Bernard Jullien : "L'arrestation de Carlos Ghosn va déstabiliser le groupe et l'alliance Renault-Nissan"
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Cette affaire risque-t-elle de déstabiliser de manière durable et dangereuse le groupe ?
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Donc il n'y a pas de risque que l'Alliance explose.
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En revanche, ça pourrait rebattre l'écart de l'équilibre entre les trois groupes au sein de l'Alliance ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Le directeur général de Nissan estime que Carlos Ghosn a eu trop de pouvoir. Je le cite, c'est un problème que tant d'autorités aient été accordées à une seule personne. Vous le pensez, vous aussi, il a réellement tous les pouvoirs ?
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Dans le secteur automobile, c'est le plus grand des patrons ?
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Et il avait réussi à faire de cette alliance un Renault-Nissan-Mitsubishi, le constructeur numéro un au monde.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il fait l'objet d'une enquête pour fraude fiscale. »
- 0:15PrésentateurFait
« Le PDG du groupe Renault, Nissan Mitsubishi, est accusé d'avoir masqué une partie de ses revenus. »
- 0:33PrésentateurChiffre
« Le titre de Renault a perdu plus de 8%. »
- 2:11PrésentateurFait
« Le directeur général de Nissan estime que Carlos Ghosn a eu trop de pouvoir. »
- 2:15PrésentateurFait
« c'est un problème que tant d'autorités aient été accordées à une seule personne. »
- 3:00InvitéFait
« Alors, ce qui va être clair, c'est que c'est celui, et il le disait souvent, il le dit souvent, pardon, qui a eu la plus grande longévité. »
- 3:42PrésentateurFait
« Et il avait réussi à faire de cette alliance un Renault-Nissan-Mitsubishi, le constructeur numéro un au monde. »
- 5:18InvitéFait
« Arrêté, non. Mais on a tous en tête l'histoire Volkswagen où on avait effectivement une concentration des pouvoirs très grande dans les mains de personnes qui étaient là depuis très longtemps et qui, effectivement, ont un jour dérogé aux règles. »
- 5:33PrésentateurFait
« Là, c'était pour des histoires de respect de normes anti-pollution, plutôt. »
- 5:58PrésentateurFait
« Il fait vraiment partie des patrons les mieux payés au monde. »
- 7:24InvitéChiffre
« Renault qui a quand même 43% du capital et qui fait valoir ces droits-là. »
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Un grand patron sur la sellette, Carlos Ghosn, est en garde à vue au Japon. Il fait l'objet d'une enquête pour fraude fiscale. Le PDG du groupe Renault, Nissan Mitsubishi, est accusé d'avoir masqué une partie de ses revenus. En ligne avec nous, Bernard Julien, bonjour. Vous êtes maître de conférence à l'université de Bordeaux, spécialiste de l'industrie automobile. Plusieurs syndicats de Renault se disent déjà inquiets. Ils parlent de traumatisme, de sidération. Le titre de Renault a perdu plus de 8%. Hier soir à la Bourse de Paris, ceux de Nissan et de Mitsubishi ont chuté aussi ce matin à la Bourse de Tokyo.
Cette affaire risque-t-elle de déstabiliser de manière durable et dangereuse le groupe ?
Oui, ça va déstabiliser le groupe et l'Alliance. Au niveau de l'Alliance, il y a une inquiétude quand elle a l'impression de savoir comment elle pourra survivre à Carlos Ghosn, qui est le seul qui l'est dirigé jusqu'ici. Ceci étant, il y a quand même des acquis de part et d'autre. Et puis surtout, il y a beaucoup de choses qui ont été mises en commun entre Renault et Nissan. On a entendu hier, côté français comme côté japonais, un certain nombre de réaffirmations de la nécessité de préserver l'Alliance. Et tout ceci devrait rassurer un tout petit peu les Renaults.
Donc il n'y a pas de risque que l'Alliance explose. En revanche, ça pourrait rebattre l'écart de l'équilibre entre les trois groupes au sein de l'Alliance ?
Oui, bien sûr, il y a des ambitions de rééquilibrage côté japonais qui existent depuis longtemps et qui risquent de se manifester à nouveau. Donc là, il va y avoir effectivement un jeu assez compliqué et subtil pour préserver l'Alliance et lui donner, je dirais, quelque chose comme une constitution. Puisque aujourd'hui, tout le monde le souligne à l'envie, un régime plutôt autocratique, où les arbitrages étaient plutôt rendus par cette homme. Assister certes dans un comité, là, il faut effectivement arriver à définir des procédures qui rendront le gouvernement de cet ensemble un peu original, plus lisible, plus transparent et plus clair.
Le directeur général de Nissan estime que Carlos Ghosn a eu trop de pouvoir. Je le cite, il a dit, c'est un problème que tant d'autorités aient été accordées à une seule personne. Vous le pensez, vous aussi, il a réellement tous les pouvoirs ?
Chez Nissan, ça a peut-être été encore plus clair que chez Renault, puisqu'il est arrivé en sauveur. Il a obtenu, effectivement, beaucoup de pouvoir pour redresser l'entreprise et puis ça ne s'est jamais vraiment arrêté. Alors, et puis, comme les années passent ensuite, il y a un système qui se forme autour d'un homme. Et effectivement, on a ça dans les grandes villes, quand le maire fait cinq, six mandats. Il y a évidemment une difficulté à rendre compte quand on a, à ce point, la concentration du pouvoir dans les mains d'un homme.
Dans le secteur automobile, c'est le plus grand des patrons ?
Alors, ce qui va être clair, c'est que c'est celui, et il le disait souvent, il le dit souvent, pardon, qui a eu la plus grande longévité. Et c'est vrai que ça, c'était pour l'entreprise, Renault et pour Nissan, un avantage d'avoir quelqu'un qui en avait vu d'autres, qui avait pu conduire assez durablement des dossiers parfois compliqués, comme le dossier de l'électrique, etc. Donc, effectivement, il y avait des avantages et des inconvénients à conserver pratiquement 20 ans la même tête à la tête de Nissan et pendant presque 15 ans, le même homme à la tête de Renault.
Et il avait réussi à faire de cette alliance un Renault-Nissan-Mitsubishi, le constructeur numéro un au monde.
Alors oui, en même temps, ce n'est pas un constructeur, c'est ça qui est original et c'est peut-être l'intelligence qu'il a eue. De notre temps, il s'est passé en force vers un groupe standard, un groupe très intégré, de respecter l'identité des parties. Mais du coup, ça crée une formule qui est un petit peu difficile à manager avec des tensions qui ne disparaissent jamais complètement malgré l'autocratie et qu'il va falloir maintenant gérer d'une manière un petit peu plus réglée, dirais-je.
Et fort de ses succès, malgré ses ennuis avec le fisc, vous pensez que Carlos Ghosn peut rester à la tête du groupe ?
Moi, j'imagine mal, puisque sa mission était de mettre l'alliance dans une position où elle pourrait lui survivre. Je vois mal comment il pourrait conduire cette mission-là si on ne veut plus le laisser rentrer chez Nissan.
Nissan, d'ailleurs, oui, qui propose sa démission. Pareil chez Mitsubishi. Alors, chez Renault, c'est plus timide. On ne parle pas encore de démission. On se contente de dire que le conseil d'administration va se réunir. Il y a plus de gêne côté français ?
C'est-à-dire que je suppose qu'ils n'ont pas les éléments que les Japonais ont et que, par conséquent, c'est infiniment plus difficile de se prononcer, sachant qu'il faut être extrêmement malin parce qu'il va y avoir, je me répète, une tension très vive entre les différentes parties à l'alliance pour faire évoluer le pouvoir dans le sens souhaité par les Japonais, c'est-à-dire Yoko Hama, et pour éviter que ce ne soit le cas côté français. Parce que c'est un vieux classique maintenant pour nous qui observons cet attelage un peu compliqué.
Est-ce qu'on connaît des précédents ? Est-ce que c'est déjà arrivé qu'un grand patron comme ça soit arrêté ainsi ?
Arrêté, non. Mais on a tous en tête l'histoire Volkswagen où on avait effectivement une concentration des pouvoirs très grande dans les mains de personnes qui étaient là depuis très longtemps et qui, effectivement, ont un jour dérogé aux règles.
Là, c'était pour des histoires de respect de normes anti-pollution, plutôt.
Oui, oui. Mais ça correspondait à des phénomènes de... Les années passant à considérer le droit commun plutôt que le droit qui s'applique dans l'entreprise, quelque chose comme ça.
Il y a toujours du flou autour de la rémunération de Carlos Ghosn. Il fait vraiment partie des patrons les mieux payés au monde. Et est-ce qu'on sait combien il gagne ?
On a du mal parce que, si vous voulez, dans ces histoires-là, vous avez une partie qui est de la rémunération et puis une partie qui est une promesse de rémunération. Ce sont les fameux stock options. Et à ce moment-là, on ne saura combien la personne va effectivement s'enrichir qu'au moment où il exercera ses stock options en regardant le cours du titre au moment où il rachète. Et puis, on a le titre quand même. Donc, il y a une espèce de difficulté. Il faudrait avoir toutes les années et savoir exactement quand est-ce qu'il a exercé ses stock options.
Bernard Julien, comme toujours, dans ce genre de dossier, on peut s'interroger sur le contexte, essayer de voir s'il n'y a pas une deuxième lecture de cette affaire. Est-ce que quelqu'un avait intérêt à faire tomber Carlos Ghosn ?
D'évidence, si vous voulez, on est dans une phase où il s'agit de donner à l'allérance une nouvelle gouvernance. C'est Carlos Ghosn, comme avait la charge. Peut-être était-il en train de s'orienter vers un schéma qui ne convenait pas à tout le monde et que ça peut être le bon moment, si vous voulez, mais ces conjectures-là...
Tout le monde, c'est-à-dire concrètement, c'est plutôt les Japonais ? Il y avait plus de conflits avec les Japonais ?
Voilà. Il peut y avoir effectivement une volonté des Japonais de mettre un terme à ce qu'ils peuvent percevoir comme un déséquilibre entre eux et Renault. Renault qui a quand même 43% du capital et qui fait valoir ces droits-là. Nissan qui considère qu'ils font plus de volume et de profit, même s'ils font plus de profit, c'est en partie parce qu'on avait décidé qu'ils iraient en Chine et pas Renault. Et du coup, ils ont eu les volumes et les profits de la Chine, ce qui n'est pas reproché à Renault d'une certaine manière.
Donc il y a effectivement des jugements très contrastés sur l'apport de Renault à l'Alliance et l'apport de Nissan à l'Alliance qui conduisent à ce qu'il y ait un certain nombre de récriminations, l'attente qui s'exprime probablement à travers cet épisode aussi.
Bernard Julien, je rappelle que vous êtes maître de conférence à l'Université de Bordeaux et vous étiez l'invité du 5-7 d'Inter. Merci beaucoup. Merci.
Merci.