Stéphane Séjourné : "Nous avons les cartes et les outils pour faire plier les Américains"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:17OuverteRéponse directe
Donald Trump crée la stupeur avec l'annonce fracassante des droits de douane imposés par les Etats-Unis.
- 0:28OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est un aveu de faiblesse ? Est-ce que c'est un aveu de tétanie ?
- 1:40RelanceRéponse directe
Pour l'instant, ça tient ?
- 2:10OuverteRéponse directe
Proportionnalité, ça signifie quoi ?
- 2:16RelanceRéponse directe
Qu'est-ce que ça signifie concrètement ?
- 3:10OuverteRéponse directe
On s'arrête un instant sur le Bourbon, Stéphane, ces journées, parce que ce n'est pas du tout anecdotique.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:03Invité politiqueChiffre
« Il y a 60% des investissements étrangers aux Etats-Unis qui sont des investissements européens. »
- 1:08Invité politiqueChiffre
« 40% des investissements étrangers en Europe sont des investissements américains. »
- 2:22Invité politiqueChiffre
« Donc, ils nous collent 20%, on leur colle 20%. On met 20%. »
- 2:33Invité politiqueFait
« Cette liste de réciprocité sera déjà en œuvre dès cette semaine »
- 2:50Invité politiqueFait
« Nous avons préparé une liste, cette liste a été validée. »
- 4:07Invité politiqueChiffre
« Et donc là, il y a eu 10% qui se seront appliqués dès le 5 avril à l'ensemble du monde entier, 20% pour les Européens à partir du 9 avril. »
- 8:04Invité politiqueFait
« L'industrie automobile européenne est en danger de mort. »
- 8:08Invité politiqueChiffre
« Ça concerne directement ou indirectement 13 millions de travailleurs. »
- 9:19Invité politiqueChiffre
« Les flottes professionnelles, c'est 60% des voitures neuves en Europe achetées. »
- 9:34Invité politiqueFait
« La commission restera sur ses bases. C'est-à-dire les objectifs resteront. »
- 9:42Invité politiqueFait
« On l'a fait sur les amendes, de manière pragmatique. On le refaira. »
Temps de parole
- Stéphane Séjourné76 %
- Présentateur24 %
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Sonia De Villers, à 7h49, votre invité vice-président de la Commission européenne à la prospérité et à la stratégie industrielle.
Voilà, il est le commissaire français. Bonjour Stéphane.
Bonjour, bonjour à tous.
Le message malin.
Le message à la transition est bien retrouvé.
Voilà, alors on y va justement. Donald Trump crée la stupeur avec l'annonce fracassante des droits de douane imposés par les Etats-Unis. Dans la foulée, la Chine riposte de manière non moins spectaculaire, pas l'Europe. Est-ce que c'est un aveu de faiblesse ? Est-ce que c'est un aveu de tétanie ?
D'abord, non. Nous allons évidemment riposter. Il y a une riposte qui est en préparation et je voulais être très clair ce matin, y compris sur la doctrine que nous allons travailler, la méthode que nous allons employer, y compris dans le travail et l'unité européenne. Notre riposte aura trois mots d'ordre. D'abord, la proportionnalité, puisqu'il y aura des impacts économiques sur notre économie et sur l'économie européenne. Il faut pouvoir en tenir compte. Notre économie est très imbriquée avec celle des Etats-Unis. Il y a 60% des investissements étrangers aux Etats-Unis qui sont des investissements européens. 40% des investissements étrangers en Europe sont des investissements américains.
Et donc, on voit bien dans cette dynamique comment des droits de douane et des tarifs peuvent impacter à la fois les entreprises américaines et à la fois les entreprises européennes. Et puis, il y a l'unité européenne à construire, puisque nous sommes forts à 450 millions de consommateurs. Et donc, il faut continuer à négocier ensemble. À 27, pour l'instant, ça a tenu. Et pour avoir cette négociation à 27...
Pour l'instant, ça tient ?
Oui, pour l'instant, ça tient. Nous avons une réunion aujourd'hui à Luxembourg avec notamment les ministres des affaires commerciales et donc du commerce extérieur. Je serai d'ailleurs vendredi et samedi avec Eric Lombard, le ministre de l'économie française, et l'ensemble des ministres européens en Pologne pour pouvoir affiner cette discussion. Et l'ensemble des Européens ont la volonté de négocier ensemble. Et je pense que ça, c'est un élément, en tout cas, de force que l'Europe peut mettre sur la table.
Mais proportionnalité, ça signifie quoi ? Proportionnalité ? Réciprocité, parce que vous comprenez, nos auditeurs entendent beaucoup, beaucoup de mots. Qu'est-ce que ça signifie concrètement ?
Vous avez deux leviers dans la riposte. D'abord, le tarifaire, la réciprocité absolue. Donc, ils nous collent 20%, on leur colle 20%. On met 20%. Cette liste de réciprocité sera déjà en œuvre dès cette semaine, puisque les premiers droits tarifiaires qui ont été annoncés par Donald Trump, notamment sur l'acier et l'aluminium, seront en réciprocité et seront annoncés dans les jours qui viennent.
Alors, on va expliquer. Mi-mars, en effet, les États-Unis annoncent des droits de douane sur l'aluminium et sur l'acier.
Nous avons préparé une liste, cette liste a été validée. Une liste de produits, les Harley-Davidson, le Bourbon. Dans les prochains jours, nous validerons cette liste. Pour ce qui est du Bourbon, j'ai un espoir pour que cet élément soit sorti de la liste. Et on verra dans les prochaines heures, puisque les discussions se termineront cette semaine.
On s'arrête un instant sur le Bourbon, Stéphane, ces journées, parce que ce n'est pas du tout anecdotique. C'est-à-dire qu'à partir du moment où l'Europe a dit « si vous taxez notre acier et notre aluminium, on va taxer votre Bourbon », Donald Trump l'a très très très mal pris. Il a dit « si vous faites ça, je taxe à 200% les vins et les champagnes français ». C'est toute la filière viticole qui attend de savoir si le Bourbon va être sur cette liste.
Oui, tout à fait. On a réouvert la liste à la discussion à la fois avec les États membres, et donc l'ensemble des 27, des ministres, et puis aussi à consultation des industriels pour voir l'impact économique pour éviter l'escalade avec les États-Unis. Et a priori, on devrait avoir des bonnes nouvelles dans les prochaines années.
Donc on a des bonnes choses de faire sortir le Bourbon.
Mais en tout cas, le message a été bien pris et l'impact économique pourrait être majeur. Ça ne veut pas dire que sur les autres secteurs et sur la riposte européenne, nous ne ferons rien. Et donc là, il y a eu 10% qui se seront appliqués dès le 5 avril à l'ensemble du monde entier, 20% pour les Européens à partir du 9 avril. Et donc les Européens sont en train de construire la riposte dans l'unité, dans la proportionnalité, c'est pour éviter d'avoir des impacts économiques sur leur secteur.
Et entre le tarifaire et le non-tarifaire, et je vais peut-être expliquer ce qu'est le non-tarifaire pour vos auditeurs, c'est l'idée d'utiliser des instruments d'anti-coercition, ce qu'on appelle en Europe, c'est des instruments qui ont été notamment créés à la base contre les Chinois.
Et que finalement va appliquer probablement aux Américains.
On peut éventuellement appliquer, on a les cartes.
Alors, soyons très concrets.
Soyons très concrets, ça veut dire que nous pourrions décider de retirer l'ensemble des entreprises américaines des marchés publics, par exemple, européens. Alors c'est le bazooka économique, puisque un certain nombre de services sur lesquels nous n'avons pas d'autres options que choisir les Américains, notamment les services numériques. Et donc ça a des implications sur les entreprises européennes. Il faut regarder dans quel secteur exactement et pourquoi nous pouvons le faire. Mais ça fait partie des sujets qui sont sur la table et en discussion aujourd'hui avec l'administration américaine. Évidemment, ça a des impacts majeurs pour les entreprises américaines.
Et dans ce cadre-là, le rapport de force, en tout cas, il est sur la table. Pour reprendre le vocabulaire de Donald Trump, nous avons également les cartes. Et donc nous avons des outils pour aussi faire plier les Américains. Il faut les utiliser dans des conditions de négociation avec eux. Et donc on ne peut pas aujourd'hui faire des annonces, puisqu'il y a des négociations qui sont en cours. Il faut garantir l'unité européenne, parce que c'est quand même notre force. Et puis il faut éviter les impacts sur nos secteurs économiques. Parce que notre intention, c'est quand même de défendre le pouvoir d'achat et défendre les entreprises européennes.
Qu'un Elon Musk, par exemple, prenne d'un seul coup le contre-pied de Donald Trump. Et ce week-end, décrète, il participait au congrès italien des partis anti-migrants, et décrète d'un seul coup, comme ça, sans prévenir, que lui, il voudrait une zone de libre-échange avec l'Europe, entre l'Amérique du Nord et l'Europe, avec des tarifs douaniers quasi nuls. Ça veut dire quoi ? Que l'unité se fissure autour de Donald Trump ?
On n'a pas encore compris exactement la nature de cette intervention. Soit c'était une annonce de l'administration américaine, soit c'était un conseil au président américain. En tout cas, pour les deux, que ce soit d'ailleurs l'option 1 ou l'option 2, c'est plutôt une bonne nouvelle. Parce que si c'est un conseil, c'est-à-dire que c'est une brèche, et si c'est une brèche dans une négociation, c'est toujours utile pour les européens.
Parce que Ursula von der Leyen disait jeudi, il y a encore moyen de négocier. L'administration Trump a dit cette nuit, il y a 50 pays qui ont pris contact avec nous pour commencer les négociations. Donc en réalité, tout va se renégocier après ces annonces fracassantes-là ?
Oui, les contacts sont en cours déjà aujourd'hui avec l'administration américaine. On aura un certain nombre de discussions et d'aller-retour sur les conséquences économiques de ce que nous envisageons. Et donc ça veut dire faire aussi tourner les ordinateurs du côté américain et du côté européen pour voir les conséquences économiques. qu'on puisse avoir des éléments qui soient aussi dissuasifs dans cette discussion. On les a, je vous les ai évoqués, j'en ai évoqué quelques-uns. L'intérêt pour nous, c'est évidemment de limiter l'impact économique, encore une fois.
Et donc tout ce qui peut permettre de renforcer le rapport de force européen, l'unité européenne, nos outils anti-coercition, la réponse sur les tarifs sont des éléments qui nous permettent en tout cas d'avoir la main dans cette négociation.
Vous venez de publier dans Le Monde, une tribune, vous ne mâchez pas vos mots. L'industrie automobile européenne est en danger de mort. Écrivez-vous, c'est le constat de l'industrie elle-même. Ça concerne directement ou indirectement 13 millions de travailleurs. Vous vous dites en substance, on attaque notre industrie à coup de droits de douane, et bien nous on va la protéger, on va la renforcer plus que jamais. L'industrie automobile, il y a d'abord un éléphant dans la pièce, vous le dites vous-même, c'est votre expression, c'est la fin de la vente des voitures à essence neuve, des voitures à moteur ternique, 2035. Le fameux coup près.
Pour beaucoup, ce coup près, c'est la mise à mort, c'est le coup de grâce.
Bon d'abord pour faire le lien avec le sujet précédent, nous avons un agenda également de réindustrialisation européenne. Et d'ailleurs nous n'avons pas les mêmes méthodes que les américains, mais nous avons cet agenda de réindustrialisation, de made in Europe. Nous prévoyons également une révision des marchés publics européens pour permettre également de pouvoir acheter européens dans un certain nombre de marchés publics. Et l'industrie de l'automobile est une industrie stratégique pour nous. Et donc nous devons préserver nos capacités de production, que ce soit pour le social, pour l'économie.
2035. 2035. Le coup près de 2035.
Pour cela, nous avons pris des mesures rapides pour pouvoir booster le carnet de commande des constructeurs. On va notamment verdir plus rapidement les flottes professionnelles. Les flottes professionnelles, c'est 60% des voitures neuves en Europe achetées. Et donc ça veut dire plus de voitures également dans le marché secondaire. Ça nous permettra également de booster les commandes.
Répondez sur 2035, c'est la fin de l'interview.
2035, c'est assez simple. La commission restera sur ses bases. C'est-à-dire les objectifs resteront. Nous garderons les objectifs de transition. Par contre, nous adaptons le chemin et les flexibilités. On l'a fait sur les amendes, de manière pragmatique. On le refaira. Mais en tout cas, les objectifs resteront fixés. Et d'ailleurs, sont dans la loi européenne. Aujourd'hui, il faudrait presque même changer la loi européenne et avoir un nouveau consensus européen pour pouvoir changer ces objectifs. Merci. Ce n'est pas notre intention. Et merci Sonia de Villers. Il est 7h58. Sous-titrage Société Radio-Canada
Stéphane Séjourné