Marie Pochon, députée écologiste de la Drôme | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Elle a d'abord été une figure incontournable de la génération Climat avant de devenir députée écologiste d'un territoire rural, dans la Drôme. Pour elle, l'écologie ne doit pas parler qu'aux bobos des villes, elle doit aussi convaincre la France des campagnes. Générique --- --- Bonjour Marie Pochon. -Bonjour. -Il n'y a pas que l'engagement politique pour changer la vie des gens.
Vous avez choisi une autre voie. Regardons ces images. C'était en 2018. *-BONSOIR ! *-On a beaucoup réfléchi ces derniers temps. *-Et on va attaquer tout simplement l'Etat français en justice. *-Pour inaction face aux dérèglements climatiques. *Musique *-Car pour l'instant, nos présidents parlent beaucoup. *-Ils ne font pas grand-chose et nous, on ne leur met pas assez la pression. *-Nous aussi, on peut gagner et forcer l'Etat français à réduire ses émissions drastiquement. *Musique -On ne vous voit pas dans cette vidéo, mais vous en êtes en grande partie à l'initiative.
Vous étiez derrière L'Affaire du siècle, derrière Notre Affaire à tous. Dans cette vidéo, on vient de voir Mcfly et Carlito, Juliette Binoche, Elie Semoun et Marion Cotillard. Et plein d'autres vedettes mobilisées.
L'idée, c'était de poursuivre l'Etat en justice pour inaction climatique. -Tout à fait. Pour carence fautive en matière climatique, l'Etat avait pris des engagements, internationaux ou de protection des droits humains, et finalement ne mettait pas tout en oeuvre pour tenir ses engagements.
Et donc, il était dans une situation d'illégalité au regard de ses propres obligations. Et nous l'attaquions en justice devant le tribunal administratif. On l'a fait avec d'autres associations.
Et puis, on l'a fait surtout avec plus de 2 millions de Français. C'est à ce jour la plus grande pétition de notre histoire. Je ne sais pas si la pétition contre la loi Duplomb l'a peut-être dépassée, mais c'était une aventure très collective et qui était immense pour moi, une militante effectivement climat, écologiste.
A ce moment-là, on avait le sentiment d'avoir du pouvoir sur les choses. J'ai trouvé ça formidable. -Vous dites ça parce que ça a pris du temps, quatre ans, mais vous avez obtenu la condamnation de l'Etat pour inaction climatique.
Ca a soulevé de l'espoir, mais pour quels résultats, rétrospectivement, quels résultats ça a produit, concrets ? -C'est compliqué de revenir sur ces images, parce qu'à ce moment-là, c'était une bouffée d'espoir, puis par ailleurs, L'Affaire du siècle prenait place dans des immenses mobilisations de la jeunesse à travers le monde. On avait des marches climat qui s'organisaient partout en France avec des centaines de milliers de personnes.
Quelque chose était en train de se passer, une prise de conscience collective. Là, on voit que... -Mais concrètement, les résultats...
Vous vous êtes tournés ensuite vers les tribunaux pour que l'Etat paye une astreinte financière pour sa condamnation. Mais vous n'avez jamais obtenu gain de cause, finalement ? -On a demandé des astreintes qui sont symboliques.
On n'a pas demandé des milliards et les milliards d'euros qui seraient nécessaires aujourd'hui pour conduire les efforts d'atténuation et d'adaptation au changement climatique. Moi, ce que je constate, c'est une sorte de backlash en matière écologique, que ce soit en France du fait des gouvernements successifs, mais également un peu partout dans le monde. On le voit avec Trump aux Etats-Unis.
Pour autant, ce genre de décision du tribunal permet aussi de construire des jurisprudences, de construire des protections collectives pour les Français et pour les habitants du monde entier au travers du droit. Et la question du droit environnemental et du droit qui protège non seulement l'environnement mais notre santé, notre avenir à toutes et tous, je crois que c'est un combat qui est essentiel et je crois que ça fait beaucoup de sens avec ma position actuelle et mon mandat actuel ici à l'Assemblée. -Avant de battre le pavé pour le climat à Paris, dans ces grandes marches, vous avez vécu dans un petit village de la Drôme.
Votre père en est encore le maire aujourd'hui et votre mère y est vigneronne bio. Là, on voit votre papa avec l'écharpe tricolore. Vous êtes un peu la synthèse de vos deux parents, finalement ?
Vous avez pris l'engagement politique du côté de votre père et la sensibilité écolo du côté de votre mère ? -C'est l'engagement pour l'intérêt général, l'engagement pour le collectif. Mon père a toujours porté ça.
Il était également chef d'établissement dans l'éducation nationale. Il y avait quelque chose...
Ouh là... -Ca, c'est vous, ado, dans ce village. -Oui, à Chavannes, où j'ai grandi.
Effectivement, il portait cette notion d'engagement pour l'intérêt général. Et ça fait plusieurs mandats qu'il est maire, tout comme mes grands-pères avant lui. Et ma maman m'a beaucoup aussi appris d'une grande résilience de sa part en tant qu'agricultrice.
Ce n'est pas facile dans ce milieu. Elle nous a élevés avec quatre enfants. Et oui, je leur dois beaucoup en termes d'attachement à la fois à notre territoire, à la Drôme, aux enjeux agricoles.
Je suis très engagée sur ces questions-là. Mais également à l'engagement pour le bien commun. -Et le fait d'avoir grandi dans un village, justement, en pleine campagne, dans la Drôme, est-ce que ça a été structurant pour vous, d'un point de vue personnel, peut-être politique aussi, dans la conception de l'écologie que vous portez aujourd'hui ? -Forcément, c'est structurant.
Grandir dans un petit village, de ne pas grandir dans les mêmes milieux que beaucoup de mes collègues que j'ai rencontrés ici. Je suis une des seules de mon village à avoir passé le bac ou à avoir continué des études supérieures. Et forcément, ça structure aussi une manière de penser l'écologie politique.
Moi, je suis écologiste, qui prenne en compte, qui considère la vie et les aspirations, les préoccupations des gens qui n'habitent pas les coeurs de villes et les centres urbains. -On va voir deux photos de deux personnalités qui incarnent deux formes d'écologie un peu différentes justement. De qui vous vous sentez la plus proche entre José Bové et Sandrine Rousseau ? -On me demande souvent, en vérité, mais parce que les gens ont envie de trouver les différences entre nous, de dire que la famille écologiste est très éparpillée, etc., Je crois qu'au contraire, en vrai, on a tellement en commun.
On est une famille politique qui est très...
Alors, pas homogène, on a une biodiversité comme beaucoup de partis politiques, mais je crois qu'on a une vision du monde qui est très structurée. On a une histoire tellement ancrée sur les territoires. Les combats de José Bové sont bien évidemment connus, mais l'écologie politique est née d'une histoire de lutte contre des projets qui étaient imposés verticalement, destructeurs du climat et destructeurs pour les environnements des personnes concernées un petit peu partout dans le pays.
Et ça, ça fait partie de notre histoire commune. Alors évidemment, il y a des manières de porter le combat écologiste différentes quand on est élu dans le 13e arrondissement de Paris ou dans ce qu'on appelle la province. Pour autant, je crois qu'on poursuit un but qui est similaire. -Mais vous évoquiez votre conception de l'écologie, une écologie des campagnes, réconciliée, la France des campagnes avec l'écologie.
Quand vous avez Sandrine Rousseau qui explique qu'elle en a, je cite : "Rien à battre de la rentabilité des agriculteurs", Est-ce qu'elle ne vous tire pas un peu une balle dans le dos ? -Je suis forcément en désaccord. Je suis fille d'agricultrice.
Je suis forcément en désaccord avec une phrase comme celle-ci. Pour autant, je crois que la force d'un mouvement écologiste, c'est qu'on puisse incarner de multiples manières la bataille. Cette fracture est dessinée par des opposants politiques et je pense qu'il ne faut pas donner des bâtons pour se faire battre. -Donc ça ne correspond pas à une réalité sur le terrain ?
On ne vous reproche pas la politique portée par votre parti ? -Oui, pendant très longtemps, les grandes figures de l'écologie politique, c'était Sandrine Rousseau, c'était Yannick Jadot, c'était Julien Bayou, des personnalités globalement vues comme parisiennes et qui peuvent porter des discours qui sont vus comme donneuses de leçons. Et je crois qu'il faut partir d'en bas, d'où qu'on soit.
C'est ce que j'essaie de faire : partir des revendications des drômoises et des drômois pour les porter à l'Assemblée nationale. Je crois que c'est mon travail. -Une de vos propositions, c'est que l'Etat finance le permis de conduire des jeunes qui vivent à la campagne.
On n'attend pas ça d'une députée écolo. Ca ne fait pas très écolo sur le papier, mais c'est ça aussi, l'écologie... qui répond aux besoins des gens qui ne vivent pas dans les villes ? -Dans ma famille politique, il y a parfois eu une tendance à être plus environnementaliste que de penser à la question sociale.
Moi, j'essaie de trouver des solutions pour qu'à la campagne, on puisse également avoir le droit de se déplacer, pouvoir se rendre chez le médecin, pouvoir avoir un nouvel emploi, par exemple, ou voir des amis. Je crois que c'est une nécessité impérieuse. Et pour cela, il faut se replacer à la place, effectivement, des gens qui n'ont pas autant d'options qu'à Paris, Lyon ou Marseille. -Revenons sur la question de la rentabilité des agriculteurs.
Elle a été au coeur d'une loi que vous avez portée à l'Assemblée. Une loi, en 2024 qui visait à imposer des prix planchers pour permettre aux agriculteurs d'avoir un revenu décent. Elle a été adoptée en première lecture à l'Assemblée.
Elle s'est perdue dans les méandres du Sénat. Est-ce que c'est pas un peu frustrant, une fois de plus, que ce qui est vécu comme une grande victoire un jour se révèle finalement une défaite, un peu comme ce dont on parlait au début de l'émission ? -Alors, elle ne s'est pas perdue dans les méandres du Sénat.
Il y a une volonté du gouvernement de ne pas avancer sur ces sujets-là, de la juste rémunération des agriculteurs. C'est la première des revendications portée lors des mobilisations agricoles. C'était le plus grand depuis 30 ans.
Je n'avais jamais vu ça. Et en fait, tout ça a été relégué au calende grecques, tout comme la révision d'Egalim, dont on attend encore des nouvelles. Pendant ce temps, ils passe la loi Duplomb.
Et là, par contre, il y a urgence. Mais je ne vis pas ça comme une défaite. A l'époque, lorsqu'on fait adopter cette proposition de loi contre l'avis du gouvernement, avec l'absence totale des députés, Les Républicains et l'abstention du Rassemblement national, je crois que l'on montre un début de considération au monde agricole et une vraie considération au monde agricole.
Cette bataille, on la continue. Moi, je siège au sein de l'Observatoire de formation des prix et des marges. Et c'est un travail de longue haleine.
J'espère que cette année, nous pourrons avancer sur Egalim 4, que nous pourrons avancer sur la fixation de prix qui soient rémunérateurs pour les agriculteurs, dont tout le monde se dit être très fier, mais derrière, n'est pas forcément là en hémicycle pour les défendants. -Passons à notre quiz. On arrive au terme de l'émission.
On va parler de votre terre d'élection, la troisième circonscription de la Drôme. Elle est très étendue. 230 communes, j'ai vu, c'est énorme ! -240 ! -240, même ?
Je crois que vous la surnommez la pampa ? Il s'agit donc de vérifier si vous connaissez bien votre pampa à vous, si vous êtes capable de localiser les communes de votre Pampa. Vous voyez, il y a quatre points sur cette carte.
Vous allez devoir localiser les quatre communes que je vais vous donner. On commence avec Rochefourchat. Vous avez le choix entre les numéros 1 à 4.
Où est-ce que vous nous la placez ? -Elle soupire. C'est difficile parce que c'est une toute petite commune, Rochefourchat, avec trois habitants. -Voilà, je l'ai choisie exprès. -J'hésite.
La 1 ? -C'est noté, on va vérifier. Non, c'était la 3.
Par contre, vous la connaissez bien parce qu'elle a effectivement trois habitants et pendant des années, elle n'avait qu'une habitante. -Tout à fait. -Josette.
Et c'était le plus petit village de France. Allez, on passe à la suivante. La Bâtie-des-Fonds. -C'est la 1. -On va vérifier.
Bravo. Vous savez pourquoi je l'ai choisie ? -Parce qu'il n'y a que deux habitants. -Voilà.
Dans votre commune, vous avez eu les deux plus petits villages de France. -Je ne sais pas si... -Ca dit quoi de votre territoire ? -Ca dit qu'on est un territoire de petits villages qui, effectivement, ont du mal à fusionner et qui ont chacun une identité qui est propre.
Et je crois qu'il y a un attachement à l'échelon village. -Allez, le troisième village, Saint-Julien-en-Vercors. -Le 4. -Bien joué.
On va vérifier quand même. Mais bon, Saint-Julien-en-Vercors. Et il reste Ferrassières, forcément le 2.
Là, j'ai choisi ces deux villages pour illustrer l'étendue de votre circonscription. J'ai mesuré, ça fait 3 heures 15 de route, 239 kilomètres pour rallier ces deux communes qui font partie de votre même territoire. Comment vous faites, députée pour aller sur le terrain et voir un peu tout le monde ? -Je passe du temps en voiture.
Moi, c'est ma seule activité d'être députée et ça me prend bien plus qu'un temps plein. C'est un engagement politique qui me prend un peu toute ma vie. -Je disais qu'il vous arrive de passer une nuit à l'hôtel sur votre circonscription.
Vous ne pouvez pas rentrer chez vous le soir tellement il y a de route. -Je dors chez des militants ou élus locaux, ça arrive. J'essaye d'être au maximum sur le terrain pour, effectivement, que chaque drômois puisse rencontrer sa députée et lui faire part de ses préoccupations. -Merci, Marie Pochon, d'être venue dans La Politique et moi. -Merci.
Générique de fin ---
Marie Pochon