RÉMUNÉRATIONS ET AVANTAGES : COMBIEN COÛTENT VRAIMENT NOS POLITIQUES ?
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Combien les responsables politiques gagnent-ils ? Quels sont les avantages dont ils bénéficient ? Comment cela a-t-il été décidé et pourquoi ? Régulièrement, ces questions refont surface dans le débat public.
Effectivement, j'ai cette image de mère toujours bien sapée, toujours élégante. Donc moi, j'ai préféré effectivement m'acheter des fringues pour être bien sapée. Je comprends tout à fait qu'une personne qui gagne 1200 euros par mois puisse être choquée que nous, on puisse avoir 990 euros de frais des indemnités, donc de représentation, je le comprends tout à fait. Et d'ailleurs, je profite de l'occasion pour remercier tous nos concitoyens et concitoyennes qui travaillent et qui, effectivement, nous permettent d'avoir ces indemnités.
Cette séquence, par exemple, a déclenché une polémique importante à la fin de l'année 2025.
Je vais vous la faire courte, je paye quand même pas mal d'impôts. Ça veut dire que cette dame-là a dépensé 4 ans de mes impôts pour s'acheter des fringues. Ça devient insupportable. Mais vraiment, mais vraiment, là, tout le monde est au bord de la crise de l'air. Ces gens-là ne se rendent pas compte du mal qu'ils font aux politiques en général et ça va mal finir.
S'il vous plaît, ne vous énervez pas. Je pense qu'elle est totalement déconnectée. Et c'est vraiment choquant pour nous les Français.
Il faut dire qu'elle intervenait au moment où les changements de gouvernement avaient donné lieu à une succession de ministres nommés pour quelques mois.
Gabriel Attal début 2024, puis Michel Barnier, François Bayrou l'hiver dernier, 4 gouvernements en un an et demi, et autant d'avantages accordés aux différents ministres.
De quoi remettre au goût du jour le débat sur la rémunération et les moyens alloués aux responsables politiques. Un sujet déjà inflammable en 2024, lorsque les frais de mandat des parlementaires avaient été augmentés.
Ce que nous avons fait hier, c'est que nous avons augmenté le plafond de l'enveloppe qui nous est allouée pour des frais. C'est ça l'indemnité parlementaire que nous avons augmentée. C'est celle qui nous permet d'exercer notre mandat pleinement et de répondre aux attentes de nos concitoyens quant à l'exercice de notre mandat.
Le paradoxe tient notamment dans le fait qu'une partie de ces mêmes responsables politiques appellent régulièrement les Français et les Françaises à faire des efforts, à travailler plus, tout en menant des réformes austéritaires qui pèsent sur le quotidien des plus précaires et des classes moyennes, et ce depuis des années. Ce que je veux, c'est qu'on arrête l'assistanat et que l'argent qu'on économise, on le mette pour revaloriser les salaires nets. Je veux qu'on sorte du piège de l'assistanat. Je pense que l'assistanat, ce n'est pas le vrai social. Nous devons travailler plus.
Le gouvernement a proposé un plan pour dire « ça ne peut pas durer comme ça, il y a des efforts à faire, ces efforts sont supportables ».
L'assistanat n'a pas sa place. Forcément, lorsque les détails du train de vie de ces responsables sortent dans la presse, beaucoup de citoyens y voient une apparente contradiction. De manière générale, les indemnités et les avantages en nature des politiques, c'est un sujet qui s'invite régulièrement sur les réseaux sociaux ou sur les plateaux de télévision.
C'est très peu au regard des responsabilités et ridicules face au privé. Même avec des chiffres pareils, vous allez nous dire qu'ils sont sous-payés ? Oui, structurellement. Un bon dirigeant, compétent, cultivé, expérimenté dans le privé, gagne 2, 3, 5 fois plus. Et surtout, il a la paix. En politique, c'est l'inverse. Salaire plafonné, audite permanent, vie privée passée au scanner, famille exposée, insultes quotidiennes, soupçons, constant. Résultat, les meilleurs ne viennent pas ou ils partent.
On a bien dit avantages, car au-delà des indemnités ou traitements, ce sont surtout les avantages annexes, parfois attribués à vie, qui soulèvent du mécontentement. Logement, voiture, protection policière, frais de représentation, chauffeur, dotations diverses, le tout s'inscrit dans un système qui, malgré plusieurs réformes, reste parfois opaque et inégalitaire. Alors aujourd'hui, on a voulu faire le point. Au-delà des fantasmes ou des discours, président de la République, ministre, député, sénateur et sénatrice, maire ou encore président ou présidente de région ou de département, qui gagne quoi exactement ? Au-delà des indemnités, à quoi les élus et responsables politiques ont-ils accès ?
Pour combien de temps ? Quels sont les enjeux démocratiques que ça soulève ? Que se passe-t-il dans les pays qui fonctionnent autrement ? Pour répondre à toutes ces questions, bienvenue dans cette nouvelle émission pour Blast. On entend tout et n'importe quoi sur les rémunérations des élus. Mais qu'en est-il vraiment ? Dans cette émission, on va essayer de faire un tour d'horizon du coup des responsables politiques. Nous avons choisi d'exclure les institutions européennes et nous n'avons pas pu être de toute façon totalement exhaustifs. Pour éviter que cette émission ne dure 6 heures, il a fallu faire des choix.
C'est pourquoi nous ne pourrons pas aborder ici l'intégralité des affaires et scandales liés aux frais de mandat par exemple. Ou encore, c'est pour cette raison que nous ne rentrerons pas dans tous les détails possibles concernant les différents postes, les différentes responsabilités. Ce qu'il faut comprendre, c'est que les indemnités et traitements des responsables politiques forment une véritable pyramide. Ce n'est pas du tout réparti de manière uniforme sur le territoire et ça varie évidemment fortement en fonction des postes et des responsabilités. Dans cette première partie, on va s'arrêter sur la rémunération directe. Bref, l'argent que les responsables politiques perçoivent.
Commençons par les maires. Tout en bas, dans les petites communes, un maire de moins de 500 habitants gagne 1155 euros bruts par mois. Alors qu'en haut de l'échelle, la maire de Paris, Anne Hidalgo, grimpe à 9700 euros bruts par mois. Entre les deux, on retrouve des cas de grandes villes comme les indemnités du maire de Lyon, Grégory Doucet, qui touche environ 7500 euros bruts par mois. Surtout, les élus locaux votent eux-mêmes leurs indemnités dans la limite de la grille du code général des collectivités territoriales. Récemment, le maire de Perpignan a par exemple augmenté son indemnité de 17%.
Et pendant que certains vivent quasi à plein temps de leur mandat, beaucoup de maires de petites communes doivent garder un autre travail à côté. Pour vous donner un ordre de grandeur, plus de 71% des communes comptent moins de 1000 habitants. Ce qui signifie que 7 maires sur 10 en France touchent une indemnité située dans le bas de la grille, autour de 1155 à 1820 euros bruts par mois seulement. À Paris, Marseille et Lyon, chaque arrondissement a son propre maire. Ils sont de vrais élus locaux dotés de pouvoirs limités à leur quartier et leur indemnité varie fortement selon leur statut.
À Paris, autour de 3000 euros bruts par mois s'ils ne siègent pas au Conseil de Paris et jusqu'à environ 5960 euros bruts par mois s'ils cumulent les deux fonctions, soit bien moins que les 9700 euros de la maire de Paris. Il faut aussi préciser que cette indemnité est soumise à l'impôt sur le revenu. Cependant, elle donne droit à un abattement fiscal. C'est un peu long, donc si ça vous intéresse, on vous a fait plusieurs graphiques avec toutes les données officielles sur le sujet. Vous pouvez mettre sur pause si vous voulez plus de détails. À l'échelon national, du côté des parlementaires, la rémunération est plus uniforme.
Un député ou sénateur touche 7637 euros bruts par mois, réparti entre 5930 euros d'indemnités de base et 177 euros d'indemnités de résidence et 1527 euros d'indemnités de fonction. Ceux qui occupent des postes clés ajoutent un bonus. Les présidents des deux chambres prennent 7698 euros en plus, soit un salaire total de 15335 euros bruts par mois pour la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivé. Et même si le cumul des mandats est interdit pour les parlementaires et sénateurs avec un mandat exécutif local, il existe encore des exceptions.
Gérald Darmanin, par exemple, a ainsi pu cumuler la mairie de Tourcoing et un poste de ministre pendant un temps avec l'aval du président de la République. En 2024, Éric Ciotti, à la fois caisseur, député et conseiller départemental des Alpes-Maritimes, touchait près de 16 000 euros bruts par mois. Il y a aussi les intercommunalités. Pour rappel, ce sont les structures qui regroupent plusieurs communes pour gérer ensemble certains services publics ou projets. Elles permettent à des communes souvent petites de mettre en commun leurs moyens pour être plus efficaces.
Les indemnités varient entre vice-président d'un petit ensemble, à environ 1 350 euros par mois, jusqu'à 5 960 euros par mois pour un président d'une grande intercommunalité. Ensuite, du côté des départements et régions, l'indemnité varie aussi en fonction de la taille de la population. Au sommet de la pyramide, les présidents touchent des indemnités de près de 6 000 euros et les grilles sont très similaires concernant les élus départementaux. A noter que les indemnités peuvent être majorées et cumulées avec d'autres fonctions. Et tout en haut de la pyramide des rémunérations des politiques, il y a l'exécutif.
Leurs salaires, dits traitements, sont fixés dans des décrets officiels par lesquels François Hollande a imposé une baisse de 30% des rémunérations du président, du premier ministre et des ministres. Et on a encore d'autres ordres de grandeur. Depuis la fin des anciennes primes en liquide supprimées en 2001, tout est théoriquement transparent. Un ministre touche quasiment 10 700 euros bruts par mois et un secrétaire d'État 10 157 euros. Le président de la République et le premier ministre sont eux rémunérés exactement au même niveau, un peu plus de 16 000 euros par mois. Voilà, ça c'est pour les chiffres précis. Pourtant, ces indemnités et traitements-là ne sont pas le cœur des polémiques.
Ils sont encadrés par la loi, publiés dans des décrets et globalement connus. Pour une partie des responsables politiques de haut niveau, ces rémunérations, c'est presque de l'argent de poche. Ce qui crée vraiment l'écart, ce qui donne l'impression d'un monde à part, ce ne sont pas seulement les rémunérations. Ce sont aussi les avantages en nature, plus opaques et beaucoup plus discutables. Les logements de fonction parmi les plus beaux hôtels particuliers, les chauffeurs, les frais de représentation à 5 ou 6 chiffres, les dîners qui coûtent autant qu'un salaire annuel moyen, et parfois des avantages qui continuent même après avoir quitté le pouvoir.
Bref, le coût politique ne se voit pas seulement dans l'argent brut perçu. Il se cache dans tout le reste. La question à se poser pour les responsables politiques, au-delà de combien ils gagnent, c'est aussi qu'est-ce qu'on leur paie à côté. C'est ce qu'on appelle les avantages en nature. Ils sont traditionnellement définis comme des biens ou des services, fournis ou mis à disposition d'un agent par l'employeur, soit gratuitement, soit moyennant une participation inférieure à leur valeur réelle. Et ça en France, il y en a à tous les niveaux. D'abord, du côté des élus locaux, il y a les frais de représentation.
C'est une enveloppe que chaque mairie vote pour elle-même et qui sert à financer des dépenses liées à la fonction. Les cérémonies, les réceptions, les cadeaux institutionnels, les repas, les tenues, les déplacements locaux. Sauf que cette enveloppe n'a rien d'uniforme. Dans les petites communes, elle dépasse rarement quelques milliers d'euros pour tout le mandat. Mais dans les grandes villes, on grimpe très vite à des dizaines de milliers d'euros par an, sans plafond national strict. La loi fixe seulement un principe, les dépenses doivent être justifiées par l'exercice du mandat, rester raisonnables et être votées par le conseil municipal.
En pratique, chaque commune fixe donc son propre plafond. L'exemple le plus documenté est Paris, où les montants sont publics. 19 720 euros par an pour la maire de Paris, 11 092 euros par an pour chaque maire d'arrondissement. La maire du 8e arrondissement, par exemple, a dépensé environ 35 000 euros sur plusieurs années, dont une grande partie en vêtements de marque. Et quand on lui demande pourquoi, la réponse peut paraître déconcertante.
Chaque maire a une enveloppe de 990 euros par mois et chaque maire peut dépenser comme il veut. Donc moi, j'ai préféré effectivement m'acheter des fringues pour être bien sapée.
Le maire du 18e arrondissement a fait à peu près pareil. 35 557 euros entre pressing, vêtements ou repas. Et au sommet, il y a le cas à Nidalgo, 84 000 euros de frais de représentation en 4 ans, dont 73 700 euros en tenue. Par exemple, 2 800 euros pour une robe Dior, 3 067 euros pour un manteau Burberry, 3 520 euros pour une autre robe Dior. Tout ça est parfaitement légal, parce que la règle est floue. On doit bien représenter la commune. Tant que la dépense est justifiée comme étant nécessaire à la fonction, elle passe. Dans les très grandes villes, ces frais viennent s'ajouter à d'autres avantages peu connus.
Les voitures de fonction dans certaines municipalités, les chauffeurs pour les maires de métropole, les logements de fonctions municipaux, rares mais existants, et parfois même des budgets annexes pour des voyages ou des événements internationaux.
Et quand il s'agit de notes de frais, Michel Pi semble tout aussi secret que l'agence 007. Le conseil municipal lui vote une enveloppe pour ses frais de représentation annuelle. Par exemple, 20 000 euros en 2019, 10 000 euros en 2021, 15 000 euros pour l'année 2024. Michel Pi reçoit cet argent sur un compte personnel et le dépense sans produire de justificatif.
Mediapart a établi un classement à la fin de l'année 2025 où les journalistes constatent de fortes dépenses des communes en frais de représentation, notamment par exemple dans les Alpes-Maritimes. Dans certaines villes, des mers transgressent carrément la loi. A Beau Soleil par exemple, dans les Alpes-Maritimes toujours, le maire Gérard Spinelli a été condamné à 12 mois de prison avec sursis et 150 000 euros d'amende pour l'organisation de grandes soirées ou de l'anniversaire de sa femme aux frais du contribuable. Pendant ce temps-là, la majorité des mers de petites communes n'utilisent rien de tout ça, pas de chauffeur ou de frais de représentation généreux.
Certains gèrent les urgences municipales depuis leur cuisine ou effectuent eux-mêmes les tâches les plus ingrates.
Comme chaque semaine, Victorien Barthélémy, le maire du village, se transforme en cantonnier. Avec sa paire de gants, il va lui-même curer et nettoyer les conduits qui mènent à la station d'épuration. Comme chaque semaine,
des dizaines de lingettes obstruent les canalisations.
Dans ce village de 150 habitants, cette tâche a toujours été réalisée par le premier magistrat de la ville.
Dans un petit village, il faut être multifonction, on va dire, quand on est maire. C'est pas toujours facile, le voisinage, il y a plein de choses qu'il faut gérer.
Du côté des régions ou des départements, on constate également des abus. Avec le cas Laurent Wauquiez, par exemple, qui avait facturé à la région un dîner des sommets, 100 000 euros le repas pour 90 personnes, avec l'argent du contribuable dans un château du Beaujolais.
Vous pouvez m'expliquer pourquoi la région a financé un dîner à plus de 100 000 euros, le dîner des sommets, 90 invités, plus de 1 000 euros par terre ?
Ça va au sujet des maires ?
Ça va à voir avec l'argent
des collectivités territoriales.
D'accord, mon sujet, c'est les maires. Merci à vous.
Le 23 juin dernier, se tenait le dîner des sommets au château de Lachaise, dans le Rhône. À l'initiative de Laurent Wauquiez, l'événement restait confidentiel, a coûté 100 000 euros d'argent public, soit plus de 1 100 euros par invité, aux frais du contribuable.
Ce n'est pas tout. L'année dernière, Laurent Wauquiez a aussi été épinglé pour avoir dépensé près de 80 000 euros pour des repas à Paris avec des journalistes ou des sénateurs. Un cas est ressorti, celui d'un dîner à 1 248 euros en mars 2022 avec l'écrivain Michel Houellebecq.
Dans un pays où il y a autant de gaspillage de l'argent public, la priorité, c'est la baisse de la dépense.
En ce qui concerne les parlementaires, ils touchent donc la même indemnité de base, un peu plus de 7 600 euros brut par mois. Mais là encore, cette rémunération n'est pas le cœur de ce dont ils bénéficient. Chaque député reçoit une avance de frais de mandat de 6 353 euros mensuels. Officiellement, cette enveloppe sert à couvrir les dépenses liées à l'exercice de leur mandat. Dans les faits, elle englobe quasiment tout ce qui constitue une vie professionnelle confortable, comme avec les frais de transport du député ou de ses collaborateurs.
Sont également pris en charge les frais liés aux locaux, à l'usage des bureaux, aux équipements et fournitures, les frais d'hébergement et de repas, les frais de formation du député et de ses collaborateurs, les frais de communication et de documentation, les frais de représentation et de réception, les frais de fin de mandat ou encore divers frais annexes. L'arrêté encadrant ses dépenses autorise explicitement les frais vestimentaires et de coiffure nécessités par le mandat. La barre étant définie comme raisonnable, mais sans limite chiffrée, les dérives sont fréquentes. Les affaires ne manquent pas pour illustrer le flou et les abus.
Certains n'hésitent pas à mobiliser l'avance des frais de manière discutable. Coralie Dubost, par exemple, avait dépensé plusieurs milliers d'euros par mois de vêtements et de lingerie entre 1500 et 3000 euros en 2018 et 2019 sur des sites de vente en ligne comme showroom privé. Elle s'était défendue auprès de Mediapart en expliquant « il y a des tenues de mandat et des tenues perso, je ne mets pas les mêmes affaires dans ma vie perso et dans ma vie de mandat ».
Patricia Miralès avait également été épinglée par l'Assemblée nationale pour avoir utilisé son enveloppe parlementaire afin de payer le déménagement de son fils, la réparation du disque dur de sa fille pour un montant de près de 1200 euros ou encore le séjour à l'hôtel de son conjoint. Thierry Solaire, député et conseiller du président de la République, a quant à lui été mis en examen pour avoir utilisé à des fins personnelles une partie de ses frais de mandat, notamment pour payer le loyer de sa résidence familiale de 14 730 euros, les frais de scolarité de ses enfants et les abonnements à des clubs sportifs pour un montant de 6 700 euros.
Dans un article de Mediapart encore, on apprenait que la députée RN Christine Angrand a utilisé plus de 10 000 euros d'argent parlementaire pour payer la garde de ses chiens, s'offrir un abonnement à un site de rencontre ou encore régler des frais d'obstèques. En plus de cette enveloppe de frais de mandat, les parlementaires disposent également d'une enveloppe de 11 118 euros bruts par mois destinés à la rémunération de leurs collaborateurs. Cette somme leur permet d'employer jusqu'à 5 assistants parlementaires. Ce dispositif a là aussi été détourné par certains qui ont notamment employé des membres de leur famille. L'affaire Fillon en a été un célèbre exemple.
François Fillon avait versé 1 130 000 euros entre 1986 et 2013 à son épouse Pénélope pour un emploi fictif.
Donc ce sont 3 membres de sa famille qui ont travaillé comme assistant parlementaire pour lui, sa femme et ses deux enfants.
Exactement. Quand lui est sénateur, il confie donc le soin à son suppléant d'embaucher sa femme et lui, pendant ce temps-là, embauche ses propres enfants. Donc un système effectivement d'emplois familiaux. Aujourd'hui, il est interdit pour un parlementaire d'employer un membre de sa famille, même si ça semble encore pouvoir se faire de manière interposée comme le révèle cette enquête de Mediapart autour de deux députés du Rassemblement National. Certains parlementaires qui disposent du statut d'employeur recrutent parfois leurs assistants sans établir de fiches de poste précises.
Ils les emploient alors pour les assister dans leur vie personnelle plutôt que dans leur fonction professionnelle de député ou de sénateur. C'est à nouveau le cas de Coralie Dubost. Plusieurs témoignages rapportent que la députée demandait à ses assistants de surveiller son personnel de maison ou encore d'effectuer divers stages domestiques à son domicile comme déposer ses affaires au pressing ou chez le cordonnier. En plus de ces indemnités pour les députés, s'ajoutent encore d'autres avantages comme l'accès gratuit à la SNCF et à la RATP.
Il y a le code ici et pour avoir un billet on appelle le code transport et on a une carte de circulation qui est celle qui est donnée à tous les députés. En sachant que pour le métro
on a le même type de carte Ah vous avez le métro aussi qui est payé par l'Assemblée ? Oui. D'accord. Donc ça c'est votre carte de métro ? Exactement. Et ça c'est les cartes de train donc ça c'est de la SNCF. Et ça c'est votre abonnement de train ? Exactement. Voilà. D'accord. Et vous avez le droit à la première classe. C'est clair. Voilà. Au même étage, un appartement de 150 mètres carrés est réservé à la vie de famille du Kester. Partie privative dans laquelle on vit et moi j'y vis trois jours, trois, quatre jours par semaine. On peut voir les parties privatives ? Non. Ah non, là vous me permettrez de rester chez moi. Je ne vais pas vous montrer ma chambre à coucher.
Les députés ont également accès au remboursement des courses en taxi ou en VTC ou encore à plusieurs déplacements aériens gratuits. Ils bénéficient aussi d'une enveloppe de 16 790 euros pour couvrir les dépenses de courrier, de portage et d'équipements informatiques et téléphoniques. Enfin, en cas de non-réélection, un parlementaire peut percevoir une indemnité de retour à la vie professionnelle équivalente à 57% de son indemnité parlementaire, soit 4 353 euros par mois pendant une durée comprise entre 2 et 3 ans selon l'âge du parlementaire. Les sénateurs touchent des enveloppes similaires à celles des députés pour des montants proches avec des conditions très proches également.
Mais la Chambre haute est régulièrement pointée du doigt pour des avantages supplémentaires. Le budget annuel du Sénat dépasse les 378 millions d'euros. Son restaurant gastronomique est subventionné et la Chambre haute possède également une cave à vin institutionnelle. On trouve dans le restaurant notamment des repas à 16 euros avec du foie gras dont la différence est payée par le contribuable grâce à une subvention de plus d'un million d'euros. Dans cet article de l'Essentiel de l'Eco, on peut lire les mots d'une sénatrice qui explique on mange du foie gras ou de la sole mennière à 16 euros pendant que les cantines universitaires augmentent leurs tarifs. C'est indéfendable.
Des plats comme du foie gras mi-cuit ou de la sole des Côtes-Bretonnes y sont servis en effet pour le prix d'une pizza. Le service est assuré par 41 employés dont plusieurs meilleurs ouvriers de France. L'intendant Stéphane Rivière, le chef Gilles Pauillac et plusieurs secondes. Voilà la carte restaurant du Sénat.
Vous avez des plats alors évidemment achis parmentier de bœuf foie gras fumé d'eau de cendres rôtie à la moelle fondue d'épinards beurre rouge et le chef aujourd'hui propose aussi un vol au vent de homard et coquillage jus pressé de carapace les fromages plateaux de fromage affidés salade de saison au fromage blanc et puis les desserts gratin de fruits sabayon au calvanos mille feuilles à la vanille baba au rhum mousse au chocolat café du terroir bio massaya et chocolat de dégustation. Voyez.
Du côté de l'exécutif si l'on regarde ce que touche un premier ministre on l'a dit il perçoit une rémunération brute mensuelle de plus de 16 000 euros mais en plus de ça le premier ministre dispose des moyens de Matignon pour exercer sa fonction. Le budget total de l'hôtel de Matignon et des services du premier ministre dépasse les 430 millions d'euros annuels hors masse salariale. Le premier ministre réside à l'hôtel de Matignon un hôtel particulier de 6200 mètres carrés situé rue de Varennes à Paris entouré d'un parc de 2 hectares. Il bénéficie d'un personnel domestique complet maître d'hôtel cuisinier femme de chambre jardinier etc.
C'est un secret bien gardé. La résidence du premier ministre c'est aussi le plus grand jardin privé de la capitale avec plus de 2 hectares de terrain. Un parc qui a 3 siècles d'histoire et 2 atmosphères. D'abord un jardin à la française avec ses allées de tilleul et ses perspectives mais aussi un style à l'anglaise plus sauvage avec des îlots de verdure.
Il dispose également d'une résidence secondaire officielle le château de Sous-Île-à-Briche situé dans l'Essonne. Le premier ministre bénéficie enfin de chauffeurs privés et d'une protection policière permanente. Il dispose également de la prise en charge complète de ses moyens de déplacement véhicules blindés chauffeurs et aussi un accès facile aux avions gouvernementaux qu'ils utilisent aisément. François Bayrou par exemple avait fait scandale lorsqu'il avait emprunté un avion pour un petit vol en métropole simplement pour prononcer un discours de 27 minutes sur les énergies renouvelables. Là encore ce genre de polémique éclate régulièrement.
En 2023 Elisabeth Borne et Gabriel Attal avaient fait l'aller-retour en avion entre Paris et Rennes pour assister à la rentrée scolaire. Il faut bien garder en tête que les sommes de ces trajets atteignent facilement des centaines de milliers d'euros. Par exemple en 2017 Edouard Philippe a voyagé à Tokyo avec sa délégation pour la somme de 350 000 euros.
350 000 euros pour gagner deux heures seulement sur son agenda est-ce que c'est comme ça que l'État montre l'exemple ?
Non je vois bien le sens de votre question et je reconnais que les sommes dès qu'on parle des déplacements du Premier ministre ou du Président sont toujours impressionnantes.
Il était impossible de décaler le départ du Président deux heures pour qu'effectivement ces 350 000 euros ne soient pas dépensés. je ne pouvais pas y avoir une organisation différente. Je comprends très bien qu'on puisse se poser la question. Vous savez la sensibilité des Français à ces questions-là. Mais bien sûr et je l'assume complètement. Est-ce que c'est une erreur ?
Est-ce que c'est un dérapage ? Je l'assume complètement cette décision. En plus de leurs avantages en nature et de leur salaire les premiers ministres participent aussi régulièrement à des événements prestigieux. Cérémonie officielle, inauguration internationale majeure, dîner diplomatique sommet ou encore le festival de Cannes dans lequel ils sont entièrement pris en charge et servis. Le Premier ministre est par exemple souvent invité au dîner présidentiel. Elisabeth Borne avait participé au repas à un demi-million d'euros pour la venue du Prince Charles.
Au son de la musique de la garde républicaine, les 160 convives triés sur le volet ont foulé le tapis rouge sous les flashs des photographes Charlotte Gainsbourg, Hugh Grant, Carole Bouquet ou encore Mick Jagger. Vers 20h45, le dîner a débuté dans la Galerie des Glaces, l'occasion pour les deux chefs d'État de porter les traditionnels toasts en commençant par Emmanuel Macron.
Dans le cadre de son travail au gouvernement, le Premier ministre dispose aussi d'un cabinet. Sébastien Lecornu a par exemple 11 collaborateurs ministériels. Enfin, lorsqu'un Premier ministre est attaqué en justice dans le cadre de l'exercice de ses fonctions, l'État prend en charge l'intégralité de ses frais juridiques. Les ministres perçoivent une rémunération brute de plus de 10 000 euros, ce qui les place d'emblée dans la tranche des 1% des Français les mieux rémunérés. Mais ils disposent aussi d'une enveloppe annuelle de 150 000 euros chacun pour leurs frais de représentation. C'est aussi 100 000 euros pour un secrétaire d'État. Ça leur permet par exemple d'organiser des dîners onéreux.
Mais ça vous surprend qu'à l'Assemblée nationale on puisse être amené à servir du homard ? Moi je n'aime pas ça. Je n'en mange pas. Je n'aime pas les huîtres. Je ne prends pas de champagne. Alors vous voyez, je déteste le caviar. Alors vous voyez les histoires qu'on raconte à partir d'une photo. Le champagne ça me donne mal à la tête. Donc je n'en prends pas.
François Doré, François Doré. Lorsqu'ils sont en mission, les ministres se font rembourser l'intégralité de leurs frais de déplacement, trajet, hôtel ou repas. Comme le Premier ministre, tous les ministres disposent d'une voiture luxueuse et d'un chauffeur. Ils peuvent également emprunter les avions de l'État pour des missions spécifiques. Certains sont logés dans des hôtels ministériels parmi les plus beaux hôtels particuliers de Paris. Hôtel de Brienne pour le ministère des Armées, hôtel du Châtelet pour le ministre chargé des Relations avec le Parlement ou hôtel de Clermont pour le ministère du Travail.
D'autres choisissent de ne pas occuper ces hôtels et préfèrent des appartements de fonction plus modestes. En 2021, après une séance de questions au gouvernement, la taille des logements des ministres a été rendue publique. En plus de son indemnité de 16 000 euros, le président bénéficie également donc de nombreux avantages en nature. Il réside principalement au Palais de l'Élysée, dans le 8e arrondissement de Paris. Ce bâtiment prestigieux couvre 11 179 m2, dont environ 300 m2 d'appartements privés et compte 365 pièces avec plusieurs jardins. En moyenne, 800 agents y travaillent, contribuant directement ou indirectement aux missions constitutionnelles.
Parmi eux, la garde républicaine ainsi que le personnel de restauration, d'entretien et de logistique. Le président dispose également d'un personnel domestique dédié à la gestion privée du Palais. En plus de l'Élysée, le président a accès à plusieurs résidences secondaires, le pavillon de la Lanterne à Versailles, où Emmanuel Macron s'était isolé pendant sa période de Covid, ou le fort de Brégançon à Bormes-les-Mimosas dans le Var, résidence officielle de villégiature. Ces lieux bénéficient également d'un entretien régulier et d'un personnel permanent.
Rappelez-vous de la rénovation de la salle des fêtes de l'Élysée en 2018 en plein mouvement des gilets jaunes avec une moquette à 300 000 euros.
600 000 euros, ça coûte, dont la moitié 300 000 rien que pour la moquette. Et le président ne peut plus reculer, sinon il faut un moratoire sur la moquette. Sa fabrication a nécessité 2 tonnes de laine et il a fallu tondre combien de moutons ? Pas loin de 66 millions, à mon avis. Chaque année,
ce sont les déplacements présidentiels qui représentent l'une des charges les plus importantes. En 2023, Emmanuel Macron a effectué 112 déplacements pour un coût moyen de 207 000 euros par déplacement. La plupart sont réalisés à bord de l'Airbus A330-200 de l'Armée de l'Air et de l'Espace, surnommé Air Macron One, acquis sous la présidence Nicolas Sarkozy pour 176 millions d'euros. L'avion est très luxueux, il comprend une salle de réunion, une chambre avec lit double et une douche.
En avril 2023, le déplacement en Chine avec deux avions A330 a coûté 1,8 million d'euros en raison de la taille de la délégation, du transport de la voiture présidentielle et du convoi de véhicules loués sur place. Même les déplacements en métropole atteignent aussi des sommes importantes. Fin juin 2023, un voyage de trois jours à Marseille a coûté 342 828 euros et une visite à Toulouse en décembre de la même année plus de 205 000 euros. En 2023, 12 déplacements du président Emmanuel Macron ont été annulés, ce qui a entraîné environ 832 000 euros de dépenses engagées mais non utilisées selon la Cour des comptes.
Ces annulations sont notamment liées au contexte social et à des contraintes d'organisation. Les dîners politiques et diplomatiques constituent également une part importante du budget de l'Elysée. En 2023, environ 1,3 million d'euros ont été dépensés seulement en frais de traiteurs. Les réceptions sont luxueuses. Par exemple, pour la visite d'État du roi Charles III, l'Elysée a dépensé plus de 42 000 euros en vin et champagne en plus d'un repas fastueux incluant homards bleus, décors royaux et mise en scène raffinée. Le dîner organisé pour le Premier ministre indien a coûté près d'un demi-million d'euros.
Autre exemple, dîner avec le président de Mongolie, 62 000 euros ou dîner pour la paix, 67 000 euros. Enfin, ces frais de représentation et de déplacement officiel sont financés par le budget de la présidence. Tout ça coûte environ 120 millions d'euros par an pour faire fonctionner la présidence. Puis, une fois que les présidents ont terminé leur présidence, on ne sait pas exactement quel est le montant des indemnités qu'ils continuent à toucher. Les anciens présidents reçoivent tous les mois l'équivalent d'une rémunération d'un conseiller d'État dit « ordinaire ». Mais l'échelon n'est pas précisé.
La fourchette de rémunération pourrait donc varier entre 5 956 euros et 7 753 euros bruts par mois. Par ailleurs, les anciens présidents bénéficient de nombreux avantages à vie qui coûtent environ 3 millions d'euros par an à l'État pour, notamment, le loyer de leur bureau mis à disposition à vie, mais aussi leurs frais de protection et leurs transports. Leurs frais de réception et de déplacement sont également remboursés pour leurs activités liées à leur fonction d'ancien chef d'État. Les anciens présidents sont également équipés d'un véhicule de fonction avec un chauffeur privé. Il faut toutefois préciser que ces avantages se sont réduits avec le temps.
En 2016, un rapport avait révélé que les trois anciens présidents coûtaient plus de 10 millions d'euros d'argent public par an. François Hollande avait alors fait passer un décret visant à réduire le nombre de collaborateurs à louer et à encadrer les moyens matériels. Mais encore aujourd'hui, ces moyens restent élevés. Et cette question du train de vie des anciens présidents revient là aussi régulièrement dans le débat public, comme par exemple en 2018, lors du mouvement des Gilets jaunes.
Ça fait partie des privilèges qui aujourd'hui apparaissent complètement indus pour les Français. Ce qui choque, c'est qu'un ancien président en France, il n'a plus de pouvoir et ne joue plus aucun rôle politique. Un ancien président, en général, a largement les moyens d'entretenir un bureau et même un chauffeur. Or, tout ça, ça lui est offert aujourd'hui par l'État, par la collectivité. Tout ça n'a plus véritablement raison d'être.
Alors, dans cette émission, nous avons essayé de récapituler factuellement qui bénéficiait de quoi exactement. Ceci étant dit, on peut essayer d'analyser les débats qui agitent régulièrement la société autour de cette question.
Les révélations sur les dîners organisés par François de Rugy font polémique. quand il était président de l'Assemblée nationale, François de Rugy a-t-il organisé
des dîners à caractère privé aux frais du contribuable ?
Les photos de Omar et de Vin deviennent le symbole de la désormais affaire de Rugy où le ministre est mis en cause pour des dîners à l'époque où il était président de l'Assemblée nationale ou pour des travaux. Chaque jour, une nouvelle histoire.
Est-ce que tout cela est légitime ? Est-ce que ces avantages se sont réduits avec le temps ? Dans une étude récente de l'IPP, Étienne Olyon et Éric Buge ont analysé le revenu réel des parlementaires depuis 1914. Ils ont établi que celui-ci a longtemps cru puis a constamment baissé depuis le début des années 2000. Mais ça reste très au-dessus de ce que gagne la majorité des Français. Les députés, les sénateurs, les présidents de régions et départements et les ministres, globalement, se situent tous dans les 3% les plus riches du pays rien qu'avec leurs revenus. Alors, qu'est-ce qui peut être avancé pour justifier un tel écart ?
Je suis allée poser la question au sociologue Étienne Olyon, co-auteur de l'étude. Alors, quels sont les arguments en fait pour leur donner de telles indemnités et plus largement conditions de vie ? Il y en a un qui est que c'est un métier exigeant et c'est vrai que c'est un métier exigeant. Vous travaillez souvent plus de 70 heures par semaine. Vous ne choisissez pas quand est-ce que vous allez poser des congés. Vous ne choisissez pas s'il n'y a pas une urgence qui va arriver et souvent vous êtes en déplacement régulier donc vous n'avez pas de vie de famille ou en tout cas ça complexifie la vie de famille.
Deuxième argument, c'est l'argument historique du paiement des élus qui est celui de l'anticorruption. C'est-à-dire qu'on paye les élus pour qu'ils ne soient pas soumis à la tentation et c'est quelque chose qu'on fait assez régulièrement dans de très nombreux pays pour les postes à responsabilité. Cet argument de lutte contre la corruption doit cependant être nuancé. Il n'est pas prouvé de manière absolue qu'une excellente rémunération prévienne systématiquement des pratiques de corruption. Il existe des débats autour de ce sujet. En Suède, par exemple, les parlementaires sont correctement indemnisés. Ils perçoivent environ 7000 euros par mois.
Ce montant est fixé par un comité indépendant et non par les parlementaires eux-mêmes. Contrairement aux élus français, ils ne disposent ni de frais de représentation ni d'assistant et règlent eux-mêmes leur voyage et leur repas qu'ils peuvent ensuite se faire rembourser sur présentation de justificatif. De plus, chaque citoyen peut consulter les factures des députés et connaître l'ensemble de leurs dépenses en vertu d'un principe de transparence inscrit dans la Constitution depuis 1766. L'indice de corruption est en Suède inférieur à celui de la France.
La Suède, c'est le pays où une ministre, Mona Saline, a été obligée de démissionner en 1995. Elle avait utilisé sa carte bancaire professionnelle pour 1000 euros de dépenses privées. « J'ai acheté des couches culottes, du Toblerone et un paquet de cigarettes. » Dans ce formulaire, Stig Henriksson doit justifier chaque sentiment engagé, frais d'hôtel, repas, essence.
Et contrairement
à ses homologues français,
pas d'enveloppe
à utiliser librement pour ses frais de représentation. Il pioche dans ses 6000 euros de salaire mensuel. La transparence est inscrite dans la Constitution suédoise.
« À notre poste, on doit faire preuve d'une grande rigueur morale. Mais le système est encore plus efficace si on sait qu'on risque de se faire attraper. » À l'inverse, au Brésil, l'indemnité parlementaire atteint environ 8500 euros par mois pour un niveau de vie beaucoup plus faible et donc un pouvoir d'achat nettement meilleur. En plus du salaire, les élus disposent d'une enveloppe destinée à couvrir les dépenses liées à l'exercice du mandat ainsi qu'une aide au logement. Mais depuis quelques mois, un scandale de corruption majeur éclabousse de nombreux politiques et notamment des sénateurs, ce qui prouve bien qu'une excellente indemnité n'est pas un rempart absolu contre la corruption.
Ce que disent certaines études, c'est que dans certains contextes, mieux payer peut aider, bien sûr. Mais ce qui pèse beaucoup, c'est la probabilité d'être contrôlée, la transparence et la sanction en cas de manquement. Par exemple, quand des comptes sont rendus publics et que la carrière politique dépend d'une réélection, certaines études observent une baisse nette des détournements et des abus. Ensuite, il est vrai qu'historiquement, c'est bien la gauche qui a défendu de tels niveaux de rémunération.
Non seulement bien rémunérer les élus, c'est historiquement une demande de gauche et une opposition droite, mais c'est même une demande d'une partie de la gauche radicale au 19e siècle et la droite demandant très régulièrement et jusque dans les années 1920 qu'on ne rétribue pas les élus. Pourquoi est-ce qu'on ne rétribuerait pas les élus ? Parce que ça va « attirer » des gens intéressés et non pas des gens dévoués parce qu'on n'a pas besoin de ça.
Et évidemment, on comprend l'argument, mais on voit aussi l'argument inverse qui est au moins aussi important qui est de dire que si on ne paye pas les gens, les gens qu'on va attirer, c'est uniquement les gens qui ont les moyens de faire de la politique et donc on va avoir une classe politique qui ne sera qu'une classe politique de rentier. Dans les arguments souvent avancés dans le débat public, il y a aussi cette déconnexion entre des représentants qui jouissent d'un train de vie très privilégié et une partie de celles et ceux qui sont censés défendre et qui, eux, s'enfoncent dans la pauvreté.
Rappelez-vous cette séquence avec Jean-François Copé à l'époque député et maire qui bénéficie donc de tous les avantages qu'on a énumérés. Combien coûte un pain au chocolat ? Jean-François Copé. Écoutez, ça me fait plaisir parce que si on ne m'avait pas parlé de pain au chocolat, je l'aurais fait moi-même, franchement, donc je suis très content de dire... Écoutez, je ne vous donnais aucune idée du premier coup de pain au chocolat, mais combien ? Ah, ça débat avec Julie.
Ça dépend des tailles, évidemment. Ça dépend des tailles.
Écoutez, ça dépend des tailles. Je pense que ça doit être aux alentours de 10 ou 15 centimes d'euros, peut-être. Il y a aussi cette déclaration de Nathalie Cossis-Comorisé, alors députée et ancienne ministre.
Pouvez-vous nous dire combien coûte un ticket de métro ? Euh...
4 euros et quelques. 1,70 euros.
Récemment, c'était évidemment la polémique. Sarah Knafow qui a défrayé la chronique.
Si je vous demande le prix du pass navigo mensuel à Paris ? Euh... Annuel 52 ? Non. Dites-moi.
Non. Annuel 52 ? Si c'était 52 euros par an, ça ferait des heureux. Ah oui, ça dépend des... 90,80 euros, plein tarif pour le pass navigo. On n'a pas parlé des rémunérations européennes, car le sujet est dédié aux institutions françaises, mais Sarah Knafow est députée européenne et aspire à être la maire de Paris. L'impression d'une déconnexion est donc très souvent au cœur du débat public. Et forcément, le parallèle est fait avec leur rémunération et leur train de vie. Étienne Olyon ne nie pas cette déconnexion avérée dans de nombreux cas, mais y apporte une autre explication.
L'hypothèse principale que j'émettrais pour expliquer cette déconnexion par une partie de la population, c'est un fait qui est très bien documenté dans la littérature de sciences sociales, c'est le fait que l'Assemblée nationale n'est pas représentative de la population et que ce n'est pas parce qu'on les paye plus maintenant, c'est parce qu'en fait ils n'ont jamais vécu dans les conditions de vie du reste de la population. Quelques chiffres sur ça. L'Assemblée nationale compte aujourd'hui 60% de classes supérieures dans la population active française, c'est 20%. L'Assemblée nationale aujourd'hui compte 5% de classes populaires, ouvriers, employés, c'est 50% de la population active.
Ça explique la déconnexion parce que vous n'avez jamais ou presque ou il y a très longtemps vécu dans des conditions matérielles qui sont celles d'une partie de la population, alors vous ne pouvez pas penser et voir et comprendre parfois jusque dans votre chair, dans votre corps, ce que sont en fait les conditions de vie d'une partie de la population. Et ne pas comprendre ce qui se joue dans la chair d'une partie de la population, c'est peut-être une des raisons qui amènent beaucoup d'élus à imposer aux classes les plus modestes toujours plus d'efforts, à se permettre de leur dire de plus travailler, de ne pas se comporter comme des assistés. L'assistanat n'a pas sa place.
Le temps de la dépense facile est terminé et révolu et qu'il faut absolument que nous fassions des économies de dépenses publiques.
Il n'y a aucune fatalité au gaspillage de l'argent public. Il n'y a pas d'impuissance politique en la matière. Si on veut, c'est possible.
Aujourd'hui, on est quand même dans un pays, il faut le dire, où on est dans un système, c'est parfois plus intéressant de ne pas se lever le matin et de cumuler les aides que de se donner du mal et d'aller faire un boulot qui n'est pas toujours très bien payé. L'indépendance de la France n'est possible que par l'effort. D'abord, pour réduire le déficit, pour y parvenir, pour la France, l'effort que nous demandons aux Français doit donc être leur effort. Le temps de l'économie et du service budgétaire est devant nous.
C'est ce qui amène Emmanuel Macron à réduire le montant des aides au logement au début de son mandat sans percevoir les conséquences que peuvent avoir le caractère violent socialement d'une telle mesure. La philosophe Barbara Stigler, elle, y voit une stratégie parfaitement consciente qui est loin d'être le fait d'une simple question de déconnexion ou de salaire.
En fait, c'est une ploutocratie, la France. C'est un pays, un régime dans lequel ce sont les plus riches qui gouvernent et ils gouvernent pour les plus riches. Ils pourraient être les plus riches et gouverner pour le plus grand nombre.
Ce ne serait pas une démocratie mais ce serait quand même peut-être une république. Le sociologue Pierre Bourdieu dans l'ouvrage Noblesse d'État avait d'ailleurs effectué une étude sociologique sur les grandes écoles et sur le système de formation, de reproduction et de légitimation des classes dominantes en France. Il avait fait apparaître la continuité historique et sociologique entre la noblesse d'Ancien Régime et ce qu'il appelle la noblesse d'État.
Au cœur de son analyse, cette idée que la noblesse, fruit de mécanique de la reproduction favorisée par le système exclusif des grandes écoles, donc convaincue du bien fondé et de ses privilèges, use de pouvoir et de titres sans précédent pour les justifier. Mais au-delà de la question de la représentation qui a bien évidemment une incidence sur la manière dont fonctionne la démocratie, se pose la question de la transparence. Depuis plusieurs années en France, les règles de transparence se sont renforcées, notamment via des institutions comme la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique créée en réponse à l'affaire Cahuzac.
Depuis 2014, chaque parlementaire ou ministre doit déposer une déclaration d'intérêt et d'activité ainsi qu'une déclaration de situation patrimoniale. Et il faut souligner que ces différentes mesures pour plus de transparence sont venues notamment grâce au travail du journalisme d'investigation, au scandale et à la pression très importante de l'opinion publique mais n'ont pas vraiment été initiées par les responsables eux-mêmes. Voici quelques déclarations qui montrent l'état du débat public sur le sujet il y a quelques années.
Je récuse l'idée que les hommes politiques soient tous corrompus. Même si je n'aime pas ce voyeurisme, je publierai la déclaration de patrimoine. Je pense que ce n'est pas la solution pour répondre à l'attente de l'opinion publique. Pas de démocratie, pas de paradis. Et je persiste et je signe. J'ai l'impression qu'ils prennent les Français pour des imbéciles. Les Français ne veulent pas savoir le prix et la couleur de la culotte
de Madame Duflo. C'est de la poudre aux yeux. Ce voyeurisme sur le patrimoine des élus est grotesque. Mais on est encore très loin d'une lisibilité totale. La majorité des gens ne savent pas exactement qui touche quoi. D'où l'idée de produire cette émission sur Blast. Et surtout, il y a encore de nombreux aspects des dépenses qui restent opaques et des élus qui n'ont pas l'air déterminés à ce que ça change. En témoigne cette récente enquête de Mediapart. A l'approche des élections municipales, les journalistes ont demandé à une centaine de maires de leur transmettre les détails de leurs frais de mandat.
Voilà le résultat. Au total, 48 maires ont accepté de nous transmettre leurs frais. Bon, dans la majorité des cas, les documents étaient souvent incomplets. Mais plus de la moitié des villes contactées, soit 52 mairies, ne nous ont tout simplement jamais répondu. Depuis le 8 février 2023, sur décision du Conseil d'État, les notes de frais sont considérées comme des documents administratifs et peuvent être consultables par toute personne qui en fait la demande. Et pour cause, cette question
de la transparence reste encore épidermique, alors qu'il s'agit là des modalités de fonctionnement de la démocratie. Cela concerne tout le monde et on devrait pouvoir organiser un débat en profondeur sur ces questions selon Étienne Olyon. La question de l'indemnité des élus, c'est un sujet qui est vraiment inflammable, il l'a toujours été historiquement. Et je pense que c'est dommage parce qu'il faut sortir sur ce sujet-là des positions. D'un côté, tout va bien, ne vous inquiétez pas et laissez-les continuer. De l'autre côté, une espèce de démagogie un peu radicale qui consisterait à dire les élus doivent payer, mais payer en fait et ne pas être payés.
Et il faut être absolument ferme là-dessus. Je pense qu'il est important que la question des modalités de la rémunération des élus comme la question du volume soit des éléments d'un débat public plus général sur lequel on s'interroge en fait sur le bon niveau. Après, une fois qu'on a dit ça, il faut savoir que c'est un sujet que les élus aiment peu aborder et c'est un sujet qui provoque en fait des relations absolument épidermiques. Donc, il est assez difficile d'avoir une relation apaisée à cette question-là. Mais si on pouvait lancer une discussion apaisée sur le sujet, je pense que la démocratie s'en porte très mieux.
Ce que révèle cette succession d'affaires et de polémiques, c'est aussi la perte de confiance des Français et Françaises en leurs représentants. La France ne cesse de s'effondrer dans le classement de la perception de la corruption par exemple. Avoir des élus qui semblent déconnectés, préoccupés par les gains personnels et capables de se saisir d'outils pour abuser de l'argent public, voilà une perception qui abîme durablement la démocratie. Et quand on voit la couleur des personnes qui sont notamment à l'Assemblée nationale, il y a combien d'ouvriers ? Comment on peut être représenté par des personnes qui ne nous représentent pas ? C'est ce qu'on appelle une oligarchie.
C'est juste des petits partis qui se bataillent à gauche, à droite et forcément ils se disent à l'intérieur pour le mettre au gouvernement.
À partir de là, on n'a plus la parole réellement. On veut juste gagner un salaire décent pour pouvoir vivre avec notre salaire. C'est tout ce qu'on demande. On ne demande pas un salaire de député, 15 000 euros pour dormir à l'Assemblée.
C'est la fin de cette émission. J'espère qu'elle vous aura intéressé et surtout qu'elle vous aura permis de faire le point sur qui gagne quoi dans notre système politique. Je tiens à remercier tout particulièrement Elsa Galland qui a participé à l'écriture de cette émission et qui a effectué la majeure partie des recherches sur ce sujet. J'ai bien conscience que nous n'avons pas évoqué de nombreux aspects de cette thématique mais encore une fois, la vidéo était déjà très longue. Il a malheureusement fallu faire des choix.
N'hésitez pas à nous donner votre avis en commentaire sur ces systèmes de rémunération et sur la manière dont, selon vous, le débat démocratique pourrait être organisé autour de ces questions. N'hésitez pas non plus à suggérer des aspects de cette thématique qui pourraient être développés dans une prochaine émission sur Blast. Enfin, si cette vidéo vous a intéressé, n'hésitez pas à la partager autour de vous ou à nous soutenir financièrement en faisant un don sur blast-info.fr Et moi, je vous dis à très bientôt.
Jeanne D'hauteserre