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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 20 décembre 2023 27 min

Élisabeth Borne : "J'ai le sentiment du devoir accompli" après l'adoption de la loi immigration

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Nous recevons ce matin la première ministre dans le grand entretien du 7-10. Question réaction 01-45-24-7000 et sur l'application de France Inter. Elisabeth Borne, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. Le texte issu de la commission mixte paritaire a donc été voté hier au Sénat et à l'Assemblée. A l'Assemblée, 349 voix pour, 186 contre, avec les voix du Rassemblement National et des LR. Marine Le Pen se félicite d'une victoire idéologique. Bruno Retailleau se réjouit, lui, d'un texte qui est, je le cite, à 98% LR. Madame la première ministre, comment vous sentez-vous ce matin ?

0:40
Élisabeth Borne

Écoutez, moi j'ai le sentiment du devoir accompli. On voulait faire voter un texte sur des mesures utiles, efficaces, attendues par nos concitoyens, avec deux objectifs, éloigner plus rapidement, plus efficacement, ceux qui n'ont pas le droit d'être en France et mieux intégrer ceux que nous choisissons d'accueillir. C'est ce texte qui a été voté hier et, je le dis, il a été voté sans les voix du Rassemblement National. C'est un principe que nous nous étions donnés, que le texte soit adopté sans les voix du Rassemblement National. Je les écarte, nous ne voulons pas de ces voix, sans les voix du Rassemblement National, c'est 261 pour, 186 contre.

1:26
Invité

Madame la première ministre, si le Rassemblement National avait voté contre, s'il ne s'était pas abstenu, dans ce cas-là, le texte ne passait pas sans les voix du Rassemblement National. C'est arithmétique, il s'est fait à 4 ans après.

1:35
Élisabeth Borne

Mais vous savez, la grosse manœuvre du Rassemblement National, Jordan Bardella était hier ici même. Jordan Bardella vous a expliqué que ce texte, ça n'allait pas, que c'était un texte de, en même temps, précisément ce que j'ai évoqué, à la fois éloigner plus rapidement ceux qui n'ont pas à être là et mieux intégrer ceux que nous choisissons d'accueillir. Hier matin, ça ne lui convenait pas. Il nous avait expliqué que la mesure permettant la régularisation des travailleurs sans-papiers qui sont depuis longtemps sur notre territoire, qui respectent nos valeurs, il n'en voulait pas. Si le Rassemblement National fait la girouette, on ne va pas faire la girouette dans l'autre sens.

2:15
Invité

Le Rassemblement National se félicite avec ce texte d'une victoire idéologique.

2:20
Élisabeth Borne

Non mais attendez, c'est une manœuvre grossière. Où est la manœuvre ? La manœuvre grossière. Le Rassemblement National veut démontrer qu'on ne sait pas répondre aux préoccupations des Français sur ce sujet. Ils ont bien compris qu'on avait un texte qui avait été adopté en commission paritaire sur lequel j'ai passé des heures à négocier avec les Républicains pour garder ce qui était utile, sortir ce qui n'était pas conforme à nos principes. Ils ont vu que nous allions faire voter un texte et là, ils font le coucou dans notre texte.

2:50
Invité

Donc vous ne demandez pas à l'article 10 une deuxième délibération à partir du moment où si le Rassemblement National votait contre, il ne passait pas voter.

2:58
Élisabeth Borne

Mais attendez, avec des si, vous savez, on refait l'histoire. Un certain nombre de nos députés ont été gênés que le Rassemblement National vienne voter ce texte. Si le Rassemblement National n'avait pas voté ce texte, avait voté contre, je pense qu'on aurait eu des voix en plus. Donc on ne va pas refaire l'histoire. Ce que je peux vous dire aujourd'hui, c'est que je ne tiens pas compte des voix du Rassemblement National. Sans ces voix, ce texte a été adopté.

3:25
Présentateur

On va essayer tout de même de comprendre ce qui s'est passé ces dernières heures. Le projet de loi Immigration était un des textes les plus importants du quinquennat. Vous le portez depuis 18 mois avec Gérald Darmanin. Et finalement, ce n'est plus votre texte, mais celui réécrit et durci en commission mixte paritaire. Non, non, pas durci en commission mixte paritaire.

3:44
Élisabeth Borne

C'est un texte qui a été voté au Sénat. Durci au Sénat ? Qui a été durci au Sénat et qui, dans sa version issue du Sénat, comportait des mesures dont nous ne voulons pas. Je vous cite un exemple, la suppression de l'aide médicale d'État. Du fait de la nupesse du Rassemblement National qui, une fois de plus, ont uni leur voix, il y a une motion de rejet qui a été votée au début de la semaine dernière. De ce fait, il n'y avait pas de texte à l'Assemblée Nationale. Moi, j'ai négocié pendant des heures pour garder les mesures importantes pour nous. Je le dis, par exemple, pouvoir éloigner les étrangers délinquants ou qui présentent une menace pour notre pays.

Garder la possibilité de régulariser, sans la demande de l'employeur, des gens qui sont en France depuis longtemps et qui travaillent.

4:41
Invité

La première ministre, sur tous ces points, on va revenir, sur tout ce que vous dites, sur l'AME, sur les régularisations, on va revenir parce qu'ils sont très très loin aujourd'hui, dans le texte de la CMP, de ce que vous aviez proposé au Conseil des ministres il y a quelques jours. On va y revenir, les uns après les autres. L'AME, si on en parlera dans un instant, devant nous, à ce micro, il y a quelques semaines, vous étiez là et vous nous aviez dit « Je me porte garante, moi, la première ministre, de ne pas supprimer l'AME ». Vous vous êtes engagé, par écrit, dans une lettre à Gérard Larcher, à le réformer en janvier.

5:10
Élisabeth Borne

Donc, on repart. Il y avait un texte au Sénat d'Urcy qui ne nous convenait pas. La négociation que j'ai menée ces derniers jours, c'est de garder les mesures auxquelles nous tenions dans ce texte et de sortir les mesures qui n'étaient pas conformes à nos principes et d'en atténuer d'autres. Donc, c'est ce résultat. Il n'est pas question de supprimer l'AME. Je le dis très clairement, il n'est pas question de supprimer.

5:32
Invité

Vous allez la réformer à partir de janvier ?

5:34
Élisabeth Borne

Nous avons voulu poser les choses calmement, avec méthode. On a demandé un rapport à deux personnalités, une issue de la droite, une issue de la gauche. Ils concluent que l'AME est nécessaire. Donc, nous allons garder l'AME. Nous avons retiré du texte la mesure qui supprimait l'AME.

5:55
Invité

Mais donc, quand vous engagez à réformer l'AME, madame la première ministre, ça veut dire que ça va devenir l'AMU ?

6:00
Élisabeth Borne

Non, mais clairement, nous avons supprimé du texte du Sénat la mesure qui faisait disparaître l'AME au profit d'un dispositif qui ne nous convient pas. Et le rapport sur lequel nous nous appuyons ne propose pas de le faire, nous ne le ferons pas.

6:18
Présentateur

Elisabeth Borne, confirmez-vous qu'hier, en réunion à l'Élysée, vous avez plaidé pour ne pas voter le texte issu de la CMP, constatant que la majorité n'était pas unie derrière vous.

6:29
Élisabeth Borne

Ah non, mais je ne sais pas du tout qui dit ça. Je n'ai jamais dit ça. On a un objectif, faire voter un texte attendu par les Français, qui respecte les principes que j'ai évoqués. Et avec le Président de la République, bien évidemment, on souhaite que ce texte soit voté rapidement. C'est maintenant le cas. On a d'autres sujets de préoccupation pour les Français. La santé. Il y a des choses qui me tiennent à cœur, vous savez. L'égalité des chances, la lutte contre les discriminations, la transition écologique. Donc maintenant, il faut qu'on passe à autre chose.

7:01
Invité

C'est inédit depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir. Un quart de votre majorité n'a pas voté. Le texte que vous avez présenté. Est-ce que vous estimez que votre majorité a explosé ? Un quart des députés ?

7:13
Élisabeth Borne

Non mais je vous confirme, vous savez, j'ai passé des heures avec notre majorité. Près de 80% de nos députés ont voté ce texte. Et moi, je veux remercier ceux qui l'ont voté. C'est grâce à eux qu'on peut faire adopter un texte sans les voix du Rassemblement National. C'est grâce à eux qu'on n'est pas tombé dans le piège tendu par le Rassemblement National. Ensuite, je ne juge pas ceux qui n'ont pas voté ce texte. Vous savez, il faut être conscient de ce qu'on a demandé à nos députés. Après le vote de la motion de rejet, il n'y avait pas de texte, pas de texte qui a été débattu. Et en quelques jours, on a dû partir d'un texte du Sénat qui ne nous convenait pas et le modifier profondément.

On est sur des sujets extrêmement sensibles sur lesquels un certain nombre de députés avaient besoin de prendre un temps que nous n'avions pas. Donc, moi, je dis à ces députés que nous allons évidemment nous parler et continuer à nous parler. Et surtout, porter ensemble des combats. Vous savez, j'ai passé, je vous dis, des heures avec les députés. Je peux vous assurer qu'il n'y a pas de crise dans la majorité. On souhaite avancer, continuer à avancer dans le cap fixé par le Président de la République. Et continuer à apporter des réponses à notre pays et aux Français.

8:25
Invité

Aurélien Rousseau, le ministre de la Santé, a-t-il présenté sa démission dans la nuit et l'avez-vous accepté ?

8:28
Élisabeth Borne

Attendez, moi, j'ai échangé très tard dans la nuit avec le Président de la République qui n'a pas reçu la démission d'Aurélien Rousseau. Donc, c'est un non-sujet.

8:35
Invité

Aurélien Rousseau ni d'autres ministres n'ont pas démissionné à cette heure.

8:38
Élisabeth Borne

Alors, attendez, moi, j'entends n'importe quoi. Justement, c'est pour ça qu'on vous demande de clarifier. J'entends n'importe quoi. Moi, j'ai échangé avec des ministres qui sont concernés par les dispositions de ce texte que j'ai associées au maximum. Forcément, il est légitime que les ministres se posent des questions. La ministre de l'Enseignement supérieur me dit qu'il y a des dispositions qui posent des problèmes. On va les regarder. Le cas échéant, on les adaptera. Le ministre du Logement me dit que le travail qu'on a fait pour ne pas retenir la version du Sénat sur les aides personnalisées au logement, il y a des choses qui nous ont échappées. On va le regarder.

Le cas échéant, on le corrigera. On est dans un rôle normal, dans une situation normale.

9:20
Présentateur

Mais de démission, il n'est pas question concernant ces gens.

9:23
Élisabeth Borne

Non, mais attendez. Je veux dire, on a encore échangé hier avec notamment les deux ministres que je suis en train d'évoquer. Vous n'avez pas reçu d'Aurélien Rousseau précisément parce qu'Aurélien Rousseau n'est pas au conditionnel.

9:33
Invité

C'est pour ça que je vous pose la question.

9:34
Élisabeth Borne

Mais on va arrêter de commenter des choses qui n'existent pas. Maintenant, on a un texte qui est voté. On va passer aux autres dossiers qui préoccupent les Français.

9:43
Invité

En espérant qu'Aurélien Rousseau clarifie ce qu'il a dit ou pas dit dans les minutes qui viennent.

9:48
Élisabeth Borne

On aura l'occasion d'échanger. Voyez, on a terminé tard hier. On aura l'occasion d'échanger. Concentrons-nous sur les sujets de préoccupation des Français.

9:56
Invité

L'un des députés Renaissance qui n'a pas voté ce texte, Éric Bottorel, a déclaré hier pour expliquer qu'il voterait contre quand il y a un texte sur l'immigration qui est voté par l'ERN. Moi, je m'inquiète.

10:05
Élisabeth Borne

Pas vous ? Moi, je ne tombe pas dans les manœuvres du Rassemblement National. Le Rassemblement National a voté un certain nombre de textes depuis le début du quinquennat. Mon cap, ma ligne, ne change pas parce que le Rassemblement National fait la girouette. C'est des manœuvres grossières. Je le disais, il était ici même, Jordan Bardella, hier, à nous expliquer pourquoi jamais l'ERN ne voterait un texte qui inscrit dans la loi la possibilité de régularisation pour des gens qui sont sur notre territoire, qui travaillent depuis des années. Jordan Bardella nous a expliqué que c'était une ligne rouge. Si je change d'avis, mon cap reste le même.

10:45
Présentateur

Convenez-vous qu'avec cet épilogue, c'est la fin du « en même temps » du dépassement macroniste ou alors que le « en même temps » est devenu « en même temps » la droite et l'extrême droite ? Je rappelle qu'Emmanuel Macron, en 2017, avait pris l'engagement politique de faire baisser le FN. En 2022, il avait déclaré « Vous m'avez élu pour faire barrage à l'extrême droite, ce vote m'oblige ». Et aujourd'hui, vous votez une loi, on ne va pas y revenir, avec l'ERN qui revendique sa victoire idéologique.

11:14
Élisabeth Borne

Non, vous ne pouvez pas dire ça, on ne vote pas une loi avec l'ERN.

11:17
Présentateur

Que dites-vous à ceux qui ont voté Macron il y a un an et demi pour faire barrage à Marine Le Pen ?

11:22
Élisabeth Borne

Qu'on continue à être déterminé à faire barrage à Marine Le Pen en apportant des réponses aux préoccupations des Français. Vous savez, moi j'ai échangé avec la députée d'Arras. C'est une députée qui vient du Parti Socialiste. Elle dit que sans état d'âme, elle vote le texte parce qu'elle veut pouvoir rentrer dans sa circonscription en disant à ses électeurs qu'on va les protéger pour que plus jamais Arrasse, qu'on fait le maximum pour protéger les électeurs. Et ce texte, il comprend des mesures pour répondre à ses préoccupations. Donc on va continuer à répondre aux préoccupations des Français.

On veut le faire le plus efficacement possible, s'attaquer demain aux problèmes du logement, répondre dans la durée aux préoccupations de nos concitoyens et de nos entreprises qui ont vu des flambées du prix de l'énergie. On répond aux préoccupations des Français. C'est comme ça qu'on combat le Rassemblement National et on garde notre cap, on garde nos principes, on garde nos valeurs.

12:24
Invité

Elisabeth Borne, vous avez dit que la députée d'Arras venait de la gauche, vous également, vous qui venez de la gauche, vous qui estimez que le Rassemblement National était l'héritier du pétainisme. Est-ce qu'à un moment, ces derniers jours, vous avez pensé vous-même à démissionner ?

12:36
Élisabeth Borne

Mais absolument pas. Moi, j'ai un objectif, faire voter un texte qui réponde aux préoccupations des Français. Et on ne va pas se déterminer en fonction des manœuvres de garçons de bain du Rassemblement National.

12:51
Invité

Alors, il y a ce que vous appelez des manœuvres de garçons de bain du Rassemblement National, il y a des mots dans ce texte et il y a des failles qui n'existaient pas dans notre République jusque-là et qui sont désormais inscrits dans l'esprit et dans le texte de cette loi. Jordan Bardella, hier, s'est réjoui d'y voir consacrer la préférence nationale. Le regroupement familial y est restreint. Vous ouvrez la voie à la déchéance de nationalité pour ceux qui commettent un crime contre les forces de l'ordre. Vous remettez en cause... Attendez, vous remettez en cause...

Non, non, je vais vous interroger parce que ce sont ces mots-là qui, depuis trois jours, font réagir votre majorité, et en tout cas l'aile gauche. Vous remettez en cause le droit du sol. Vous demandez...

13:30
Élisabeth Borne

Mais c'est tout ce que vous dites est faux, je suis désolée. Vous demandez... Alors, on va y venir une caution.

13:34
Invité

Vous ne demandez pas aux étudiants une caution ?

13:36
Élisabeth Borne

Attendez, tout ce que vous dites est faux. On ne remet pas en cause le droit du sol. Où y a-t-il dans le texte une remise en cause du droit du sol ?

13:43
Invité

Où y a-t-il dans le texte ? Je vais vous le dire. Désormais, madame la première ministre, je vais vous répondre très simplement. Comment désormais, dans le texte, un jeune qui est né en France de deux parents étrangers ne sera plus automatiquement français, comme c'est le cas aujourd'hui, c'est-à-dire le droit du sol ? Désormais, il devra en exprimer le désir à la préfecture. Ça, c'est une remise en cause... Non, ça n'est pas une remise en cause du droit du sol.

14:03
Élisabeth Borne

Nous avons changé le texte issu du Sénat, qui disait « Ce jeune peut acquérir la nationalité française ». Il est écrit dans notre version « Ce jeune acquiert la nationalité française ». Mais ce qu'on dit, c'est qu'aujourd'hui, vous voyez, après, par exemple, ce qu'on a pu voir à Arras, avec des personnes qui peuvent être installées sur notre sol, qui ne partagent pas nos valeurs, qui n'aiment pas la France, qui ne croient pas à la liberté d'expression, qui ne croient pas à l'égalité entre les femmes et les hommes, je pense que c'est important qu'on acquiert la nationalité française en confirmant qu'on aime notre pays et qu'on croit à ses valeurs.

14:46
Invité

Sur la préférence nationale, puisque c'est le point d'achoppement, elle est désormais inscrite dans la loi concernant les allocations. Mais de quoi on parle ? Les Français auront un avantage sur les étrangers en situation régulière. C'est ça que demande Arras. Mais vous savez... Pardon, je vous pose la question...

15:00
Élisabeth Borne

Est-ce qu'on peut dire que Michel Rocard a fait la préférence nationale ? Est-ce que François Hollande a fait la préférence nationale ? Pour bénéficier de la prime d'activité, un étranger doit attendre 5 ans. Est-ce que c'est ça la préférence nationale ?

15:15
Invité

Madame la Première Ministre, désormais avec cette loi...

15:18
Élisabeth Borne

Est-ce que François Hollande et Michel Rocard ont défendu la préférence nationale ?

15:21
Invité

Désormais, avec cette loi, les étrangers qui travaillent, les étrangers qui cotisent, qui sont en situation régulière, on ne parle pas des sans-papiers, devront attendre 2 ans et demi pour toucher les allocations familiales contrairement aux Français qui le touchent immédiatement. Convenez que ça change profondément les valeurs et les principes. Vous pouvez l'assumer.

15:37
Élisabeth Borne

Ce que nous avons... Nous sommes partis d'un texte qui ne correspondait pas à nos principes, qui disait que parce que vous étiez étrangers, on vous distinguait dans l'accès aux aides des Français. Ce que nous avons transformé dans le texte qui a pu être voté hier, c'est qu'on distingue les gens, non pas parce qu'ils sont Français ou étrangers, mais parce qu'ils viennent étudier chez nous, parce qu'ils viennent travailler chez nous ou qu'ils ne travaillent pas. Et pour nous, c'est très important. Vous voyez, ça correspond à ce qu'on porte, l'intégration par le travail. C'est ça qui est porté dans le texte.

16:11
Présentateur

Une mère célibataire avec un enfant ne pourra pas toucher les allocations sociales avant 2 ans et demi ? Alors, je vais vous dire, je ne vais pas rentrer dans le détail,

16:18
Élisabeth Borne

parce que vous voyez, attendez, attendez. Moi, je suis parti d'un texte. À cause de la NUPES et du Rassemblement National, on n'a pas pu avoir le débat à l'Assemblée Nationale. Donc, il n'y avait pas de texte de l'Assemblée Nationale. Je vous ai dit, on a sorti des mesures dont on ne voulait pas. La fin de l'hébergement d'urgence pour des personnes qui n'ont pas le droit de se maintenir sur notre sol, on les héberge jusqu'à ce qu'elles soient éloignées. On a sorti la remise en cause de l'AME. Il y a des mesures qu'on a adaptées en quelques jours. S'il y a des situations qui sont mal prises en compte, on va les évaluer et on les corrigera.

16:56
Invité

En tout cas, la préférence nationale dans ce cas-là, sur les cas des allocations...

17:00
Élisabeth Borne

Vous ne pouvez pas appeler ça de la préférence nationale où vous nous dites que Michel Rocard et François Hollande, en donnant 5 ans pour bénéficier de la prime d'activité, portez la préférence nationale. Ce que nous, nous portons, c'est qu'il peut y avoir des situations dans lesquelles, selon que vous travaillez ou que vous ne travaillez pas, selon que vous venez étudier, quand vous venez étudier... Même quand vous travaillez, Madame la Première Ministre,

17:22
Invité

sur les allocations familiales, même quand vous travaillez, il faut attendre 2 ans et demi.

17:26
Élisabeth Borne

C'est ça qui change dans le texte. Quand vous venez pour travailler dans notre pays, vous devez attendre pour faire le regroupement familial. Quand vous n'avez pas votre famille, vous n'avez pas les allocations familiales. Oui, mais quand vous cotisez... Mais si votre famille n'est pas là, vous ne touchez pas les allocations familiales. Je pense que c'est des débats qui sont compliqués. Ce que je peux vous dire, c'est que notre ligne, elle, est claire. Nous ne nous inscrivons pas dans les thèses du Rassemblement National. Comme Michel Rocard, comme François Hollande, il peut y avoir des distinctions entre les Français et ceux qui ne le sont pas.

17:58
Invité

Il y a un avantage aux Français.

18:00
Élisabeth Borne

Mais on n'est pas du... Dans cette loi, il n'y a pas un avantage aux Français par rapport aux étrangers. Est-ce que la prime d'activité, au bout de 5 ans, deux personnes qui font le même métier, l'une qui la touche, l'autre qui ne la touche pas, vous appelez ça de la préférence nationale ?

18:13
Invité

Est-ce que les allocations familiales, il y a un avantage pour les Français par rapport aux étrangers ?

18:16
Élisabeth Borne

Ce que je peux vous dire, c'est que nous sommes partis d'un texte en peu de temps sur lequel nous avons supprimé ce qui ne correspondait pas à nos valeurs et nous avons atténué, et peut-être qu'on devra y revenir, les mesures du type de celles que vous évoquez, par exemple sur les aides personnalisées au logement.

18:34
Présentateur

Alors, il y a aussi la question de la caution demandée aux étudiants étrangers, les présidents caution dont il leur est demandé et qui leur sera restitué au moment où ils s'en vont et quittent la France. Les présidents des grandes universités de notre pays ont dénoncé des mesures indignes. HEC, ESCP, ESSEC dénoncent un texte qui fait une croix sur l'apport de talents étrangers, menace gravement notre compétitivité nationale. La Sorbonne dénonce des mesures indignes, contraires à l'esprit des Lumières qui nuisent à l'ambition de l'enseignement supérieur. Que répondez-vous sur ce point ?

19:13
Élisabeth Borne

Je réponds qu'ils n'ont sans doute pas eu le temps de lire le texte, dans lequel nous disons très clairement qu'on peut dispenser de cette caution, le ministre de l'enseignement supérieur peut dispenser de cette caution, des étudiants en fonction de leurs ressources, en fonction de leur parcours scolaire et universitaire. Est-ce que c'est le meilleur système ? Pas forcément. Est-ce qu'il faut y réfléchir ? Peut-être. Ce que je peux vous dire... C'est-à-dire, pardon, je comprends pas bien,

19:42
Invité

c'est-à-dire, cette caution, elle va être mise en place ?

19:45
Élisabeth Borne

Cette caution, elle n'est pas... Le ministre de l'enseignement supérieur peut en dispenser des gens en fonction de leurs revenus et en fonction de leur parcours méritant scolaire ou universitaire. Et vous savez, moi j'entends effectivement les réactions. Quand on est en Allemagne, pour pouvoir faire ses études, on doit déposer 11 000 euros sur un compte bloqué. Voilà. Donc, est-ce que c'est le meilleur système ? Peut-être qu'on pourra en redébattre. En tout cas...

20:17
Invité

Vous semblez mal à l'aise avec cette disposition-là, la caution étudiante. Vous savez... Non, parce que vous nous dites vous-même est-ce que c'est le même système.

20:23
Élisabeth Borne

Je vous le dis très clairement, on est en majorité relative. Le texte tel qu'il a été adopté hier, moi j'ai veillé à ce qu'il porte les mesures auxquelles nous tenions, je l'ai dit, pouvoir éloigner des étrangers délinquants, des gens qui ne respectent pas nos valeurs, qui sont... qui présentent une menace. Pouvoir régulariser des personnes qui travaillent, qui s'intègrent dans notre pays. On va y venir aux régularisations. Ensuite, sur ce texte, comme sur tous les textes, comme sur les près de 60 textes adoptés depuis le début du quinquennat, on doit trouver des compromis. Est-ce que c'est une bonne formule ? On va en reparler et on verra. Elle sera combien la caution ?

Ça peut être 10 euros, 20 euros.

21:05
Invité

Vous avez écrit un texte pour une caution de 10 euros ?

21:07
Élisabeth Borne

Non, c'est renvoyé à un texte réglementaire. C'est renvoyé à un texte réglementaire.

21:10
Invité

Hier, au Sénat, Gérald Darmanin a déclaré que des mesures du texte étaient manifestement contraires à la Constitution. Oui, je vous confirme. Lesquelles ?

21:17
Élisabeth Borne

Par exemple, vous voyez, il est prévu que vous ne pouvez pas, si vous épousez demain matin un Canadien ou un Japonais, il ne peut pas rejoindre la France s'il ne parle pas bien français. Je pense que ça ne... Ça ne passera pas au Conseil constitutionnel. On va interroger le Conseil constitutionnel. On a fait part de nos doutes aux Républicains avec lesquels on a discuté. Donc, le Président de la République va saisir le Conseil constitutionnel. Le Conseil constitutionnel dira ce qu'il en est.

21:48
Invité

Mais donc, vous appelez vos députés à voter un texte qui ont des dispositions qui ne sont pas constitutionnelles ?

21:54
Élisabeth Borne

Nous avons appelé nos députés à voter un texte parce que nous avons besoin de répondre aux préoccupations des Français. Il peut y avoir des dispositions sur lesquelles nous avons alerté, sur nos doutes, à deux titres, à la fois sur le fond et sur le fait que, normalement, quand on débat un texte de loi, on ne peut pas y rattacher des amendements qui n'ont pas de rapport avec le texte. Nous l'avons dit. Nous allons saisir le Conseil constitutionnel.

22:18
Présentateur

Elisabeth Borne, vous vouliez initialement régulariser tous les travailleurs dans les métiers en tension, les métiers où la main-d'œuvre manque. C'est bien ce qui est prévu dans le texte. Rien n'a changé ?

22:32
Élisabeth Borne

La démarche n'est pas la même, mais pour la première fois dans la loi, la gauche ne l'a pas fait. Tous ceux qui sont en train de nous donner des leçons n'ont jamais inscrit dans la loi la possibilité de régulariser des travailleurs sans papier. Tous ceux qui nous donnent des leçons n'ont jamais levé l'impossibilité de régulariser un salarié sans l'accord de son employeur.

22:54
Présentateur

Entre l'article 3 du premier texte et le 4 bis...

22:58
Élisabeth Borne

Ce n'est pas exactement la même... Et ce qu'il en est aujourd'hui ? Ce n'est pas la même rédaction. Je note que jamais la gauche n'a inscrit dans un texte la possibilité de régulariser. Ça s'est fait discrètement dans une circulaire avec moins de garantie du coup pour les personnes concernées. Et je note qu'aujourd'hui, on ne peut pas régulariser un salarié même s'il est depuis 10 ans en France, même s'il a travaillé 5 ans, si son employeur ne le demande pas. Aujourd'hui, ça n'est pas possible. Demain, ça le sera.

23:27
Invité

Aujourd'hui, dans le texte, dans le nouveau texte, pas le texte initial que vous aviez écrit, que vous aviez présenté en Conseil des ministres, dans le nouveau texte, ce sera des régularisations exceptionnelles au cas par cas sur décision du préfet. Pouvez-vous nous dire, parce que Gérald Darmanin disait, grâce à cette mesure, on va doubler le nombre de régularisations dans le métier en tension. Et c'est bien ce qu'on va faire. Mais c'est bien ce qu'on va faire.

23:47
Élisabeth Borne

Mais il l'a dit hier, il l'a dit hier dans les débats. C'est quoi ? C'est 10 000 ? C'est 10 000. Mais c'est 10 000 déjà aujourd'hui ? Non, on va doubler. Il y a 10 000 d'aujourd'hui et il y en aura 10 000 de plus. Donc chaque année, il y aura 20 000 régularisations. Et Jordan Bardella, vous expliquez à quel point c'était insupportable pour lui. C'est dommage. Ils ont voté le texte hier. On comprend bien leur manœuvre.

24:08
Invité

Madame la Première ministre, il n'y a pas eu un moment où vous vous êtes dit, après la motion de rejet, et si on retirait le texte et on revenait avec un autre texte, une page blanche, est-ce que ce ne serait pas mieux ? Est-ce que vous ne vous êtes pas posé cette question-là ?

24:21
Élisabeth Borne

Mais forcément, on se pose la question des différents chemins. Ce qu'on s'est dit avec le président de la République, c'est qu'il y a des mesures qui sont attendues par les Français, que ça fait un an qu'on parle de ce texte, qu'il faut qu'on puisse passer à autre chose, qu'il y a des sujets de préoccupation des Français dont on doit pouvoir s'occuper. Et moi, je suis contente aujourd'hui qu'on ait pu faire adopter un texte qui sera amené à évoluer peut-être après l'examen du Conseil constitutionnel dont on va regarder chacune des mesures...

24:52
Invité

Vous en remettez au Conseil constitutionnel ?

24:52
Élisabeth Borne

Non, pas du tout. Dont on va regarder chacune des mesures qui pourront être adaptées, le cas échéant, mais on a pu avancer et maintenant, on va passer à autre chose.

25:03
Présentateur

Il y a de la colère chez les auditeurs de France Inter ce matin, notamment sur l'application. Colette vous demande comment avoir été de gauche et cautionner un tel projet. C'est incompréhensible. Élodie, que répondre à ceux qui ont fait barrage en votant pour vous en 2017 puis en 2022 ? Le RN est fier de vous. Bernard, plus directement, n'avez-vous pas honte, Elisabeth Borne ?

25:26
Élisabeth Borne

Attendez, je pense que beaucoup de vos auditeurs ne savent pas ce qu'il y a dans le texte. On a le Rassemblement National qui fait le tour des plateaux en disant c'est notre texte. Le même Rassemblement National qui expliquait hier pourquoi ce texte, ils ne pouvaient pas le voter. Donc je pense qu'il faut qu'on prenne le temps d'expliquer ce qu'il y a dans le texte. Je vous le dis très clairement, j'ai des valeurs. Je suis profondément humaniste. Je suis moi-même fille de quelqu'un qui est arrivé comme apatride dans notre pays, qui a acquis la nationalité française. C'est quelque chose qui me tient à cœur.

J'ai veillé tout au long des discussions et je peux vous assurer que j'ai mouillé la chemise pendant les dix derniers jours, j'ai veillé à ce que ce texte respecte nos valeurs. Le Conseil constitutionnel dira ce qu'il en est sur un certain nombre de mesures sur lesquelles nous avons alerté les Républicains. Ce texte, il protège les Français, il permet d'éloigner des gens qui représentent une menace pour notre pays, il permet de régulariser ceux qui le méritent et c'est ce texte que j'ai porté, que nous avons voté. Ce n'est pas le texte que nous aurions fait en majorité.

26:28
Invité

Vous assumez ce matin.

26:28
Élisabeth Borne

Ce n'est pas le texte que nous aurions voté en majorité absolue, c'est le texte qui nous permettait d'avancer.

26:34
Invité

Gérald Darmanin a présenté sa démission, Emmanuel Macron l'a refusé. S'il vous l'avait présenté à vous, vous l'auriez accepté ?

26:40
Élisabeth Borne

Vous avez bien vu que nous avons avancé, nous avons passé quasiment tout notre temps ensemble avec Gérald Darmanin, nous avons pu ensemble faire bouger un texte qui ne nous convenait pas pour nous permettre de faire voter un texte qui répond aux préoccupations des Français. La méthode Darmanin, elle a marché ? C'est clair que le vote de la motion de rejet, c'était une forme de détonation, il fallait sortir de Saint-Impasse, j'ai mouillé la chemise, aujourd'hui nous avons un texte qui respecte nos principes. Vous lui gardez votre confiance ?

J'ai évidemment pas d'état d'âme, aucun doute sur le sujet, nous avons avancé avec Gérald Darmanin, nous avons un texte qui a été voté conforme à nos principes. Merci madame.

27:20
Présentateur

Merci Elisabeth Borne d'avoir été au micro d'Inter ce matin.

Élisabeth Borne : "J'ai le sentiment du devoir accompli" après l'adoption de la loi immigration — Élisabeth Borne · Pourquijevote