Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC dans l'air (sur YouTube)· 17 février 2025 10 min

Politique : pourquoi les Français n'y croient plus - C dans l’air - l’invité - 17.02.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Et ça, c'est plus juste pour tous. ... - A.de Tarlé: Bonsoir.

B.Cautrès, vous êtes chercheur au CNRS, au Cevipof. Vous avez commandé une grande étude sur les Français, riche d'enseignements.

Quand on vous demande quel est leur état d'esprit, les Français répondent à 45 % la méfiance. C'est 2 fois plus qu'en Allemagne et 3 fois plus qu'aux Pays-Bas. - B.Cautrès: C'est ce qui nous caractérise.

Ce sont les sentiments négatifs. Quand on leur demande quel est le moral général, c'est la morosité, la lassitude, en particulier, qui a fait un bond très important par rapport aux autres années. On réalise cette enquête tous les ans depuis 16 ans.

Les sentiments négatifs...

La France a le moral qui ne va pas du tout. - A.de Tarlé: Comment l'expliquez-vous? - B.Cautrès: C'est avant tout la politique.

Lorsqu'E.Macron a été élu pour la 1re fois en 2017, il a dit qu'il allait réparer ce que les Français considéraient qui n'allait pas dans le pays, la politique. C'est la politique qui est perçue comme la source de tous ce qui ne va pas dans le pays.

L'image que nous avons cette année, dans l'enquête, de la politique, est catastrophique. - A.de Tarlé: Il y a un désenchantement.

Seulement 26 % des Français disent avoir confiance dans la politique. C'est le double quasiment en Allemagne, 47. - B.Cautrès: Il y a un profond rejet de la politique dans toutes ses dimensions, mais particulièrement la politique nationale, la sphère de la politique nationale.

La politique locale reste bien protégée. Les Français ont beaucoup plus confiance en leurs élus locaux que dans leurs élus nationaux. Dans les élus nationaux, quels qu'ils soient, le Premier ministre, le président, l'Assemblée nationale, tout le monde en prend pour son grade.

On voit qu'on aurait pu dire, après les élections de 2024, qu'il y a un retour de l'Assemblée nationale, que les Français vont adorer la politique parlementaire...

Ce n'est pas du tout le cas. La confiance dans l'Assemblée nationale n'a jamais été aussi basse que cette année. - A.de Tarlé: 72 % des Français disent que la démocratie fonctionne mal. - B.Cautrès: C'est un indicateur préoccupant, que les chercheurs en matière d'opinion publique et politique, posent dans le monde entier...

La France a un des taux les plus bas de confiance dans le fonctionnement de la démocratie. Ils trouvent que c'est une belle idée, mais que ça ne marche pas. Ca n'aboutit pas à des résultats.

La prise de parole dans les systèmes démocratiques français est considérée comme ne fonctionnant plus bien. - A.de Tarlé: Il y a toujours une norme pour vous empêcher d'agir? - B.Cautrès: Oui, mais pas que ça.

En 2024, quand les données ont été réalisées après les élections, il y a une dimension supplémentaire, comme si le système démocratique n'arrivait plus à fonctionner. On vit une forme de décorrélation entre le résultat des élections et ce qui se passe. Le regard des Français et des Françaises n'a peut-être jamais été aussi dur, négatif sur le fonctionnement de la démocratie en France. - A.de Tarlé: On fait le parallèle avec les Etats-Unis.

On parle beaucoup de l'irruption d'un homme fort. Est-ce que les Français se disent qu'il faudrait moins de démocratie et plus de virilisme? Ils seraient prêts à s'en remettre à un homme ou une femme qui fasse plus preuve d'autoritarisme?

On voit de qui je pourrais parler. - B.Cautrès: Je ne sais pas s'ils pourraient parler de virilisme.

Il y a de multiples indicateurs qui montrent qu'il y a une demande d'efficacité. C'est la demande d'efficacité qui s'exprime à travers la demande d'autorité. Il y a le sentiment d'un certain nombre de choses qui ne vont plus.

On produit des données qui vont dans le sens du sécuritaire et de l'autorité sur des questions de sécurité publique, en particulier. Il y a aussi une demande d'efficacité du politique, le sentiment qu'il faut que quelqu'un obtienne des résultats, que ça ne peut pas continuer comme ça. La vie politique est perçue par les Français et Françaises comme étant de la parole, de la parole, des mots qui sont de moins en moins compris.

L'image de la politique, c'est des hommes et des femmes politiques qui parlent sur nos écrans, mais on ne comprend pas bien de quoi ils parlent. Ils sont perçus comme peu empathiques, pas à l'écoute du pays, et avec une absence d'efficacité. Cette année, elle a été cruellement soulignée par la question des déficits publics. - A.de Tarlé: Est-ce que les Français se raccrochent à la prochaine élection présidentielle, en se disant que c'est l'occasion de reprendre en main leur destin? - B.Cautrès: Il faut le souhaiter.

Si le débouché, c'est que ça ne vaut plus le coup de voter aux élections, ce serait catastrophique. Les indications sont moyennes de ce point de vue. On a de l'ordre de 70 % des personnes qui disent que voter, c'est le meilleur moyen d'expression publique, de faire entendre sa voix.

Pour une grande démocratie comme nous, ce n'est pas possible. Il y a de grandes attentes pour la prochaine présidentielle, qu'elle donne lieu à un grand débat, ce grand débat sur ce qui ne va pas dans le système démocratique, dans le système social. Le sentiment de vivre dans une société qui ne traite pas bien, qui est méprisante...

C'est un mot que les Françaises et Français utilisent, lorsqu'on leur demande de quelle manière ils trouvent que la démocratie les traite. C'est le mépris en numéro 1. C'est l'occasion de poser ces grandes questions, et surtout, le ressourcement de notre système démocratique. - A.de Tarlé: En 2017, il y a eu un élan d'espoir qui a été déçu.

Est-ce que c'est la fin du macronisme? Est-ce que vous voyez revenir le fameux clivage droite-gauche qu'on a toujours connu sous la Ve République, en 2027? - B.Cautrès: Le macronisme est lié à la personne d'E.Macron, qui a créé un parti de type personnel.

Les initiales du parti d'E.Macron, En Marche, c'est les initiales d'E.Macron.

A l'issue de ses 2 mandats...

On peut se poser la question du destin du macronisme. Est-ce que quelqu'un est capable de réincarner ça? C'est compliqué.

La disparition du clivage droite-gauche, je n'y ai jamais cru fondamentalement. Ca ne disparaît pas comme ça, du jour au lendemain. C'est une histoire très lente.

Ce clivage est toujours là, mais il n'est plus le seul. Il coexiste avec un 2e clivage, celui sur les valeurs de la société, les dimensions de l'intégration européenne de la France, notamment. - A.de Tarlé: Vous parliez d'un besoin d'ordre et de sécurité.

Ce sont des valeurs de droite. Est-ce à dire que la France se droitise? Est-ce que ça jouera en vue de la prochaine présidentielle? - B.Cautrès: Les chercheurs apportent une réponse plus nuancée sur cette question.

On voit dans l'opinion qu'il y a des indicateurs qui vont dans le sens de la droitisation. Lorsqu'on demande s'ils trouvent qu'il faut rétablir l'ordre, s'il y a trop d'immigration, s'il y a une corrélation entre narcotrafic et immigration...

Cela va dans le sens de la droite. En même temps, lorsqu'on regarde les données différemment, notamment sur le recul historique, on voit que la France est une société qui est devenue plus tolérante à la diversité, dans le domaine de l'évolution des moeurs...

C'est une imbrication un peu compliquée entre une droitisation proposée par l'espace politique, une partie de l'opinion qui répond à ça, et des valeurs sociétales qui vont, sur le long terme, vers plus de tolérance et d'acceptation de la diversité. - A.de Tarlé: Si les Français sont désenchantés vis-à-vis de la politique, lorsqu'on leur demande leur niveau de confiance dans les entreprises, c'est 62 %.

On a beaucoup plus confiance dans les entreprises, les chefs d'entreprise, que dans les élus politiques. - B.Cautrès: Pendant longtemps, ce pays a vu l'entreprise comme le monde du patron.

On a une bien meilleure confiance dans les entreprises que dans la politique, aujourd'hui. Notamment dans les entreprises de proximité, comme les artisans. Ils sont en tête du classement de la confiance.

Cette France est perdue du point de vue de la politique et ils arrivent à incarner un point de référence. C'est aux entreprises de regarder nos données et d'en faire quelque chose. Vis-à-vis des Français et des Françaises...

Ils placent pas mal de confiance et d'espoir dans le monde de l'entreprise. Il ne faudrait pas qu'ils soient plus déçus par l'entreprise, maintenant. - A.de Tarlé: Face à ce désenchantement vis-à-vis des hommes et femmes politiques, est-ce qu'on ne pourrait pas avoir, en vue de 2027, l'irruption d'un chef d'entreprise dans le paysage politique Français?

J'ai en tête, M.-E.Leclerc.

Il ne se cache pas de sa volonté d'aller en politique. Il y pense. - B.Cautrès: C'est un profil qui pourrait intéresser les Français.

A la fois l'efficacité, la proximité, le fait d'avoir montré qu'on est capable de faire quelque chose dans sa vie en dehors de la politique...

On a des politiciens très talentueux dans notre pays, mais ils donnent le sentiment aux Français que si on retire l'univers de la politique, ils n'existent plus. Ils ne savent pas travailler autrement qu'en faisant des discours.