Bruno Le Roux : L'âge légal de la retraite ne bougera pas - RTL - RTL
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« Bien sûr que nous avons tous, Philippe Corbet, des idées. »
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« Sur la compétitivité des entreprises, sur l'assiette. Elle ne touche pas simplement avec la CSG, les revenus du travail, mais aussi les revenus du capital. »
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L'invité de RTL ce matin, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Bonjour Bruno Leroux.
Bonjour. Les Echos affirment ce matin en une que le gouvernement a une idée sur le dossier social des retraites qui sera le gros dossier de la rentrée. Augmenter la CSG plutôt que les cotisations afin de ne pas alourdir le coût du travail, c'est une piste sérieuse de réflexion au sein de l'exécutif ?
Bien sûr que nous avons tous, Philippe Corbet, des idées. Mais nous ne sommes pas dans le temps aujourd'hui du commentaire politique. C'est le temps du dialogue social. Le gouvernement arrêtera à la fin de l'été, à la fin du mois d'août, la proposition qu'il fera aux partenaires sociaux. Et pour l'instant, il y a un dialogue qui est un dialogue complet avec tous les syndicats, les partenaires sociaux, les associations de retraités. Alors il y a quelques avantages à la solution dont vous parlez.
Sur la compétitivité.
Sur la compétitivité des entreprises, sur l'assiette. Elle ne touche pas simplement avec la CSG, les revenus du travail, mais aussi les revenus du capital. Elle demanderait quand même à ce que nous examinions comment les entreprises vont participer à partir de quelle taxe.
On touche aussi les retraités.
On touche aussi les retraités. Et donc moi, je souhaite que cette piste qui va être explorée, bien entendu, soit mise à la discussion. Non pas privilégiée. Nous n'avons pas aujourd'hui à dire ce que doit être la réforme. Elle doit être discutée, suivant la méthode qu'a mis en place Jean-Marc Ayrault. Mais bien entendu que c'est une piste qui ne doit pas être écartée.
Vous évoquiez les partenaires sociaux. Justement, le MEDEF a avancé une proposition il y a quelques jours. Puisque François Hollande a dit qu'il ne touchera pas à l'âge du départ à la retraite, a priori. Eh bien, le patronat propose d'augmenter le nombre d'années de cotisations pour pouvoir bénéficier d'une retraite à taux plein. 44 ans dès 2020. C'est beaucoup trop loin, ça. 44 ans, c'est inenvisageable pour vous ?
Ça va très loin. Mais bien entendu que la question de la durée de cotisation est elle-même posée. Avec la réforme précédente, qui n'a d'ailleurs pas rétabli l'équilibre, il y avait non simplement augmentation de l'âge légal pour partir, mais en même temps augmentation de la durée de cotisation. C'est-à-dire qu'on jouait sur les deux variables, ce qui ne s'est passé dans aucun des autres pays. Il ne faut pas jouer sur les deux ? Non, il ne faut pas jouer. Donc c'est soit l'un soit l'autre ? Il faut y avoir une... Non, il y en a une qui ne bougera pas. C'est l'âge légal de la retraite. Nous l'avons rétabli à 60 ans, je le rappelle d'ailleurs, il y a maintenant un an.
L'été dernier, c'était une promesse que nous avons réalisée dès notre arrivée. Nous avons remis la possibilité, pour ceux qui ont leurs annuités, à partir à 60 ans. Cela ne doit pas bouger. Par contre, l'augmentation de l'espérance de vie, le temps travaillé qui a diminué forcément depuis 30 ans avec cette hausse de l'espérance de vie, doit conduire à réfléchir avec les partenaires sociaux à l'augmentation de la durée de cotisation.
Cela n'ira peut-être pas jusqu'à 44 ans, comme le demande le MEDEF, mais 43 semble une durée qui sera peut-être... On n'aura peut-être pas d'autre choix que d'aller jusqu'à 43 ans en quelques années.
Moi, je préfère vous dire qu'il faudra jouer dans le sens augmenter la durée de cotisation, bien entendu.
Bruno Le Roux, l'autre grand titre économique du jour, c'est cette fusion gigantesque, spectaculaire. On va utiliser des qualificatifs importants pour parler de ce mariage dans le monde de la pub. Le nouveau numéro 1 mondial qui va naître du mariage du français publicis, c'est l'América Omnicom. Est-ce que c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle pour l'économie française ?
Je ne sais pas si j'ai qualifié le fait que ce soit une bonne ou une mauvaise nouvelle, mais moi, j'ai plutôt confiance dans la stratégie qui est celle de Maurice Lévy. Il est un homme d'été, d'ailleurs. Vous vous souvenez, il y a deux ans, il avait pris la parole au cœur de l'été pour dire que les patrons n'étaient pas assez taxés. Il essayait de sortir du bouclier fiscal qui avait été mis en place. Il avait été entendu, il a été entendu. Vous l'avez suivi. Nous lui avions dit, d'ailleurs, et François Hollande lui avait dit à l'époque qu'il serait entendu et qu'il fallait qu'il ait confiance quand nous serions là. Mais là, il y a une success story extraordinaire.
Le travail qui a été fait par Maurice Lévy, par M. Blechstein-Blanchet, c'est quelque chose qui est un sommet de la créativité pour notre pays, qui a créé de l'emploi, qui a créé de la croissance pour notre pays. Moi, je crois que nous devons être attentifs à ce que cela soit préservé. Une fusion pour devenir le numéro un, je n'ai pas à dire si c'est bon ou mauvais. Je trouve ça plutôt, pour ce groupe, enthousiasmant très certainement maintenant. Il y aura sûrement des répercussions.
Sur l'emploi notamment, vous avez des inquiétudes sur l'emploi ?
J'ai toujours des inquiétudes quand il y a une fusion, quand on nous dit que le siège va être installé dans tel pays, aux Pays-Bas. J'ai toujours des inquiétudes sur la croissance de mon pays, sur la capacité de cette entreprise à y apporter sa part, sur l'emploi, sur la créativité, qui était une créativité made in France pour l'instant.
Le fait qu'ils installent le siège aux Pays-Bas, ça veut peut-être dire aussi que, vu de l'étranger, vu des États-Unis, le climat des affaires en France n'est peut-être pas assez hospitalier. Il y a peut-être des inquiétudes aussi sur les impôts qu'ils devraient payer, à la fois l'entreprise, mais aussi les cadres dirigeants.
C'est pour cela que nous avons garanti aux entreprises, pour la première fois depuis bien longtemps, la stabilité fiscale. Et nous leur avons dit que l'environnement qui a été créé, qui était un environnement nécessaire au redressement du pays, mais juste aussi pour les entreprises, était un environnement...
Dure pour les hautes rémunérations. Les cadres américains qui viendraient à l'Omnicom et qui s'installeraient en France avec la taxe à 75%, ça ne serait pas forcément drôle pour eux.
C'est les entreprises, mais en même temps, vous savez, on est sur des salaires qui étaient jugés il y a encore quelques mois comme indécent. Ils le sont toujours aujourd'hui. Et donc qu'il y ait une contribution des plus hauts revenus à l'effort de redressement, même quand ils viennent s'installer dans notre pays, c'est normal.
Mais ça veut dire que dans l'image, ça veut dire que la France n'est pas forcément le lieu idéal pour accueillir l'économie florissante.
Écoutez, je regarde les études qui passent mois après mois sur cette question. Je regarde les implantations dans notre pays. Et je crois que nous avons au contraire aujourd'hui fait en sorte avec des mesures qui étaient des mesures, oui, importantes, des mesures, mais mis de la stabilité aujourd'hui dans les entreprises et que l'investissement en France continue.
Bruno Leroux, vous avez vu ce week-end la une du journal du dimanche. Manuel Valls, je cite, La relève, un Français sur deux le voit à Matignon, selon un sondage IFOP. C'est la relève, Manuel Valls ?
C'est votre travail d'essayer d'imaginer toujours le coup suivant. Mais pour l'instant, il y a un gouvernement.
Il n'imagine pas le coup suivant ?
Je ne sais pas s'il l'imagine, mais en même temps, il y a de bons ministres. Moi, je ne vais pas me plaindre qu'il y ait des ministres qui soient vus comme de grands solistes dans l'orchestre qui est celui du gouvernement. Mais enfin, le chef d'orchestre, il est là. Il est présent. Il est bien présent. Jean-Marc Ayrault, c'est Jean-Marc Ayrault, bien entendu.
Alors, dans ce sondage, trois quarts des Français pensent que Manuel Valls est dynamique, deux tiers qu'il est courageux, qu'il a d'autorité. En creux, ça laisse l'impression que pour beaucoup de Français, Jean-Marc Ayrault manque peut-être un peu de dynamisme, de courage et d'autorité.
Vous savez, quand on est aux responsabilités, quand on est les deux pieds dans les réformes, qui sont des réformes difficiles, eh bien, on a quelquefois du mal à avoir le jugement de ceux, je ne dis pas qu'ils sont plus protégés, mais qu'ils peuvent avoir une autre image au moment où s'opèrent ces réformes. Mais moi, je me félicite de ces codes de popularité qui sont bonnes de certains ministres. Je dis simplement, pour votre information, que le poste est occupé aujourd'hui et bien occupé. Je l'espère, pour le plus longtemps possible. Mais dans le journal du dimanche, ce n'est pas ce qui a attiré mon attention le plus. C'était la conférence de M. Copé.
Oui, 30 000 euros pour une conférence, une estimation de 30 000 euros pour une conférence au Congo. Ça vous choque ?
Mais bien entendu que c'est choquant. Enfin, moi, la conférence de Brazzaville, quand on la prenait dans les livres d'histoire, c'était la conférence de 1944. C'était la fin du code de l'indigénat. C'était le général de Gaulle. Le général de Gaulle, quand il allait à Brazzaville, il avait des idées. M. Copé, il a un tarif. M. le général de Gaulle, quand il allait à Brazzaville, il avait une vision. M. Copé, il a un chèque en repartant. Et je trouve ça choquant que l'on aille, quand on est député, quand on est président d'un parti politique, que l'on aille à l'étranger faire des conférences, faire l'aller-retour pour partir avec un chèque, je ne sais pas exactement de combien.
C'est un mélange des genres.
On va apprécier qu'il n'est pas le seul. François Fillon fait régulièrement des conférences comme ceux-là également. Est-ce qu'il faudrait interdire à des élus, notamment à des parlementaires, de donner des conférences rémunérées ?
Bien entendu. Moi, quand je donne des conférences, mais qu'elles soient dans un établissement scolaire ou dans une université ou n'importe où, cela fait partie de mon mandat. Si l'on m'invite, c'est parce que je suis député et je considère que c'est ma fonction de député.
Lionel Jospin, ancien Premier ministre, donne des conférences. Il est rémunéré.
Il n'est plus en activité. Je crois qu'il faut faire la différence entre ceux qui sont porteurs d'une parole publique sur le moment porté par le suffrage universel. Et ceux-là doivent avoir un code qui est un code qui, d'ailleurs, va être précisé. Nous avons voté des lois sur la transparence. Elles ne vont pas jusqu'à interdire toute activité, même si M. Copé, au moment où nous avons voté ce texte, a dit qu'il renonçait à ses fonctions d'avocat. J'imagine bien qu'il avait trouvé lui-même qu'il y avait des incompatibilités. Mais je suis choqué quand l'on va en Afrique se faire payer pour une conférence alors que l'on est le chef d'un grand parti.
Cela montre que la droite n'en a pas fini avec sa période politique spectacle et bling-bling.
La droite répondra à vos propos. Bruno Leroux, président du groupe socialiste à l'Assemblée, invité d'RTL ce matin.
Bruno Le Roux