"En quatre mois il y a eu deux décès " : médecins et spécialistes alertent sur les injections esthétiques illégales
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Pourquoi cette alerte maintenant ?
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Concrètement, qu'est-ce que vous voyez dans vos cabinets ?
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Vous citiez 40% d'injections illégales, comment justifiez-vous ce chiffre ?
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Comment votre patientèle a-t-elle évolué ces dernières années ?
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Cette tranche jeune est désormais plus importante que la patientèle historique ?
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Quels sont les profils des jeunes femmes que vous avez suivies ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« 40% des Français disent avoir recours ou envisagé d'avoir recours à la médecine esthétique. »
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« Plus de 50% pour les jeunes femmes de 18 à 35 ans. »
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« 40% des injections sont potentiellement illégales aujourd'hui. »
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Nice, en juillet, ville urbaine en mars dernier. En quelques mois, deux femmes sont mortes en France après des injections illégales, pratiquées hors de touchants médicaux. Face à un phénomène qui ne cesse de prendre de l'ampleur, 5000 médecins spécialistes de médecine esthétique publient cet été une tribune pour demander aux autorités d'agir. Mais ces pratiques clandestines, ces dérives graves, racontent aussi une tendance de fond. La quête du corps parfait, chez les jeunes en particulier, encouragée par les réseaux sociaux, mais parfois donc au mépris du danger. Botox, augmentation mammaire, rhinoplastie ou encore Brazilian butt lift pour les fesses.
Selon l'Institut Nordstat, 40% des Français disent avoir recours ou envisagé d'avoir recours à la médecine esthétique. Ça va de l'injection donc à la chirurgie bien plus lourde. C'est même plus de 50% pour les jeunes femmes de 18 à 35 ans. Alors que disent ces chiffres, ce rajeunissement ? Comment mieux encadrer ce secteur très lucratif ? On va en parler ce matin avec nos invités. D'abord, docteur Dominique Belcourt, bonjour. Bonjour. Vous présidez l'Union de la médecine esthétique au sein du Syndicat des médecins libéraux. Mila Kiss, bonjour. Bonjour.
Vous êtes la réalisatrice du documentaire « Je ne serai jamais parfaite » disponible sur la plateforme France TV Slash et dont on entendra quelques extraits. En ligne avec nous aussi ce matin, Karine Berthelot-Guillet, bonjour. Vous êtes professeure des universités au CELSA, spécialiste de la communication. Et on parlera un peu plus spécifiquement avec vous tout à l'heure de la responsabilité des réseaux sociaux. Et on attend bien sûr, chers auditeurs et auditrices, vos questions au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. Docteur Belcourt, d'abord pour commencer, vous faites partie de ceux qui ont donc sonné l'alerte cet été sur ces injections illégales. Pourquoi cette alerte ?
Pourquoi maintenant ?
Eh bien, maintenant, parce qu'à quatre mois de distance, il y a eu, comme vous l'avez rappelé, deux décès suite à des injections dans les fesses a priori. La nature des produits n'est pas encore tout à fait clarifiée, puisqu'il y a des discordances selon les médias. Donc, c'est à l'enquête de clarifier cela. Nous savons qu'il y a effectivement un marché illégal d'injections esthétiques qui se développe depuis quelques années, qui est en train de prendre beaucoup plus d'ampleur récemment, et avec forcément des complications graves par centaines, semble-t-il, chaque année.
On est face à un phénomène qui est en train de dépasser et de vous dépasser les spécialistes.
Oui, tout à fait, et puis avec des nécessités ensuite de reprise chirurgicale aux frais de la sécu, prise en charge souvent dans des CHU, puisque en médecine de ville, souvent, les praticiens sont dépassés par l'ampleur de ces complications.
Oui, parce que vous, dans vos cabinets, vous récupérez, si je puis dire, les conséquences de ces injections, parfois des cas graves. Concrètement, qu'est-ce que vous voyez ?
Alors, à mon niveau, n'étant pas moi-même chirurgien, mais médecin généraliste, avec une orientation en médecine esthétique, je ne vois pas les cas les plus graves. Cependant, une fois par mois environ, je vois des jeunes patientes qui ont été effectivement injectées par des fake injectors, qui viennent avec des boules, par exemple, dans les lèvres. Souvent, ce sont des granulums qui se constituent au fil des mois et des années, avec des déformations des lèvres. Alors, généralement, lorsqu'il y a une déformation importante, je l'adresse à un confrère chirurgien pour une chirurgie réparatrice.
Et lorsque c'est juste une petite boule, sans trop, pas très limitée, je peux éventuellement injecter une petite goutte de hyaluronidase, qui est une enzyme qui va dissoudre l'acide hyaluronique, si c'est bien de l'acide hyaluronique qu'on lui a injecté, puisqu'il peut y avoir d'autres produits interdits.
Vous disiez, vous avez cité quelques chiffres. Dans la tribune, vous estimez 40% des injections sont potentiellement illégales, aujourd'hui, clandestines. C'est peut-être en plus sous-estimé.
Alors, ce chiffre de 40%, c'est une étude qui avait été demandée, je crois, par un des syndicats de chirurgiens plasticiens. Mais il faut prendre ce chiffre avec une certaine précaution, parce que je n'ai pas eu accès à la méthodologie. Il peut y avoir des biais de publication, des biais statistiques, des biais méthodologiques dans cette étude. Mais je ne peux pas en dire plus, puisque je n'ai pas vu la méthodologie.
D'ailleurs, c'est l'un des problèmes. C'est un phénomène qui est flou et dont on a du mal à déterminer les frontières et l'ampleur.
On ne sait pas. On n'a pas de statistiques stabilisées. Et les vrais chiffres, on ne les connaît pas.
Alors, on parle là des dérives, évidemment. Mais ça s'inscrit, je disais, dans un contexte. C'était un phénomène plus large d'attrait. En particulier, des jeunes pour la médecine esthétique. Je le disais, les 18-34 ans peuvent maintenant représenter jusqu'à la moitié de la patientèle de certains cabinets. Alors, on distingue bien ce qui relève de ce que vous faites, vous. Donc, des actes plus légers, si je puis dire, de ce qui relève de la chirurgie esthétique. Qu'est-ce que vous constatez, vous, dans votre cabinet ? Comment votre patientèle a-t-elle évolué ces dernières années ?
Alors, effectivement, on a un rajeunissement de la patientèle. Depuis peu, depuis peut-être deux ans, j'ai de plus en plus, effectivement, de très jeunes. C'est-à-dire, alors, ce ne sont pas des mineurs. Ce sont des jeunes adultes, 18 à 20 ans, qui veulent, pour la plupart, des augmentations labiales. Pour les filles, pour les garçons, c'est surtout une demande de masculinisation de l'ovale du visage, de la joline, comme disent les jeunes. On a aussi des demandes en augmentation sur les rhinoplasties non chirurgicales, donc par injection. Et puis, également, chez les hommes, les jeunes hommes entre 20 et 30 ans, une forte demande qui augmente sur les grèves de cheveux.
Est-ce que, dans votre cas, aujourd'hui, cette tranche jeune est désormais plus importante que la patientèle historique de qu'un cas où c'est que ça génère ?
Non, moi, personnellement, comme ça fait déjà un certain temps que je pratique, j'ai une patientèle plutôt âgée. C'est plutôt les femmes après 45 ans, avec des demandes forcément différentes, une approche différente aussi. Mais il y a, depuis peu, comme je vous dis, un rajeunissement certain de cette patientèle.
Et notamment des hommes, on reparlera de la...
Et une masculinisation de la patientèle.
Milakis, alors, vous, vous avez suivi, dans le cadre de votre documentaire, plusieurs jeunes femmes qui ont recours, là, à des actes plus lourds, des actes de chirurgie esthétique. Si on s'arrête d'abord sur leur profil, qu'est-ce que vous pouvez nous en dire ? Vous avez été surprise par le profil de ces femmes ?
Alors, justement, moi, je voulais sortir des clichés, avoir des profils complètement différents. Donc, par exemple, j'ai une étudiante qui est au Beaux-Arts, j'ai une mannequin, j'ai une très jeune fille, voilà, qui est encore dans ses études. Et donc, je voulais vraiment casser ce cliché, parce qu'effectivement, c'est en train de devenir un peu un phénomène de santé publique aussi, à certains égards, avec les fake injectors. Et pour prendre ce problème d'assaut, en fait, il faudrait commencer par prendre les profils, les jeunes personnes qui vont au sérieux.
Et en fait, c'était tellement associé, jusqu'ici, dans tous les documentaires qu'il y avait eu dans les médias, etc., à des profils de télé-réalité, de filles un peu stupides, etc. Donc, moi, je voulais des profils complètement différents, montrer que ça touche des milieux sociaux différents, etc.
Et alors, on parle d'actes lourds, dans votre cas, des rhinoplasties, des mammoplasties, etc. Vous avez suivi, je crois, une trentaine d'interventions chirurgicales. Donc, vous vous êtes vous-même rendu compte à quel point c'était violent, si je puis dire, en tout cas lourd. Est-ce que ces jeunes femmes en ont conscience, avant de commencer ce processus ?
Oui, c'est ça qui est étonnant, c'est qu'elles sont hyper lucides, elles sont toutes très intelligentes, très lucides, elles en ont conscience, elles savent qu'elles sont dans une sorte de piège. Et du coup, ça part carrément dans une démarche presque transhumaniste, en fait. Aujourd'hui, elles se modifient comme si elles étaient des personnages de jeux vidéo, comme on modifie un sims. On parle de cet effet corps-tiroir, je veux ce nez, je veux ces seins, je veux...
Une approche un peu consumériste aussi.
Oui, voilà, exactement. Et du coup, il y a une vraie conscience de ça, c'est ça qui est étonnant, en fait.
Alors, on va entendre justement un extrait là-dessus sur la question de la douleur et de dépasser la douleur pour notre objectif.
Ça fait mal, quoi. Tu vois, t'as des grosses serins qui vont dans la pointe de ton nez et tout, mais tu te dis, bon, c'est vraiment là que tu te dis, ouais, il faut souffrir, il faut être belle, c'est à ce moment-là que ça ressort, c'est bizarre, mais tu te dis, il faut passer par là quand même pour s'accepter, c'est un peu, c'est dommage.
Voilà, il faut passer par là pour s'accepter. Ça va jusque-là.
Ça va jusque-là, mais en même temps, c'est ancestral. Enfin, je veux dire, moi, j'ai grandi avec cette phrase, pour être belle, il faut souffrir.
Là, c'est au sens propre du terme.
C'est au sens propre du terme.
Et aussi, il faut passer aussi à la caisse, si je puis dire, parce que ces soins sont très coûteux. Une rhinoplastie, c'est au moins 5-10 000 euros. Vous disiez, elles viennent de milieux sociaux différents. Ce n'est plus un obstacle, forcément.
Oui, mais d'ailleurs, elles viennent d'un milieux sociaux différent, mais ça reste quand même très modeste. Enfin, je veux dire, elles sont, à part Mathilde qui est mannequin, elles sont étudiantes, elles sont RSA. Et pour autant, elles travaillent énormément pour se payer ses opérations. Ce n'est absolument pas un frein, effectivement. Et pour ceux pour qui vraiment, vraiment, en l'occurrence, ça peut être un frein, malheureusement, du coup, ils se retrouvent chez les fake injectors.
Alors voilà, on en revient, docteur Belcourt, à cette question des pratiques clandestines et illégales, puisque c'est aussi parce que ces actes illégaux sont moins chers qu'ils attirent, et notamment de jeunes femmes qui ne pourraient pas, ou de jeunes hommes qui ne pourraient pas se payer ça en cabinet. C'est ce que vous constatez ?
Oui, absolument. Souvent, les quelques victimes de fake injectors que j'ai pu recevoir au cabinet sont souvent des étudiantes, d'ailleurs, qui n'ont pas trop d'argent. Effectivement, c'était tentant pour elles. On leur proposait des tarifs 3 ou 4 fois moins chers que chez le médecin esthétique ou le chirurgien plastique. Et forcément, elles ont succombé. Elles sont prêtes à prendre ce risque-là. Elles ont pris ce risque et elles l'ont regretté pour beaucoup.
En termes de motivation, Milakis, on est bien au-delà du classique « je veux ralentir le temps » qu'on pourrait avoir plus chez des personnes plus âgées. Vous disiez, on est parfois quasiment dans le transhumanisme. Ce n'est pas forcément corriger une imperfection, mais c'est chercher quelque chose de toujours plus « parfait ».
Oui, tout à fait. Moi, j'ai grandi avec l'idée que la chirurgie et les médecines esthétiques étaient pour les femmes âgées. Et en grandissant, et encore, je suis à peine plus âgée que mes protagonistes, j'ai vraiment assisté. Mais ça va avec l'idée du filtre, en fait. Tout ça est arrivé avec les réseaux sociaux. C'est vraiment intimement lié d'avoir un espèce de miroir de poche qui est le téléphone portable, avec Instagram, avec cette façon de pouvoir modifier son nez, etc., via les filtres. Et ça rejoint toute cette ère du jeu vidéo, toute cette ère numérique, en fait. Donc oui, on est vraiment dans une quête transhumaniste et on est dans quelque chose, du coup, d'extrême, en fait.
Forcément, enfin, de total. Et puis, ça va aussi avec cet héritage que nous, on a, les femmes, quand même beaucoup, du contrôle du corps, de devoir tout maîtriser,
de la norme, etc. Je voudrais qu'on entende un deuxième extrait de votre documentaire, justement, à ce propos, et un échange avec un praticien.
Là, je commence à avoir des rides sur le front. Et je ne sais pas si ça exige le Botox préventif.
Le Botox a plus une urgence à faire du Botox chez vous. Docteur Belcourt, quel est le rôle, justement, là, du médecin esthétique ou du chirurgien esthétique quand une jeune femme vient vous voir ? Est-ce qu'il y a un devoir de votre part aussi de réfréner, si je puis dire, certaines envies ou en disant que ce n'est pas raisonnable ?
Oui, absolument. Savoir dire non, refuser une intervention, la différer ou réorienter vers un autre spécialiste, ça fait partie de la démarche médicale. Et savoir refuser un acte, effectivement, c'est aussi renoncer à des honoraires. Mais ça fait partie de notre responsabilité médicale.
Alors ça, c'est un des sujets majeurs que vous évoquez aussi, Milaki, c'est-à-dire qu'on est un peu dans un mélange des genres. C'est un secteur très lucratif. Le médecin, pour certains, deviennent aussi... Certains médecins deviennent des businessmen. Donc, ce n'est pas du tout dans leur intérêt de renoncer à certains actes. Vous l'avez constaté, malgré tout ?
Oui, oui, tout à fait. En fait, il n'y a pas de limite, il n'y a pas de frontière, en fait. Et ça, c'est quelque chose qui devrait vraiment être beaucoup plus encadré politiquement, etc. avec des lois qui doivent être resserrées par rapport à ça. Parce que la plupart des médecins, aujourd'hui, démarchent sur Instagram. Enfin, c'est quand même très étrange. Je veux dire, ils contactent leurs clients sur Instagram. Et ce qui est interdit, les clientes les contactent. Enfin, donc, du coup, la limite est vraiment compliquée. Et moi, je trouve qu'on met beaucoup la responsabilité sur les patientes, alors qu'on devrait beaucoup plus mettre la responsabilité sur les médecins.
Après, l'ordre des médecins, effectivement, resserre beaucoup la vis. C'est très bien, mais il faut que ce soit encore plus encadré, vraiment.
Docteur Bettecourt, vous reconnaissez qu'en vos seins, dans vos rangs, il y a des dérives, il y a une déontologie qui n'est pas tout le temps respectée ?
Oui, on ne peut pas nier, effectivement, certaines dérives propres à certains médecins ou chirurgiens, effectivement. Mais contrairement, je permets une petite correction par rapport à ce que dit madame, ce n'est pas la plupart des médecins qui interviennent, qui font de la publicité sur Instagram, parce que je vous rappelle que la publicité médicale est interdite par la loi, et que le Conseil de l'ordre, effectivement, comme madame l'a rappelé, surveille et sanctionne quand c'est nécessaire.
Alors, on en vient, justement, au rôle central des réseaux sociaux. Bonjour, Karine Berthelot-Guillet, vous êtes spécialiste de la communication. Réseaux sociaux, alors, on l'a vécu avant avec la publicité. Aujourd'hui, les réseaux sociaux ont pris ce rôle, entre guillemets, central, dans cette quête effrénée du corps parfait, vous le diriez comme ça ?
Alors, je ne dirais pas que la publicité était une quête effrénée du corps parfait, parce que les réseaux sociaux ont vraiment permis cette quête effrénée du corps parfait. La publicité présentait des corps qu'on trouvait souvent trop maigres. D'ailleurs, il y a eu des réglementations sur ce point-là pour les jeunes mannequins, etc. Maintenant, en fait, les réseaux sociaux permettent la diffusion de normes corporelles qui sont totalement en dehors de ce que la publicité aurait pu proposer, notamment par le nombre de comptes qui abordent ces questions-là, avec les personnes qui, non seulement présentent les résultats de leurs opérations, mais aussi présentent.
C'est pour ça que, quand tout à l'heure, on disait que ces jeunes femmes sont-elles bien au courant du fait que ça fait très mal ? Oui, parce que beaucoup, par exemple, de personnes sur Instagram, Facebook, TikTok, etc., montrent les différents jours après. Ça fait partie des récits. Il y a tout le processus qui est détaillé. Avec des photos, je ressemble à ça, je ressens ça, j'ai mal à ce point-là, etc. Donc, en fait, on montre une quête du corps parfait, je ne sais pas, mais d'un corps amélioré, qui est donné comme souhaitable, et en même temps, on ne cache pas le fait que c'est douloureux, qu'il faut souffrir pour être rebelle, mais pour être beau aussi.
Avec aussi le rôle des algorithmes qui enferment aussi dans une bulle, et donc dans le toujours plus en matière d'esthétique, quand on commence à s'intéresser à la question sur notre compte Instagram.
Internet étant ce qu'on appelle les algorithmes, sont une industrie de l'identique. C'est-à-dire qu'à partir du moment où ils voient que vous appréciez, que vous avez passé du temps à regarder quelque chose, ils vont vous proposer tout le temps le même genre de contenu, ce qui fait que ça va, évidemment, même si vous avez conscience, parce que vous êtes intelligente, vous êtes étudiante, vous avez des amis qui peuvent vous dire que même si vous avez conscience du fait que c'est un phénomène algorithmique, vous allez quand même être soumis régulièrement à ce type de propositions.
Et si, au fond de vous, vous avez un doute, une question sur le fait que votre corps corresponde à une norme actuelle, vous allez de toute façon continuer à regarder. C'est-à-dire que c'est au-delà de la question d'être éduqué, intelligent, pas intelligent, etc. si la norme sociale des corps actuels est dupliquée en permanence par les réseaux sociaux.
Milakis, vous l'avez un peu évoqué tout à l'heure, ça commence par des choses sur les réseaux sociaux un peu anodines, la question du filtre, la fonction filtre sur les réseaux sociaux, donc qui, si on devait le résumer, améliore, entre guillemets, une photo. Ça commence par là ?
Oui, pour beaucoup, ça commence par là. Il y a aussi beaucoup de jeunes filles qui ne peuvent plus se voir sans filtre. Et je veux dire, voilà, elles se voient avec, par exemple, le délève plus gros et puis après, elles veulent ça, enfin, elles vont chez les médecins esthétiques en leur demandant ça exactement. Je veux dire, ça modifie instantanément votre reflet. Donc forcément, pour le cerveau, c'est...
Bien sûr, c'est très perturbant. Très perturbant. Docteur Belcourt, est-ce que vous avez clairement des gens aujourd'hui qui viennent vous voir avec leur portable en main et qui vous dites je veux ça, je veux ce que cette influenceuse ou ce que cet influenceur me montre ?
Oui, effectivement, essentiellement
chez les très jeunes. Ça, c'est vraiment un sujet de préoccupation pour vous et qui demande un effort de votre part pour se distancier de ça pendant la consultation ?
Oui, il y a encore quelques années, ils apportaient leur magazine de mode avec les top modèles stars de l'époque. Chez le coiffeur. Voilà. Et maintenant, effectivement, elles arrivent avec le portable dans la poche et puis les algorithmes qui sont répétitifs, comme l'a rappelé la chercheuse. Et effectivement, mais ça, c'est principalement chez les jeunes. Je n'ai pas... Cette question ne se pose pas avec les gens de plus de 30 ans.
Karine Berthelot-Guillet, vous parliez de la place des hommes aussi là-dedans. Est-ce qu'il faut y voir un lien avec la montée en puissance du masculinisme sur les réseaux sociaux, des influenceurs masculinistes avec ces tendances qui sont assez ahurissantes, comme le lux-mexing qui consiste à remodeler complètement son visage pour avoir une mâchoire plus impressionnante ?
Il comprenait un coup de marteau s'il le faut. Oui, alors justement, le collègue médecin on parlait effectivement chez les jeunes hommes. Alors, c'est influencé par le masculinisme mais aussi par des programmes qui représentent hommes et femmes avec beaucoup de recours à l'IA qui sont les short drama qui déferlent actuellement sur les réseaux sociaux français qui sont des programmes souvent au départ produits en Chine.
donc on a justement cette jawline très très carrée enfin la masculinité qui se ramène à une mâchoire carrée des traits fins par ailleurs un nez beaucoup plus fin proche du féminin et puis une musculature absolument phénoménale avec des muscles qui n'existent pas forcément dans un corps sans IA donc en fait on a y compris des jeunes hommes qui, on a parlé des cheveux on a parlé de la ligne de la mâchoire mais il y a également des demandes d'ajout de biceps ou d'ajout d'abdominaux faux pour correspondre à des standards qui effectivement apparaissent aussi dans les pompons masculinistes et les normes masculinistes.
Donc il y a un mélange des normes en fait ça ne veut pas dire que tout jeune homme qui souhaite se faire reprendre la ligne de mâchoire est forcément masculiniste mais on va dire que dans des dans des programmes comme ceux des short dramas donc actuellement je ne sais pas si vous êtes allé sur les principaux réseaux sociaux on vous en propose en permanence en tout cas on essaie de commencer à vous en proposer de voir si vous êtes accrochés donc les physiques des femmes comme des hommes sont hyper sexualisés avec des répétitions constantes du même physique et c'est même les mêmes visages qui apparaissent d'un petit programme à l'autre.
Je voudrais qu'on revienne pour terminer sur la question de la régulation et de comment on peut mieux encadrer tout ça on en a un peu parlé mais on a une nouvelle question sur l'appli Radio France de Jean qui nous dit Instagram semble vraiment être devenu une vitrine pour les médecins et chirurgiens esthétiques comment faire concrètement pour communiquer sans tomber dans une publicité non conforme au code de déontologie docteur docteur Emmanuel Dominique Belcourt pardon ça c'est quand même une réalité que vous reconnaissez et un travail à faire là-dessus avec l'ordre des médecins avec l'académie de médecine
oui alors les médecins sur Instagram et autres font surtout pour la grande majorité de l'information médicale pas de la publicité puisque la publicité est réglementairement interdite par exemple on n'a pas le droit
de faire de avant-après non ça
avant-après c'est interdit même si certains effectivement contreviennent à cette interdiction et heureusement que l'ordre des médecins est dans son rôle pour faire le gendarme et sanctionner quand c'est nécessaire Milakis là-dessus oui non mais pardon mais c'est quand même dingue parce que le avant-après sur Instagram chez les chirurgiens esthétiques c'est la base de tous les comptes des chirurgiens esthétiques sur Instagram moi j'ai pu consulter des milliers vraiment
alors voilà on notera qu'il y a un désaccord sur le constat en tout cas docteur Belcourt sur la question plus largement de l'encadrement de la médecine esthétique il y a eu des tentatives au Sénat notamment est-ce qu'il faut aujourd'hui un diplôme spécifique de médecine esthétique quand on est médecin généraliste quand on a une autre spécialité ou est-ce que la situation actuelle vous convient
alors on est en plein dans l'actualité puisqu'effectivement vous faites allusion à une tentative
au Sénat
c'était en 2012 effectivement le rapport Joanneau avec un certain nombre d'auditions qui avait permis une première phase de régulation mais qui était essentiellement ciblée sur certains actes considérés comme dangereux notamment certains actes de l'ISA dipocitaire qui ont été depuis interdits par décret et là nous sommes depuis cette année depuis juillet 2026 entrés dans une seconde phase de régulation qui va viser là les compétences des praticiens donc la ministre de la santé que j'ai rencontrée d'ailleurs avant l'été et puis je peux vous assurer qu'elle a pris vraiment elle a mesuré les enjeux et elle est en train de prendre ses responsabilités des groupes de travail vont être constitués très prochainement et d'après ce qu'elle m'a dit j'en ferai partie également et bien ce décret sur le droit complémentaire d'exercice d'une activité complémentaire qu'on appelle aussi une sur-spécialisation qui sera dans la continuité de notre spécialisation de base et je vous rappelle qu'aujourd'hui la médecine générale est aussi une spécialité donc droit complémentaire ça veut dire quoi ?
ça veut dire qu'on garde très rapidement oui on garde sa spécialité une partie de son activité de base mais qu'on peut en plus faire une part de son activité dans cette activité de médecine esthétique c'est reconnu
et c'est plus lisible aussi pour les patients absolument merci beaucoup docteur Dominique Belcourt Milakis Je ne serai jamais parfaite c'est disponible donc sur France TV slash et merci aussi à Karine Berthelot-Guillet qui était au téléphone bonne journée