Pourquoi Emmanuel Macron RELANCE LE SERVICE MILITAIRE
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Quel modèle de service militaire émerge en Europe aujourd'hui ?
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Pourquoi le service militaire coûte-t-il cher ?
- 5:00OuverteRéponse directe
Quel serait le rôle des conscrits dans la défense du territoire ?
- 7:00OuverteRéponse directe
La Finlande est souvent citée comme modèle. Pourquoi ?
- 9:00OuverteRéponse directe
Le service militaire volontaire peut-il ressouder le lien armée-nation ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00Maxime LonetChiffre
« Une classe d'âge aujourd'hui c'est à peu près 800000 jeunes. On n'est pas du tout sur ça. »
- 7:00Maxime LonetFait
« La Finlande n'a jamais abandonné son service militaire et qu'ils ont une frontière immense avec la Russie. »
- 9:00Maxime LonetFait
« Il y avait des taux d'exemption de réforme de surcis euh de le piston aussi qui faisait que d'abord c'était pas un service qui était tout à fait égalitaire. »
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[musique] Les matins de France Culture, Guillaume Erner. Demain, Emmanuel Macron doit annoncer un nouveau cadre pour servir au sein des armées dont il n'a pas encore précisé les contours. Mais ces dernières années, plusieurs États ont rouvert le débat longtemps tabou de la conscription qu'il s'agit d'un modèle qu'il s'agisse pardon d'un modèle volontaire ou d'un service obligatoire. des pays baltes à la Scandinavie en passant par l'Allemagne où la question divise la classe politique, l'idée d'un service militaire ressurgit dans un contexte de pénurie de soldat.
Quel modèle existe aujourd'hui ? Quelle logique sous ces mois de préparation militaire ? Bonjour Maxime Lonet.
Bonjour. Vous êtes historien, chercheur à l'IRSEM, l'Institut de recherche stratégique de l'école militaire. On vous doit la gauche et l'armée en France aux éditions Nouveau Monde.
Alors, c'est une sorte de mouvement général, un retour de l'idée d'un service militaire, mais alors un service militaire nouveau genre. Oui, effectivement, on a une tendance à un retour du service militaire en Europe depuis quelques années. Ça tranche avec les choix qui avaient été fait dans les années 90, 2000.
À un moment où on a on était après la guerre froide, on a voulu professionnaliser les armées, on était surtout concentré sur la lutte contre le terrorisme international. Le contexte stratégique a changé depuis une dizaine d'années, c'est celui de la guerre évidemment en Ukraine, celui aussi d'une menace pour l'Union européenne directement. Et c'est ce qui justifie aux yeux des États-majors et des responsables politiques euh le retour d'un service militaire. on le voit euh pour la Lituanie dès 2015, pour la Suède en 2017 ou encore assez récemment en Croatie il y a il y a quelques semaines.
Et alors ce qui est euh étonnant, c'est qu'on a appris donc à la faveur de ces différents débats parce que le débat ne date évidemment pas d'hier en France que le service militaire coûtait Ça coûte cher. Oui, il faut loger, nourrir, blanchir, encadrer, former, armer euh tous ces jeunes et donc nécessairement, c'est ça qui a pendant très longtemps euh euh empêcher d'un retour du service militaire, même si un certain nombre de personnes poussaient en ce sens. Euh aujourd'hui, euh ce qui se dessine, c'est d'avoir de conserver cette armée professionnelle de combattants qui éventuellement dans le scénario qui se dessine serait amené à partir vers l'est pour protéger un pays de la coalition qui serait menacé.
Euh et donc le service militaire, lui, aurait un autre but, c'est celui de défendre le territoire national là où les euh soldats professionnels seraient à l'extérieur des frontières. Alors, vous dites qu'il faut loger euh ces soldats, les nourrir. On se souvient qu'ils étaient d'ailleurs plutôt mal nourris à l'époque du service militaire, mais euh surtout ce qui pose problème Maxime Lodes qu'on imaginait qu'ils avaient une utilité et que cette utilité et bien elle était un prix plus bas que l'armée de métier.
Oui, un concrit coûte moins cher qu'un qu'un soldat professionnel. n'était pas très épaisse. Et c'est d'ailleurs pourquoi en 96, lorsque le président Sherac avait fait cette annonce, ça avait été un choc pour les armées parce qu'on savait que ça allait coûter cher d'avoir des soldats professionnels.
Euh pour autant euh on estime aujourd'hui que le service militaire volontaire, ce n'est pas tout le monde. On n'est pas sur une logique d'universalité. Euh ce qui fait que les effectifs seraient quand même bien plus limités par rapport à une classe d'âge.
Une classe d'âge aujourd'hui c'est à peu près 800000 jeunes. On n'est pas du tout sur ça. Et lorsqu'on regarde les pays européens euh la Finlande qui est peut-être le le schéma le le pays qui est le plus abouti dans son service militaire parce qu'en fait la Finlande n'a jamais abandonné son service militaire et qu'ils ont une frontière immense avec la Russie.
Donc ils se sont préparés à ça. C'est 20000 jeunes. Euh la France on on ne sera pas à ça dans les premières années en tout cas.
Bon, puis il y a évidemment ce contexte que vous avez évoqué avec une augmentation des tensions avec la Russie. Je voulais vous faire entendre un extrait de ce discours de Fabien Mandon, le chef d'étatmajor des armées françaises. C'était lors du congrès des maires le 18 novembre dernier.
Une allocution qui avait été largement commentée. On en écoute un extrait. On a tout le savoir, toute la force économique démographique pour dissuader le régime de Moscou. d'essayer de tenter sa chance plus loin.
Ce qu'il nous manque, c'est la force d'âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l'on est. Si notre pays flanche parce qu'il n'est pas prêt à accepter de perdre ses enfants parce qu'il faut il faut dire les choses de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production de défense par exemple. Si on n'est pas prêt à ça, alors on est en risque.
Ouais. En risque et c'est effectivement quelque chose de nouveau. Bon euh ensuite ce discours a été largement amendé mais dans ce contexte-là l'annonce d'un nouveau service militaire va forcément être interprété comme une augmentation des menaces vis-à-vis de la France.
Maxime Lonet. Oui. Alors attention effectivement à ne pas être dans la confusion.
Euh le service militaire volontaire n'a pas pour n'aura pas pour but a priori euh d'envoyer euh nos enfants pour reprendre le terme du chef d'étatmajor des armées au-delà des frontières française. Euh quelle est l'idée en fait ? de dire euh si l'armée professionnelle quitte en partie le territoire pour aller sur le flanc est, il faut continuer à protéger euh notre territoire en tant que tel, c'est-à-dire les points sensibles, les infrastructures.
Aujourd'hui, la Russie mène des actions de guerre hybride, des sabotages, des tentatives d'assassinat, des attaques d'infrastructure jugé vital pour le fonctionnement de l'État et de la société. Et donc euh c'est là que euh des volontaires peuvent être utiles pour protéger euh ces ces points vulnérables. Donc effectivement des volontaires avec a priori euh quelle mission ?
Parce que euh défendre le territoire, ça suppose que celui-ci pourrait être attaqué et il y a de plus en plus d'avis convergents sur la possibilité donc d'un tel scénario. Alors l'invasion du territoire national, pas nécessairement évidemment, on n'est pas sur cette logique là. Par contre, des actions euh comme je le disais hybride.
Oui, là pour le coup euh euh c'est déjà le cas en fait aujourd'hui. Euh oui, c'est ça parce que le alors vous dites euh invasion peut-être pas mais des drones, il y a eu euh un sabotage en Pologne. Oui, exactement.
Euh donc c'est c'est ça qui qui est qui est envisagé. Il faut euh protéger des infrastructures militaires, des infrastructures civiles, des centrales nucléaires, des nœud de transport. Voilà, c'est c'est tous ces éléments-l qui sont pris en compte.
Alors, j'ai une une belle carte que vous m'aviez que vous m'avez donné Maxime Lonet avec les services militaires en Europe. Euh le service militaire donc qui est en rouge sur cette carte est de plus en plus présent en fait. Plus on se rapproche de la Russie, plus on a un service militaire.
Oui. C'est-à-dire que les pays Baltes ont tous un service militaire aujourd'hui, les pays scandinaves également. Donc c'est-à-dire que là, il y a vraiment le sentiment de proximité de la menace.
À l'inverse, l'Europe de l'Ouest et surtout l'Europe du Sud est très aujourd'hui de ces problématiques. Et puis alors l'autre tendance que l'on observe, plus un État est petit, plus il a un service militaire. Oui.
Alors là, on voit bien qu'il y a des trajectoires différentes. Euh par exemple, le Royaume-Uni et la France sont des puissances nucléaires. Donc, ils ont une dissuasion qui est d'abord une dissuasion, j'ai envie de dire, technologique pour des petits pays et en fait pour la plupart des pays européens Suisse, alors voilà, la Suisse ou l'Autriche, c'est des pays qui ont une tradition neutraliste et donc ils ne comptent que sur eux-même.
Euh la Suède ou ou la Finlande, ce sont des pieds qui n'étaient pas dans l'OTAN jusqu'à très récemment et donc eux, ils avaient une logique de défense totale. C'est-à-dire il fallait que la société prenne les armes le cas échéant. Donc c'est c'est ça aussi ces trajectoires historiques et géographiques qui qui expliquent ce cette différence entre Europe de l'Ouest et Europe de l'Ouest.
Bon, on a on a bien compris Maxime Lunet que si d'aventure il y avait un nouveau service militaire, il ne ressemblerait pas à celui d'avant, mais l'armée est de plus en plus technologique. Euh comment peut-on imaginer que des conscrits aient véritablement un rôle fut-il défensif dans ce cadre-là ? L'idée c'est certainement de leur prodiguer une formation militaire de base.
Euh mais ensuite je pense aussi et là il faut revenir sur les débats depuis 30 ans après la suspension du service militaire, il y a eu le sentiment euh pour beaucoup de nos concitoyens chez nos militaires et parfois chez nos responsables politiques, qu'il y avait un vide qui avait été créé avec la suspension du service militaire et que au fond c'est aussi le réarmement moral de la nation qui est en jeu et le lien entre l'armée et la nation. Et c'est ça aussi à mon avis qui est en tête chez nos responsables politiques aujourd'hui, c'est de dire il faut ressouder ce ce lien. Bon mais on peut d'un point de vue historique contester un peu cette idée que le service militaire était le le lieu de rapprochement idéal, lieu de brassage social.
Voilà, c'est c'est un peu contestable mais néanmoins, c'est pourquoi contestable ? Parce que en fait euh lorsqu'on fait un travail dans les archives, on s'aperçoit qu'il y avait des taux d'exemption de réforme de surcis euh de le piston aussi qui faisait que d'abord c'était pas un service qui était tout à fait égalitaire comme parfois on le pense. Euh et ensuite parce que euh il y a aussi des enquêtes d'opinion qui nous montrent que à l'époque la compréhension des enjeux de défense pour les conscrits qui quittent le le service était loin d'être acquis.
Hm. Et donc euh ce qui signifie que aujourd'hui si euh on refaisait ce service militaire, quelle serait la population euh visée ? Est-ce qu'on aurait affaire, je ne sais pas, à des gens qui euh veulent faire leur armée mais pas forcément à temps plein c'estàd ceux qui faisaient jadis l'école des officiers de réserve.
C'est toute la question quelle sociologie sera celle de ce service militaire volontaire ? À partir du moment où c'est le Vontariat, ça sera des gens qui auront envie de le faire par définition. Euh et donc on a l'expérience du SNU du service national universel depuis 2017 qui montrait que c'était souvent des enfants euh de fils des des fils et des filles de de profession en uniforme policiers militaires et cetera, avec une tradition, une tradition, une familiarisation.
Là, ce qui peut se produire, c'est que il y a quand même une appétence des jeunes. Il a c'est assez documenté dans les enquêtes d'opinion. Si jeunes sur 10 prêt à s'engager dans l'armée pour défendre le pays.
Donc cette appétence, elle peut trouver un déboucher à travers le service militaire. Ça permettait de passer son permis camion aussi. Absolument.
Donc ça sera peut-être aussi une autre une autre possibilité. Mais est-ce que c'est autre chose ? Parce que c'est souvent aussi une critique qui a été adressée.
Est-ce que ça sera autre chose qu'un gadget ? Difficile difficile à dire. En tout cas, les militaires qui étaient assez réticents ces dernières années à l'égard de d'un service militaire s'y sont plutôt convertis depuis plusieurs mois, signe qu'il y a quand même une inquiétude par rapport à la dégradation du contexte stratégique.
Et quand on prend par exemple ce qui se passe en Russie, puisque il faut voir aussi ce qui pourrait constituer les ennemis potentiels puisque nous avons changé donc évidemment l'espace de 50 ans d'ennemis possible. Comment là aussi les choses pourraient-elles se dérouler ? Maxime Lonet, que fait-on en Russie ?
Alors, il y a un service militaire obligatoire en Russie, également en Ukraine. La trajectoire de l'Ukraine est d'ailleurs très intéressante. L'Ukraine a été le dernier pays européen à supprimer son service militaire.
Il l'a décidé en 2013. Ça a été mise en implication le 1er janvier 2014. Quelques semaines après, la Crimée a été attaquée.
Donc, l'Ukraine a aussitôt remis en place son service militaire. Et donc on voit bien que pour ces pays euh la défense euh territoriale est au cœur en fait de la confrontation et donc euh le besoin d'avoir une armée de masse en fait euh est revenue en force. Oui, puisque là aussi l'autre information, l'autre enseignement de de la guerre en Ukraine, c'est que la masse et la puissance dans l'armée est quelque chose d'indispensable et d'irremplaçable.
Oui, absolument. Mais encore une fois, pour le cas français, on est sur une autre logique. On est plutôt sur une force entre guillemets supplétive.
Merci Maxime Lunet, vous êtes historien.
Emmanuel Macron