Commémorations du 8 mai, avenir de la NUPES, divisions de la gauche sur la politique étrangère... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Manon Aubry
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Bonjour Manon Aubry, en ce 8 mai il y a bien sûr les commémorations du 8 mai 45, d'abord à Paris pour Emmanuel Macron au pied de la statue du général de Gaulle sous l'arc de triomphe, puis il prendra la direction de Lyon pour un hommage à Jean Moulin et des appels à manifester de certains syndicats, d'organisations de gauche. Est-ce qu'on manifeste sa colère même le 8 mai ?
On manifeste sa colère tant que les revendications sociales d'un mouvement massif, soutenu par une grande majorité des français, soutenu par les oppositions politiques, ne sont pas entendus. Et j'aurais voulu, comme vous, avoir un 8 mai qui soit uniquement dans la commémoration.
Pas trop aujourd'hui, mais quand on manifeste, enfin on demande en tout cas manifester à deux pas du lieu où Jean Moulin a été emprisonné, la prison de Montluc à Lyon, est-ce que c'est peut-être un peu maladroit ?
Mais ne soyez pas dupes, aujourd'hui, si l'on manifeste, c'est Emmanuel Macron qui est visé, c'est absolument pas Jean Moulin. Et quand Emmanuel Macron pense qu'il peut sortir dans la rue et que tout va bien se passer et que les français sont passés à autre chose, eh bien le 8 mai, et je vous le donne en scoop, le 9 mai, le 10 mai, le 11 mai, le 12 mai, le 13 mai, je peux continuer longtemps, à chaque fois qu'Emmanuel Macron sortira dans la rue, oui, il y aura une contestation sociale massive, tant que cette revendication n'a pas été entendue et tant que la réforme des retraites n'est pas retirée.
Et vous pouvez essayer de dire aux gens sur tous les tons, ne faites pas ça, vous pouvez interdire comme le gouvernement le fait les casseroleades, en fait, elles auront lieu parce que les gens sont en colère et cette colère, elle est légitime.
Si on continue votre petit calendrier, ça veut dire que le 14 juillet aussi, potentiellement ?
Mais bien sûr ! D'ailleurs, la date du 14 juillet, ce n'est pas nous qui l'avons mise dans le calendrier, c'est Emmanuel Macron lui-même qui a fait son fameux compte à rebours des 100 jours de l'apaisement. On voit à quel point le pays est apaisé après, je ne sais plus à combien on est, 17, 18 jours, quelque chose comme ça. Et oui, le 14 juillet, ce sera le moment de faire le bilan. Et j'espère qu'à une fois arrivé le 14 juillet, nous pourrons dire que la réforme des retraites est tombée parce qu'il y aurait eu le vote de la proposition de loi Liott d'approgation du 8 juin ou parce que la mobilisation sociale aura obtenu gain de cause.
Et si ce n'est pas le cas, on sera de nouveau là le 14 juillet pour demander la même chose.
Hier soir, 6 ans, jour pour jour, après l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron, le chef de l'État a envoyé une lettre pour remercier ceux qui l'ont élu. Et pendant ce temps-là, il y avait une manifestation, notamment à l'appel de la France insoumise, devant le siège de renaissance à Paris. Certains manifestants, dont le conseiller régional LFI, Christophe Prudhomme, ont scandé Louis XVI, on l'a décapité. Macron, on peut recommencer. Est-ce que ça ne va pas un peu trop loin ?
Vous voyez, vous pouvez prendre n'importe quel slogan et dire que ça va trop loin. Mais le fait est que c'était...
Non mais c'est à vous que je pose la question en l'occurrence.
Oui, donc je vous réponds. On peut prendre chaque slogan individuellement de la mobilisation. Tous les slogans ne se valent peut-être pas. Sans doute, sans doute qu'ils ne se valent peut-être pas. Mais qu'aujourd'hui, il y a un vent de contestation massif. D'ailleurs, moi, c'est ce qui m'a frappée, je ne sais pas vous, mais si vous venez dans les manifs, les toutes premières manifs, vous aviez des slogans classiques, je dirais, de mobilisation sociale contre la réforme des retraites à 64 ans. Si aujourd'hui, la contestation sociale, et je parle des manifs massifs le 1er mai, dans laquelle il y avait plus de 2 millions de personnes, les gens mettent sur leur panneau le nom d'Emmanuel Macron.
C'est parce qu'ils ont bien compris qu'aujourd'hui, celui qui décide, il est à l'Élysée. C'est lui-même qui l'a dit, d'ailleurs, Emmanuel Macron, c'est l'autorité de votre serviteur qui est en question. Et puisqu'on a un homme qui décide seul, eh bien, c'est cet homme-là à qui l'on dit, eh bien maintenant, écoute le peuple français.
Emmanuel Macron, ce slogan qu'on a entendu hier soir, vous auriez pu le scander ?
Moi, personnellement, pas forcément, mais ça ne me choque pas qu'il soit utilisé, absolument pas.
Alors, tout se passe à l'Élysée, dites-vous. Pour autant, c'est à Matignon qu'Elisabeth Borne invite 5 syndicats. 4 ont dit oui pour l'instant pour des rencontres bilatérales, dont la CGT. Il reste la réponse de Force Ouvrière aujourd'hui ou peut-être demain. Est-ce que c'est une bonne chose que ce dialogue reprenne entre les syndicats et le gouvernement ?
Les syndicats, la plupart d'entre eux ont fait le choix d'y aller, mais je crois que leur mot d'ordre n'a pas changé. De la CGT à la CFDT, en passant par la FSU et les autres. Tous vont aller à Matignon et dire une chose très claire. Nous ne sommes pas prêts à sacrifier deux ans, les deux meilleures années à la retraite pour en faire les deux pires années au travail.
Pas seulement. La CGT, par exemple, dit on va aussi discuter de la suite et de certains sujets, notamment.
Ils ont raison, notamment pour mettre à l'agenda la question des salaires. Là aussi, dans les mobilisations sociales, c'est un sujet qu'on entend énormément. Parce que l'inflation, elle est autour de 6%. Parce que l'inflation des produits alimentaires, c'est plus de 15%.
Ça, c'est une bonne chose que ça se réenclenche.
Mais je veux dire, cette rendication n'a jamais disparu de la part des syndicats. Et d'ailleurs, quand j'entends Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie et des Finances, dire hier, sur une antenne concurrente de celle-là, dire qu'il demande au grand patron de faire un effort et d'augmenter les salaires. Mais pardon, Bruno Le Maire, il n'est pas ministre de l'Économie et des Finances ? Quand il s'agit de faire des cadeaux fiscaux aux plus riches et d'upprimer l'impôt de solidarité sur la fortune, il est le premier à légiférer et à souvenir qu'il a un outil législatif.
Lui, il vous répondra qu'on n'est pas dans une économie administrée.
Mais pardon, on ne peut rien faire pour encourager les entreprises, et notamment les très grandes entreprises, à augmenter les salaires plutôt que les grands patrons, à augmenter les salaires plutôt que les dividendes versés aux actionnaires. Vous avez plein d'outils législatifs pour cela. Vous pouvez, par exemple, augmenter la fiscalité sur à la fois les gros salaires et sur les dividendes qui sont versés aux actionnaires. La vérité, c'est que ce gouvernement, il a abandonné les salariés qui galèrent et qu'il est toujours prêt à cajoler les plus riches. On en a eu la démonstration.
À propos de salariés, il devrait arriver à l'Assemblée nationale, je rappelle que vous êtes eurodéputé, donc vous ne serez pas amené à vous prononcer, mais arrivera à l'Assemblée nationale dans les prochaines semaines le texte sur le partage de la valeur. C'est un texte qui est issu d'un compromis des partenaires sociaux. Le gouvernement dit qu'il va le reprendre à peu près tel quel, même si évidemment le Parlement pourra l'amender. Est-ce que vos collègues insoumis vont le voter, ce texte ?
Dans le détail, ce texte, il prévoit de nouvelles formes d'encouragement, d'incitation.
Ou les entreprises au-delà de 10 salariés.
Mais il ne pose pas la question véritable du partage des richesses, qui fait que dans les années 80, il fallait plusieurs mois pour rémunérer les actionnaires d'une entreprise, et qu'aujourd'hui, c'est à peine quelques jours. Et qu'il ne pose pas la question de fond, qui est, quand des richesses sont produites au sein d'une grande entreprise, de plus en plus, une part de plus en plus importante est redistribuée aux actionnaires.
Donc ça veut dire que c'est non ?
En fait, l'incitation, ça ne fonctionne pas.
Ce n'est pas de l'incitation, il y a une obligation quand même.
Il y a une obligation de dispositifs qui ne sont pas de la redistribution en salaire. Ce que demandent les salariés, ce sont des salaires. Ce ne sont pas des primes supplémentaires sur lesquelles vous n'avez pas de cotisation sociale, par exemple, vous ne cotisez pas pour la retraite. Tiens, on revient sur un sujet qui est important. Et donc la vraie question qui est posée, c'est celle du partage des richesses qui sont produites et qui se fait de plus en plus au détriment des salariés.
D'un mot, c'est une question posée, oui, mais la réponse avec cette loi, si les syndicats disent qu'il y a quand même des petites avancées, vous vous direz...
Il ne faudra pas que tous les syndicats aient signé cet accord ?
Non, ils ne sont pas tous satisfaits. Mais s'il y a des petites avancées, mais que ça ne va pas... Est-ce que vous, les députés insoumis, vous votez ou pas ?
De nouveau, tous les syndicats, on écoutera les syndicats. Je vais laisser mes collègues à l'Assemblée nationale se positionner. Mais aujourd'hui, je ne pense pas que ce soit un outil, l'outil nécessaire pour la redistribution des richesses.
Manon Aubry, députée européenne de la France insoumise, on se retrouve dans un très court instant. Le temps de dérouler le fil info avec Maureen Fignard. Paris et Lyon pour les cérémonies du 8 mai 45, celle qui célèbre la victoire sur les nazis. Emmanuel Macron rendra hommage aux résistants Jean Moulin à Lyon. Dans les deux villes, les autorités ont mis en place des périmètres où les manifestations sont interdites. La CGT a déposé un recours. Pour l'association e-enfance, la mesure gouvernementale peut être efficace. La directrice générale le dit sur France Info.
L'exécutif veut confier à l'Arcom, l'autorité de régulation, le pouvoir de bloquer les sites pornographiques qui ne contrôleraient pas leur accès aux mineurs. Et cela sans décision de justice. Les gendarmes affirment avoir été face à un homme très agressif. Ils ont ouvert le feu sur un automobiliste à Mornas, près d'Orange, en marge d'un contrôle routier. L'homme âgé d'une quarantaine d'années a été touché à l'abdomen. Il est en urgence absolue. Une page de l'histoire du foot français qui se tourne ce matin. Le président emblématique de l'OL, Jean-Michel Aulas, quitte ses fonctions après 36 ans. C'est l'américain John Textor qui a racheté le club et qui prend sa place.
Manon Aubry, députée européenne de la France Insoumise. Le sujet qui suit vous intéresse directement, puisqu'on va parler du drapeau européen. Il y a cette idée de l'imposer au fronton des mairies. Une proposition de loi sera examinée à l'Assemblée nationale demain. La France Insoumise est contre. Ce n'est pas une bonne chose d'avoir le drapeau européen à côté du drapeau français devant nos mairies ?
D'abord, c'est une loi qui est cosmétique, puisque vous pourrez aller devant n'importe quelle mairie de France quasiment. Vous aurez déjà le drapeau européen. Donc, légiférer, pourquoi faire ? C'est la première question qui se pose.
Pas forcément devant une mairie RN, par exemple.
C'est une minorité des mairies RN. De nouveau, vous allez devant n'importe quelle mairie de France. Vous verrez quasiment à chaque fois un drapeau européen. Donc, il ne faut pas se leurrer sur l'intention qui est derrière. L'intention, c'est de dire, ah bah tiens, on va créer un débat sur le sujet, comme on veut créer un débat sur les questions d'immigration. Et comme ça, on se détourne du vrai sujet qui intéresse les Français. Franchement, les gens qui nous écoutent, là, en se levant ce matin, je ne pense pas qu'ils se demandent qu'est-ce qu'on va faire sur le drapeau européen.
Par contre, ils se demandent qu'est-ce qu'on va faire pour faire en sorte de conserver l'emploi et que ce ne soit pas délocalisé à l'autre bout de l'Union européenne. Voilà des questions très concrètes ou sur les salaires ou sur l'inflation dont on parlait.
Est-ce que les insoumis ont un problème avec le drapeau européen ? On se souvient qu'en 2017, il était question, certains avaient proposé, de l'enlever de l'hémicycle de l'Assemblée nationale.
Mais c'était différent à l'Assemblée nationale. Après, vous ne pouvez pas enlever le fait que le drapeau européen, ça renvoie aussi à une forfaiture démocratique quand on est Français. On a voté, pas sur le drapeau, mais sur le traité constitutionnel européen en 2005. La France, massivement, a voté non à 55%. Et ce même traité a été imposé par la suite. Donc aujourd'hui, moi, vous savez, je suis députée européenne. J'ai envie qu'on parle de l'Union européenne sur ce qui se passe à l'heure actuelle.
Par exemple, d'un côté, sur des victoires qu'on a pu obtenir pas plus tard que la semaine dernière, sur le devoir de vigilance des multinationales, c'est-à-dire la régulation des grandes entreprises multinationales et les rendre responsables en cas de violation des droits de l'homme dans leur chaîne d'approvisionnement. Et de l'autre, l'Union européenne, c'est aussi des accords de libre-échange massifs qui fait qu'on fait venir de l'autre bout du monde des produits qui vont faire trois fois le tour de la planète et on va délocaliser l'emploi. Et l'Union européenne, c'est aussi ça et c'est contre ça aussi qu'on se bat.
Si on revient à l'actualité politique française, vous faites partie évidemment de l'ANUP, vous les Insoumis, qui vient de fêter C1N, avec un petit peu de friture sur la ligne quand même, avec notamment les communistes, Fabien Roussel, le patron du PCF, qui appelle à dépasser l'ANUP, qui pointe même le risque que cette alliance puisse être un boulet. Est-ce qu'au fond, le boulet, pour vous, c'est pas Fabien Roussel ?
En tout cas, je pense qu'il faut que Fabien Roussel clarifie sa position. Moi, j'étais présente à la réunion de l'ANUPES la semaine dernière et c'est vrai qu'on a tous été surpris, nous les Insoumis, mais pas que, je pense nos amis écologistes et socialistes aussi, de la volonté de Fabien Roussel presque de rupture avec l'ANUPES. Et donc, moi, j'ai envie d'avancer, j'ai envie très clairement.
Vous parlez de rupture à ce point-là ?
Quand on dit que l'ANUPES est une camisole ou un boulet, oui. Ça veut dire qu'on ne pense pas que l'ANUPES est le point de départ pour construire l'alternative. Moi, je pense que l'ANUPES, c'est le point de départ pour construire l'alternative. Et quand il dit dépasser l'ANUPES, mais aller avec qui ? Aller avec Charles de Courson ? Alors, j'aime beaucoup Charles de Courson qui mène avec nous la bataille sur la réforme des retraites, mais on a des désaccords politiques avec lui. Aller avec qui ? Avec Bernard Cazeneuve, vous voyez, tout ça n'est pas sérieux.
Justement, est-ce que vous avez l'impression qu'il favorise vos adversaires comme Gérald Darmanin ou Bernard Cazeneuve ? C'est ce que disent certains dans votre camp.
En tout cas, il ne nous rend pas la tâche facile, puisque me voilà sur votre plateau à parler des dires de Fabien Roussel. Et franchement, moi, je vais vous dire, ça me fatigue. J'en ai marre de commenter les positions des uns et des autres. Moi, j'ai envie de vous dire, l'ANUPES, c'est quoi ? L'ANUPES, c'est une alliance politique inédite de toute la gauche. L'ANUPES, c'est ce qui a permis à la gauche de se relever et d'avoir 151 députés. L'ANUPES, c'est celle qui a mené la bataille contre la réforme des retraites pied à pied ces derniers mois.
L'ANUPES, c'est celle qui a obtenu, pas plus tard que la semaine dernière, une victoire à l'Assemblée nationale pour renationaliser EDF, pour réguler les tarifs de l'électricité, notamment pour les TPE. Je termine d'un mot là-dessus parce que finalement, vous savez, on a calculé, il y a eu en moyenne 400 articles par jour sur les tensions à l'ANUPES, la rupture de l'ANUPES. Eh bien, cette victoire à l'Assemblée nationale la semaine dernière, c'est un texte qui a été déposé initialement par un socialiste qui se retrouve dans la niche des communistes et qui a des amendements défendus par les insoumis et les écologistes.
Voilà, moi, l'ANUPES que je veux, l'ANUPES qui gagne des choses concrètes pour les gens et c'est celle qui, demain, devra construire l'alternative pour gouverner le pays.
Alors, l'ANUPES qui gagne, est-ce que ce sera l'ANUPES qui gagne aux élections européennes ? Est-ce que vous avez encore l'espoir d'avoir une liste commune avec les Verts, par exemple, qui, eux, ont déjà dit ? Ils veulent y aller tout seuls.
Plus que l'espoir, j'ai la conviction que c'est ce dont nous avons besoin, pour trois raisons. La première, c'est que nous pouvons gagner. Et ce n'est pas une petite chose que de gagner face au Rassemblement national et face au Macronisme. Vous voyez très bien, le soir de l'élection européenne, soit nous sommes ensemble et l'ANUPES, oui, peut l'emporter et se poser en alternative crédible dans la perspective de 2027. Soit vous aurez le bâton du RN, le bâton des macronistes, je ne sais pas dans quel ordre, et derrière, tous les petits bâtons de la gauche. Alors, qu'est-ce que vous dites au vert ? On oublie nos différences très importantes sur l'Europe.
Sur les raisons pour lesquelles c'est nécessaire. La deuxième raison pour laquelle c'est utile et nécessaire, c'est que nous avons déjà mené des combats en commun. Moi, ça fait quatre ans que je suis élue au Parlement européen. 80% de nos votes sont en commun. Les combats dont je vous parle au Parlement européen, contre les accords de libre-échange pour un devoir de vigilance des multinationales, on les mène avec les écologistes, avec les socialistes, et plus de 80% de nos votes sont en commun.
Et les écologistes, Manon Brie, pardon, dit que vous êtes des forceurs.
Mais, attendez, mais si elle est des forceurs, c'est essayer de convaincre, je me demande où est-ce qu'on est. Parce que, d'ailleurs, je le dis à Marine Tondelier, elle dit assez clairement, et je suis d'accord avec elle sur ce point, il nous faut un candidat commun pour 2027. Et c'est ma dernière raison que je pense pour laquelle cette candidature commune est nécessaire. Il faut un candidat commun pour 2027. Mais si nous avons un président de la République, un candidat est à fortiori un président de la République, le président de la République, il a beaucoup plus de compétences en matière européenne et en matière internationale que les parlementaires européens.
Alors, quel sens cela a, avoir un candidat commun en 2027 sur des sujets, y compris européens, internationaux, si l'on n'est pas capable de se mettre d'accord en 2027 ?
Donc, pas de liste commune, pas de candidat commun, c'est très clair.
Non, ce que je dis, moi je me battrais jusqu'en 2027 pour avoir un candidat commun. Mais vous comprendrez bien qu'il y a un manque de cohérence. Les électeurs vont nous dire, attendez, vous n'étiez pas d'accord, soi-disant pas d'accord en 2024. Mais vous êtes d'accord en 2027, il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles. Et donc, moi je pense qu'on peut convaincre. Et d'ailleurs, je ne suis pas la seule. Il y a un sondage la semaine dernière, 76% des sympathisants de gauche sont en faveur d'une liste commune. Pourquoi ils sont en faveur d'une liste commune ?
Parce que quand vous êtes un électeur de gauche et que vous avez eu 4, 5, 6 candidatures, vous vous dites, mais enfin, il y a un truc qui tient la route, un truc qui peut gouverner. Mais pour les européennes, justement, Manon Brice. Je pense que cet espoir et cette conviction, il faut qu'on arrive à la traduire.
Vous parlez de quelque chose qui tient la route, sauf que vous avez des accords de fond avec l'EVER. Sur désobéir ou pas aux traités, par exemple ?
Eh bien, nous avons un programme commun.
Sur l'Europe fédérale ?
Alors, première chose, prenons les choses dans l'Europe. Nous avons un programme commun que nous avons négocié âprement l'année dernière et qui part d'un constat très clair.
Tu mettes un peu de côté les questions européennes ?
Non, il y a un chapitre entier sur lequel il n'y a zéro désaccord. Et je le dis, il y a un programme avec 650 mesures, 32 points de nuance, zéro sur la question européenne.
Désobéir aux traités, déroger aux traités, vous utilisez les deux termes dans le programme.
Mais ça revient exactement à la même chose. Non, ça revient, je vais vous dire concrètement. Désobéir, c'est unilatéral, déroger, c'est le faire en discussion avec les institutions européennes. Non, dans tous les cas, la fin de la phrase dit que nous avons intérêt à le faire avec d'autres. Mais je vous prends un exemple concret. La fin des tarifs réglementés du gaz et de l'électricité. Là, les gens vont avoir leurs factures qui vont exploser. Eh bien, les socialistes, les écologistes, les insoumis, les communistes, nous sommes tous d'accord pour dire qu'il faut revenir à des tarifs réglementés et s'il faut, nous le ferons seuls. Et enfin, sur l'Europe fédérale, d'un mot.
Quatre ans que je suis au Parlement européen, combien de fois j'ai voté sur l'Europe fédérale ? Zéro fois. C'est un débat théorique qui est intéressant.
Oui, mais c'est comme les symboles, ce sont les idées.
Non, mais la question qui nous est posée, c'est qu'est-ce qu'on fait concrètement au Parlement européen ? Et donc, si, par exemple, c'est revenir sur l'unanimité en matière fiscale pour enlever le droit de veto aux paradis fiscaux et enfin agir contre l'évasion fiscale, là, moi, je dis oui. Si c'est enlever le droit de veto sur les accords de libre-échange qui fait qu'on ne pourrait plus bloquer des accords avec le Mercosur, avec la Nouvelle-Zélande, là, je dis non. Et il se trouve qu'en pratique, les écologistes, les socialistes et les communistes sont d'accord avec moi.
Donc, vous voyez, ces désaccords supposés, souvent montés en épingle, pardon, mais souvent montés en épingle, ne tiennent pas la route.
Non, mais entre vous, Marine Tondelet, vous voyez bien ce qu'elle vous dit.
Mais c'est faux, je lui ai répondu. Je vous invite toutes et tous à lire ma note de blog. On entend votre message ce matin. Mais pour aller au-delà des postures et des caricatures, et je dis une chose pour finir ça. Ce qu'on demande aujourd'hui, c'est ni plus ni moins qu'ouvrir un débat. Moi, je force la main de personne. Je cherche à convaincre. Et je leur dis, retrouvons-nous, ne serait-ce que pour discuter du programme. La semaine dernière, à Notre-Réunion, Marine Tondelet a refusé ça catégoriquement. Ce que je lui demande, ce n'est pas de signer une liste commune.
C'est ouvrons des chantiers programmatiques, dissiliter, faisons le bilan du mandat, discutons de nos priorités et de nos divergences éventuelles. Et de ça, concluons ou non si nous pouvons faire une liste commune. À ce stade, nous demandons que ça. Je regrette que les écologistes le refusent, mais j'observe que Julien Bayou, à votre antenne, lui était prêt à ouvrir la voie. Sandrine Rousseau également. Il y a du débat au sein des formations politiques. C'est normal, ce débat va vivre. Et j'espère que nous pourrons trouver au moins les moyens d'en discuter. À ce stade, je ne demande pas plus que ça.
On va parler de politique étrangère, politique internationale, juste après le fil info, à 9h moins 10, avec Maureen Fignard. Marseillaise et chant des partisans. Les cérémonies du 8 mai 45 débutent à 11h ce matin à Paris, sous l'arc de triomphe. Le 78e anniversaire de la victoire sur les nazis. Le chef de l'État sera ensuite à Lyon cet après-midi pour un hommage aux résistants Jean Moulin. Les opposants à la réforme des retraites veulent manifester. C'est Emmanuel Macron qui est visé. Pas Jean Moulin, souligne sur France Info Manon Aubry, députée européenne La France Insoumise. Et en ce 8 mai, le président ukrainien fait un parallèle.
Il affirme que la Russie sera vaincue de la même manière que le nazisme l'a été en 45. De nouvelles attaques de drones la nuit dernière sur Odessa et Kiev, la capitale ukrainienne. La séropositivité ne sera plus un critère de discrimination pour intégrer la gendarmerie et les corps militaires des sapeurs-pompiers. Le ministre des Armées l'annonce ce matin. Sébastien Lecornu annonce signer un arrêté en ce sens. Après 36 ans, Jean-Michel Olas quitte la direction de l'Olympique lyonnais. Coup de tonnerre ce matin dans le paysage du foot français. Il est nommé président d'honneur mais sera remplacé par l'homme d'affaires américain John Textor, le nouveau propriétaire de l'OL.
France Info Le 8.30 France Info Adrien Bec Gilles Dequille Toujours avec Manon Aubry, eurodéputée La France Insoumise. L'autre point de désaccord possible que vous avez avec vos partenaires à gauche, c'est la politique étrangère. Avant d'y revenir précisément, notamment sur l'Ukraine, une résolution doit être votée à l'Assemblée nationale cette semaine sur le groupe Wagner. Doit-il être considéré ou pas comme une organisation terroriste ? Quel est votre avis sur la question ?
D'abord, je me permets de corriger encore un point de désaccord. Vous voyez, quand je dis qu'il y a des caricatures qui sont faites de nos positions, j'ai calculé, depuis que je suis élue au Parlement européen et le début de la guerre, il y a eu 29 textes votés sur l'Ukraine. 29 textes pour lesquels j'ai voté en tant qu'eurodéputée insoumise. Donc vous le voyez, j'ai voté la même chose que mes collègues écologistes et socialistes et vous venez nous dire sur des plateaux télé, mais vous êtes en désaccord, etc. Manon Brice,
sur le groupe Wagner, est-ce qu'il doit être ou non considéré comme une organisation terroriste ?
J'ai, c'est à mes collègues à l'Assemblée nationale de l'en discuter. Moi, en tout cas, j'y suis favorable. Je pense que le groupe Wagner joue un rôle. La qualification de terroriste, c'est toujours un peu problématique parce qu'elle a quelle valeur elle a en droit international. On a vu un débat au moment de la qualification de la Russie comme état terroriste. Bon, là, c'est plus précis. C'est sur le groupe Wagner. Je pense que ça pose moins de problèmes que sur la Russie. Après, je laisse mes collègues à l'Assemblée nationale le décider.
Au mois de mars, sur ce plateau, le chef de votre parti, Manuel Bompard, jugeait intéressant le plan de paix proposé par la Chine depuis Pékin à renforcer ses liens avec Moscou. Xi Jinping, d'ailleurs, est allé à Moscou. Il y a plus de coopération militaire entre les deux pays. Est-ce que vous le trouvez toujours intéressant, ce plan de paix ?
La question qui est posée, c'est comment on sort de cette guerre et comment on trouve le chemin de la paix ? Je crois que c'est ce que veut tout le monde et pour le faire, il faut, à mon sens, deux choses. La première, c'est renforcer notre soutien à l'Ukraine, notre soutien financier, notre soutien logistique, notre soutien militaire pour permettre à l'Ukraine de résister. Mais la vérité, c'est que...
Un soutien militaire, ça vous va ?
Oui, moi j'ai voté en faveur du soutien militaire apporté à l'Ukraine. Mais on ne réglera pas uniquement cette question de cette manière-là. Au vu, vous avez une puissance en face, une puissance militaire colossale qui est la Russie et qui dispose de l'arme nucléaire. Je ne veux pas, je ne souhaite pas que ça se termine dans un bain de sang encore plus important que celui que l'on connaisse et avec l'utilisation de l'arme nucléaire. Donc, comment on fait pour arriver à trouver un terme à ce conflit ? À la fin, il faudra ramener la Russie à la table des négociations. Et d'ailleurs, Emmanuel Macron ne dit rien d'autre.
Et si la Chine, comme d'autres États, peuvent faciliter le dialogue avec la Russie pour faire en sorte qu'on ramène la Russie à la table des négociations, alors c'est utile et nécessaire. Est-ce que ça veut dire qu'on soutient le régime chinois ? Non. Moi, je vous le dis, ce n'est pas une démocratie. Je vous le dis d'ailleurs, je n'hésite pas, contrairement à Emmanuel Macron, dire que la Chine a une responsabilité dans la violation des droits de l'homme, dans l'enfermement des Ouïghours, etc.
Et sur Taïwan, est-ce qu'il n'y a qu'une seule Chine ?
Alors, c'est la politique qui est défendue d'Emmanuel Macron à l'ensemble des dirigeants européens. Une seule Chine, ça ne veut pas dire que Taïwan n'a pas une forme d'indépendance. C'est défendre le statu quo à l'heure actuelle. Je crois que Taïwan est reconnue seulement en tant qu'État indépendant par une quinzaine d'États. Par contre, ça ne veut pas dire que la Chine doit envahir militairement Taïwan. Et ça se dit clairement, il ne faut pas qu'il y ait la moindre attaque militaire de quelque manière que ce soit.
Mais est-ce que c'est une bonne chose que les dirigeants occidentaux et Emmanuel Macron notamment le rappellent ou alors, comme a pu le dire Jean-Luc Mélenchon, c'est d'abord l'affaire des Chinois ce dossier-là ?
Alors, je pense qu'Emmanuel Macron finalement sur ce sujet n'est pas très éloigné
lorsqu'il est allé en Chine et qu'il a dit grosso modo ce n'est pas à nous de nous en occuper.
Pardon, il s'est pris une volée de bois verte pour d'autres raisons. Il s'est aussi pris une volée de bois verte parce que justement il va avoir un dirigeant politique et n'aborde pas les violations des droits humains dans son pays. Moi, je vous l'ai dit, si on avait un gouvernement et un président de la République de la NUPES, tiens, projetons-nous, eh bien, notre président de la République n'aurait pas hésité un seul instant à parler des violations des droits humains en Chine.
Est-ce que vous, parlementaire européenne, vous seriez prête à aller en déplacement officiel à Taipé, à Taïwan ?
Il se trouve que les déplacements des parlementaires européens sont faits dans le cadre des commissions parlementaires. Moi, je ne siège pas dans la commission des affaires étrangères. Mais si je siégeais dans la commission des affaires étrangères, je ne verrais pas le problème politique à le faire. Il se trouve que ce n'est pas le cadre de mon mandat. Moi, je siège dans la commission des affaires économiques et monétaires. Je m'occupe de la régulation des multinationales qui est aussi un gros sujet.
Et quand je vous parlais tout à l'heure du devoir de vigilance des multinationales, le but, c'est de cibler aussi des entreprises qui sont des entreprises chinoises et qui exploitent les travailleurs et qui fondent leur business model sur des travailleurs qui sont payés au lance-pierre pour qu'on puisse acheter des fringues à 2 euros dans je ne sais quel magasin.
Et d'un mot, Manon Aubry, est-ce qu'on a raison, est-ce que la France a raison de dérouler le tapis rouge à Narendra Modi qui sera l'invité d'honneur du 14 juillet, le Premier ministre indien ?
Je pense qu'aujourd'hui, l'Inde a été souvent qualifiée de la plus grande démocratie du monde et on ne peut pas vraiment dire qu'aujourd'hui, ce soit un régime démocratique. Et tout comme j'espérais qu'Emmanuel Macron évoque la question des droits humains avec la Chine, j'espère qu'Emmanuel Macron évoquera les questions démocratiques qui sont des questions importantes et je crois qu'en ce moment, l'Inde va mal à la fois sur le plan économique et social mais aussi sur le plan démocratique.
Manon Aubry, merci beaucoup. Députée européenne, La France Insoumise, invitée du 8.30 France Info.
Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci.
Manon Aubry