire le truc, c'est pas trop grave. Non.
Il se passe quoi si on dit aquabomb ? Je vous dis, si on dit aquabomb, le pire arrive parce que c'est les autres qui décident. Et souvent, les plus motivés, c'est pas les plus gentils. Donc, je pense qu'il faut s'en saisir et dire, j'ai mon rôle à jouer. Chacun a son rôle à jouer. Et je pense que c'est important d'être, ouais, dans l'engagement et de rêver. Et donc, d'avoir des modèles, d'avoir des idoles. Je pense que c'est pas du tout naïf. Vous rêvez, vous ? Moi, à fond. Il n'y a que ça qui bouge. Moi, j'ai envie de faire... Moi, je rêve tout le temps de faire des grandes choses. Et donc, si vous rêvez pas de faire des grandes choses, vous pouvez pas vous lever le matin.
Par exemple, l'Europe, c'est un de mes rêves, ouais. Quand on est une Europe plus forte, je me bats depuis 7 ans sans relâche. Et je pense que c'est très important pour la France.
Vous considérez de vous impliquer dans l'Europe après votre mandat ?
Oui, oui, je ne lâcherai jamais. Et dans la France, je vous rassure, j'y tiens trop. Mais je pense que ce qu'on fait... Moi, j'ai beaucoup de rêves pour notre école, notre santé, pour ce qu'on fait aussi pour le climat. Et quand on rêve très loin, alors après, il y a plein d'obstacles sur ce principe de réalité. Et quand on met 100, on a 10 qui sort. Mais ces 10, déjà, on sait le prix. Donc, vous imaginez, si on veut 1, on ne sort rien. Donc oui, je pense qu'il faut de la volonté, de l'engagement. Moi, je suis optimiste. Je ne voudrais pas vous donner le sentiment de... Comme on a parlé de guerre, etc. Je comprends que ça pèse. Ce n'est pas nous qui avons choisi le monde dans lequel on vit.
Moi, je suis optimiste parce que je pense
que si on y met l'énergie, on a tout pour réussir.
Nous, Français et nous, Européens. Et donc, je suis optimiste. Mais pour ça, il faut que tous les gens de bonne volonté, le musée Jules Romain, s'engagent et y aillent. Chacun avec leur sensibilité. Mais voilà, on avance. Merci beaucoup, monsieur le président. Merci à vous. Et merci d'être venu en Allemagne. C'était un plaisir.
Merci à tous d'avoir regardé cette vidéo. J'espère qu'elle vous a plu. En tout cas, pour nous, c'était une première d'interroger le président de la République. On est très fiers de l'avoir fait sur un média digital comme le nôtre. On va continuer d'investir le débat et de vous proposer des émissions inédites avec pas toujours des politiques mais aussi des citoyens de tous les jours parce que c'est aussi important que n'importe qui puisse venir débattre. Et ça fait plaisir surtout de voir que les médias digitaux ont autant d'importance aujourd'hui que les médias traditionnels et donc surtout pour l'avenir des médias, ça fait très plaisir de constater ça.
Europe, jeunesse, démocratie, en 20 minutes, on n'a pas eu l'occasion de traiter tous les sujets mais cela, emparer-vous-en, c'est important pour faire vivre la vie démocratique. En tout cas, pour ceux qui nous découvrent, sachez que tous les jours, on souhaite réunir la société et créer du débat. Donc abonnez-vous pour ne rien louper. Et enfin, si cette interview d'un président de la République vous a plu, sachez qu'on l'a aussi déjà fait avec un ancien président, François Hollande. Vous pouvez retrouver la vidéo en description et juste là.
Emmanuel Macron