Face à Face : Jean-Philippe Tanguy - 14/02
Audio original de l'émission.
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Vous écoutez RMC, face à face, Apolline de Malherbe. Il est 8h33 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Jean-Philippe Tanguy.
Bonjour Apolline de Malherbe.
Vous êtes le député Rassemblement National de la Somme, vous êtes le président délégué du groupe Rassemblement National à l'Assemblée Nationale et vous êtes l'un de ceux qui prend le plus de poids et de lumière aujourd'hui au Rassemblement National, notamment parce que vous êtes en charge de la question des retraites. On va évidemment revenir sur ce qui se passe à l'Assemblée, ce qui se passe dans la rue, la position du Rassemblement National face à cette réforme des retraites. Et puis on parlera aussi prix à la pompe, inflation et puis on parlera des aires médicaux. Quelles sont vos solutions ? Mais je voudrais qu'on revienne sur ce qu'il s'est passé hier à nouveau en séance.
Le spectacle des députés, c'était ça.
Entre 2017 et 2019, c'est 33% d'accidents du travail causant la mort en plus. Donc vous ne pouvez pas arriver ici et me dire que la suppression des CHSCT n'a eu aucun effet. Ce sont 150 orphelins, veuves, veuves en plus et vous avez la responsabilité de ces choix politiques. Vous êtes un assassin.
Aurélien Saint-Houle, qui est député de la France Insoumise des Hauts-de-Seine, qui a donc insulté le ministre du Travail, le traitant d'assassin, avant de s'excuser. Mais il y a eu évidemment un incident de séance. Est-ce que vous condamnez, vous aussi, les propos de votre collègue de la France Insoumise ?
Oui, bien sûr. Le groupe l'a condamné. Marine Le Pen a pris la parole pour le condamner. Mais comme tous les groupes, y compris d'ailleurs, il faut le dire, les groupes de la NUPES, les principaux figures de la NUPES ont tous condamné cette parole, qui fait suite à une série d'incidents, d'accidents, de provocations, qui, au-delà du fond et des blessures que cela peut faire aux uns et aux autres, gêne le débat et nous empêche de parler de la vie des gens.
Parce que quand on voit la mobilisation sur le terrain, en particulier dans les petites villes, les villes moyennes, en région, on se voit bien que la volonté de la population, y compris des syndicalistes, c'est qu'on parle des 64 ans, c'est qu'on parle des 43 années de cotisation, c'est qu'on parle de l'arnaque de la pension minimale de 1200 euros. C'est ça ce qu'ils veulent qu'on parle. Ce n'est pas d'insulter les uns et les autres, ou de faire des provocations du théâtre, du mauvais théâtre à l'Assemblée.
Est-ce que vous estimez que la France Insoumise a une responsabilité, aujourd'hui, dans l'image que ça donne, comme vous dites, du débat politique ?
Complètement, dans l'image, mais surtout dans le fait qu'on ne parle pas de la vie des gens et qu'on ne parle pas de la réforme. C'est quoi concrètement ? Vous le savez, vous en parlez tous les jours sur votre antenne, c'est travailler deux ans de plus. Donc c'est un impact considérable sur les femmes et les hommes qui font des métiers difficiles. Et ça sera notamment, ne vous inquiétez pas Jean-Philippe Tanguy,
on va en parler du fond, et d'ailleurs de vos propositions aussi à vous, pour répondre à la question des retraites. Mais si je m'arrête un instant sur ce qui s'est passé hier, sur ce qui s'était passé déjà la veille avec le député Thomas Porte, qui a été condamné aussi par le règlement de l'Assemblée nationale et par la présidente de l'Assemblée nationale, pour s'être exposé, s'être montré sur les réseaux sociaux, le pied sur la tête, sur un ballon à l'effigie du ministre du Travail. Aurélien Saint-Toul, là, qu'on vient d'entendre, il vous avait insulté, vous aussi, vous l'avez dit d'ailleurs.
Oui, il me traite régulièrement en commission des finances, de fascistes. Bon, il y a aussi des incidents avec M. Saint-Toul cet été, sur certaines commomérations, en particulier la rave du Veldiv. Donc ce sont des gens, si vous voulez, qui ont une pensée groupusculaire, qui sont dans la provocation permanente, la haine permanente, l'agitation, qui cherchent en fait à considérer, comme l'a dit hier Marine Le Pen, les autres figures politiques comme des ennemis. On n'est pas des adversaires, on n'est pas en compétition, on n'est pas dans un échange d'arguments, de propositions, de contre-propositions.
On est dans l'insulte, la caricature, et une volonté de blesser les uns et les autres qui est pitoyable, et qui n'est pas du tout à la hauteur des enjeux. Bon, et alors, M. Porte, c'était encore pire, parce qu'ils se sont enfoncés toute la journée. On leur a proposé de s'excuser. Qu'est-ce que ça coûte de s'excuser ? Tout le monde fait des erreurs. Moi, ça peut m'arriver de faire des erreurs, c'est humain. Mais persévérer dans l'erreur, persévérer dans la provocation, c'est complètement irresponsable. Et vous l'avez dit vous-même, ce n'est pas, je pense, à la hauteur des enjeux.
C'est ce que dit d'ailleurs Elisabeth Borne, qui s'en est plaint hier soir, et qui appelle à ce que les débats puissent être à la hauteur. Vous espérez que l'article 7 puisse être débattu. Vous avez une stratégie très différente. Absolument. La France Insoumise notamment, la NUPES plus largement, mais la France Insoumise en particulier, ont déposé, on le sait, des milliers d'amendements. Ils en ont retiré mille hier in extremis, ce qui va peut-être permettre que l'article 7 soit débattu. Vous, au RN, c'est exactement l'inverse, on a déposé 200.
Absolument, ça nous a été reproché au début. On nous a dit, vous ne déposez pas assez d'amendements, comme s'il y avait une compétition. Mais pourquoi on a déposé ce nombre d'amendements ? C'est qu'on savait que le nombre de jours réservés pour débattre était limité. Et on sait combien ça représente de temps de débattre un amendement. Comme ça, on a l'impression que c'est un mot qui est balancé dans le débat. Mais non, c'est au moins 5 à 10 minutes par amendement. Donc on se rend bien compte quand vous avez seulement deux semaines. C'est irresponsable, ça représentait, et c'est vrai, plusieurs mois de travail.
Donc nous, on a déposé des amendements concentrés sur le fond, avec un contenu politique fort, pour supprimer les 64 ans, pour limiter la hausse des cotisations à 43 ans, pour faire que la pension minimale de 1 200 euros soit réelle, et pas une promesse en l'air.
Comment elle serait réelle avec vous ?
C'est qu'il faut définir un plancher, par exemple. Il faut aller vers le fait, ce qu'avait d'ailleurs, j'ai relu, vos collègues de libération. Ça n'existe pas, enfin, une retraite plancher. Oui, effectivement, ça ne retraite pas. Donc il faut calculer les choses, anticiper les différents profils, les vies de travail, pour pouvoir arriver à ce niveau-là. Ceci dit, ça n'existe pas dans la loi, mais on pourrait très bien envisager que ça existe. Parce que, par exemple, les minimums sociaux, le RSA, un certain nombre, le SMIC, sont définis à un niveau par la loi.
Donc on pourrait très bien imaginer l'ASPA, le minimum vieillesse, vous savez, pour les personnes, justement, qui n'ont pas forcément cotisé ou qu'on peut travailler, il y a un niveau qui est fixé par la loi. Donc on aurait très bien pu imaginer une retraite minimale fixée par la loi. Donc vous, le plancher, ce serait 1 200 euros.
Pas de retraite en dessous de 1 200 euros.
C'était la promesse qu'avait fait Marine Le Pen à 1 100 euros à l'époque, indexée sur l'inflation. Donc vous savez, l'inflation, 3% l'année dernière, parce que 6% cette année, ça fait 10% de plus, on arrive à 1 200 euros. Donc c'était la promesse. Mais, il faut le dire, c'était une promesse qui était consensuelle dans la classe politique. Marine Le Pen l'avait promis. Emmanuel Macron l'avait promis. Mon collègue Thomas Ménagé hier l'ont dit aussi.
Il me semble que Marine Le Pen, c'était 1 000 euros, le plancher. C'était qu'il n'y ait pas de petite retraite en dessous de 1 000 euros.
Alors c'était lié au seuil de pauvreté. Et donc effectivement, selon les années, ça évolue. Au moment de la présidentielle, on arrivait à 1 100 euros. Et avec l'inflation maintenant, on arrive à 1 200 euros à peu près.
Vous dites que c'est une arnaque, sciemment, de la part du gouvernement.
Alors moi, il se trouve que j'avais une intuition, parce que je les connais, le 12 janvier, chez vos collègues de Radio France, j'avais dit, oui, sur le papier, ça a l'air séduisant. D'ailleurs, eux-mêmes l'ont appelé du sucre, pour s'y d'appâter, malheureusement, si je puis dire, nos concitoyens. J'avais dit, méfiez-vous des détails, méfiez-vous de la façon dont cela va être porté dans la loi. Et effectivement, semaine après semaine, jour après jour, il faut le dire, d'ailleurs, grâce au travail des journalistes, parce que comme c'est le brouhaha permanent au Parlement et qu'on n'arrive pas à débattre de sujets qu'il y a dans l'article 10, c'est les journalistes qui font leur travail.
Et je tiens à les remercier, il y a un économiste aussi. Et maintenant, c'est acté, c'est reconnu par le gouvernement. Et qu'il y a des hommes, notamment, qui a insisté particulièrement sur cette question. Absolument, je reconnais quand c'est les autres thèmes, je ne suis pas toujours essayé de tout ramener à nous-mêmes. Donc là, les autres ont fait un travail sérieux. Et aujourd'hui, ces 1 200 euros, malheureusement, n'existent pas. Et d'ailleurs, dans l'étude d'impact du gouvernement, en fait, c'est une hausse moyenne de 33 euros. Je vous rappelle que, quand même, M. Véran, porte-parole du gouvernement, avait dit que c'est 100 euros en moyenne.
Et il y en a même qui toucheront plus de 100 euros. Or, c'est 33 euros en moyenne. Et c'est 100 euros maximum. Donc, on est quand même très loin entre la promesse et les vérités. Et ce qui est particulièrement... Ça n'a pas été évoqué aujourd'hui, mais je voulais profiter de votre émission pour le dire. Le cœur de l'accord électoral, parlementaire, entre Mme Borne et M. Ciotti, les LR, qu'ils ont fait sur le perron de Matignon. C'était quoi ? C'était la pension minimum à 1 200 euros. Donc là, les LR, il faut qu'ils se réveillent au Parlement.
Parce que s'ils continuent à soutenir cette loi, alors qu'ils se sont fait arnaquer eux-mêmes sur les 1 200 euros, ils participeront à ce qu'il faut bien appeler une escroquerie politique.
Vous demandez ce matin aux Républicains qui s'apprêtent à voter pour une partie d'entre eux, avec le gouvernement, avec la majorité, de dire, non mais vous vous êtes fait avoir sur ce point.
Ils ne peuvent plus tolérer ça. Il y a des figures politiques, mais il y a beaucoup d'élus de terrain, tout à fait honorables, qui, je pense, ont cru à cette promesse de bonne foi, qui sont allés à la rencontre de leurs électeurs, des gens qui ont travaillé toute leur vie, qui espéraient cette pension de 1 200 euros. Vous savez, tout n'est pas tout blanc, tout n'est pas tout noir. Quand vous avez une vie de travail, même si vous n'êtes pas d'accord avec les 64 ans, avec les 43 ans de cotisation, vous pouvez vous dire, moi j'ai besoin de cette pension minimale.
Donc vous pouvez adhérer partiellement à cette réforme de bonne foi sans vous rendre compte que vous êtes en train de vous faire arnaquer. Donc je dis aux élus LR, prenez vos responsabilités. Mais aujourd'hui, cette promesse n'est pas respectée. Et ça en rappelle une autre, je l'ai vue dans vos titres. Cet été, les Républicains, ils ont fait un accord avec la majorité sur le carburant à 1,50 euros. Vous l'avez vu, vous, le carburant à 1,50 euros dans les remontées de terrain que vous faites tous les jours ?
Aujourd'hui, il est à 1,87 euros.
Oui, mais il n'a jamais été à 1,50 euros. Moi, je l'avais dit au Parlement, je m'étais fait insulter, j'ai dit, il ne sera jamais à 1,50 euros. Les calculs n'étaient pas bons. Les calculs n'étaient pas bons, ils n'ont jamais été bons. Il n'a jamais arrivé à 1,50 euros.
Prenons un instant pour nous y arrêter. Avant de revenir aux retraites, ce que j'aimerais bien savoir, ce que vous, vous proposez notamment sur les femmes, qui est l'autre point sur lequel vous estimez qu'il y a eu une forme d'arnaque. 1,87 euros, je le disais, des profits records pour Total. Est-ce que vous estimez que Total doit immédiatement mettre en place une ristourne ?
Oui, mais moi, s'ils le font, tant mieux. Moi, je ne suis jamais pour la politique du pire. Donc, il faut une ristourne, on la prend. Mais ce n'est pas à Total ou à n'importe quelle multinationale d'accorder un avantage à la population, c'est à l'État, qui est garant de la justice sociale, garant de la justice fiscale, garant de ce que Marine Le Pen appelle un ordre économique de prendre ses responsabilités et que ce soit pareil sur tout le territoire. Mais ça veut dire quoi ?
Si c'est plus efficace que ça passe par Total ?
Mais ça ne l'est pas. Vous savez, beaucoup de gens font leur plein dans les hypermarchés. Bon, les hypermarchés se fournissent auprès de Total, ils n'ont pas la ristourne et ils ne peuvent pas la faire. Donc, en plus, c'est de la concurrence déloyale. Donc, au final, c'est n'importe quoi. Il faut appliquer le même régime à tout le monde. Je rappelle les mesures qu'on proposait. La TVA de 20 à 5,5 sur le carburant. Mais aussi, ça a été peu dit, l'annulation des hausses de taxes sur les carburants que M. Macron a fait voter en 2017, en 2018, qu'avaient initié les Gilets jaunes.
Et est-ce que parallèlement, vous metteriez en place une taxe sur les super-profits de Total ? Oui, tout à fait.
Mais on l'a encore proposé. Moi, j'avais même dit aux socialistes, vous savez, la semaine dernière, il y a eu une journée consacrée aux propositions de loi socialiste. On devait ouvrir la journée avec une taxe sur les sur-profits. Moi, je l'ai soutenu, on l'a soutenu, en commission des finances. On a même élargi. D'ailleurs, on a proposé que ce soit plus large ce que proposaient les socialistes, comme l'avait promis Marine Le Pen. Ils l'ont retiré le matin. Comme d'ailleurs, les Insoumis, je le rappelle, avaient retiré leur proposition sur le SMIC lors de leur journée. Donc, ce sont des gens qui font de la surenchère. On l'a dit au début, en permanence, qui crient, qui hurlent.
Mais quand c'est concret, quand il faut discuter de vraies mesures, il n'y a plus personne.
Pour ceux qui nous rejoignent, vous êtes Jean-Philippe Tanguy, vous êtes député du Rassemblement National, une des nouvelles figures du Rassemblement National à l'Assemblée. Vous évoquiez à l'instant ceux qui, d'après vous, ne permettent pas un débat serein à l'Assemblée. Bernard Cazeneuve, l'ancien Premier ministre, dit qu'au fond, ce buzz que eux créent, notamment sur les bancs de la gauche de la gauche, eh bien, l'extrême droite, finalement, en profite en se donnant, je cite, une image de respectabilité qu'elle ne mérite pas. Vous êtes très attentif à ça. C'est une autre forme de théâtre, non ?
Non, parce que vous savez, c'est très méprisant. Alors, vous avez le mépris violent, verbal, bruyant, des Insoumis envers la majorité, envers le RN. Et vous avez le mépris de classe, sous-marin, si je puis dire, de M. Cazeneuve, qui sous-entend qu'on aura un agenda caché, qu'on serait des personnalités contestables. Ils attaquent aussi les personnes, puisqu'on n'est soi-disant pas respectables. Et pourquoi je ne serais pas respectable ? Qu'est-ce qui est dans mon parcours qui n'est pas respectable ? Qu'est-ce qui est dans le parcours de Marine Le Pen qui n'est pas respectable de tous mes collègues, Thomas Ménager, Laure Lavalette ? Qu'est-ce qui n'est pas respectable dans leur parcours ?
Pourquoi est-ce qu'on mentirait ? Pourquoi est-ce qu'on se cacherait ? La réalité, vous savez, vous avez de l'expérience des médias, on n'arrive jamais à cacher sa nature bien longtemps, quand on est exposé, quand on est sous les projecteurs, quand on est dans le Parlement. Le Parlement, la politique, ça réveille la nature humaine comme personne. Donc ça réveille la nature de ce qu'est la LFI et ça révèle en fait ce que c'est la nature profonde du Rassemblement National. C'est un mouvement de patriotes, d'hommes et de femmes qui aiment leur pays, qui n'ont pas du tout de sentiments xénophobes, condamnables, racistes. Tout ça, c'est du cinéma. D'ailleurs, M.
Jospin avait dit à l'époque au Parlement que c'était du théâtre. Il avait dit l'antifascisme, accusé... Au Parlement,
vous-même, vous avez aussi eu dans vos rangs une personne qui a été exclue pour des raisons également de tumulte avec cette phrase qu'il retourne en Afrique. Enfin, on s'en souvient quand même.
Mais vous vous rendez compte, M. Fouana s'était condamné parce que sa phrase a provoqué du tumulte chez les autres. Donc on est condamné parce que les insoumis ont menti. Je rappelle quand même.
Vous êtes sur le fond, il n'y avait aucun problème.
Mais je rappelle qu'en séance, il a été accusé de racisme. Est-ce que le bureau, Mme de Malher, l'a condamné pour racisme ? Ça existe dans le règlement. Non, il a été condamné après un truc complètement surréaliste pour tumulte. Voilà, la phrase de M. de Fournas, Marine Le Pen l'a dit plusieurs fois, n'était pas forcément appropriée. Ce n'était pas le meilleur goût possible. Mais ça ne méritait pas cette condamnation et ça ne méritait pas tout ce cinéma. Ça l'aurait mérité si ça avait été vrai. Mais c'était faux. Est-ce que vous demandez la même condamnation d'ailleurs,
tiens, pour le député Saint-Toul ?
Il a eu un rappel à l'ordre. Oui, mais comme il s'est excusé pour l'instant,
ça suffit pour vous ?
Moi, je ne suis pas pour jouer les fouquettes à ville. Je ne vais pas mettre de l'huile sur le feu à partir du moment où on s'excuse. Il faut aller de l'avant. Parce que sinon... Et c'est d'ailleurs ce que vous reprochez
à Thomas Porte de ne pas s'être excusé.
Absolument, c'est ce qu'on lui a reproché. Si vous voulez, il faut aussi que le Parlement ne devienne pas une censure permanente. Même si ses propos sont condamnables. La limite fut un temps, le président avait dit « Je préfère l'excès de liberté à l'excès de censure. » Je pense qu'il faut s'y astreindre. Ça n'empêche pas de se comporter bien. Ça n'empêche pas de faire de l'autodiscipline. Mais faisons attention aussi à ne pas multiplier les sanctions disciplinaires.
Jean-Philippe Tanguy, vous, sur les retraites et sur la question des femmes, votre réponse est la natalité.
Est-ce que c'est très judicieux ? Entre autres, il y a d'autres réponses. Mais la natalité en fait partie parce que le modèle français sur la répartition a été fondé sur une politique familiale, une politique qu'on dit nataliste. Mais ce n'est pas une politique qui astreint les femmes à une vie de famille. C'est au contraire une politique qui donne la liberté des femmes et des hommes d'ailleurs qui le souhaitent à avoir une vie de famille, à pouvoir conjuguer justement vie professionnelle, vie familiale, avoir une certaine universalité dans les allocations familiales. C'était ça le modèle français.
Et d'ailleurs, souvent on dit, vous savez, il y a des critiques comme quoi pour faire des enfants, soit disant il faudra avoir une politique réactionnaire. Mais ce n'est pas du tout la réalité. Quand on voit les pays qui font plus d'enfants en Occident, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, pendant longtemps la France, mais on est quand même encore devant les autres, c'est plutôt les libertés données aux femmes, les garanties données aux familles de pouvoir...
Ça marcherait comment vous concrètement du coup ?
Plusieurs choses. Déjà, on rétablirait l'universalité des allocations familiales. Ensuite, on avait proposé des prêts pour aider les familles à partir de deux et trois enfants. Prêts qui seraient transformés en dons à partir de trois enfants pour faire les achats. Vous savez, quand on passe un certain cap dans une famille, vous savez qu'il y a un certain nombre d'achats contraints, une nouvelle voiture, un logement qui demande d'aider les familles, c'est tout simplement d'assurer la liberté. Parce que la liberté, ça va dans les deux sens.
La liberté, c'est quoi ? C'est la liberté d'avoir autant d'enfants qu'on soit ?
Oui, toutes les études montrent qu'en France et ailleurs, les familles, les femmes en particulier, souhaiteraient avoir un moyen, un enfant de plus. Mais que le font pas, non, parce qu'elles n'ont pas envie d'avoir un enfant. Mais parce que les conditions matérielles, les conditions d'existence, la charge mentale que cela représente, la possibilité de se faire aider n'est pas possible pour notamment les classes moyennes.
qui est aussi l'une qui aurait cette emploi sur le niveau des pensions des femmes, serait pour vous une priorité. Et comment vous feriez ça ?
C'est une priorité, mais je pense qu'il faut continuer la politique qui est faite de pression, de name and shame, de continuer cette politique-là. Je pense que c'est quelque chose qui viendra du fond de la société. Je ne pense pas que ça vienne par des sanctions. Mais si on identifie des comportements vaux, il faut les sanctionner. Mais je ne pense pas qu'il faille croire que la technocratie, que la bureaucratie peut résoudre ça. Je pense que vraiment c'est un mouvement de fond. C'est aussi, madame de Malherbe, donner confiance aux femmes pour qu'elles revendiquent. Vous savez, la libération, l'acquisition des droits, ça vient des personnes. Ça vient de la société.
Ça vient rarement du haut de la société.
Sur les femmes comme sur les seniors, pareil, pas de sanctions pour les entreprises qui n'emploieraient pas suffisamment.
Il y a deux choses différentes. Il faut sanctionner quand il y a des comportements discriminatoires qui sont facilement identifiables, que l'on peut voir de l'extérieur, qui sont objectivables. Mais on ne peut pas croire que l'État ne peut pas surveiller tout. Et ça, si vous voulez, moi, c'est aussi peut-être ma génération. J'entends depuis des années des gens qui viennent sur les plateaux et qui disent on va faire ci, on va faire ça et rien ne change parce que la sanction par le haut ne suffit pas. Ce qu'il faut, c'est mobiliser la société aussi par le bas.
On dit, donnez confiance aux personnes, donnez confiance aux femmes, donnez confiance aux seniors, donnez confiance aux personnes qui atteignent un handicap pour qu'elles aient confiance en elles et qu'elles revendiquent aussi elles-mêmes leurs droits et que la société leur accorde le droit qu'elles méritent. Mais il ne faut pas croire, vous savez, dans une démocratie. Les forces vitales, ça vient des citoyens aussi.
Jean-Philippe Tanguy, vous avez évoqué tout à l'heure le fait que ce qui se passait à l'Assemblée allait à l'encontre du fait qu'il y ait cette volonté dans la population qui se voit à travers les manifestations et notamment dans les villes moyennes ou les petites villes. Vous profitez un peu de la situation de ces manifestations parce qu'en fait, vous n'y êtes pour rien, vous n'appelez pas à manifester, vous n'allez pas dans les manifestations et en même temps, vous êtes heureux de pouvoir dire que la France se mobilise.
Il y a un petit côté un peu coucou, comme l'oiseau qui va récupérer dans le nid des autres. On ne peut pas nous reprocher tout et s'occuper à nous. On aurait une position ambiue, évolutive. On a toujours eu cette position sur les mouvements sociaux, sur les syndicats. On ne s'est jamais mêlé de la mobilisation syndicale. Vous dites qu'on n'a pas appelé à manifester. C'est un peu dur parce que moi, par exemple, dans la Somme, j'ai dit aux gens qu'ils voulaient aller défendre leurs droits qu'ils y aillent. Mon suppléant, Philippe Théveniot, a été président d'un syndicat d'employés pendant des années. Donc, on n'est pas coupé du mouvement social.
C'est juste qu'on ne veut pas qu'il y ait de confusion. D'ailleurs, vous le voyez bien, dès que les hommes politiques s'en mêlent, dès que les insoumis se mêlent du mouvement social, ça fait des bisbis, ça fait des ennuis, ça fait récup. Donc, laissons les deux vivre et ça se passe très bien comme ça. Et moi, je me félicite déjà que ça se passe bien et qu'il n'y ait pas de violence parce que aussi, comme la bonne nouvelle, et je sais que vous le dites régulièrement sur votre antenne, c'est qu'enfin, on peut aller manifester sans qu'il y ait des violences, sans qu'il y ait des gens qui viennent tout casser, sans que ça fasse peur.
Donc, chapeau au syndicat et chapeau aux forces de l'ordre.
Absolument. Je salue, et je veux dire, je veux même salue M. Nunes, qui est un adversaire politique et qui est devenu préfet de Paris. De toute évidence, il fait du bon travail. Donc, moi, je me félicite quand ça se passe bien. Je ne suis pas une fois de plus, on ne sera jamais pour la politique du pire.
Un dernier mot sur les médecins, Jean-Philippe Tanguy. Le 19 janvier dernier, Stéphanie Riste, elle était elle-même médecin. Elle propose d'élargir les actes possibles par les pharmaciens, par les infirmiers. Vous étiez où ? Vous n'étiez pas dans l'hémicycle ? Vous n'avez pas voté ?
Moi ? Je ne veux pas être partout parce que je suis aussi président d'une commission d'enquête, d'une mission d'information sur la valorisation de l'épargne populaire. Mais le Rationale-Nationale, c'est d'abstenu.
Vous pensez quoi, vous, de ça ? Quand on propose un truc sur le désert médical, vous n'êtes pas là.
Ni pour, ni contre. Mais parce que, si vous voulez, l'élargissement des gestes médicaux ne peut pas non plus remplacer les médecins sur tous les gestes. C'est-à-dire que, bien sûr, sur le papier, on est pour dire oui, on peut donner plus de possibilités aux pharmaciens. Est-ce que ce n'est pas un peu comme avec les retraites
que vous regardez passer les balles ? Vous ne votez ni pour ni contre ?
Non, je pense que d'une manière générale, on ne peut quand même pas dire qu'on n'a pas d'opinion sur les sujets. On nous reproche plutôt souvent l'inverse, d'avoir des positions très affirmées sur la question des médecins. On ne peut pas être lourd donc on ne peut pas faire une médecine à deux vitesses. Pourquoi est-ce qu'il y a des personnes sur certains territoires qui n'auraient plus accès à la médecine et il y aurait une solution de remplacement et des personnes qui sont plus fortunées, plus privilégiées qui auraient toujours accès à une médecine de premier ordre ?
Là, ce n'est pas ça en l'occurrence. C'est une logique générale. C'est pouvoir reformuler les ordonnances par les pharmaciens, pouvoir faire certains actes par les infirmiers. Mais ce n'est pas opposé à tout.
Le problème du loi aussi, Madame de Malheur, si vous le votez une totalité, c'est-à-dire que vous pouvez être d'accord avec certaines mesures et en désaccord avec d'autres. Par exemple, vous savez très bien qu'il n'y a pas de réponse qui a été apportée notamment aux demandes des médecins d'être mieux rémunérés, mieux reconnus, de les aider dans leurs conditions de travail parce que ce n'est pas seulement les méchants médecins qui ne veulent pas travailler. C'est aussi qu'aujourd'hui, notamment la bureaucratie médicale leur prend un temps fou que c'est très compliqué. Il y a d'autres solutions.
Mais parfois, l'abstention, c'est vrai que de l'extérieur, je comprends, on ne peut pas comprendre, mais c'est qu'un texte c'est un tout et quand vous êtes opposé à certaines mesures et que vous en voulez néanmoins d'autres, vous êtes obligé de vous abstenir. Mais je vous garantis que quand on arrivera au pouvoir, on ne s'abstiendra pas sur le combat de les déserts médicaux.
Mais vous aurez l'occasion d'ici là puisque cette proposition de loi, elle va repasser par l'Assemblée nationale après être examinée aujourd'hui par le Sénat. Jean-Philippe Tanguy, merci d'avoir répondu à mes questions ce matin. Vous qui êtes député Rassemblement national de la Somme. Il est 8h53 sur RMC BFM TV.
Jean-Philippe Tanguy