🔴 DIRECT - L'intégrale de l'interview de Sébastien Lecornu, ministre des Armées, sur RMC
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qui n'excluaient pas la possibilité d'envoyer des troupes au sol en Ukraine. Vous êtes le ministre des Armées. Quand vous avez entendu cette phrase, Sébastien Lecornu, est-ce que vous vous êtes dit « oui, il faut que je sois prêt à envoyer des soldats français mourir en Ukraine » ?
Est-ce qu'il m'est permis de remettre justement cette phrase dans le contexte des dernières semaines et de ce que nous cherchons à faire à Paris avec le président de la République et avec l'ensemble des diplomates et des militaires qui servent notre pays ? Ce qu'il faut que nos téléspectateurs et téléspectatrices comprennent bien, c'est qu'on n'est pas dans la même situation qu'il y a deux ans. On n'est pas dans la même situation sur le front en Ukraine, où la contre-offensive n'a pas fonctionné comme elle aurait dû fonctionner. Ce n'est pas pour autant d'ailleurs que les Russes reprennent facilement l'avantage sur le terrain, que la situation n'est plus la même à Moscou.
On l'a bien vu avec l'assassinat de M. Navalny. On le voit bien aussi, on y reviendra sur les différentes menaces que font poser la Russie sur l'ensemble des démocraties européennes, notamment des interactions agressives sur le cyber, sur le champ informationnel, y compris vis-à-vis de nos forces armées. Et puis sans faire offense à nos alliés, la situation n'est plus non plus complètement la même à Washington. On a vu le discours sur l'état d'union du président Biden cette nuit, où l'aide militaire américaine est bloquée au Congrès. Et on a tous entendu les déclarations de l'ancien président Trump, notamment sur potentiellement l'avenir de l'OTAN.
C'est ce contexte qui fait qu'Emmanuel Macron...
...a pris cette initiative déjà de faire cette conférence à Paris. Et donc en amont de cette conférence à Paris, où il y a eu cette conférence de presse, c'est la phrase du président...
Je répète et je reprécise les choses effectivement pour ceux qui nous écoutent et qui nous regardent. Lorsqu'Emmanuel Macron prononce cette phrase sur le fait que ce n'était plus exclu, l'envoi de troupes en Ukraine, c'est à 22h, à la fin d'une réunion à l'Elysée, une réunion avec ses alliés. Et c'est de ce contexte-là que vous voulez nous parler.
C'est une conférence de Paris que le président de la République ressent le besoin de convoquer très vite, justement, en ce début d'année 2024, en mettant tout sur la table. En disant au fond, qu'est-ce qu'on peut faire de plus pour aider l'Ukraine, pour y revenir, y compris sur les équipements, mais surtout qu'est-ce qu'on peut faire de différent. Et en s'interdisant effectivement aucun tabou, déjà pour des raisons stratégiques, on y reviendra, ne pas mettre en scène de la faiblesse, y compris vis-à-vis de Moscou, mais on va y revenir. Ça a eu un peu l'effet inverse ? Non, mais c'est une histoire autant longue. Les relations internationales sont faites de rapports de force.
Il n'y a pas de rapport de force qui démarre par de la faiblesse, mais on y reviendra. Mais surtout, de dire aux différents alliés, qu'est-ce qu'on peut faire de différent. Et là, des hypothèses ont été mises clairement sur la table. Et pas des troupes au sol combattantes, comme ça a pu être dit ici ou là, puisque précisément, lors de cette conférence de presse, le président de la République a dit qu'il n'y avait pas de co-billigérance. Néanmoins, entre le transfert d'armes tel que nous le connaissons aujourd'hui et la co-billigérance, c'est-à-dire la guerre directe avec la Russie, est-ce qu'on a tout essayé dans cet espace-là ? Est-ce qu'il n'y a pas des chemins que l'on peut explorer ?
Et notamment des chemins de présence militaire, pour du déminage, pour de la formation de soldats ukrainiens sur le sol ukrainien. Vous savez que plus l'Ukraine aura besoin de conscrire, c'est-à-dire de lever son armée, plus les besoins de massifier la formation sont importants. Et donc, lors de cette conférence de Paris, sans trahir complètement le huis clos, mais ça me semble utile ce matin d'en dévoiler...
C'était un huis clos en rien, c'est la première fois d'ailleurs que ce matin...
Oui, je crois que c'est nécessaire de le faire, ça permet de comprendre.
...on raconte, soit vous, soit la présidence, ce qu'il s'est dit...
Publiquement, exactement.
...puisque c'était à huis clos total.
Exactement, et sans trahir de secret en imputant les positions aux uns et aux autres, ça me semble utile pour notre démocratie, le débat qui va suivre sur notre aide à l'Ukraine, de comprendre ce qui s'y est passé. Il y a des hypothèses qui ont été mises sur la table et qui n'ont pas fait l'objet de consensus. Et c'est d'ailleurs comme ça que le président de la République a cette question sur les déclarations du leader slovène qui dit « il n'est pas question de mettre des troupes au sol ». Et donc, un de vos confrères dit au président de la République « est-ce que vous voulez mettre des troupes au sol ?
» Et le président a cette formule « ce n'est pas consensuel, mais il ne faut rien exclure par principe ». On reviendra à la notion de principe dans la structuration du rapport de France.
Il est 23h à l'Elysée et elle est largement sortie du contexte
et c'est pour ça que je suis aussi devant vous pour la remettre. Ce qui est le plus important, c'est qu'il y a quand même plein de propositions qui à Paris ont fait l'objet de consensus. Huit propositions notamment, certaines sont plutôt empreintes aux civils, c'est d'ailleurs Stéphane Séjourné qui en a la responsabilité.
Le ministre des Affaires étrangères.
Exactement, pardonnez-moi. D'autres sont davantage militaires. Je prends des exemples très concrets. Produire sur le sol ukrainien, produire des armes sur le sol ukrainien, entretenir des armes sur le sol ukrainien, c'est une proposition que nous avons mise sur la table.
Ça veut dire des usines qui seraient pilotées par des Européens
et qui seraient sur le sol ukrainien. Et qui permettent de se rapprocher de la ligne de front pour entretenir par exemple le matériel. Ça c'est une proposition qui a fait l'objet d'un consensus, y compris d'ailleurs avec nos amis allemands, parce que vous le savez, ils ont un ensemble industriel important. Vous avez un certain nombre de propositions autour de la cyber défense. On voit bien que la guerre électronique et les attaques cyber sur les infrastructures ukrainiennes sont aussi critiques. Objectivement, est-ce qu'on peut faire mieux aujourd'hui ? Je vous le dis, entre nous, la réponse est oui. On fait tous des choses dans notre coin pour aider l'Ukraine.
Il n'y a pas de synergie globale. Et donc ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le président de la République a pris une initiative politique, certes qui secoue un peu, et c'est bien naturel, parce que c'est de dire, allez, on sort de notre routine.
Je voudrais quand même rappeler que les Allemands, eux-mêmes, ont eu du mal à comprendre qu'Emmanuel Macron mette à ce point le pied dans la porte d'une action sur le sol. Nous n'avons pas besoin de discussion sur le fait d'avoir plus ou moins de courage. Voilà ce qu'a dit le ministre allemand de la Défense, qui revenait aussi sur les propos quelques jours après d'Emmanuel Macron, qui a dit « Nous abordons à coup sûr un moment de notre Europe où il conviendra de ne pas être lâches ». C'est qui les lâches ?
À qui il pense qu'il est lâches ? Je ne parlais pas de l'Allemagne, j'ai eu l'occasion de m'en expliquer clairement.
Ils se sont sentis visiblement visés.
Mais parce que nous n'avons pas non plus la même histoire. Il y a deux questions. Qui sont les lâches ? Et comment réagissent nos différents partenaires ? Moi déjà, j'adore notre histoire de France, et je considère qu'on a une responsabilité particulière, nous autres Français. On a fondé longtemps l'OTAN, on est une puissance nucléaire, on a fondé l'Union européenne. Et de toutes les évidences, l'héritage du général de Gaulle nous conduit à prendre des initiatives, et à devoir prendre des initiatives, que d'autres pays, pour des raisons constitutionnelles, pour des raisons historiques que l'on connaît bien, ne peuvent pas prendre. Donc nous ne nous comparons pas à d'autres pays.
Au contraire, beaucoup de pays de l'Europe centrale, de l'Europe de l'Est,
le disent sur notre plateau. Nous n'avons pas besoin de leçons de courage.
Non, mais on a besoin de leadership, et pour le coup, la proposition que nous mettons sur la table, elle permet de se poser de bonnes questions. Après, puisqu'on aime l'histoire, allons jusqu'au bout. Août 61, construction du mur de Berlin, le général de Gaulle, j'invite tout le monde à relire ses phrases incroyables, la France n'est pas encore une puissance nucléaire, d'ailleurs à cette époque-là. Et le général de Gaulle dit « Toute forme de recul préalable ou par principe est de nature à exciter l'adversaire. » L'adversaire, je cite le général de Gaulle à l'époque. Il rajoute « Les nations occidentales n'ont qu'un seul devoir pour défendre la paix, rester droite et ferme.
» Et au fond, c'est cet état d'esprit-là qui est le nôtre. Et oui, aujourd'hui, nous ne sommes pas au maximum de ce que nous pouvons faire sur l'Ukraine, dans le faire autrement. Et c'est pour ça, d'ailleurs, que je vous annonce ce matin que des entreprises françaises vont créer des partenariats, trois d'entre elles notamment, drones, matériel terrestre, avec des entreprises ukrainiennes, pour produire sur le sol ukrainien des pièces détachées, peut-être même des munitions de main, ça prendra plus de temps. Et les dialogues ont démarré avec les autorités ukrainiennes. Alors, l'entreprise Delair, qui est devenue une de nos pépites en matière de production de drones.
C'est d'ailleurs une entreprise qui, d'abord, vient du civil, mais qui s'est de plus en plus tournée vers l'industrie de défense. Et peut-être un chiffre aussi qui n'a jamais été donné. Vous savez qu'on a une entreprise franco-allemande qui s'appelle KNDS, donc c'est un membre Nexter pour la partie française. Et aujourd'hui, cette entreprise est celle qui a mis à disposition, par le truchement des ministères de la Défense français et allemands, le plus d'équipements terrestres sur le sol ukrainien. Et donc, la question se pose de l'entretenir ce matériel.
Est-ce que ça veut dire, Sébastien Lecornu, que ce que vous nous annoncez ce matin, c'est qu'il y aura de fait une présence au minimum industrielle, on pourrait presque dire industriello-militaire, sur le sol ukrainien, civil.
Là, les civils, mais de fait, ça dit quand même quelque chose de ce que nous sommes en train de faire.
Cette présence sur le sol ukrainien de Français qui œuvreront pour la guerre.
Et ça, c'est consensuel, puisque hier après-midi, avec Stéphane Séjourné, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, on a tenu justement cette ministérielle à la demande du président de la République. On a réuni une trentaine de pays. Une vingtaine de pays étaient représentés par des collègues, des homologues, dans lesquels on a commencé à prendre des décisions. C'est vrai pour la cyberdéfense aussi.
Est-ce que ça veut dire, Sébastien Lecornu, que nous sommes aujourd'hui en économie de guerre ? Quand on avait quelqu'un comme Raphaël Glucksmann, la semaine dernière, qui disait qu'il fallait passer. Vous vous dites, on y est, ça y est ?
Oui, on y est déjà. D'ailleurs, je le trouve dur et un peu injuste qu'il aille voir les équipes et les ouvriers de Rohan, de Nexter, qui sont passés au 3-8, qui parfois travaillent le week-end. C'est très dur à entendre que nous n'y sommes pas. Après, le problème de l'économie de guerre, c'est quoi ? C'est au fond, pendant 20 ans, on a été dans ce qu'on appelait les dividendes de la paix, une réduction drastique des budgets militaires, des faibles commandes. Et donc, vous avez une fonte musculaire importante, et dans les armées, et dans l'industrie de défense. Et là, évidemment, on remet le paquet, pardonnez-moi cette expression. C'est vrai en milliards, mais c'est vrai aussi en commandes.
J'en dirai un mot dans un instant, si vous en êtes d'accord, d'ailleurs, sur des commandes que je m'apprête à passer, là, pour l'armée française. Mais qui fait que vous pouvez, quand vous avez une forte fonte musculaire, vous pouvez passer votre journée à la salle de sport, pendant cette image, vous ne reprenez pas votre masse musculaire en une seule journée. Et donc, c'est vrai que c'est lent. Et aujourd'hui, vous avez une industrie de défense qui est à deux vitesses. Entre ceux qui ont réussi le défi de réaugmenter les cadences, c'est particulièrement vrai des canons César, 78 canons César vont sortir des usines, c'est deux fois plus que l'année dernière.
Ça, c'est complètement une évidence. Pareil pour les obus de 155 mm, les choses avancent. Après, on a un enjeu critique sur la défense solaire. MBDA, qui est une entreprise, d'ailleurs, que nous partageons avec l'Italie et la Grande-Bretagne, a réussi à passer en économie de guerre sur les missiles Mistral. Les missiles Mistral, c'est la courte portée de défense solaire. On a besoin de missiles Astaire. Les missiles Astaire, c'est ceux que nos frégates sont en train de tirer en mer rouge pour protéger les bateaux lorsqu'il y a des attaques venues des outils. Ce sont ces missiles qui servent sur le santé, l'équivalent du patriote français. Aujourd'hui, ça ne suit pas.
Ça ne suit pas.
Ça veut dire quoi ?
C'est-à-dire que les industriels ne suivent pas ?
Il y a, de toutes les évidences, un problème pour embrayer. Je sais que le patron de MBDA et les équipes sont en train de faire du mieux qu'ils peuvent. Et donc, ce matin, je vous annonce que j'ai confirmé la commande de plus de 200 missiles Astaire avec un pari simple. C'est les crédits de paiement, comme on dit, suivront. C'est-à-dire que cette commande, elle est sur la table. Maintenant, il appartient à MBDA de livrer le plus vite possible ces 200 missiles Astaire qui serviront autant pour l'armée française, je parlais de mer rouge, que pour l'armée ukrainienne.
Il y a un décalage, Sébastien Lecornu, entre vos commandes et la capacité. Je pense aux obus. Vous parliez à l'instant. Là, vous sous-entendez quand même que l'entreprise a du mal à suivre sur vos commandes. Parce que ça prend du temps. Alors, vous dites, on y va, on fait la commande, on va mettre l'argent. Mais enfin, si ça ne sort pas des usines de production, ça restera largement théorique.
Ça va fonctionner pour le cadenas. Si vous voulez, dans l'économie de guerre, vous avez plusieurs choses. Augmenter le volume de travail. Ça, clairement, les entreprises le font. Et je le redis, respectons tous les salariés, ingénieurs, ouvriers, techniciens qui le font. Augmenter les commandes. Une loi de programmation militaire à 413 milliards d'euros. Plus les crédits pour l'Ukraine. Pardon, mais depuis 20 ou 30 ans, il n'y a jamais eu autant de crédits de dépenses publiques militaires. Donc, il y a de la visibilité. Après, il y a un enjeu sur les stocks. Et cela, on n'est pas toujours bien logé en fonction de la criticité d'un certain nombre de matières premières.
Par exemple, sur les obus, clairement, l'accès aux poudres est un enjeu majeur. Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'à Bergerac, on va relocaliser une usine de production de poudre.
Il est quand même frappé, par exemple, que sur les obus, vous avez demandé à ce qu'on monte en puissance. Aujourd'hui, il y a une seule usine d'obus de fabrication purement française. Tout ce que vous avez évoqué pour l'instant, en réalité, c'est l'Europe de la défense. Parce que ce sont des entreprises avec l'Italie, avec l'Allemagne. La seule qui soit 100% française, elle est à Tarbes. Et aujourd'hui, elle n'arrive pas à suivre. Elle a régulièrement des pannes, des difficultés à faire sortir le nombre d'obus. Est-ce qu'il n'y a pas quand même une forme de fragilité ou de décalage entre les annonces que vous nous faites et qu'on entend, et la réalité dans les usines de ce qui en sort ?
J'ai envie de dire, oui, c'est pour ça qu'il ne fallait pas non plus diminuer les crédits militaires comme ils ont été diminués pendant 20 ans.
Maintenant, on peut le dire, je suis bien d'accord, mais bon.
C'est pour ça que maintenant, c'est la remontée en puissance. Il faut le faire avec méthode. C'est pour ça qu'à Bergerac, la relocalisation de la production de poudre est un enjeu absolument majeur. On a un sujet de souveraineté en la matière. Notre modèle l'est. On revient au gaullisme militaire. Il est tiré par la dissuasion nucléaire qui nous oblige, et c'est bien heureux, à avoir justement des entreprises 100% françaises. Et donc, on le voit bien, sur des segments plus conventionnels, parmétaires notamment, il faut bien le reconnaître. On revient aux obus en 55 mm. Là, il y a un enjeu critique de remontée en puissance. Mais je le redis, c'est en cours.
Le drame, si j'ose dire, c'est que ça ne va pas aussi vite que l'Ukraine, elle, en a besoin. Et c'est pour ça qu'il faut réfléchir autrement, penser autrement. C'est aussi pour ça qu'on met des moyens.
Et qu'on met des moyens sur la table.
200 missiles à terre. Un missile à terre coûte entre 2 millions et 3 millions d'euros pièces. On est sur des missiles très complexes. Quand on les tient, néanmoins, ils font toujours mou.
Sébastien Lecornu, vous avez d'ailleurs dit à l'instant qu'il y aurait des civils de la Défense qui iraient sur le sol ukrainien pour monter des civils dans l'industrie de la Défense, on va dire. Ce sera quand et combien ?
Les discussions ont lieu avec des entreprises ukrainiennes. L'idée, c'est de trouver un partenariat local pour créer des accords commerciaux qui permettent aussi, d'ailleurs, accessoirement, de regarder ce que sera le marché ukrainien interne. Pardon de le dire comme ça, mais on défend aussi nos intérêts en faisant cela. Vous savez que d'autres pays ne se privent pas actuellement pour le faire, hors Union européenne. Donc, on serait bien idiots aussi, nous, que de ne pas le faire. Et donc, l'idée, nous sommes au mois de mars, étant d'avoir les premiers outils de production qui fonctionnent à l'été.
Sébastien Lecornu, vous disiez que la menace russe avait évolué. Est-ce qu'elle nous menace aujourd'hui directement ? Je voudrais revenir sur un épisode. Vous avez évoqué la mer Rouge. Il y a quelques jours, il y avait trois avions militaires français dans la zone de la mer Rouge qui ont été interceptés par les forces armées russes qui, elles, ont estimé qu'ils n'avaient pas à être là. Ça, c'est ce que dit le Kremlin. Est-ce que vous pouvez nous raconter ce que ça veut dire ? Est-ce que ça veut dire que nos pilotes, nos pilotes français, dans un avion français, à un moment reçoivent dans le casque un message venant de la Russie ? Comment ça se passe ?
Ça veut dire que la menace, elle est directe, elle est déjà là ?
Pour être précis, en l'espèce, sur cet incident, le narratif russe est faux. Il y a bien eu une patrouille française dans les airs et dans l'espace international, évidemment, et sur lequel une patrouille russe s'est située à une quarantaine de kilomètres et derrière, il y a eu une communication politique déviée. Néanmoins...
Dans le casque des pilotes, on entend quoi ?
Dans le casque-là, rien. Il y a deux mois de cela. Il y a eu des interactions beaucoup plus brutales, j'ai déjà fait écho publiquement, notamment aussi dans un espace international dans lequel, effectivement, un contrôle aérien russe est allé prendre attache de nos pilotes de chasse en leur disant que s'ils ne quittaient pas la zone pourtant libre internationalement, j'insiste, ils risquaient en mer Noire. Ils risquaient d'être abattus. Évidemment, nos pilotes sont expérimentés. Je rappelle que ce sont des situations qui sont bien connues pendant la guerre froide. La nouveauté, c'est de retrouver des comportements, des interactions agressives que nous connaissions pendant la guerre froide.
Je pourrais vous citer d'autres exemples que je n'ai jamais donné publiquement. des tentatives d'aveuglement de pilotes d'hélicoptère de frégates françaises. C'est arrivé. Des interactions brutales en mer, c'est-à-dire des manœuvres maritimes qui ne sont pas amicales. Tout ça existe au moment où nous nous parlons. Ce n'est pas propre à la France. C'est sur l'ensemble des marines occidentales dans une culture, au fond, un peu soviétique dans la manière de faire ce qui n'était pas évidemment...
Il n'y a pas eu de tir. Il n'y a pas eu d'échange de tir.
Non, non, non. Tout ça, ce sont des interactions agressives dans le langage militaire très guerre froide mais que nous venons évidemment de retrouver. Je vais vous dire aussi plus clairement, les vraies menaces russes vis-à-vis de la République française et de notre nation, elles sont davantage hybrides. C'est-à-dire des détournements d'objets civils à des fins militaires. Attaques cyber sur des administrations, sur des entreprises, sur des médias qui posent la question aussi de comment se protéger mieux demain qui est un sujet civilo-militaire. La lutte informationnelle, comment on met dans l'atmosphère des fausses informations qui polluent le débat public.
Et puis surtout, et ça c'est important de vous le dire, la manipulation des pays africains. Comment en étant dans un chantage aux matières premières agricoles ou aux hydrocarbures, ce que la Russie maîtrise parfaitement en matière de chantage, vous pouvez organiser des famines et donc potentiellement des flux migratoires qui peuvent toucher demain l'Europe. Ça ce sont des cas pratiques durs, difficiles, hybrides, sur lesquels l'ensemble des états-majors et autres services sont compliqués dans ces travaux.
Après les différentes déclarations d'Emmanuel Macron, il y a eu la réaction du porte-parole de Vladimir Poutine. Je voudrais qu'on l'écoute, c'était hier.
Emmanuel Macron est convaincu de sa politique consistant à vouloir infliger une défaite stratégique à notre pays et il continue d'augmenter le niveau d'implication direct de la France.
Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Ce n'est pas l'intérêt de son peuple ? On est vraiment dans un bras de fer ?
Moi je ne réponds pas aux porte-parole du Kremlin. Je pense que ça serait bizarre que le ministre des Armées se lance dans cet exercice-là. Mais c'est une guerre informationnelle qui est menée pour parler à notre opinion publique et je renvoie au propos du général de Gaulle en 1861. Notre histoire c'est de ne pas être faible et je veux dire ne rien exclure et tenir le rapport de force c'est être ni faible ni escalatoire. C'est ça aussi l'histoire de France.
Les oppositions s'engouffrent dans cette question-là et ne sont pas du tout d'accord avec la position d'Emmanuel Macron. À la sortie d'ailleurs hier de cette réunion à l'Elysée, Jean-Luc Mélenchon d'un côté, Jordan Bardella de l'autre ont eu des réactions extrêmement fortes. Jean-Luc Mélenchon il parle carrément d'une guerre nucléaire il dit Macron persiste et signe il suit une logique de menace de guerre avec la Russie elle est intenable elle ne peut avoir d'autre sens que la destruction nucléaire du continent.
Les élections européennes c'est bien dommage que ce bon débat me semble-t-il sur ce qu'il faut faire pour aider l'Ukraine demain prenne cette tournure. Le président de la République il a été clair sur le fait qu'il n'y a pas de cobelligéance mais il est clair aussi sur le fait de dire qu'on n'a pas tout essayé pour aider l'Ukraine différemment et de le faire autrement.
Donc moi je souhaite que le débat la semaine prochaine à l'Assemblée nationale et au Sénat permette déjà d'avoir un débat éclairé sur l'accord qui a été signé c'est-à-dire sur l'aide militaire que la France apporte à l'Ukraine déjà voir au moins si on s'accorde là-dessus parce qu'il y a un peu un double discours vous voyez bien dans certaines formations politiques qu'il faut donner des armes mais pas trop. Puis après quand on parle d'adhésion à l'Union Européenne ou l'OTAN de l'Ukraine ah bah c'est non. Donc à chaque fois dès qu'il y a un outil pour aider l'Ukraine il est rejeté de prime abord.
C'est en cela d'ailleurs que c'est quand même un sacré service que certaines oppositions politiques peuvent rendre parfois à la Russie en acceptant tout de suite de rejeter toute forme de rapport de force quel qu'il soit. Donc quand le président de la République dit signalement stratégique est-ce qu'on fait mieux c'est non. Quand c'est adhésion de l'Ukraine à l'UE et l'OTAN c'est non. Quand il s'agit de donner des armes on dit c'est non.
Hier matin le vice-président RN de l'Assemblée nationale commençait à nous dire que c'est nous qui donnions des armes à la Russie en parlant de ces bateaux Mistra alors que ce sont des bateaux dont les ventes ont été annulées par le président Hollande en son temps. Donc moi je ne veux pas rentrer dans une querelle politicienne de là où je suis. Néanmoins moi je suis disponible et je le dis ce matin pour échanger avec chacune des oppositions comme le président de la République l'a fait hier matin dans ce format de Saint-Denis.
Oui parce que quand on est ministre des armées au ministre de l'Europe et des affaires étrangères c'est notre rôle que d'être disponible dans les formats qui peuvent être discutés pour répondre à l'ensemble de ces questions. Moi je ne renonce pas à défaut d'une unité nationale je ne renonce pas à ce qu'on ait un débat stratégique de bon niveau entre les différentes formations politiques. C'est le moment de la clarté.
Jordan Bardella qui dit par sa proposition d'envoi des troupes en Ukraine Emmanuel Macron a suscité l'inquiétude dans le pays il a isolé la France sur la scène internationale il a fait le jeu de Vladimir Poutine en exposant au monde les divisions du camp occidental. Qu'est-ce qu'il propose ?
C'est aussi la question que je vais commencer à poser. Est-ce que cette guerre en Ukraine a un impact ou pas sur notre sécurité demain ? Ceux qui répondent oui ceux qui répondent non je peux faire la démonstration que c'est oui et qu'une victoire ou non de la Russie sur ce conflit ne donnera pas la même architecture de sécurité pour notre Europe. C'est le rapport de force. Et de l'autre côté d'ailleurs un fait accompli de Washington en fonction de ce que les grands électeurs peuvent décider dans cette élection américaine ne doit pas non plus décider de notre architecture de sécurité européenne.
Les mêmes qui parlent de souveraineté d'autonomie stratégique en disant qu'on s'aligne trop facilement sur Washington etc. sont ceux aussi qui par leur proposition organisent notre isolement. Donc moi je pense aussi que c'est le moment de vérité. Qu'est-ce que ces oppositions politiques proposent ? De livrer plus d'armes comment on les finance ? Est-ce que la production locale comme je l'indiquais tout à l'heure de nos industries sur le sol ukrainien j'ai cru entendre pas grand chose d'ailleurs donc je ne sais pas s'ils sont pour ou s'ils sont contre ? Je pense que désormais il faut rentrer dans le détail.
On doit aux Français on doit à nos concitoyens et nos concitoyens aussi la vérité des positions de chacun sur un conflit qui inévitablement va avoir des conséquences pour notre vie quotidienne. Quand le pétrole augmente à la pompe ou pour se chauffer c'est pas la faute du gouvernement c'est lié à la guerre à des effets de la guerre qui est menée. On n'est plus au XVIIe siècle ou au XVIIIe siècle où les intérêts français démarrent à notre frontière. On voit bien qu'il y a des interactions qui sont nombreuses dans un prochain Moyen-Orient aussi qui est compliqué en ce moment et donc je pense que c'est un moment de vérité de responsabilité.
Merci Sébastien Lecornu de cet exercice justement de Transparente ce matin. Vous êtes le ministre des Armées on retient évidemment notamment cette annonce donc de notre implication industrielle directement sur le sol ukrainien. Merci à vous. Il est 8h54 sur AMC BFM.
Sébastien Lecornu