Négociations, réforme des retraites, NFP... Le 8h30 franceinfo de Patrick Kanner
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Bonjour Patrick Cannaire. Bonjour. Vous participez, Patrick Cannaire, pour le Parti Socialiste aux discussions sur le budget qui se tiennent en ce moment, en tout cas ces derniers jours, ces dernières heures à Bercy. Est-ce que les derniers échanges que vous avez eus, vous êtes ce matin optimiste sur une possibilité d'aboutir ?
Il y a un climat constructif, manifestement, dans les relations que nous avons avec les différents ministres. Alors, nous avons des réunions officielles que vous suivez en tant que journaliste. Nous avons aussi des rencontres plus discrètes, officieuses. Mais depuis lundi, midi, heure où nous avons rencontré Madame de Montchalin et M. Éric Lombard, et aussi Patrick Mignola, qui est le ministre en charge des relations avec le Parlement, je peux vous dire que de manière intense, intense, il y a un cycle de négociations qui a été engagé. Mais comme le dit l'adage populaire, c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses.
Ce qui veut dire qu'au moment où je vous parle, j'ai espoir de trouver un bon accord de compromis qui fasse que l'opposition aura été entendue, écoutée, tout en restant dans l'opposition, ce que nous sommes. Mais pour l'instant, nous n'en sommes pas certains parce que tout d'abord, le cycle n'est pas interrompu. Il y a aujourd'hui des négociations avec d'autres formations politiques, de droite, voire même d'extrême droite.
Vous devez rencontrer le Premier ministre bientôt ?
Nous le souhaitons. Nous le souhaitons parce qu'à un moment donné, avant la déclaration de politique générale qui est prévue à l'Assemblée nationale mardi, elle sera lue d'ailleurs aussi par la numéro 2 du gouvernement, Mme Borne, au Sénat au même moment. Nous souhaitons rencontrer celui qui portera cette parole au nom du gouvernement devant les parlementaires. Après, s'ils ne souhaitent pas nous recevoir, ce ne serait pas un très bon signe. Ça signifierait que finalement, nos demandes resteraient en l'état.
On vous entend, vous avez plutôt bon espoir. Les Verts, eux, ils disent en revanche que le compte n'y est pas. Ils disent, nous n'avons pas à ce stade, nous n'avons aucune raison de ne pas voter la censure.
Oui, mais c'est aussi la position des socialistes. Nous avons toujours dit que nous ne voulions pas de censure systématique, automatique.
Mais eux ne sont pas convaincus, les écolos. Marine Vendelier, hier soir, le ton est un petit peu vif.
Chacun a son ton, naturellement, Mme Bouillaguet. Mais personne n'est convaincu tant qu'on n'a pas le résultat de la négociation. Nous sommes passés dans une phase très différente des gouvernements précédents. Avant, l'opposition était consultée. Il y avait un peu de concertation. Mais nous n'étions pas dans une logique de négociation. Vraiment. Là, il y a eu un changement réel. Il doit y avoir des raisons. Est-ce que c'est la personnalité de M. Bérou ? Ou est-ce que c'est la menace de censure ? Qui n'est plus virtuelle.
Aujourd'hui, je vous rappelle, quand même, y compris pour celles et ceux qui nous regardent, ou nous écoutent, la censure a existé une seule fois dans la Ve République en 1962. Depuis, c'était un outil virtuel. Et bien, depuis le 4 décembre, c'est un outil qui est utilisable sur un plan constitutionnel.
Si vous le voulez bien, on a posé le cadre. On va aller sur le fond, parce qu'au cœur de vos discussions, il y a la réforme des retraites. Parlons un peu peut-être de sémantique. Cette réforme, vous dites quoi ? Vous demandez quoi, plutôt ? Vous demandez qu'elle soit suspendue, qu'elle soit abandonnée, qu'elle soit gelée, qu'elle soit revue. C'est quoi le bon mot ?
La demande initiale qui était la nôtre, c'était... La suspension. Même avant.
Au départ, c'est l'abrogation.
C'était l'abrogation. Et nous avons combattu becs et ongles cette réforme que nous considérons comme injuste, socialement. C'est un nouvel impôt sur la vie des plus démunis, des plus modestes. C'est une réforme qui a été bâtie de manière non concertée, notamment avec les syndicats. Et elle a été imposée avec un 49-3. Rappelez-vous le surnom de la même borne, Madame 49-3. Bon. Donc, nous, nous voulions l'abrogation. Aujourd'hui, nous voyons bien qu'après le résultat des élections législatives, nous n'avons pas la majorité absolue. Si nous avions la majorité absolue, elle serait abrogée. On reviendrait à la réforme touraine. Et sûrement, on améliorerait cette réforme touraine.
Donc, aujourd'hui, nous disons oui à M. Bayrou sur sa proposition de revenir dans une négociation globale avec les formations politiques, les syndicats, le patronat. Et aboutir, il a ramené le délai à six mois. Une négociation de six mois qui pourrait commencer très vite s'il n'y a pas de censure après la déclaration de politique générale.
Et donc, pour une suspension, un gel ?
Et donc, pendant ce temps-là, nous demandons une suspension, ou l'équivalent d'une suspension. En tout cas, un signe fort qui montre qu'on peut rentrer dans une négociation avec le symbole de cette suspension qui permettrait de dire, mais le statu quo ne pourra pas rester le même.
Mais j'en ai à la question d'Adrien, vous réclamez la suspension. Tout à fait. On est toujours sur ces termes-là. François Bayrou, il semble d'accord sur un certain nombre de choses. On a vu, pour revenir sur la pénibilité, sur la problématique qui concerne les femmes, sur les carrières longues. Les carrières longues.
Les carrières longues.
Mais en échange, il parle quand même de ne pas suspendre cette réforme. Est-ce que, pour vous, c'est un recul sur les 64 ans, ou c'est rien ?
Alors, je pense que la mesure d'âge, les 64 ans, âge pivot, il faut y retravailler. Et j'ai senti, là aussi, comme l'on dit aujourd'hui, quelques bougées au niveau du gouvernement. On souhaite intégrer, mais vous l'avez dit, les carrières longues, les métiers pénibles, les carrières hachées, la question notamment qui concerne les femmes, en l'occurrence, pour ce type de situation. Donc, nous voulons des évolutions positives qui seront négociées pendant les six mois. De ce travail en commun. Et pour que ça se passe bien, nous demandons à ce que, pendant six mois, ça coûte un peu d'argent. Je vous le conseille. Mais il y a un fonds de réserve. Ça se compte en milliards.
Ça se compte entre 2 et 3 milliards d'euros.
C'est 4 milliards dès cette année, et c'est 16 milliards d'euros d'ici 2032. La France ne les a pas.
Nous parlons, là, des mesures générales. Je dis simplement que la suspension à un coût, je ne le nie pas, que nous pouvons utiliser les moyens du fonds de réserve, qui a été créé d'ailleurs par Lunel Jospin en cas de coup dur. Il y a un fonds qui permettrait le financement du système de retraite en cas de difficulté de financement. Et donc, aujourd'hui, on estime qu'il y a au moins 20 milliards d'euros disponibles dans ce fonds.
Mais qui est par ailleurs de l'argent, pardon, Patrick Cannaire, mais qui est de l'argent qui sert aussi, en tout cas les intérêts, à rembourser une partie de la dette du système de retraite. Donc ça veut dire lui retirer aussi cette capacité-là.
Oui, mais est-ce que vous pensez que trouver un bon accord sur une réforme des retraites qui est rejetée aujourd'hui par 90% des actifs dans ce pays ne vaut pas le coup d'un petit effort financier pour apaiser le pays et aboutir à un accord de non-censure qui permettrait à ce pays de trouver... On peut se le permettre. Vous savez, quand il y a une volonté politique, on peut trouver un chemin. Et je vous répondrai ce week-end dans le détail quand nous aurons la sanction par le Premier ministre des propositions sur les propositions que nous faisons. Mais nous nous sommes rentrés dans un cycle, encore une fois, de négociations.
Dans une négociation, par définition, et dans la recherche d'un compromis, il n'y a pas 100% de réussite et il n'y a pas 100% d'échec. Il faut que chacun fasse un pas l'un vers l'autre. On a changé de dimension et le parlementarisme retrouve une vigueur tout à fait nouvelle aujourd'hui par cette situation politique inédite.
On vous entend, mais vous parlez de négociation. Mais négocier sur quoi ? Parce que quand on écoute Olivier Faure, il dit quoi ? Il dit vouloir négocier non pas pour abroger la retraite à 64 ans, mais pour changer de système de retraite. Est-ce que ça veut dire qu'il est prêt à revenir sur le système de retraite à points ? C'était notamment une idée partagée par François Bayrou. Est-ce que c'est ce que vous souhaitez désormais ?
C'était aussi une proposition de la CDT, rappelez-vous, lors de la première négociation sous l'époque d'Edouard Philippe.
Enfin, vous l'avez rejeté, ce système à points.
Ça a été rejeté.
Donc pourquoi vous êtes d'accord aujourd'hui ?
D'abord, M. Faure n'a pas dit qu'il était d'accord avec le système par points. La question, c'est est-ce que le financement des retraites dans notre pays peut s'appuyer sur des dispositifs complémentaires ? C'est peut-être ce qui sortira de la négociation que nous aurons pendant les six mois, si bien sûr il n'y a pas de censure à l'occasion de la déclaration de politique générale. Donc nous sommes ouverts, Mme Bouillaguet, nous sommes ouverts... C'est pas une forme de reniement, pardon, quand même ? Écoutez, moi j'ai appartenu à une équipe gouvernementale qui a porté cette grande réforme, sous François Hollande, qui a porté cette grande réforme touraine.
A l'époque, il y avait 6 milliards, 6 milliards et demi de déficit pour le système des retraites. Et d'où cette réforme touraine qui n'a pas touché à l'âge pivot de 62 ans, qui avait été imposée, rappelez-vous, par Nicolas Sarkozy précédemment, et qui avait rallongé la durée de cotisation. Pour être très clair, pour nos auditeurs, nos téléspectateurs, un trimestre de cotisation supplémentaire, tous les 3 ans, pourra arriver à 43 ans de cotisation pour la génération 73. Donc on était conscients, nous sommes une gauche de responsabilité, une gauche qui gouverne, qui a gouverné, qui porte des gestions de grandes collectivités territoriales. Donc nous savons qu'il y a un problème financier.
Simplement, nous ne voulons pas...
C'est pas très clair, pardon Patrick Canard, c'est pas très très clair quand même la manière dont vous envisagez un autre système de retraite, un financement. Bon, je comprends qu'il ne fallait se laisser 6 mois, mais...
Vous me demandez, finalement, de conclure 6 mois de négociations qui n'ont pas encore lieu.
Non, mais il n'est pas interdit de mettre des propositions sur la table.
Mais ce qu'on peut quand même dire, c'est que le système à points que vous avez rejeté il y a quelques années, aujourd'hui, vous nous dit pourquoi pas.
Il faut regarder sa pertinence, y compris avec les partenaires sociaux. On est passé à un système, je dirais, de financement de la retraite uniquement par la mesure d'âge, profondément injuste. Donc, est-ce qu'il y a des solutions alternatives ? Nous sommes prêts à regarder toutes les solutions alternatives. Je ne veux pas vous dire aujourd'hui que nous serons favorables. Je vous dis simplement que nous sommes prêts à les regarder avec les partenaires. Et M. Bayrou a raison de compter sur les négociations avant tout.
Vous appelez à des concessions, des concessions que vous appelez remarquables. Est-ce que ça veut dire que l'accord de non-censure, ça ne repose pas seulement sur ce que vous allez négocier sur la réforme des retraites, mais est-ce qu'il y a aussi d'autres choses derrière ?
Bien sûr. Nous avons 5 paquets, permettez-moi, de sujets à évoquer. Et la réforme des retraites, on vient de l'évoquer longuement. Mais aussi la question du pouvoir d'achat des Français, comment notamment desmicardiser la France aujourd'hui, la question de la bifurcation écologique, la question du service public. Vous avez vu l'état dans lequel sont les urgences aujourd'hui en matière de santé, dans les hôpitaux, avec l'épidémie de grippe terrible que nous connaissons. Et dernier point, qui est transversal, c'est la justice fiscale. Donc nous voulons des réponses, et nous avons fait des prépositions sur l'ensemble de ces problématiques. Le 830 France Info, Alex Boulaguet, Adrien Beck.
J'aime toujours avec Patrick Cannaire, président du groupe socialiste au Sénat. On était, avant la pause, en train d'évoquer le budget. Bercy pourrait accepter de revenir sur les trois jours de carence supplémentaire pour les fonctionnaires malades, sur la suppression des postes à l'éducation nationale. Il parle aussi d'une taxe sur le patrimoine des plus riches, dont la fortune dépasserait 100 millions. Tout ça, vous pouvez déjà dire, c'est des victoires.
Nous sommes rentrés dans cette négociation avec un objectif très précis, qui est de dire, nous, opposition de gauche responsable, nous voulons, je reprends votre expression, ramener des victoires à la maison. Et la maison, c'est la France et les Français. Nous pensons qu'il faut des mesures de justice sociale, de justice fiscale, pour que ce gouvernement puisse tenir.
Ça veut dire des augmentations d'impôts. Justice fiscale, c'est rarement autre chose.
Demandez des efforts fiscaux à celles et ceux qui ont le plus bénéficié de l'hyper-bouclier fiscal depuis 2017. Je vous rappelle que les 500 familles les plus aisées de notre pays ont vu leur capital augmenter de 100% pendant cette période. Et qu'il y a aujourd'hui 10 millions de pauvres. Il n'y a jamais eu autant de pauvres dans notre pays. Donc les inégalités se sont creusées depuis ces temps. Imaginez que par des mesures fiscales, on puisse rétablir un petit peu d'ordre finalement. L'ordre juste, aurait dit une certaine personne que je connais bien. Moi, ça ne me choque pas.
Et si c'est le prix à payer pour retrouver une stabilité politique dans notre pays qui permette de faire avancer des mesures encore une fois justes, l'opposition que nous sommes, la première force d'opposition qui est le Parti socialiste,
prendra ses responsabilités. Ceci dit, il y a un mot que je n'ai pas entendu, dont on n'a pas parlé depuis 8h30 qu'on a commencé cette interview, c'est le mot économie. Il ne faut pas faire d'économie ?
Si, bien sûr qu'il faut faire des économies. Moi, je pense qu'il y a aujourd'hui des chantiers, notamment dans l'organisation de l'État, de l'organisation territoriale, qui pourraient justifier effectivement des...
Mais ça, ce n'est pas faisable dans le prochain budget qui arrive, Patrick Cannaire.
Vous savez, le temps long sera nécessaire. Oui, mais là, on parle d'essayer de trouver un budget. Du temps court. Voilà, sur un temps très court. Il faut trouver un budget, mais nous ne sommes pas responsables des 3200 milliards d'euros de dettes publiques, en tout cas des derniers 1000 milliards qui ont été portés par...
Emmanuel Macron n'est pas non plus le seul responsable, ça fait 30 ans ou 40 ans, donc...
Oui, mais il y a une accélération, chacun le sait bien. Nous ne sommes pas responsables de l'irresponsabilité du Mozart, de la Finance, qui n'est plus ministre de la Finance aujourd'hui, M. le maire, qui nous a vendu un budget avec 4,4% de déficit en 2024 et on va aboutir, tout le monde le sait, à plus de 6% à la fin de l'année, donc un budget insincère.
François Bayrou, maintenant, il dit 5,5%, entre 5 et 5,5%. Pour vous, c'est quoi le bon équilibre, le bon déficit, le bon chiffre ?
Nous pensons que nous pouvions aller sur 5,8%, 5,8% et détaler l'effort sur 3 ans ou 4 ans.
Et 50 milliards, là aussi, 10 milliards à la baisse par rapport à Michel Barnier ?
Nous ne sommes pas encore dans la phase budgétaire, Mme Bouillaguet. Ce que nous voyons, c'est un Premier ministre qui comprend que le temps budgétaire doit être, bien sûr, rapide parce qu'il nous faut un budget pour la France. Nous voulons un budget pour la France, mais nous ne voulons pas n'importe quel budget qui ferait payer les efforts essentiellement toujours au même. Donc, si nous sommes entendus, et c'est une question de jours, voire même d'heures sur les propositions que nous avons faites, eh bien, vous le savez, et nous l'avons toujours dit, il n'y aura pas de censure portée par les socialistes à l'Assemblée nationale.
Et permettez-moi de terminer pour dire simplement que quand on essaye de trouver un accord de non-censure avec l'extrême droite, ce qui a été le cas de Michel Barnier, qui nous a, je dirais pas maltraité, mais qui nous a traité avec une forme de dédain en disant que sa survie viendrait manifestement de l'extrême droite. On a vu le résultat. Quand on joue avec l'extrême droite, on perd. Quand on veut négocier avec des gens responsables tels que nous le sommes, eh bien, effectivement, on peut sortir le pays de l'impasse dans laquelle il est.
Alors, c'est à voir, parce que certains en doutent. Tiens, d'ailleurs, est-ce que vous êtes, vous, Patrick Cannaire, et vos camarades du Parti Socialiste, est-ce que vous êtes servile ? Si je vous dis ça, c'est parce que c'est Jean-Luc Mélenchon qui, dans une série de tweets, a multiplié les mots d'où, de façon ironique,
dirige à votre égard. Est-ce que nous sommes aussi des punaises de lit ? Est-ce que nous sommes aussi des gens capables de forfaiture ? Forfaiture, il l'a dit aussi, effectivement. Voilà. Pour être clair, est-ce que nous sommes des sociotraitres ? Vous savez, pour l'extrême gauche, nous serons toujours des sociotraitres. La seule différence, c'est que, voilà, c'est le Parti Socialiste qui a amené la gauche au pouvoir quatre fois dans la Ve République. C'est nous qui gérons aujourd'hui, même en étant de l'opposition, une trentaine de départements, cinq régions hexagonales.
Oui, mais vous avez besoin des insoumis pour faire un accord électoral. Si demain, il y a une dissolution et donc des législatives, vous allez partir seul au combat ?
Écoutez, pour l'instant, on n'est pas à la dissolution. Elle ne peut avoir lieu au mieux, entre guillemets, ou au pire, que le 8 juillet. Mais on ne va pas gérer ce pays à coups de censure et de dissolution. Vous êtes bien d'accord.
Donc, aujourd'hui, les insoumis et vous, c'est fini ?
Tout le monde sait qu'il y aura une étape majeure, à savoir l'élection présidentielle de 2027. Il ne va pas échapper que tant M. Mélenchon que Mme Le Pen, et je ne les mets pas sur le même niveau politique, naturellement, ont une priorité qui est de faire tomber, et c'est dit par les uns et par les autres, de faire tomber M. Macron, soit par destitution pour les uns, soit par démission pour les autres, mais de le faire tomber pour engager, dans les 35 jours qui viennent, une présidentielle qui, je crois, serait une catastrophe pour notre pays. Donc, nous ne voulons pas de ce chaos. Et nos partenaires LFI, membres du NFP, comme nous, oui, le NFP existe toujours. Mais j'ai bien compris...
C'est fantoche. C'est pas flagrant. J'ai bien compris de leur part qu'ils considéraient que les avancées que nous essayons de ramener pour les Français n'étaient pas leur priorité. Vous savez, moi, j'ai toujours eu du respect pour l'extrême-gauche que j'ai toujours combattu dans ma vie politique, plus jeunesse en termes d'engagement. Vous les appelez extrême-gauche, en tout cas. Oui, mais je les respecte. Il y a toujours eu une extrême-gauche dans notre pays. Et j'ai bien compris que quand M. Mélenchon, le soir du deuxième tour des élections législatives, dit le programme, tout le programme, rien que le programme, il voulait dire Mélenchon, tout Mélenchon, rien que Mélenchon.
Ce n'est pas notre position.
Il n'y a quand même pas une forme d'hypocrisie, quand même. On voit ce NFP qui fuit de toutes parts. Et là, vous continuez à nous dire mon partenaire par ci, mon partenaire par ça. C'est une rupture quand même. Vous n'êtes pas du tout sur les mêmes stratégies.
Le NFP, aujourd'hui, dans sa majorité, avec les Verts et le PC, a accepté de rentrer dans une démarche de négociation avec des histoires et des priorités différentes pour chacun d'entre nous. Il y a un parti qui refuse par principe de rentrer dans une logique de négociation. Et quand M. Coquerel rencontre hier M. Lombard, ce n'est pas en tant que LFI, mais en tant que président de la commission des finances de l'Assemblée nationale. Donc, je constate que nous avons effectivement aujourd'hui des lignes stratégiques différentes. Est-ce que cela justifie les propos insultants de M. Mélenchon à notre égard ? La réponse est non. Donc, vous allez vous faire insulter,
continuer, comme depuis des mois ils vous insultent, ça ne vous gêne pas. Vous avez des os solidaires. Et s'il y a
une bonne législative, vous repartirez ensemble ? Ça ne me gêne pas que M. Mélenchon s'agite. Nous, on agit. Lui, il s'agite, nous, on agit. C'est la réalité. Et si, encore une fois, dans la négociation qui peut-être n'aboutira pas, je n'en sais rien au moment où je vous parle, si nous ramenons des mesures positives pour le pays, une stabilité politique tout en restant dans une opposition ferme et déterminée, j'estime que la gauche du gouvernement, celle qui aspire à gouverner, qui aspire à l'alternance dans les années à venir et en particulier en 2027, eh bien, cette gauche du gouvernement aura fait le travail.
Si vous y arrivez, ça démonétisera la France insoumise ?
Excusez-moi, mais les socialistes n'agissent pas en fonction de la perspective électorale de M. Mélenchon. On a pu voir
quand même quelques fois que vous aviez des intérêts stratégiques convergents, donc il y avait peut-être aussi des prises de position qui étaient les mêmes
aussi avec cet esprit-là. Moi, je suis d'un âge et d'une époque qui croit à l'union de la gauche. Voilà, moi, j'ai pratiqué l'union de la gauche. Ce n'était pas avec les mêmes, je vous le concède, ce n'était pas avec les mêmes. Donc, nous verrons bien. Aujourd'hui, LFI est un parti qui est représenté à l'Assemblée nationale, mais qui n'a pas d'autres implantations. D'ailleurs, le sénateur que je suis peut vous dire qu'il n'y a pas de sénateur LFI aujourd'hui existant. Donc, c'est un parti qui a une tête extrêmement puissante, très médiatique qui est M.
Mélenchon, qui a des militants, bien évidemment, qui a des élus à l'Assemblée nationale, mais qui, aujourd'hui, a des faiblesses dans sa représentation, notamment au plan local. Donc, vous savez, on n'en a pas encore parlé, mais nous verrons bien ce qui se passera aux élections municipales. Donc, il y a aujourd'hui le NFP, mais je vois bien qu'il y a une différence de stratégie entre une partie des membres du NFP et LFI. Ce constat-là, je le fais, vous le faites, tout le monde le fait naturellement.
François Bayrou présentera mardi sa déclaration de politique générale. Alors, vous avez déjà dit, si François Bayrou met dans cette déclaration la suppression du droit du sol à Mayotte ou celle de l'aide médicale d'État, vous vous poserez la question de la censure. vous faites comme le RN en fait, vous faites du chantage, la surenchère, c'est un peu, on retrouve la même méthode, les fameuses lignes rouges.
Madame Boyer, permettez-nous d'avoir des convictions. Donc ça, ce sera censure immédiate
si dans sa déclaration de politique générale
la délibération du Parti Socialiste sera collective le moment venu. Et c'est pour ça que nous souhaitons voir M. Bayrou.
Ça vous concernez, vous ? C'est ce que vous avez dit ? Oui, bien sûr.
Mais nous avons toujours dit que nous ne voulions pas qu'on touche à l'AME. Nous ne voulons pas non plus qu'on touche au droit du sol, même si nous sommes conscients du problème migratoire naturellement qui existe à Mayotte avec la proximité de l'archipel des Comores. Nous savons qu'il y a sûrement des mesures à prendre spécifiques, mais ça pourrait être aussi le cas en Guyane. Et d'ailleurs, des mesures spécifiques qui ont déjà été adoptées puisque le droit du sol est soumis maintenant à une présence régulière sur le territoire maorais depuis une loi de 2022, je crois.
Mais ça doit être une raison de censurer ou pas ? Mais vous savez,
la censure, la censure, c'est... Ça peut être le signe de la balance pour ceux qui nous écoutent. Voilà, le signe de la balance. Nous regarderons ce que la négociation pourra nous apporter, nous regarderons ce qu'elle ne nous apportera pas et nous ferons une balance positive ou négative en fonction. Ce qui est certain, c'est que les provocations qui d'ailleurs ont été désavouées de M. Rotaillot sur, par exemple, l'interdiction du voile à l'université, si M. Bayrou reprenait ça, c'est une caricature, mais s'il reprenait ça dans sa déclaration plus générale, je ne vous cache pas que là, nous serions devant un irritant particulièrement fort.
Patrick Caner, juste pour finir et pour résumer les choses, si vous dites dans quelques heures, quelques jours, il peut y avoir un accord, s'il y a un accord de non-censure, est-ce que ça veut dire quoi ? Est-ce que c'est un accord pour ne pas voter la censure ou c'est un accord pour voter le budget ? Ce n'est pas pareil.
Si nous votions le budget, ça signifierait que nous rentrerions dans la majorité. Ce ne sera pas le cas. Donc, il y a... C'est très clair.
C'est très clair. C'est très clair. Merci beaucoup. Nous ne sommes pas dans la majorité. La réponse était claire. Merci beaucoup, Patrick Caner, président du groupe socialiste au Sénat. Merci. Alix Bouillaguet, les informés avec Renaud Deli sont là dans 5 minutes. Vous restez avec nous sur France Info.
Patrick Kanner