«Je suis Romane Monnier» : Delphine de Vigan est l'invitée de Culture médias
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avec il magnifique Olivier Benkemoun qui nous a rejoint. Salut Olivier. Quelle élégance !
Quelle élégance ! Quel charme ! Mais parce qu'on fait [musique] de la télé maintenant.
Bien bien sûr sur télé. Il va falloir que j'y pense un jour à cette élégance. Effectivement, on va parler cinéma avec vous tout à l'heure et puis il y a la grande Sophie qui viendra chanter en live en fin d'émission.
Et alors quel bonheur quel bonheur d'accueillir une grande romancière auteur de No et moi de rien ne s'oppose à la nuit d'après une histoire vrai couronné du prix Renaudo ou encore le fameux Les enfants sont rois, elle signe un nouveau livre captivant Je suis Romane Monier mais elle c'est bien Delphine de Vigan. Bonjour Delphine bonjour Thomas, bonjour à toutes et tous. Merci d'être avec nous ce matin pour nous parler de ce roman donc édité à quelques 200000 exemplaires.
On sent la la confiance de votre éditeur Galimar et je pense qu'ils peuvent même partir en réimpression dès maintenant parce que c'est un roman absolument génial qu'on narrive pas à lâcher. Un roman qui part d'une aidée qui est toute simple mais qui est excellente. Un homme qui s'appelle Thomas qui a quoi à peu près mon âge he c'est ça ?
On est dans ces dans ces eau là. Je sais pas quel âge vous avez. Il a 47 ans.
J'ai 44. Voilà. On n'est pas loin.
Euh et alors cet homme, il échange sans faire exprès dans une soirée son portable avec celui d'une inconnue qui s'appelle donc Roman Monier. Vous l'avez compris, il se réveille avec ce portable qu'il arrive pas à déverrouiller. Alors il est un peu perdu au départ he Thomas.
Bah il est perdu comme on l' aujourd'hui quand on on n pas son téléphone portable. C'est le le premier geste du matin, je pense pour beaucoup d'entre nous, c'est de [rires] passer voilà d'ouvrir le portable. Et là, il se rend compte en effet que c'est le même téléphone que le sien, euh la même marque, le même modèle, mais qu'il n'arrive pas à l'ouvrir.
Donc, il a un temps de stupan. Voilà, c'est pas le même fond d'écran. Il se remémore quand même vaguement cette soirée qui semble-t-il a été un peu trop arrosée.
Il est il s'est couché avec sa chemise, donc il conclu que bon, il était pas tout à fait dans un état normal quand il est rentré. Mais mais au-delà de ça, il finit enfin, il comprend assez vite que ça n'est pas son téléphone et que donc il a un vague souvenir qu'il était dans ce bar où la promiscuité est importante. Il était à côté d'une jeune femme euh et donc assez vite, il en conclu que c'est probablement il y a eu un échange.
Il sait pas très bien comment ça a pu se faire. Euh et donc il arrive à l'appeler, voilà, il arrive finalement à la joindre sur son téléphone à lui bien sûr. Et là, il comprend au cours de cette conversation un peu étrange, elle lui dit par deux fois, elle lui dit "Gardez-le, je vais vous rapporter votre téléphone en gros, mais je vais pas récupérer le mien." Voilà.
Et non seulement elle le lui laisse, mais elle lui donne les codes d'accès pour entrer dans le téléphone et y voyager. Ça, c'est ça qui est encore plus surprenant. Elle lui donne son code PIN, le code d'accès.
Donc voilà, gardez mon téléphone, faites-en ce que vous voulez parcejourd'il y a rien de plus intime que nos téléphones portables. La question qu'est-ce que je ferais ? Qu'est-ce que je ferais de qu'est-ce que je ferais de ce portable ?
C'est assez tentant de fouiller pour en savoir plus sur cette personne qui a pas l'air de tenir à cet objet qui est ultra personnel. C'est quand même, c'est vrai, l'objet qui renferme le plus d'infos sur nous. et et du coup ce téléphone bah ça va devenir une obsession pour lui.
Oui, sans doute parce que d'ailleurs ça arrive à un moment de sa vie qui est un petit peu euh vide. On le comprend assez vite sans en dire trop qu'il est il a élevé seul une fille qui est devenue une jeune adulte qui est partie. Euh voilà ça il a une petite affaire de de reprographie qui marche pas trop mal.
Euh voilà, il a sans doute un peu dans un tournant, un moment en tout cas où il lui faut trouver un nouveau souffle de de nouvelles perspectives. Et voilà, du il va se plonger chaque soir dans ce téléphone qui n'est pas le sien, développant en effet une espèce de de de d'obsession, d'addiction, euh mais parce que c'est assez vertigineux, parce que finalement il il essaie de comprendre pourquoi elle lui a confié à lui, pourquoi une jeune femme de 29 ans lui confie toutes ses traces parce que c'est vraiment ça dont il est question. qu'est-ce qu'elle a qu'est-ce qu'elle a voulu lui dire ou ou à quoi elle n'a pas pu renoncer finalement en lui laissant ce téléphone.
Voilà. Et c'est vrai, je disais que c'est une formidable idée parce que ça pose beaucoup de questions sur tout ce qu'on donne au monde numérique aujourd'hui Delphine de Vigan. J'ai regardé moi j'ai 27553 photos et vidéos dans mon portable.
J'ai plus de 30000 emails, 473 notes, des milliers de messages de WhatsApp sans compter compte Instagram, Twitter, compagnie. Enfin, c'est délirant euh tout ce qu'on et je pense qu'on est tous à peu près au au même niveau, au même stade. Notre seule limite, c'est la limite de stockage.
Voilà. Et et d'ailleurs on est on est devenu incapable en plus de de trier tout ce bazar. Mais en fait, c'était ça aussi qui m' qui m'interrogeait beaucoup parce que bien sûr, on a tous cette utilisation du de de du téléphone qui qui est très intensive, on va dire, en fonction de nos métiers, elle est plus ou moins mais ce qui ce qui m'intéressait c'est que le plus intime finalement, puisque nos téléphones contiennent nos conversations avec nos amours, nos amis, nos parents, nos enfants et cetera, toute cette partie la plus intime, elle est noyée, me semblait-il dans une masse de données d'information semi-professionnell anecdotique, inutile et je me disais mais qu'est-ce qui restera de de tout ça ?
Parce qu'on s'interroge beaucoup, enfin on se dit beaucoup oui, on laisse des traces partout, ce qui est vrai, mais est-ce que les traces les plus précieuses ne sont pas englouties par quelque chose finalement d'assez d'assez banal, d'assez trivial ? D'ailleurs, il y a un moment où vous posez cette question, c'est vrai, je me l'étais jamais posé, mais que deviennent les portables des personnes décédées ? Qu'est-ce qu'on en fait toute cette masse d'information ?
Bien sûr. Et comment est-ce qu'on s'autorise justement à regarder dans le téléphone de quelqu'un qui est mort euh aujourd'hui ? Sachant que encore une fois ça contient des choses très très intimes.
Mais je je ne parle pas des notes des parce que beaucoup de gens maintenant aussi prennent des notes parfois assez intimes sur leur téléphone, des échanges de messages vocaux et cetera. Un jardin secret probablement que nous avons dans nos téléphones. Qu'est-ce qu'on en fait ?
Est-ce qu'on s'autorise à regarder ? Est-ce qu'on a le code ? Est-ce qu'on l'a pas ?
Si si on l'a pas, est-ce qu'on essaie de de malgré tout de le contourner ? Euh c'est c'est une vraie question que pour l'instant, Dieu merci, je n'ai jamais eu à me poser moi quand ma mère est morte et c'est il y a déjà maintenant pas mal d'années, elle avait un un Okia de première génération qui contenait pas grandchose et alors votre héroïne Roman Monie, en tout cas celle qui est sur la couverture de votre livre, elle a 29 ans. Il se trouve que je crois que vous avez une fille qui a à peu près cet âge 30 ans.
Voilà. Est-ce que vous lui avez posé des questions sur son usage du du portable, sur les applications qu'elle utilise ? Parce que on sent que vous avez cherché dans ce livre à être au plus proche d'une femme de cet âge-là.
Oui, parce qu'en plus c'était, me semble-t-il, un terro romanesque fantastique. Alors oui, bien sûr, j'ai interrogé mes enfants. Mon fils a 27 ans, ma fille en a 30.
Euh d'une manière générale, j'ai une petite idée de la de comment ils utilisent leur téléphone portable. Ma fille, elle est pas très représentative, je pense, de sa génération, ce qu'elle m'a dit d'ailleurs assez vite, mais elle m'a dit "En revanche, j'ai des amis qui l'utilisent davantage, notamment d'ailleurs parfois pour des raisons professionnelles." Donc grâce à elle, j'ai pu interroger de manière un peu approfondie trois jeunes femmes de cette génération qui d'ailleurs avaient des utilisations pas tout à fait semblables parce qu'il y a on a un rapport très personnel aussi avec notre téléphone. en quoi d'ailleurs un écran de téléphone déjà raconte des choses selon les applications dont on dispose et cetera.
Et donc j'ai j'ai interviewé entre guillemets ces trois jeunes femmes qui m'ont raconté un petit peu m'ont fait leur utilisation, m'ont fait découvrir des applications dont je n'avais jamais entendu parler qui contiennent là aussi beaucoup d'intimité qui permettait de voilà qui permettait d'emmener le roman un peu plus loin puisque c'est ce qui ce qui m'a intéressait aussi c'est que dans la découverte que Thomas fait dans ce voyage qu'il fait parmi les traces parce que c'est vraiment les traces qui m'intéressent euh les traces numériques. Là, c'est il y a beaucoup de choses qui viennent en écho avec sa propre histoire et ça le ça ça l'amène à réinterroger sa propre histoire et il va mener une forme d'enquête finalement qu'on vous invite à lire. Ça s'appelle Je suis Roman Monier.
C'est publié chez Galimar et c'est signé Delphine de Vigan. Vous n'allez pas le lâcher ce livre, je peux vous le garantir.