Plans sociaux : le nombre de défaillances d'entreprises de taille moyenne a augmenté de "46% en un an", note la CPME
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:28OuverteRéponse directe
Comment ça va chez vous, au sein des PME, des TPE?
- 2:11OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'il vous faudrait pour aider déjà les entreprises?
- 3:25OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous avez envie de dire à Michel Barnier et ses parlementaires?
- 6:33OuverteRéponse directe
Quel est votre regard sur la question de la motion de censure contre le Premier ministre?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:10Invité politiqueChiffre
« Autour de 250 000 emplois sont menacés au travers des plans de sauvegarde ou de mise en redressement »
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France Info Bonsoir à toutes et à tous. Quel budget pour la France et quels efforts et pour qui le débat continue au Parlement ? Bonsoir Jean-Yves Duménil. Bonsoir. Vous êtes secrétaire générale de la CPME, c'est la Confédération des petites et moyennes entreprises. Avant qu'on en parle de ce budget, vous venez de l'entendre dans le fil info de Sophie Echen, il y a eu ces dernières semaines plusieurs annonces de plans sociaux dans des grands groupes, notamment dans le secteur automobile. Le dernier en date ce soir, c'est Valeo. On en parle beaucoup de ces grands groupes. Mais chez vous, au sein des PME, des TPE, comment ça va ?
On est également très inquiets, très inquiets parce que l'économie marque le pas aujourd'hui, la consommation ralentit, on voit bien que l'épargne des Français n'a jamais été aussi élevée et surtout, face à l'incertitude politique, les entrepreneurs lèvent le crayon, c'est-à-dire qu'ils arrêtent les investissements, les recrutements. Le résultat, c'est que j'entendais le chiffre donné par Sophie Binet tout à l'heure, Malheureusement, de notre côté, ce qu'on constate, c'est une explosion du nombre de défaillances d'entreprises et surtout une augmentation de la taille des entreprises concernées. Sur le segment des moyennes entreprises, plus 46% de défaillances en un an.
Et le résultat, c'est qu'on estime aujourd'hui qu'autour de 250 000 emplois sont menacés au travers des plans de sauvegarde ou de mise en redressement. Donc, il y a une véritable inquiétude pour les entreprises. Et puis, vous savez, le plus grand plan social de France aujourd'hui, il est à bas bruit dans les PME. C'est comme ça, malheureusement, qu'on ressent les choses.
Que nos auditeurs comprennent bien, quand vous dites une entreprise moyenne, on parle d'entreprise de quelle taille ?
On parle d'entreprise de plus de 50 salariés. Et c'est celles-là aujourd'hui qui sont malheureusement les plus concernées par l'augmentation des défaillances. Et c'est tous les secteurs ? Tous les secteurs, avec certains, on les connaît, la filière immobilière qui est particulièrement touchée, le transport, l'entreposage, enfin, tous les gens dont on sait qu'ils ont des difficultés. Et malheureusement, on sait aussi que dans les mois qui viennent, certains secteurs, comme l'automobile par exemple, vont aussi connaître beaucoup de difficultés. Ça se traduira par des destructions d'emplois. Malheureusement, on peut déjà le prédire sans beaucoup se tromper.
Vous nous dites, les dirigeants lèvent le crayon. C'est qu'il y a un problème de confiance. Qu'est-ce qu'il vous faudrait ? Il n'y a pas de baguette magique, mais qu'est-ce qui aiderait déjà pour vous ?
Trois mots. Lisibilité, visibilité, c'est le point absolument clé. Stabilité. Voilà, c'est les trois éléments qui nous manquent aujourd'hui. Personne ne sait à quelle sauce on va être mangé sur le plan fiscal. On nous annonce des augmentations du coût du travail, donc une diminution de la compétitivité des entreprises. On nous annonce par exemple une baisse des aides aux entreprises quand vous embauchez un apprenti. Alors vous savez, quand vous embauchez un apprenti, à peu près 20% du temps de la personne qui s'occupe de cet apprenti est consacré à cet apprenti. Donc c'est un coût, évidemment.
La question des cotisations, des allègements de charges, de l'apprentissage, tout ça, ça fait partie du budget de la Sécu, le PLFSS. Comme on dit cet acronyme-là, il y a une commission mixte paritaire, c'est-à-dire sept députés, sept sénateurs, qui sont en train de se réunir pour essayer de se mettre d'accord sur ce texte-là. Il y avait au début, quand le texte a été présenté, un objectif qui était de réduire les allègements de cotisations, il y en a pour 80 milliards, vous disiez le gouvernement à l'heure actuelle, de les réduire de 4 milliards. Finalement, il est prêt à redescendre à moins que ça.
Vous, et je sais que vous allez rencontrer Michel Barnier demain, qui viendra discuter avec la CPME, qu'est-ce que vous avez envie de lui dire et qu'est-ce que vous avez envie de dire à ses parlementaires ?
Je vous confirme que Michel Barnier sera un pacte PME demain à Station F, donc effectivement on aura l'occasion d'échanger avec lui. Eh bien, ce qu'on va lui dire sur cette question des allègements de charges, c'est qu'on met beaucoup en avant le mot allègements de charges et cadeaux aux entreprises. Mais la réalité, c'est augmentation du coût du travail. Et mécaniquement, quand vous augmentez le coût du travail, notamment sur les plus bas salaires, vous détruisez de l'emploi et on ne va faire qu'accroître l'écart de compétitivité entre la France et les pays avec lesquels nous sommes en concurrence.
Vous savez, le rapport Draghi, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps, mettait en avant le fait qu'entre l'Europe et les Etats-Unis, en 20 ans, l'écart de compétitivité est passé de 15 à 30%. Eh bien ça, ça se traduit ensuite par des absences de création d'emplois, destruction d'emplois et diminution aussi du pouvoir d'achat de nos concitoyens. Donc, ce n'est pas simplement un problème d'entreprise, ça concerne tous les Français.
Et à côté de ça, il y a une question mathématique, une équation que doit résoudre Michel Barnier, c'est celle des finances publiques. Il dit qu'il faut qu'on trouve des milliards d'euros d'efforts. Si c'était vous, que feriez-vous ? Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Alors, évidemment, rien n'est simple, on n'a pas de baguette magique. En tout cas, on ne s'en prendrait certainement pas à l'augmentation du coût du travail, ce qui est une erreur fondamentale parce qu'on va mettre l'économie en mode pause. Il y a un sujet qui est celui de la simplification administrative, c'est à peu près 4% du PIB, donc là, il y a une source d'économie absolument formidable. Et puis quand même, il y a une chose dont on ne parle pas beaucoup ces derniers temps, c'est le nombre d'emplois dans la fonction publique qui est en augmentation constante ces dernières années. On pourrait au moins, je ne dis pas diminuer, mais je l'ai...
Le dossier a été mis sur la table quand même récemment.
Oui, il a été mis sur la table, mais on n'a pas beaucoup vu de conclusions sur ce dossier. Je vais vous donner juste un chiffre qui est quand même bien symptomatique. Vous savez que ces dernières années, le nombre d'agriculteurs, malheureusement, a été fortement diminué. Dans le même temps, on a eu une très forte augmentation du nombre de fonctionnaires du ministère de l'Agriculture qui suivent les agriculteurs. Est-ce que c'est normal ? Aujourd'hui, vous avez 11 fonctionnaires du ministère de l'Agriculture pour un agriculteur. Ça n'a pas de sens.
Est-ce que vous croyez que les augmentations de ces dernières années dans les effectifs de la fonction publique ont permis d'améliorer, par exemple, le fonctionnement de l'hôpital ? La réponse est non. Est-ce que c'est plus simple quand vous allez dans une collectivité territoriale ? La réponse est non. Donc, on ne dit pas forcément de diminuer, mais au moins de réformer l'action publique. C'est ça qu'on attend. Et pour l'instant, malheureusement, on est un peu sur notre faim.
Ça, ce sont vos arguments. Mais est-ce que ce n'est pas aussi aux entreprises de prendre leur part ?
Mais vous ne croyez pas que les entreprises, quand elles créent des emplois, quand elles créent de la richesse, quand elles sont les plus ponctionnées d'Europe, il faut le rappeler, est-ce qu'elles ne prennent pas déjà leur part très largement ? Quand les entreprises, l'année dernière, ont embauché un million d'apprentis, est-ce qu'elles ne prennent pas leur part ? Sans entreprises pour créer de la richesse, on ne pourrait pas la distribuer et on n'aurait pas de dispositif de protection sociale en France. Donc, surtout, il faut leur rendre la vie plus facile plutôt que de leur rendre plus compliqué.
Une autre question, parce qu'on parlait d'incertitude, d'instabilité. Il y a aussi des incertitudes pour le Premier ministre. Il est aujourd'hui sous la menace d'une motion de censure. Quel est votre regard à vous sur cette question ? Je veux préciser, quel impact ça aurait, selon vous, une censure pour vous, acteurs économiques ?
Le débat et le sujet, ce n'est pas pour ou contre Michel Barnier. C'est la question de la motion de censure et de faire tomber le gouvernement. Nous, ce qu'on sait, ce qu'on a vécu, c'est la période de dissolution où, sur le plan économique, ça a été absolument catastrophique. Pourquoi ? Parce que personne ne savait à quelle sauce on allait être mangé. On entendait des propos plus fantaisistes les uns que les autres avec une augmentation des prélèvements qui étaient lancés tous les jours à droite et à gauche. Je dis bien à droite et à gauche. Et c'est exactement ça que craignent les entreprises. À ce moment-là, comment voulez-vous investir quand vous n'avez plus confiance ?
C'est bien un problème de confiance. Et surtout, vous n'avez aucune espèce de visibilité sur la manière dont les choses vont évoluer, notamment sur le plan fiscal. Résultat, vous faites quoi ? Eh bien, vous attendez. Et quand vous attendez, il y a d'autres entreprises qui attendent vos commandes, qui ne les ont pas. Il y a des salariés qui attendent d'être embauchés, qui ne le seront pas. Et ainsi de suite. Et vous rentrez malheureusement dans une forme de cercle vicieux. Et c'est d'autant plus dommage que, quand vous regardez les fondamentaux de l'économie aujourd'hui, on n'est absolument pas, on ne devrait pas être dans une situation catastrophique. Les prix de l'énergie ont diminué.
Les taux d'intérêt ont diminué. L'inflation est revenue sous contrôle. On a des investissements colossaux à réaliser dans l'intelligence artificielle, dans la transition écologique, dans la construction de logements. Il n'y en a pas assez. Donc, on devrait être en boom économique. Malheureusement, on va bien voir de quel côté tombe la pièce, si c'est du bon ou du mauvais.
Agent Eduménil, vous êtes secrétaire général de la CPME, Confédération des petites et moyennes entreprises. Vous étiez ce soir l'invité Éco de France Info.