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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 6 janvier 2024 22 min

Marie Toussaint : "Les extrême-droites, les nationalismes, l'égoïsme sont en train de gangréner l'Europe"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

France Inter, Marion Lourdes, le 6-9. Et notre invitée pour le grand entretien de la matinale en cette année d'élections européennes est tête de liste Europe Ecologie, les Verts, d'ailleurs tête de liste écologiste pour le mois de juin prochain. Mais elle est déjà députée au Parlement, connue aussi pour avoir fait condamner l'État pour une action climatique en 2021 dans ce qu'on appelait alors l'affaire du siècle. Bonjour Marie Toussaint. Bonjour. Vos questions chers auditeurs, vos réactions au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Alors je le disais Marie Toussaint, on vote en juin prochain pour désigner les députés européens et vous représentez les écologistes pour la France.

Alors Marie Toussaint, les dernières études d'opinion à la mi-décembre, si on synthétise les différents sondages donnés, le RN largement en tête entre 28 et 29% devant Renaissance qui serait autour de 20 et le PS première formation de gauche un peu en dessous de 10. Comment expliquer que les électeurs placent en tête le parti de Jordan Bardella plutôt eurosceptique ?

1:01
Marie Toussaint

Oui, écoutez, c'est une tendance lourde, une tendance européenne qu'on voit effectivement en France. Les extrêmes droites, les nationalismes, l'égoïsme est en train de gangréner l'Europe et je dis gangrène parce que c'est effectivement une maladie qui parcourt l'Europe, qui met en risque le projet européen lui-même. Si nous voulons construire l'Europe, il faut opposer un projet qui soit profondément pro-européen.

C'est ce que nous écologistes nous portons, une Europe qui serve, qui tourne le dos au marché et qui se met au service tant de la transition écologique, de la protection du climat, du vivant, de la biodiversité, mais aussi de la justice en faisant de la lutte contre la pauvreté, sa colonne vertébrale. Nous devons nous battre contre ce modèle des nationalismes qui fait reculer les droits humains, qui s'en prend au climat, qui s'en prend aux vivants. Et pour le faire reculer, il nous faut mener cette campagne pour les élections du 9 juin 2024.

1:52
Présentateur

Est-ce que eux, les députés du RN, notamment au Parlement européen, ils votent contre la plupart des textes ? Et malgré tout, ils restent crédibles dans l'opinion ?

2:01
Marie Toussaint

Ils restent crédibles dans l'opinion, donc c'est à nous de nous battre contre cette gangrène. Moi, je veux quand même dénoncer ici ceux qui, avec beaucoup de duplicité, sont arrivés au pouvoir dans un certain nombre d'États de l'Union européenne, et en particulier en France, que je pense évidemment à Emmanuel Macron, en disant qu'ils allaient faire reculer l'extrême droite. C'était leur engagement. Emmanuel Macron a même dit « Ce vote m'oblige » lors de la dernière élection présidentielle. Et finalement, ils pavent la voie à la victoire culturelle du Rassemblement national, de l'extrême droite.

Eh bien, je veux dire, on l'a vu avec la loi immigration juste avant les vacances de Noël, ou pour ceux qui ont eu des vacances. On l'a vu avec ce vote sur la loi immigration. On est en train d'ouvrir les vannes. On souscrit, en tout cas Emmanuel Macron, on souscrit à l'idée que l'étranger est un danger, et qu'il nous faut nous refermer. Donc, c'est l'égoïsme dont je vous parlais. Combattre le Rassemblement national, faire reculer l'extrême droite, c'est rappeler d'abord les valeurs humanistes qui sont au fondement de l'Europe. Je rappelle que l'Europe s'est construite sur un projet de paix, et sur le refus des traitements dégradants infligés à d'autres êtres humains.

Donc, il est temps que l'Europe renoue avec ses origines, et le projet de paix, aujourd'hui, il est indissociable de la protection de l'environnement. Donc, c'est ça que nous allons porter pour ces élections.

3:17
Présentateur

Alors là, vous nous parlez d'un sujet national, qui est la loi immigration. Ce que répond le gouvernement sur ce sujet-là, c'est qu'il y a une demande dans les différentes études d'opinion pour une loi immigration.

3:28
Marie Toussaint

Il y a une demande d'être protégé. Et c'est ce que je veux porter également. Je veux une Europe qui protège, une Europe qui prenne soin, une Europe qui permette à chacune et chacun de vivre dignement. Qu'est-ce qu'on observe aujourd'hui ? On voit l'explosion de la précarité. Près de 9 millions de personnes en France ont situation de précarité. Au niveau européen, c'est une personne sur cinq. Une personne sur cinq. Et depuis 20 ans, les inégalités s'accroissent à nouveau. Donc, on voit bien qu'on est arrivé à la fin d'un modèle, à la fin d'un modèle qui pille les ressources et qui rend les gens de plus en plus pauvres. Et donc, oui, il y a une demande de sécurité.

Mais cette sécurité, elle est aussi économique, elle est aussi sociale. Elle est aussi environnementale, puisque les plus pauvres partout sont les premières victimes de la pollution. On a encore eu des études sur la pollution de l'air en Ile-de-France qui sont parues dans les derniers jours. Donc, la sécurité, oui. Mais cette sécurité qui est celle des conditions d'existence et donc la lutte contre la pauvreté. Moi, j'appelle à faire de la lutte contre la pauvreté la colonne vertébrale de l'Union européenne. Mais vous me disiez, c'est un sujet français. Je vous l'ai dit, les extrêmes droites gangrènent l'Europe.

Il y a eu également un pacte migratoire au niveau européen, qui est la copie conforme, finalement, de cette loi migration en France.

4:33
Présentateur

Alors, on rappelle qu'un accord vient d'être trouvé, il n'a pas encore été validé, notamment par le Parlement. Il s'agit de limiter les entrées aux frontières, de renvoyer plus rapidement les personnes qui sont en situation irrégulière. Et il y a aussi un côté protecteur, en réalité. Non, c'est la construction d'une Europe porteresse. C'est la construction d'une Europe porteresse. Et je vous l'ai dit, on a aujourd'hui des dirigeants. Donc, la solidarité entre pays, qui est prévue par ce pacte, qui prévoit une meilleure répartition, que tout le monde ne se retrouve pas sur les îles italiennes.

5:03
Marie Toussaint

Mais si c'était la solidarité, Madame Lourdes, ça nous irait parfaitement. Parce qu'effectivement, on voit bien qu'on a des arrivées par la mer Méditerranée. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on fait ? Eh bien, on laisse couler notre humanité. Si je reprends les propos du pape François, on laisse couler l'humanité dans la mer Méditerranée. On a des dizaines de milliers de morts sur les décennies qui viennent de s'écouler. Nous ne devons pas laisser mourir des gens aux frontières de l'Europe. Et évidemment, ces personnes arrivent dans le sud de l'Europe. Et donc, on a besoin de cette solidarité. Mais ce n'est pas ça que propose le pacte migratoire. Il y a une petite forme de solidarité à l'intérieur.

Entre les États. Le gros de ce pacte migratoire, c'est de faire une Europe forteresse. Et vous l'avez très bien dit, d'essayer de partir du principe qu'on va renvoyer les gens plus facilement. Mais vous savez ce qu'il y a derrière ? C'est qu'on prétend lutter contre l'immigration en durcissant les conditions de vie des gens qui sont déjà sur notre territoire. Ce faisant, on n'assèche aucune source d'immigration. On n'est pas en train de lutter contre la guerre, contre la misère, contre la pauvreté, contre les effets du dérèglement climatique à l'extérieur de nos frontières. Les raisons pour lesquelles les gens quittent leur pays ne sont pas asséchées. Elles sont toujours présentes.

On ne répond pas à cette question-là. Et vous savez, les gens préfèrent rester chez eux, sur leur territoire, avec leur famille, que de partir au péril de leur vie. Et donc, quand on durcit les conditions dans lesquelles les gens vivent ici, la réalité, c'est qu'on les précarise. Voilà, c'est tout ce qu'on fait, c'est qu'on précarise celles et ceux qui sont sur notre territoire. C'est cette vision qui a gagné, à la fois dans la loi migration et dans le pacte migratoire. C'est cette vision-là contre laquelle nous devons lutter. Alors, Marie Toussaint, j'entends ce que vous dites,

6:32
Présentateur

que l'ERN monte notamment pour ces raisons-là, d'après vous, parce que c'est entretenu par les différents gouvernements européens. Et il faut un projet pour répondre à ça. Sauf que vous êtes déjà eurodéputée depuis quelques années. Donc, le projet, il était déjà là. Qu'est-ce qui va changer, là ?

6:51
Marie Toussaint

L'enjeu des élections du 9 jan 24, il est crucial. Il est crucial parce que ces extrêmes droites gangrènent l'Europe, qu'elles scellent leurs alliances avec la droite, dans un nombre croissant de pays, ainsi qu'au Parlement européen, dans leur opposition à l'écologie. On a la construction d'un front du refus écologique, sur fond de climato-scepticisme. On a encore eu un tweet d'un député du Rassemblement national hier qui l'exprime très bien. C'est vrai en France et c'est vrai dans les autres pays européens. Et cette alliance des droites, elle s'oppose de manière frontale à tout avancer pour l'écologie.

On a connu en début de mandature au Parlement européen, quelques avancées pour l'écologie avec ce pacte vert. Aujourd'hui, ce n'est même plus que ce pacte vert est en danger, c'est que nous entrons dans l'ère des grands reculs. Nous sommes passés de l'ère des petits pas à l'ère des grands reculs. Il est bloqué le pacte vert. Et donc, il est bloqué et on a même des textes qui vont mettre à mal la nature. C'est-à-dire qu'on n'a eu aucun texte pour protéger la biodiversité, à part un texte quasiment vide sur la restauration de la nature cet été.

Et aujourd'hui, on a des textes qui vont porter atteinte aux vivants, avec, par exemple, l'ouverture, grande, très grande ouverture, à des nouveaux OGM qu'on va répandre partout sur le territoire européen, sans traçabilité aucune, ni pour les paysans, ni pour les consommateurs. Donc, c'est absolument inacceptable. Si on veut lutter contre les atteintes à l'écologie, si on veut se battre pour la justice et contre la pauvreté, si on veut poursuivre la transition écologique et faire face à cette alliance des droites, à ce bloc des droites qui menace de prendre le pouvoir dans l'Union européenne, il faut se mobiliser le 9 jan prochain.

8:18
Présentateur

Alors, Marie Toussaint, en 2019, Europe Écologie Les Verts, à l'époque, avait créé la surprise, première formation de gauche avec 13,4% des voix. Aujourd'hui et pour le moment, vous seriez, selon les dernières études, en tout cas, je le disais, du mois dernier, en dessous de 8, derrière le Parti Socialiste. Vous n'êtes pas audible avec ce projet dont vous nous parlez ? Vous savez, les sondages sont ce qu'ils sont, à un moment T. Ça donne un ordre de grandeur, quand même. On voit que le RN est largement devant et que ce sera Renaissance, probablement, en deuxième position.

8:47
Marie Toussaint

Il n'y a pas de fatalité. Je crois que les Françaises et les Français ne sont pas encore dans une logique de campagne pour les élections européennes, d'où ma présence et mon appel à se mobiliser pour le 9 juin 2024. Je l'ai dit, le projet que nous portons, c'est celui de la justice et du climat. Celui de la lutte résolue contre la pauvreté, à travers notamment un droit de veto social, qui permettrait de faire en sorte qu'aucune des politiques adoptées par l'Union Européenne, aucune des lois, aucun des projets de budget, ne porte atteinte aux 10% d'Européennes et d'Européens les plus pauvres. Ce serait un changement systémique. Ça marcherait comment, ça ? Eh bien, c'est simple.

Quand on a un projet de loi, souvent, on a des études d'impact environnemental. On peut tout à fait, et c'est possible au niveau français dès demain, d'ailleurs, si Emmanuel Macron le souhaitait, ce que je ne pense pas, mais c'est possible. On fait une étude d'impact social de tous les projets de loi. On regarde comment est-ce qu'il vient impacter la vie des 10% les plus pauvres. Et si ça nuit à leurs conditions d'existence, eh bien, dans ce cas-là, on se retient de les adopter. Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que, par exemple, une taxe carbone, qui vienne peser sur le logement et sur le transport, mais aussi sur le logement, pour des dépenses contraintes, des gens qui dépensent dans des passoires énergétiques des sommes conséquentes, colossales, pour se chauffer, eh bien, ces textes-là, on ne les adopterait pas. Et qu'à l'inverse, à chaque fois qu'on adopterait un texte, on ferait attention à ce que tous les avantages de ce texte viennent porter sur les droits sociaux des personnes en situation de précarité. C'est un changement systémique.

10:14
Présentateur

Question d'Elisabeth à Nantes, qui a appelé le standard de France Inter. Bonjour Elisabeth. Oui, bonjour. Vous avez une question pour Marie Toussaint ? Oui, je voudrais savoir pourquoi les propositions politiques des écologistes sont aussi éloignées des réalités et des attentes des citoyens français de province, j'insiste de province, en termes de mobilité, l'utilisation des voitures, et par exemple aussi de la fiscalité. Les classes moyennes sont beaucoup trop imposées, et la fiscalité est devenue contre-productive. Alors, je précise qu'Elisabeth nous appelle de Quimper, Marie Toussaint ?

10:50
Marie Toussaint

D'abord, merci Elisabeth pour cette question. J'étais heureuse que vous développiez et que vous détaillez vos questions, comme ça je peux vous y répondre plus aisément. Sur la mobilité, je crois que je viens d'y répondre, en disant que quand on adopte des politiques de protection de l'environnement, il faut toujours veiller à ce que ce soit fait dans la justice sociale, et donc ça veut dire aussi qu'ils parlent aux territoires ruraux. Et ce n'a pas toujours été le cas. Alors bien sûr, les politiques qui portent atteinte à l'environnement créent de l'injustice, puisque la volonté de préserver la nature, elle vise à préserver la justice sociale.

Mais de temps à autre, des mesures ont été adoptées qui peuvent effectivement être douloureuses. En ce qui concerne ce que vous proposez, si on a un droit de veto social, on fera attention à tout le monde. Et c'est ça l'enjeu, c'est de construire une Europe qui protège tout un chacun et toute une chacune. et c'est l'impératif, et en tout cas la direction que nous souhaitons prendre. Vous parlez aussi de la fiscalité. La fiscalité, ce ne sont pas seulement les taxes, c'est aussi une aide.

Et je veux dire ici que ce que nous prenons, c'est la réduction de la TVA sur les produits qui sont faits en France, qui sont faits chez nous, nos terroirs, faits en Europe aussi, parce qu'on a besoin d'agir au niveau européen, et que cela puisse être aussi, quelque part, une prime à la consommation pour les produits verts. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce qu'on a vu aux Etats-Unis un plan d'investissement massif, l'IRA, dans la transition écologique. Et qu'en Europe, on a un pacte vert avec une série de mesures, qui est aujourd'hui à l'arrêt, on en a parlé tout à l'heure, mais qui n'a absolument pas été financée.

Et donc on a besoin d'opérer un choc, un choc pour relocaliser, un choc pour répondre aux besoins essentiels, et un choc pour avancer. Je veux dire un dernier point. Je veux dire un dernier point, parce que le même jour qu'était passé l'accord sur le pacte migratoire et la loi migration en France, un autre accord était passé au niveau européen sur le pacte de stabilité budgétaire. Vous savez, c'était... On a soupli les règles.

12:44
Présentateur

Voilà, on a soupli les règles sur la dette et sur les déficits.

12:47
Marie Toussaint

Exactement. Le nouveau pacte que les Etats et la Commission européenne mettent sur la table entrave toute capacité d'investissement, tant dans la transition écologique, malgré les besoins majeurs, que dans les services publics. Et on voit bien aujourd'hui à quel point nos hôpitaux, nos écoles ont besoin d'investissement. Et donc, nous, écologistes, avec les syndicats européens, avec les associations environnementales et de solidarité, nous demandons un autre pacte de stabilité budgétaire qui nous permette l'investissement dans notre avenir, parce que c'est essentiel et ça concerne en particulier les zones rurales, la province, comme le disait Elisabeth.

13:19
Présentateur

Justement, Marie Toussaint, parlons d'argent, puisque vous dites la transition écologique n'est pas financée dans le pacte vert, puisque vous dénoncez les nouvelles règles budgétaires qui sont proposées. Vous, ce que vous défendez, c'est notamment un nouvel impôt qui permettrait de financer, qui taxerait les plus riches et qui permettrait de financer la transition écologique au niveau européen. On pense au rapport Pisaniféri en France qui préconisait quelque chose du même genre pour financer la transition écologique au niveau national. En fait, l'écologie, ça se fait uniquement en rajoutant des impôts ?

13:48
Marie Toussaint

Je viens de dire le contraire parce que je viens de dire qu'il faut aussi baisser certaines taxes sur les produits qui sont bons, bons pour la santé, bons pour le vivant. Alors, il toucherait qui cet impôt ? C'est quoi l'assiette ? On va jusqu'où ? L'impôt dont vous parlez, c'est un ISF climatique. Ça toucherait quel riche ? Voilà. Qui est riche ? Alors, on prend les 0,5% les plus riches et puis on va taxer leur patrimoine. Pourquoi ? Tout simplement parce que aujourd'hui, dans la façon dont on a organisé la fiscalité, au niveau français comme en Europe, les plus riches sont proportionnellement parmi les moins taxés.

La deuxième chose, le deuxième élément, c'est que les plus riches sont aussi les plus responsables de pollution. Je vous prends un chiffre pour la France, mais encore une fois, les équivalences sont les mêmes au niveau européen. 63 personnes en France, parmi les plus riches, des milliardaires, sont responsables, avec leurs actifs financiers, de la moitié des émissions de gaz à effet de serre de la France.

Et donc, si on va effectivement taxer le patrimoine, la très grande richesse, si on va en plus taxer l'investissement dans les énergies fossiles, dans la destruction du vivant, eh bien, on dégage les marges de manœuvre nécessaires à cet investissement dont je vous parlais juste avant et dont on a absolument besoin. Pourquoi ? Eh bien, pour financer la transition énergétique, selon les estimations, ce sont des centaines de milliards dont on a besoin dans les années qui viennent, selon la Cour des comptes européenne par exemple, c'est 1000 milliards dont on a besoin.

donc on a besoin de dégager cette manne qui nous permettra d'investir, de sortir des énergies fossiles, de développer la sobriété, les énergies renouvelables, de lutter contre la pollution de l'air, contre tous ces produits toxiques qui nous rendent malades, qui causent des cancers dès qu'on est enfant et de pouvoir aussi financer les investissements sociaux dont je vous parlais, les hôpitaux, les écoles en priorité.

15:28
Présentateur

Vous entendez ce qui était derrière la question de notre auditrice tout à l'heure et puis avec votre proposition aussi d'ISF, ça nourrit une certaine image qu'on peut avoir de l'écologie qui est à la fois une écologie où il y a souvent des nouvelles taxes qui sont créées, une espèce d'écologie punitive, une écologie aussi d'urbain. Je pense au patron de la Fédération française des chasseurs, Willy Schrein, qui a lancé lui une liste Alliance Rurale et qui défend la ruralité avec une espèce d'écologie traditionnaliste. Il y a un espace pour une autre écologie. Vous ne parlez pas à tout le monde, notamment aux ruraux et à la province comme le disait notre auditrice ?

16:02
Marie Toussaint

Willy Schrein défend une ruralité sans paysans. C'est l'inverse de ce que nous nous proposons. Nous nous proposons la réinstallation d'un million de paysans en France, dix millions au niveau européen. Nous voulons une ruralité vivante qui ait des paysannes et des paysans qui disposent de services publics, qui ait accès à de la mobilité, notamment à des trains. Vous savez qu'on a fermé beaucoup de lignes ferroviaires de proximité ces dernières années. Et nous pensons que l'écologie est partout. Et d'ailleurs, sur la liste que je conduis pour les élections européennes, c'est une liste qui fait entendre toutes les voix de l'écologie.

On a avec nous Benoît Biteau, qui est un agriculteur, un paysan, et qui se bat pour des ruralités vivantes. On a Priscilla Ludovski, qui a été l'initiatrice du mouvement des Gilets jaunes, pour qui fin du monde et fin du mois sont le même combat et qui a en tête la situation des zones périphériques de la France et de ces voix qui ont été trop souvent oubliées ou reniées. On ne va pas faire

16:55
Présentateur

la liste de tous vos colistiers, mais je comprends qu'il y a une certaine diversité.

16:58
Marie Toussaint

J'ai aussi Amine Kessassi qui se bat dans les quartiers marseillais pour la justice sociale, pour dire que l'écologie populaire existe. Et donc, effectivement, nous, écologistes, devons nous battre pour montrer que l'écologie est partout et qu'elle doit être représentée. et je me battrai pied à pied contre les personnes comme Will et Schran qui prétendent avoir le monopole de la représentation de la ruralité et de l'écologie. Alors, on entend

17:16
Présentateur

la diversité de l'écologie dans vos listes, mais finalement, toutes les mesures que vous venez de proposer, tous vos éléments de programme, est-ce que vous ne pourriez pas les partager avec la gauche ? On a beaucoup de questions de nos auditeurs, notamment sur l'application, qui regrettent que les écologistes partent tout seuls à l'élection. Ils auraient aimé que vous fassiez liste commune, peut-être avec LFI, peut-être avec le parti socialiste. Vraiment, vous allez aller jusqu'au bout et pas d'alliance en gauche possible ?

17:44
Marie Toussaint

Nous irons jusqu'au bout, mais j'entends et je comprends l'aspiration des citoyennes et des citoyens à une alliance de la gauche et des écologistes. Le fait est que les conditions n'étaient pas réunies et vous le voyez bien. On a encore des divergences sur l'Europe, ça c'est une chose. Mais au-delà de ça, vous voyez par exemple la France Insoumise défendait l'Union, elle voulait que je sois sa tête de liste puis ils m'ont invitée à leur journée d'été, ils m'ont hué. C'est pour ça que vous défendez la douceur vous dans vos discours. Ils m'ont justement hué quand j'expliquais qu'il nous fallait viser un horizon de douceur, un horizon qui soit plus juste, plus doux pour chacune et pour chacun.

Donc vous voyez bien que c'est problématique. Alors pas LFI mais le Parti Socialiste. On entend Raphaël Glucksmann qui dit jamais avec Mélenchon, Mélenchon qui dit je n'aime pas les écolos. Moi ce que je veux dire à tous ceux qui désespèrent aujourd'hui, c'est qu'au lendemain des élections européennes, il nous faudra reprendre le bâton de pèlerin de l'Union. Nous devons trouver une manière de pouvoir avancer ensemble. La première des échéances n'est pas 2027, c'est 2026 et vous savez les élections municipales elles sont absolument essentielles parce qu'elles concernent la vie quotidienne des Françaises et des Français.

Et donc je salue d'ailleurs le très bon travail des maires écologistes à Bordeaux, à Poitiers, à Lyon, à Grenoble.

18:48
Présentateur

On n'en est pas encore là. Je voudrais rebondir sur Raphaël Glucksmann dont vous parliez. Vous dites on ne peut pas partir avec LFI, je me suis fait huer, etc. Raphaël Glucksmann lui va sans doute être tête de liste du Parti Socialiste. Vous ne seriez pas prête à le suivre ? Vous ne partagez pas ses valeurs ? Vous ne partagez pas les éléments de programme dont vous me parliez ?

19:06
Marie Toussaint

Écoutez, moi je ne considère pas que l'écologie doit être derrière. C'est ce que vous sous-entendez. L'écologie... Ça peut être une alliance aussi. Vous savez, les écologistes européens sont extrêmement structurés au niveau européen. Ils portent une vraie proposition avec une vraie cohérence. Nous disons la même chose dans les institutions et sur le terrain. Nous disons la même chose à Bruxelles. et en France. Et nous portons un projet qui est un projet unique, singulier. Ce projet-là, c'est la bataille déterminée pour le vivant et contre la pauvreté, pour le climat et pour la justice. Et donc oui, c'est un projet différent du Parti Socialiste.

Nous avons des désaccords fréquents avec le Parti Socialiste européen. Moi, je sais que la première de nos batailles, c'est la lutte contre ce bloc des droites et des extrêmes droites qui font reculer tant les droits humains que le vivant. C'est ce que dit aussi

19:53
Présentateur

Raphaël Glucksmann.

19:54
Marie Toussaint

Un de ses principaux adversaires, c'est l'extrême droite. Et donc, je me suis engagée à la non-agression dans le cadre de cette campagne. Je crois qu'on n'a pas de temps à perdre dans de veines querelles à gauche. Donc, ce ne sera pas mon objet. Mon objet... Ni dans une alliance. Ma responsabilité, c'est de porter le combat écologiste le plus loin possible. Et c'est simple. S'il n'y a pas un nombre conséquent de députés européens le 9 juin 2024 élus au Parlement européen, eh bien, le pacte vert est condamné, la transition écologique est condamnée, la lutte pour la justice sociale est condamnée. Et donc, il faut apporter le plus de députés européens possibles, écologistes.

20:29
Présentateur

Marie Toussaint, l'une des actualités de ce matin, c'est cette aide humanitaire 7 tonnes larguée par la France et la Jordanie sur la bande de Gaza. C'est à la France vraiment de faire ça ou ça devrait être européen ?

20:38
Marie Toussaint

Alors, il était temps d'abord et puis évidemment, j'aimerais entendre l'Europe agir dans le conflit israélo-palestinien. C'est une situation humanitaire qui est terrible avec des milliers de personnes qui sont sous les bombes, qui n'ont plus accès aux hôpitaux, qui n'ont plus accès à l'eau, des enfants qui perdent tout avenir alors même qu'ils viennent de commencer leur vie et la politique menée par le gouvernement de Netanyahou est absolument inadmissible. Elle est inacceptable. Donc nous, nous demandons un cessez-le-feu. C'est très simple, nous demandons un cessez-le-feu.

Et la France, comme l'Europe, qui s'est construite sur le projet de paix, comme je l'ai dit tout à l'heure, que la France et l'Europe agissent pour la paix, demandent ce cessez-le-feu et je veux le dire très clairement, la justice, ce n'est pas la vengeance. Sans justice, il n'y a pas de paix. Sans paix, il n'y aura pas de sécurité ni pour les Palestiniens ni pour les Israéliens. Et évidemment, derrière, il faut agir pour la solution à deux États. Et donc, c'est ce à quoi j'aspire, c'est à ce que l'Europe, qui a montré que dans une situation impossible où on pensait la paix impossible, nous pouvions la construire.

Et donc, ce à quoi j'aspire, c'est que l'Europe, forte de cette expérience, se mobilise à Gaza

21:43
Présentateur

et entre Israël et la Palestine. Alors, réponse en oui ou non, parce qu'on arrive à la fin de notre entretien, mais je reprends la question d'un de nos auditeurs au Standard qui demande est-ce qu'il faut une armée européenne ?

21:54
Marie Toussaint

Eh bien, en tout cas, il faut une défense européenne commune et plutôt aller dans la direction d'une armée européenne. Mais une armée, ce n'est pas seulement fait pour faire la guerre. Je crois que la force diplomatique de l'Europe, ça doit être celle du désarmement au niveau mondial. Nous devons garantir la sécurité pour aller vers le désarmement à commencer par les armes nucléaires. Merci,

22:13
Présentateur

Marie Toussaint, députée, les écologistes et tête de liste du parti pour les élections européennes. Merci d'être venu sur Inter. Je rappelle la date des élections européennes, chers auditeurs, c'est le 6 et 9 juin prochains.

Marie Toussaint : "Les extrême-droites, les nationalismes, l'égoïsme sont en train de gangréner l'Europe" — Marie Toussaint · Pourquijevote