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interviewBLAST (sur YouTube)· 24 avril 2023 24 min

L’EXTRÊME DROITE ET L’ÉCOLOGIE SONT-ELLES COMPATIBLES ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

C'est un débat qui a créé la polémique, mais qui en réalité pose des questions bien plus larges sur l'écologie politique. Le 13 avril, Hugo Clément est allé débattre d'écologie avec le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, chez Valeurs Actuelles. La présence du journaliste à une soirée organisée par un média d'extrême droite, condamné pour « injure raciste » et « provocation à la haine » a enflammé les réseaux sociaux.

D'un côté, les personnes qui le soutiennent et trouvent courageux et nécessaires d'aller débattre avec l'extrême droite sur ces sujets. De l'autre, celles qui l'accusent de banaliser et légitimer le Rassemblement national. Au-delà des affrontements, cet événement raconte l'évolution de l'écologie politique.

C'est une idéologie, l'écologie politique, la plus radicale. L'écologie, elle n'est pas à droite ou à gauche. L'écologie porte des valeurs de solidarité, d'humanisme, que je considère être des valeurs de gauche.

Le Rassemblement national, comme tous les autres partis, commence aujourd'hui à parler d'urgence écologique. Ces figures, comme Jordan Bardella, mettent de plus en plus en scène leur volonté d'agir sur le sujet, tout en décriant les autres partis et donc en cherchant à s'approprier l'écologie. Je pense qu'aujourd'hui, les extrémistes ont colonisé la cause écolo en France.

Et je pense que cette nouvelle religion qui est portée par beaucoup d'écologistes, qui porte comme projet le suicide de notre civilisation, est parfaitement nocive pour le noble combat que l'écologie politique et que beaucoup de militants sincères prétendent mener. L'urgence écologique redéfinit les lignes politiques et oblige les partis à se positionner. Mais elle devient aussi une porte d'entrée au confusionnisme, dès lors qu'elle est présentée comme un combat pur.

Pour le dire autrement, le défi écologique ne doit pas faire oublier les droits humains ou la démocratie. Et surtout, il est profondément politique. Il amène donc avec lui son lot de débats et de conflits.

Car si aujourd'hui tous les bords politiques reconnaissent que la planète brûle, ils ne proposent pas du tout les mêmes solutions, la même ambition ou encore la même vision du monde. Et surtout, les programmes n'ont pas tous la même efficacité face au défi actuel. Alors, peut-on réellement croire que tous les partis politiques seront en mesure un jour de proposer des mesures ambitieuses sur l'écologie ?

Une écologie d'extrême droite peut-elle exister ? L'écologie peut-elle être transpartisane ? Réponse tout de suite dans cette nouvelle vidéo Blast.

L'écologie est politique. Contrairement à ce qu'a affirmé il y a quelques semaines le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, sur les bancs de l'Assemblée nationale. Le réchauffement climatique et le dérèglement sont une réalité qui n'est pas politique mais qui est naturelle.

Cessez d'en faire des objets de polémique. Rejoignez-nous sur les solutions. Regardons au cas par cas en fonction des territoires ce que nous pouvons mettre en œuvre.

Arrêtez l'idéologie. L'écologie est politique tout simplement parce que la crise climatique, l'extinction de la biodiversité sont les résultats d'un système économique et de choix politiques. L'écologie, elle commence quand on reconnaît que l'organisation précédente de nos sociétés est en train de détruire l'habitabilité de la planète.

Tant que vous n'avez pas reconnu ça, ne parlez pas d'écologie. Le GIEC l'a rappelé dans son dernier rapport. La responsabilité des activités humaines dans le réchauffement climatique est sans équivoque.

Les scientifiques n'ont plus aucun doute. Oui, les activités humaines causent bien le réchauffement climatique. Ensuite, les choix qui sont faits face aux effets du dérèglement climatique sont éminemment politiques, que ce soit sur l'agriculture, la gestion de l'eau ou encore l'énergie.

Enfin, la politique du gouvernement n'est aujourd'hui pas à la hauteur de l'urgence et a donc un impact sur les écosystèmes. Après le Haut conseil pour le climat, c'est ce que rappelle, encore une fois, une mission parlementaire récente menée par deux députés, les Républicains et Renaissance. Ils soulignent que la France ne respecte toujours pas l'accord de Paris et qu'il faudrait aujourd'hui aller deux fois plus vite.

Pour rappel, en 2022, les gaz à effet de serre ont diminué de 2,5%, au lieu de 5%, ce qu'il faudrait pour être dans les clous. Pire, selon le rapport de la mission parlementaire et d'autres observateurs, cette diminution des émissions n'est pas liée directement aux politiques menées par le gouvernement, mais est surtout conjoncturelle. Elle s'explique par un hiver doux et la hausse des prix de l'énergie, qui a contraint les Français à la sobriété.

Enfin, l'État français a été condamné à deux reprises pour inaction climatique. Tout ceci démontre donc que la politique mise en place par le gouvernement n'est actuellement pas assez efficace pour participer à enrayer la catastrophe en cours et réduire son impact sur nos vies. Comme le souligne le climatologue Robert Vautard, l'enjeu aujourd'hui est d'éviter l'ingérable et de gérer l'inévitable.

Et nous n'y sommes pas encore. Pourquoi ? L'urgence écologique suppose d'adopter une autre vision du monde, de remettre en question le système dans lequel nous vivons et qui nous mène dans le mur.

Mais aussi de repenser en profondeur nos évidences et l'organisation de nos sociétés. L'écologie politique est donc un nouveau paradigme, qui implique de se mettre d'accord démocratiquement pour changer de cap. Rappelons-le, c'est le fait de produire un maximum de richesse en utilisant toujours plus de ressources qui nous a menés dans cette impasse.

Nous avons atteint aujourd'hui 6 des 9 limites planétaires, les limites à ne pas dépasser pour préserver nos conditions de vie sur Terre. L'objectif aujourd'hui serait donc de produire de façon compatible avec les limites planétaires, tout en réduisant les inégalités sociales. Les scientifiques, tout comme les économistes spécialisés sur le sujet, le disent.

On ne pourra pas régler le problème climatique sans s'attaquer aux inégalités. On ne peut évidemment pas demander à des gens d'aller vers la sobriété si on tolère des écarts immenses, si quelques-uns peuvent détruire la planète par leur comportement. Ce constat suppose d'aller vers une société plus sobre et plus équitable, de repenser la finalité et le sens de nos sociétés, et donc d'avoir des politiques publiques dont la priorité est la défense du vivant et non la croissance économique.

De sortir de l'obsession de la croissance pour aller vers une obsession du bien-être et de la préservation des conditions d'habitabilité de notre planète. A partir de là, on peut se poser clairement la question, qui sont les partis politiques qui sont prêts à adopter ces nouvelles lunettes ? Alors même que depuis la révolution industrielle, l'idée qui prévaut est de produire toujours plus, d'augmenter le PIB tout en utilisant toujours plus de matériaux et d'énergie.

Dans leur tribune au Monde, Dominique Bourg et Cyril Dion le soulignent. Ce nouveau consensus démocratique n'est, en l'État, compatible ni avec l'extrême droite, ni avec le technosolutionnisme des libéraux, ni avec le productivisme de certains partis de gauche. Aujourd'hui, la plupart des politiques parient sur la croissance verte, c'est-à-dire un découplage entre la croissance du PIB et son impact écologique.

Seulement, un découplage absolu, net et sur le long terme n'a jamais été observé. La croissance verte serait donc un leurre, et surtout, elle ne suffirait pas à faire face aux défis climatiques. C'est la conclusion de plusieurs études scientifiques reprises par le GIEC dans leur dernier rapport.

Je vous les cite rapidement. "Des efforts considérables sont nécessaires pour réduire les émissions mondiales conformément aux objectifs de l'accord de Paris." Et il semble de plus en plus évident que même un découplage absolu, généralisé et rapide pourrait ne pas suffire à atteindre ces objectifs sans une certaine forme de décroissance économique.

Le GIEC enterre donc en ces mots l'hypothèse d'une croissance verte généralisée. Le découplage absolu n'est pas suffisant pour éviter de consommer le budget d'émissions de CO2 restant dans le cadre de la limite de réchauffement planétaire de 1,5 ou 2 degrés et pour éviter un effondrement climatique. Même si tous les pays découplent en termes absolus, cela pourrait encore ne pas être suffisant.

Oui, on peut observer un petit découplage, mais ça ne sera pas suffisant. Il va falloir faire autre chose. Cet autre chose, si on ne peut pas verdir un niveau de production, l'autre chose c'est forcément réduire la production.

Il n'y a pas de troisième option. Si on prend au sérieux les travaux du GIEC, si on écoute vraiment ce que la science nous dit aujourd'hui, la science, elle nous dit la croissance verte ne suffira pas. La sobriété devient dès lors l'un des leviers majeurs pour faire face au dérèglement climatique.

Mais la mettre en place implique une métamorphose de l'économie et des politiques publiques pour accompagner les citoyens. Et ce chemin-là, rares sont les politiques qui le tracent. En France, l'écologie est historiquement de gauche.

Mais cela ne veut pas dire qu'elle soit intrinsèquement de gauche. Il existe plusieurs conceptions de l'écologie. Aujourd'hui, tous les partis ont un programme écologique.

Mais sont-ils tous prêts à questionner leur référentiel économique en allant vers la sobriété mise en avant par les scientifiques ? Peuvent-ils tous proposer des solutions efficaces et justes socialement ? [musique] C'est le sujet du moment.

Le Rassemblement national peut-il être un parti écologiste ? Tout d'abord, notons que cela fait des années que l'extrême droite, et même la droite, attaquent les écologistes en les traitant de sectaires, khmers verts et même de fascistes. Ce qui pourrait prêter à sourire si ce n'était pas profondément inquiétant.

Vous les appelez des khmers verts ? Ah ben, il y en a, oui. Il y en a qui sont vraiment des khmers verts, oui.

Qui sont des totalitaires, oui. N'écoutons pas les khmers verts et les prédicateurs à lampes à huile dont le discours irréaliste ne peut que nous conduire dans des impasses mortifères pour les générations futures. Si vous voulez, le vert des Verts correspond, comme par hasard, au vert de l'islam.

En parallèle, face à l'inquiétude grandissante des Français, le Rassemblement national a développé un discours sur le sujet en proposant sa propre conception de l'écologie et en se présentant comme celui qui a les solutions raisonnables. Effectivement, au départ, il y a une hostilité. Et puis après, il y a des gens qui se rendent compte qu'en fait, l'écologie, une certaine conception de l'écologie peut permettre d'agréger différentes préoccupations d'extrême droite.

Que ça peut être le rejet de l'immigration, on l'a vu avec les questions sur la surpopulation tout à l'heure. Ça peut être aussi la préservation d'une identité locale, d'un équilibre harmonieux. Il ne faut pas laisser l'écologie à la gauche.

Il ne faut pas laisser l'écologie de la punition, l'écologie de la taxation, l'écologie de la perte de notre souveraineté, de l'abandon du nucléaire gagner la bataille culturelle. Mais qu'en est-il vraiment de l'écologie du Rassemblement national ? Durant la présidentielle, les analyses et comparateurs de programmes du réseau Action Climat ou encore des shifters ont montré que le programme de Marine Le Pen n'était absolument pas à la hauteur de l'urgence climatique et très éloigné de l'accord de Paris.

Pour ne donner qu'un exemple, le programme proposait un moratoire sur l'éolien et le solaire, ainsi que de démanteler les éoliennes existantes. Or, tous les scénarios d'experts qui nous projettent dans une France neutre en carbone en 2050 s'accordent sur une chose. Quel que soit le choix qui sera fait, sur le redéveloppement ou non du nucléaire, nous aurons absolument besoin de l'éolien terrestre et de l'énergie solaire pour répondre à nos besoins en électricité.

Le programme du Rassemblement national ne permet pas non plus de s'émanciper des énergies fossiles, qui sont pourtant les principales responsables de la situation actuelle. Selon Stéphane François, historien des droites radicales et de l'écologie politique, l'ensemble du programme a tout du greenwashing. En décembre 2022, il expliquait au Monde. "Leur défense des paysages n'est pas écologique, mais sentimentale et patriotique.

Ce n'est pas une défense de milieux naturels rares ou menacés. La relocalisation de la production industrielle n'est pas non plus nécessairement écologique, surtout lorsque l'on tape sur les énergies renouvelables. Et comme le RN reste un parti poujadiste, il souhaite que les électeurs gardent leur mode de vie et ne soient pas mécontents.

Donc, il ne tourne pas le dos à la société productiviste, comme le voudrait pourtant l'écologie de la Nouvelle Droite." Sans prise en compte sérieuse des données scientifiques et des expertises, on est donc en décalage complet avec la réalité climatique. Sur le terrain, ça se complique aussi, puisque le Rassemblement national, au niveau local, est quasiment absent sur les batailles écologiques.

Pire, certains députés vont à l'encontre des combats contre la destruction du vivant, comme Anaïs Sabatini, qui a réclamé la suppression des subventions à France Nature Environnement, l'une des plus grosses associations écologiques françaises très présente au niveau local. Le parti compte encore aussi des députés climatosceptiques, à l'image de Christophe Barthès, qui a déclaré dans une interview récente "il faudrait être idiot pour voir qu'il n'y a pas de changement climatique. Mais est-ce l'effet de l'homme ?

Peut-être que oui, peut-être que non." Le député RN Jean-Philippe Tanguy a beau s'en défendre sur France Inter, "Nous sommes totalement derrière le consensus scientifique du GIEC, et il n'y a pas de climatoscepticisme. Pour ce qui est de M.

Barthès, que je connais très bien, il a une réflexion ouverte, lui, un titre personnel, pour le connaître, je sais qu'il n'est absolument pas climatosceptique." Les déclarations de Christophe Barthès parlent pour elle. Dans son interview, il en vient même à expliquer que les sécheresses ne seraient que des cycles et que peut-être dans 10 ans, il pleuvra tous les jours.

Une phrase prononcée alors que les scientifiques martèlent la nécessité de s'adapter aux situations de sécheresse, qui pourraient se reproduire plus souvent, plus intensément, et sur des durées plus longues, comme je l'expliquais dans cette vidéo. Certains élus RN continuent à penser que les prévisions du GIEC sont, je cite, "des opinions". Toutes ces prises de position sont révélatrices d'un discours ambiant au RN.

Pas de catastrophisme. "Je crois que le catastrophisme est la maladie infantile de l'écologisme aujourd'hui." Mais la question aujourd'hui n'est pas d'être catastrophiste ou pas, mais lucide.

Et la situation est en effet de plus en plus catastrophique, de l'avis de tous les rapports scientifiques. N'en déplaise au climatorassurisme du Rassemblement national. Comme le rappelle le climatologue Christophe Cassou, aucun élu du RN n'est venu rencontrer les scientifiques venus former les députés devant l'Assemblée.

Aucun d'eux n'est venu non plus à la conférence qu'il organisait sur le manque d'eau à Perpignan. En revanche, plusieurs d'entre eux sont allés à la procession religieuse organisée pour réclamer le retour de la pluie. En bref, prier plutôt que de comprendre et d'agir.

Alors qu'il aurait aussi été possible de faire les deux. Ainsi, si le Rassemblement national, confronté aux problématiques écologiques de plus en plus fortes en France, peaufine un nouvel argumentaire, une écologie de droite, patriote, assumée, celui-ci a peu de traduction dans les faits jusqu'à présent. Alors on pourrait se dire désormais que si le programme écologiste du RN est quasiment vide, pourquoi ne pas éveiller leur conscience et les convaincre d'être plus écolos ?

C'était en partie la démarche de Hugo Clément en allant à Valeurs Actuelles. La vraie victoire de l'écologie, à mon sens, ce sera le jour où tous les partis politiques auront un programme solide, avec des mesures concrètes et ambitieuses, sur la question environnementale. Doit-on vraiment espérer que le RN devienne plus écologiste ?

Apportons ici une précision. Ce n'est pas la même chose de s'adresser aux électeurs du parti pour les alerter sur la nécessité d'agir face à l'urgence écologique que de convaincre les dirigeants d'incorporer un peu d'écologie dans un programme qui va à l'encontre des droits humains et de la démocratie. La question se pose.

Peut-on considérer que dès lors que la survie de la planète est en jeu, tout le reste devient accessoire ? Par définition, le RN est profondément anti-écologiste, puisqu'il établit une hiérarchie entre les êtres humains, là où l'écologie nous dit que la diversité fait notre force, que ce soit pour les écosystèmes ou les personnes. Le respect des droits humains, les questions de genre et d'égalité ne sont pas des petits sujets à part.

Ils sont au cœur d'une vision écologique du monde. Le GIEC le souligne dans son sixième rapport. C'est en élaborant des politiques et des lois qui vont du local au global et s'attaquent aux inégalités basées sur le genre, l'origine, l'âge, les handicaps, le lieu et les revenus que l'on peut réduire la vulnérabilité structurelle au changement climatique.

On ne pourra donc s'en sortir sans plus de démocratie, de justice sociale et de prise en compte des inégalités et discriminations. Face à la diversité, vous devez être solidaire. Commencer par désigner un bouc émissaire, l'émigré, ça c'est déjà foutu.

Parce que vous êtes en train de distiller un discours de haine dans la société. Quand on est face à des difficultés, le vieux Darwin savait ça, le seul moyen de s'en sortir, c'est la solidarité, c'est la règle d'or. Quand on est dans l'adversité, le délit d'humanité, c'est la destruction de la société, c'est la destruction des écosystèmes.

C'est ça que vous voulez ? De nombreux travaux l'ont montré. Face au choc à venir, nous avons besoin de développer l'entraide et la solidarité.

Une logique identitaire de rejet du chacun pour soi ne fera qu'aggraver les choses en situation de pénurie alimentaire, de sécheresse, etc. C'est ça qui fait la cohésion des groupes humains. Plus le milieu est hostile, plus ceux qui s'entraident survivent.

Et c'est un grand principe de l'évolution. C'est une sorte de, on peut dire, une loi de la nature. C'est pour ça qu'on l'appelait l'autre loi de la jungle.

Ceux qui survivent, ce n'est pas les plus forts. Ceux qui survivent, c'est les groupes qui s'entraident le plus. Et les individus qui s'entraident le plus.

Ces considérations sont d'autant plus importantes alors que de nombreuses régions vont devenir inhabitables et pousser de plus en plus de personnes à partir de chez elles. Selon le rapport de la Banque mondiale de 2021, il y aura environ 216 millions de déplacés climatiques supplémentaires d'ici à 2050. D'autres rapports en prévoient encore davantage.

Qu'on vote Marine Le Pen, qu'on vote Jean-Luc Mélenchon, qu'on vote Emmanuel Macron, on va tous et toutes être...

Ou Éric Zemmour, si ça vous fait plaisir. On va tous être frappés de la même manière par les phénomènes qui sont en œuvre. C'est une réalité.

Mais nous ne serons pas tous frappés de la même manière si le Rassemblement national arrive au pouvoir. Outre les inquiétudes des observateurs sur les coups de force contre les institutions, la démocratie et l'État de droit, la mise en place d'un État policier ou les menaces envers les journalistes ou les droits des femmes, le projet de préférence nationale du RN n'est rien d'autre qu'une discrimination légale assumée entre nationaux et étrangers pour accéder à l'emploi, à la fonction publique, au logement social, à l'hôpital ou aux prestations sociales. Rappelons aussi que les élus du Rassemblement national viennent d'annoncer le lancement d'une association parlementaire contre le poison du wokisme, qui vise notamment la propagande LGBT dans les écoles.

Ce qui n'est pas sans rappeler la loi sur la propagande LGBT adoptée récemment par la Russie de Vladimir Poutine, pour exclure toute référence au LGBT du champ public. Le respect du vivant est aussi celui des personnes, quelle que soit leur origine ou leur orientation sexuelle. Donc ça c'est totalement incompatible avec l'écologie et les seules choses qu'on pourrait faire en harmonie avec ça, c'est des broutilles, c'est un petit côté scintillant qui ne touchera en rien au fond de ce qu'il convient de faire, parce que c'est totalement contradictoire avec l'éloge de la puissance, avec l'éloge de l'égoïsme, avec l'éloge de la haine.

C'est totalement contradictoire à tous les référentiels écologiques depuis deux siècles, depuis que l'écologie est née, grosso modo vers le milieu du 19e siècle. Ce que je voulais alerter sur ce plan-là, c'est qu'il pourrait y avoir un discours écologique qui va se diffuser de plus en plus par l'extrême droite dans l'espace public, et qu'il faut que ça fasse partie des préoccupations, et qu'en fait c'est aussi quelque chose qui doit entrer dans le registre de la lutte antifasciste. Alors, est-ce que l'on veut vraiment sauver les dauphins tout en laissant mourir des personnes en Méditerranée ?

Est-ce qu'on veut un État fasciste et policier, mais avec des jardins partagés ? Est-ce qu'on veut ne sauver qu'une partie de l'humanité en mettant de côté toutes les personnes non-blanches ou discriminées ? Telle pourrait être la situation si le Rassemblement national accédait au pouvoir en enrichissant son programme écologique.

Le RN n'est pas un parti comme un autre, et à chaque fois qu'il est traité comme tel, cela contribue à le légitimer, le banaliser. Ainsi, ne faudrait-il pas plutôt montrer les limites de ses visées écologistes et convaincre ses électeurs de voter pour des programmes qui prennent réellement en compte l'urgence écologique dans toutes ses dimensions, et acceptent que tout est lié. On peut être de gauche, on peut être de droite, mais à un moment donné aujourd'hui, il faut rejoindre le combat pour le climat, pour le vivant.

L'écologie n'est ni de droite, ni de gauche, ni du centre. Vous parlez d'une guerre dans votre livre, après. L'écologie c'est un art de vivre.

Moi je pense que les Français en général sont concernés par les questions écologiques, et ce n'est pas un objet de gauche ou de droite. C'est l'autre débat du moment. L'écologie est-elle de droite ou de gauche ?

Mais la question est en réalité plus complexe. Elle est celle d'un nouveau référentiel. Comment, au-delà des constats, s'accorder sur la nécessité de revoir en profondeur notre système, pour éviter le pire et vivre mieux ?

Si je prends un nouveau référentiel, si je dis oui, le dérèglement climatique est la conséquence de l'organisation jusqu'alors des sociétés, vous devez fondamentalement changer le système. Mais si vous voulez le changer tout en le laissant démocratique, il me semble quand même quelque chose d'assez intéressant, dans ce cas-là, effectivement, vous allez recomposer la droite et la gauche. Donc l'écologie c'est dire ça.

C'est poser ce diagnostic. Une planète exsangue, pourquoi ? Parce qu'on s'est donné pour objectif de maximiser la production de richesses matérielles sur Terre.

Donc le problème c'est pas que ces gens parlent d'écologie, c'est de quoi parlent-ils quand ils parlent écologie ? Le philosophe allemand Jürgen Habermas propose notamment de refonder la démocratie à l'âge écologique. Et c'est cela dont il est question aujourd'hui.

Des mesures à la marge ne suffiront pas à préserver nos conditions de vie, à nous adapter aux conséquences déjà présentes du dérèglement climatique. C'est en cela que les solutions doivent être pensées en accord avec les limites de notre planète, en concertation avec la population, mais aussi avec les scientifiques, qui ont modélisé et pensé le problème. Leur expertise peut aujourd'hui aider les politiques à prendre des décisions et à ne surtout pas tomber dans de fausses bonnes solutions qui ne feraient qu'aggraver les choses.

Aussi, vouloir à tout prix que l'écologie soit transpartisane est une façon de la dépolitiser et d'évacuer la question de la conflictualité. Pourtant, chaque transformation sociale ou politique importante de notre société impliquant des remises en question profondes dans notre vision du monde et notre relation aux autres est systématiquement passée par des confrontations, souvent poussées par les minorités agissantes. On peut citer ici la fin de l'esclavage, de la ségrégation, du colonialisme ou encore les avancées sur l'IVG, le droit de vote des femmes.

L'enjeu aujourd'hui n'est pas seulement de vulgariser l'écologie et d'éduquer les politiques, mais de combattre des intérêts privés qui prévalent trop souvent sur les intérêts publics. Ce sont des multinationales fossiles qui ont pendant des années retardé l'action climatique. Ce sont des multinationales de l'agroalimentaire et un syndicat agricole majoritaire qui influencent les gouvernements successifs à ne pas agir face à la crise de la biodiversité.

La raison pour laquelle les politiques n'agissent pas assez pour la plupart face à l'urgence écologique n'est pas un simple manque de connaissances, mais aussi une réticence à aller contre les intérêts, souvent économiques, d'une minorité. Le tout au détriment de la majorité. Aujourd'hui, plus que jamais, face à cette réalité, le discours écologiste doit être clarifié.

C'est la fin de cette vidéo, j'espère qu'elle vous a permis d'y voir un peu plus clair sur les débats actuels et de vous faire votre opinion sur le sujet. Je n'ai évidemment pas pu tout traiter, mais je vais continuer de creuser ce sujet de l'écologie politique dans les mois à venir. En attendant, je vous mets plusieurs liens pour aller plus loin.

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