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interviewBFMTV· 11 décembre 2024 21 min

Futur Premier ministre, NFP, Jean-Luc Mélenchon... L'interview en intégralité d'Olivier Faure

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Présentateur

BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.

0:08
Olivier Faure

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Olivier Faure.

0:13
Présentateur

Bonjour Apolline de Malherbe.

0:14
Olivier Faure

Merci d'être à ce micro ce matin, presque comme toutes les semaines, parce qu'en ce moment le feuilleton politique, c'est vous, c'est vous la gauche qui déteignez les clés. Peut-être d'ici 24h un nouveau Premier ministre. Et ça dépend en partie de ce que vous allez dire ce matin, si vous acceptez ou non un certain nombre de deals, si vous proposez des choses qui sont acceptées de l'autre côté. Vous étiez évidemment hier soir avec Emmanuel Macron à l'Elysée pour cette réunion justement de méthode. Une question pour savoir à qui j'ai affaire ce matin. Est-ce qu'Olivier Faure vous actez une forme de rupture avec LFI ?

0:46
Présentateur

Mais je ne vois pas pourquoi vous commencez par là. Moi je veux d'abord que l'on parle des Françaises et des Français.

0:51
Olivier Faure

Pourquoi je dis ça ? Parce que pendant que vous étiez à l'Elysée hier, Jean-Luc Mélenchon vous a exhorté à quitter cette pièce et même à claquer la porte. Puisque vous ne l'avez pas fait...

1:02
Présentateur

Je ne l'ai pas quitté et je ne souhaite pas la quitter. Et je vais vous expliquer pourquoi. Moi ce que je souhaite c'est que les Français soient entendus. Je souhaite que la crise politique dans laquelle nous sommes entrés soit une crise qui soit de courte durée. Bien sûr j'ai voté la censure et je n'en ai aucun regret. Je l'ai fait parce que le budget proposé était un mauvais budget. Mais je sais aussi qu'on ne peut pas passer sa vie à dire non. Il faut aussi parfois avancer parce que quand on a un pays qui est bloqué, c'est d'abord une crise politique. Puis en plus après c'est une crise économique. Et ceux qui en souffrent ce sont les Français. Et moi ma boussole ce sont les Français.

A tout point de vue. Et la première boussole, ce qu'elle nous indique, c'est qu'ils ont voté le 7 juillet. Et je souhaite à un Premier ministre de gauche qu'il soit ouvert au compromis. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous avons eu l'avantage. Les Français nous ont donné l'avantage. Mais nous n'avons pas donné une majorité absolue. Ils nous ont dit qu'il fallait maintenant que le Parlement travaille. Et qu'il travaille en respectant les équilibres qui sont ceux qui leur ont été donnés par les Français. Donc qu'est-ce qu'on doit faire ? On doit à la fois avoir le pouvoir d'initiative, nous la gauche.

Mais ensuite nous devons accepter l'idée que, comme nous ne sommes pas majoritaires absolues, nous devons accepter les compromis, les concessions réciproques.

2:17
Olivier Faure

Je vous ai laissé dérouler ce qui ressemble à une forme de déclaration, Olivier Forger. Je vous ai souvent reçu, souvent interviewé. Là j'ai senti qu'il y avait chez vous une sorte de déclaration cohérente dans laquelle vous mettiez tous les points qui vous paraissent essentiels dans le moment qui est le nôtre aujourd'hui. C'est quoi ? C'est une sorte de déclaration de mode d'emploi ? C'est vos lignes, vos limites, vos acceptations ?

2:42
Présentateur

Oui, c'est ce qui me semble être la solution pour sortir de la crise. Et l'engagement que nous avons pris hier dans ce rendez-vous avec le Président de la République. Nous avons dit que si nous gouvernions, nous acceptions l'idée de ne pas utiliser le passage en force, le 49-3. Il y a eu trop de 49-3 sur le budget avec Mme Borne, sur la réforme des retraites, toujours avec Mme Borne. Maintenant, c'était le cas aussi avec Michel Barnier sur le projet de budget. Eh bien, il faut en sortir. Parce que le passage à l'âge adulte, c'est le passage au moment où on arrête de dire qu'il y a toujours quelqu'un qui décide pour tout le monde à la fin. Et donc il faut que le Parlement retrouve ses droits.

3:24
Olivier Faure

Est-ce que ce passage à l'âge adulte, ça vaut aussi pour vous ? C'est-à-dire que quand vous dites cet engagement à ne pas utiliser le 49-3, on comprend bien que c'est l'alpha et l'omaga désormais, que vous considérez que si le gouvernement à venir s'engage à ne pas utiliser le 49-3, alors vous, de l'autre côté, vous vous engagerez à ne pas censurer le gouvernement. On est d'accord ?

3:46
Présentateur

Ce que je dis, c'est que si nous gouvernons, nous n'utiliserons pas le 49-3. Et en échange de quoi, nous demandons à l'opposition d'être suffisamment raisonnable et responsable pour comprendre qu'elle ne peut pas nous censurer. Mais ça veut dire que vous pourriez être Premier ministre ? Elle peut s'opposer, mais elle ne peut pas censurer.

4:02
Olivier Faure

Il y a un épisode qui a dû m'échapper. Vous nous dites ce matin, Olivier Faure, nous. Vous dites nous. Bien sûr, nous. C'est qui nous ?

4:09
Présentateur

La gauche, les écologistes ?

4:10
Olivier Faure

La gauche, les écologistes ? Ça veut dire que ce matin, vous faites acte de candidature. Je ne sais pas si c'est en votre nom propre. Pourquoi pas d'ailleurs, si j'ai bien compris ?

4:18
Présentateur

Mais ce que je dis, c'est qu'il faut quelqu'un qui soit issu de la gauche et des écologistes. Je ne veux pas jouer à ce jeu de qui, quoi, comment, etc. Je veux dire simplement qu'il est logique que ce qui n'a pas été respecté en septembre avec la notion de Michel Barnier doit être maintenant réparé. Il faut recoudre un pays qui est complètement décousu, un pays qui est fracturé. Et donc, pour arriver à faire en sorte de parvenir à recréer de la cohésion, il faut revenir tout simplement à ce qui est notre principe commun, la démocratie.

4:50
Olivier Faure

Il y a beaucoup de choses dans ce que vous dites, Olivier Faure, je voudrais qu'on puisse le décrypter et comprendre vraiment précisément, ne pas tourner autour du pot, comprendre de quoi il s'agit. Quand vous dites « issu de la gauche », déjà, il faut comprendre ce que vous ne dites pas. Vous ne dites plus « issu du nouveau Front populaire ». Ça, c'est acté.

5:05
Présentateur

Non, je dis ça pourquoi ? Je dis ça parce que je veux laisser la porte ouverte éventuellement à des personnalités qui seraient extérieures au Front populaire, mais qui en reprendraient les chantiers. Imaginons que quelqu'un qui soit issu de la société civile organisée.

5:17
Olivier Faure

Vous avez longtemps parlé de quelqu'un comme Laurent Berger, qui est une figure qui revient régulièrement.

5:23
Présentateur

Lucie Casté était d'une certaine façon aussi une figure qui appartenait à cette société civile organisée, qui n'était pas issue directement du Front populaire parce qu'elle n'était pas dans les quatre parties qui l'ont formée. Mais c'était une personnalité qui pouvait l'incarner. Donc moi, ce que je souhaite, c'est ne pas fermer une porte et dire « parce que ce serait X ou Y, eh bien ça bloquerait le jeu ».

Donc je dis que le jeu n'est pas bloqué, mais qu'il faut choisir quelqu'un qui soit issu de la gauche et des écologistes et qui s'engage à mettre en œuvre les chantiers du Front populaire, avec derrière l'obligation pour celui ou celle-là d'aller chercher des compromis au Parlement, puisque nous ne passerons pas en force. Donc nous serons obligés de tenir compte de ce que sera la majorité à trouver.

6:02
Olivier Faure

Il y aura obligatoirement. S'il n'y a pas de 49.3, il y a forcément compromis. Il n'y a absolument aucune autre solution possible pour faire passer la moindre loi. Olivier Faure, je reste quand même encore un instant sur cette acception de gauche. Est-ce que de gauche, ça peut être pas de droite ? Je pense par exemple à quelqu'un comme François Bayrou, qui était présent hier lors de cette réunion, dont on sait qu'il est une des figures favorites aujourd'hui pour devenir Premier ministre. Est-ce que vous considérez qu'il est suffisamment de gauche ou suffisamment pas de droite ?

6:33
Présentateur

Mais j'ai de l'estime pour François Bayrou. Simplement, il est celui qui a accompagné depuis sept ans, pas à pas, le Premier ministre. Et ce que nous demandons et ce que les Français veulent, c'est une rupture avec la politique qui a été conduite jusqu'ici. Ils ne veulent pas la continuité. Comment pourrait-on expliquer que nous sommes dans une situation où, après trois votes en un mois, européenne, puis deux tours des législatives, on revient à un parti qui a été sanctionné ?

7:04
Olivier Faure

C'est toujours défini comme un centriste. Est-ce qu'il serait en mesure de créer les conditions de ces compromis dont vous parlez, de ces coalitions ?

7:14
Présentateur

On ne peut pas aujourd'hui donner comme signal la continuité avec cette année passée. Ça n'est pas possible. Il faut évidemment passer à autre chose.

7:26
Olivier Faure

Donc ça ne peut pas être François Bayrou pour vous ?

7:27
Présentateur

Ça ne peut pas être François Bayrou. Ce n'est pas moi qui nomme. Donc peut-être que ce sera lui. Mais moi, ce que je vous dis, c'est que ça n'est évidemment pas le bon choix.

7:34
Olivier Faure

Mais si c'était lui et que ce n'était pas votre premier choix, on l'a bien compris, est-ce que vous accepteriez malgré tout, s'il s'engage, comme vous venez de le dire, à ne pas utiliser le 49.3, à imposer donc des recherches de compromis, à mettre en place, par exemple, une conférence sociale sur les retraites ? Est-ce qu'alors le dialogue serait en tout cas possible et non rompu ?

7:50
Présentateur

Mais le dialogue, il est toujours possible. Il était même possible avec Michel Barnier, figurez-vous. Nous avons, nous, cherché à entrer en discussion avec lui et c'est lui qui l'a refusé. Nous avons déposé des amendements, nous avons fait voter des amendements et nous avons cherché à chaque étape à lui faire comprendre qu'il était possible d'avancer.

8:07
Olivier Faure

Vous aviez censuré par avance le gouvernement Michel Barnier, c'est là-dessus.

8:11
Présentateur

Oui, nous avions censuré par avance le gouvernement Michel Barnier pour une raison simple, c'est que nous considérions qu'il fallait que nous puissions adresser au pays un message simple, c'est que la nomination de Michel Barnier était totalement contradictoire avec le vote des Français eux-mêmes.

8:23
Olivier Faure

Est-ce que vous censureriez par avance un gouvernement François Bayrou ?

8:28
Présentateur

Mais on n'en est pas là.

8:29
Olivier Faure

Vous ne dites pas que vous censureriez par avance.

8:31
Présentateur

Mais je ne veux prendre ce matin, je souhaite d'abord savoir, une fois que le Rien n'est pas nommé, il faudra que nous ayons ensuite une discussion avec celui ou celle qui sera nommée à Matignon et je souhaite encore une fois que ce soit quelqu'un de gauche. Et ensuite, nous verrons quelles sont les conditions dans lesquelles le travail s'organise. Pourquoi je dis ça ? Parce que moi, ce que je veux, c'est que quelle que soit la situation, nous puissions arracher des victoires pour les Françaises et les Français. Le but du jeu n'est pas simplement de dire, on veut sauter comme des cabris pour aller à Matignon, pour avoir des ministères, etc.

La question, c'est qu'est-ce qu'on fait pour tenir des victoires maintenant ? Moi, je ne veux pas attendre 30 mois pour enfin commencer à se dire que les Français pourront vivre mieux.

9:10
Olivier Faure

Quelle serait à vos yeux la mesure essentielle prioritaire ?

9:15
Présentateur

Tout simplement le pouvoir d'achat. Celui qui est aujourd'hui... C'est l'obsession des Français aujourd'hui.

9:19
Olivier Faure

Parfois tout le monde dit qu'il est du côté du pouvoir d'achat, mais chacun avec sa propre méthode. Quelle serait la méthode ? Quelle serait le point, la décision qui vous paraît très prioritaire ?

9:26
Présentateur

Mais il faut faire un effort sur les salaires. Il faut faire un effort sur le SMIC. Il faut faire en sorte que nous ayons une conférence salariale qui permette de revaloriser, y compris les métiers qui sont aujourd'hui sous-dotés. Mais je pense aux métiers du soin, les métiers du lien, tous ces métiers qui sont indispensables à la vie collective et qui sont aujourd'hui tellement maltraités. Vous savez que pour celles, je dis celles parce que ce sont souvent des femmes qui accompagnent les enfants handicapés dans les écoles, elles sont payées 800 euros par mois. Est-ce que c'est possible encore longtemps ? Est-ce qu'on accepte ça ? La réponse devrait être pour tout le monde non.

Donc effectivement, premier sujet, les salaires, le pouvoir d'achat, faire en sorte que les Français puissent vivre mieux et quand ils travaillent, qu'ils puissent vivre de leur travail.

10:05
Olivier Faure

Donc j'essaie de prendre les choses point par point. On a bien compris. La première chose, c'est s'engager à ne pas utiliser de 49.3. C'est un changement fondamental de méthode. Fondamental. Idéalement, un Premier ministre issu de la gauche, les salaires en priorité. Une question sur, au nom de qui vous parlez aujourd'hui, Olivier Forger ? Bien entendu que vous disiez socialiste ou écologiste. Est-ce que ça veut dire que communistes, et LFI de fait qu'ils n'étaient pas là, mais les communistes étaient avec vous hier. Est-ce qu'aujourd'hui, il y a une forme de consensus entre vous trois, c'est-à-dire socialiste, communiste, écologiste ?

10:41
Présentateur

Il y a une volonté, effectivement, de ces trois formations politiques d'avancer et de chercher une solution. Parce qu'on ne peut pas rester en la situation actuelle et qu'on ne peut pas être simplement le front du refus. On doit être aussi le front qui permet de faire avancer et qui donne au pays, même, j'allais dire, de l'enthousiasme. On ne peut pas vivre avec cette espèce de sinistreuse permanente, avec le sentiment que tout peut s'écrouler à tout moment.

Non, il faut viser, au contraire, une forme d'emballement général, faire en sorte que l'économie reparte, qu'on ait des gens qui se disent que le plafond de verre au-dessus de leur tête n'est pas tellement bas qu'ils ne pourront plus avancer. Il faut que les gens se disent qu'à nouveau, la France est un pays qui est, j'allais dire, en marche. Non, pas en marche, ça a déjà été utilisé. Je vous aurais fait la remarque, mais vous vous êtes arrêté avant. C'est un pays qui doit, en tout cas, retrouver son lustre et qui doit retrouver aussi sa confiance en lui-même.

11:30
Olivier Faure

On sent que c'est un vrai changement d'attitude, Olivier Faure, et pour vous avoir reçu régulièrement ces dernières semaines, précisément parce qu'on sentait que les choses bougeaient, changeaient parfois de jour en jour, l'attitude qui est la vôtre aujourd'hui n'est pas du tout la même qu'il y a un mois ou deux. Est-ce que ça veut dire, Olivier Faure, alors vous n'allez pas me dire, je vous ai demandé tout à l'heure si vous aviez rompu avec LFI, je vais vous poser la question différemment, est-ce que c'est LFI qui a rompu avec cette attitude-là ?

11:54
Présentateur

– C'est LFI qui, pour l'instant, en tout cas, donnent le sentiment d'être à côté de l'aventure. Et moi, je n'ai pas compris pourquoi ils ne venaient pas au rendez-vous à l'Élysée. Ils affaiblissent la gauche quand ils font ça. Parce que nous avons besoin que toutes les forces de la gauche se rassemblent pour pouvoir exiger un certain nombre de mesures. Nous avons besoin de faire en sorte que le changement intervienne. Et donc, à chaque fois qu'ils font la politique de la chaise vide, malheureusement, ils affaiblissent le collectif que nous formons. Et donc, aujourd'hui, il faut effectivement bouger. Vous connaissez la formule du capitaine Nemo. « Mobile, immobilis ».

Il faut être mobile dans un monde qui bouge. Eh bien, c'est exactement ça. Nous devons être mobiles. Nous ne pouvons pas rester figés et répéter la même chose tous les jours.

12:38
Olivier Faure

– Mais vous savez ce que ça veut dire, Olivier Faure ? Ça veut dire que c'est acté désormais, effectivement, cette rupture. Quand Jean-Luc Mélenchon vous menace, en quelque sorte, hier, pendant que vous êtes dans le bureau à l'Élysée, et qu'il dit « s'ils ne claquent pas la porte, qu'ils ne partent pas, nous ferons le nouveau Front populaire sans eux ».

12:56
Présentateur

– Non, mais le Front populaire, ce n'est pas Jean-Luc Mélenchon.

12:59
Olivier Faure

– Bah, semble-t-il, il considère en tout cas que c'est eux sans vous.

13:04
Présentateur

– Oui, mais hier, le Front populaire, il était principalement à La Réunion, très majoritairement à La Réunion. Et donc, personne ne m'appartient pas, il n'appartient pas davantage à Jean-Luc Mélenchon. Et donc, chacun devrait comprendre aujourd'hui que, d'abord, les menaces, ça ne fonctionne jamais, et que ce qu'il faut aujourd'hui, c'est avoir des gens qui sont prêts à participer à une aventure, qui sont prêts à revendiquer ensemble Matignon, qui sont prêts à faire bouger la France pour que les Français vivent mieux. Voilà l'objectif, et il devrait être partagé par toutes et par tous.

13:32
Olivier Faure

– Et vous regrettez donc qu'il ne le soit pas par LFI, qui dit quand même « qui pense pouvoir gagner un seul siège sans nous ? » Ils considèrent que sans eux, vous n'êtes rien, que vous ne pourrez pas gagner un seul siège sans eux.

13:43
Présentateur

– Oui, mais la réciproque est vraie dans ces cas-là. Donc la réalité, c'est que ça ne fonctionne pas comme ça, et quand on est dans une coalition, on ne passe pas sa vie à menacer, à vitupérer. On cherche au contraire à concilier les points de vue, à faire avancer à la fois la coalition et le pays. C'est quand même le principe de base. Et on ne peut pas être… D'ailleurs, je veux dire une chose toute simple, c'est que plus Jean-Luc Mélenchon crie, moins on l'entend.

Et donc il devrait comprendre aujourd'hui que sa responsabilité à lui, lui qui est un leader important de la gauche, qui a été celui qui a été jusqu'à faire 22% en élection présidentielle, sa responsabilité à lui, ce n'est pas simplement d'organiser à chaque fois la résistance, être tout le temps dans « je ne veux rien ». Non, il faut qu'il soit celui aussi qui avance, qui propose et qui parfois accepte aussi les compromis. – Vous avez mis du temps. – Mais j'ai mis du temps, à quoi ?

14:41
Olivier Faure

– Non, parce que franchement, quand on voit depuis le début un certain nombre d'humiliations, parler de François Hollande comme d'une punaise de lit, un nuisible, vous faire une peau de banane sur les retraites, en vous obligeant en quelque sorte à renoncer aux retraites que vous-même, aux réformes que vous-même vous aviez proposées, les questions sur l'antisémitisme que vous avez régulièrement dénoncées, la question du délit d'apologie du terrorisme, à chaque fois, vous restiez quand même plus ou moins là. Et puis là, ce matin, ça y est, vous dites, c'est acté en quelque sorte. Je trouve que vous avez mis le temps.

15:15
Présentateur

– Mais ce que j'acte simplement, ce que j'ai toujours dit, parce que vous n'avez pas voulu entendre, mais moi, je n'ai jamais plié à aucune injonction.

15:23
Olivier Faure

– Non, non, vous disiez, vous disiez, mais…

15:25
Présentateur

– Et aujourd'hui, que faut-il faire ? Simplement, la réalité, c'est que moi, je ne cherche pas une rupture. Je dis simplement que quand je vois qu'il faut avancer, j'avance.

15:36
Olivier Faure

– Vous actez pour cette rupture, puisque vous ne la souhaitez.

15:38
Présentateur

– Et qu'ils refusent d'avancer et qu'ils se mettent en retrait et se replient sur eux-mêmes, je leur dis qu'ils commettent une faute. Mais je ne cherche pas à leur faire la leçon, je ne fais la leçon à personne. Je suis simplement en train de dire qu'à un moment, la responsabilité que nous avons, c'est celle du pays. Et que comme nous aspirons à gouverner, quand cette possibilité existe, il faut la saisir. Il ne faut pas dire, j'attendrai plus tard la présidentielle, etc. Ça sert à quoi de dire, je veux une présidentielle maintenant ? Alors qu'on sait que le président de la République a dit, « Je resterai là pendant 30 mois ».

Alors pendant 30 mois, on va simplement s'agiter et dire « On veut une présidentielle ? » Mais non, pendant 30 mois, ce qu'on doit faire, c'est aller arracher à chaque fois que c'est possible de nouvelles conquêtes pour les Français, et notamment pour les plus modestes, pour les classes moyennes, pour les classes populaires.

16:20
Olivier Faure

– Il y a 24 heures, lors d'un meeting, Jean-Luc Mélenchon dit que l'objectif, c'est la destitution d'Emmanuel Macron. C'est cette méthode-là que vous n'acceptez plus.

16:29
Présentateur

– Mais tout le monde sait que la destitution, personne, elle est inaccessible. Il faut deux tiers de l'Assemblée, trois cinquièmes même, et pareil pour le Sénat. Tout le monde sait que ça n'arrivera pas. Donc pourquoi se figer sur une revendication qui n'a aucune chance d'aboutir ? Comment obtenir une démission d'un président qui ne veut pas démissionner ? Ça n'a aucun sens. Donc ce qu'il faut maintenant, c'est utiliser ces 30 mois, qu'il soit utile pour les Français. Si on peut aller arracher de l'argent sur le SMIC, on le fera. Si on peut arracher la réforme des retraites, on le fera. Si on peut aller arracher les services publics qui marchent mieux, l'hôpital, l'éducation, la sécurité…

17:04
Olivier Faure

Et si vous ne pouvez arracher qu'un morceau de tout cela ? C'est-à-dire, est-ce qu'effectivement, le compromis, c'est aussi l'idée… On avait entendu Jean-Luc Mélenchon, encore lui, qui effectivement, à 20h02, le soir du deuxième tour, avait dit « c'est tout le programme », rien que le programme et l'intégralité du programme. Ce que vous nous dites aujourd'hui, c'est si on peut arracher déjà des morceaux du programme, ce sera bien.

17:23
Présentateur

Mais ce que Jean-Luc Mélenchon, directeur 3, le 7 juillet, il sait très bien que c'est impossible. Et d'ailleurs, les courriers que nous avons adressés collectivement, tout le NFP, pendant l'été, le 12 et 22 août, c'était de dire que, de toute façon, nous n'étions pas majoritaires absolues et qu'il faudrait faire des compromis. Et donc, cette logique-là, dans un premier temps, il l'a eue. Et pourquoi aujourd'hui renoncer ? Pourquoi dire aujourd'hui que les compromis sont impossibles ? Bien sûr que les compromis sont obligatoires.

17:49
Olivier Faure

Ça veut dire, Olivier Faure, que si vous pouvez avoir une partie de ces compromis-là, une partie de ces réformes que vous souhaitez, ce sera déjà bien. Quelle serait la priorité des priorités ? Est-ce que, encore une fois, s'il y a une conférence sociale sur la réforme des retraites, avec peut-être une amélioration de cette réforme, sans pour autant une abrogation, pour vous, ce sera déjà pas mal ?

18:11
Présentateur

Mais tout ce qui est bon à prendre, je le prends. Mais simplement, ce que j'ai dit sur les retraites. Moi, je souhaite l'abrogation de la réforme Borne parce que c'est une réforme injuste et qu'elle pèse d'abord sur ceux qui ont eu des carrières longues, sur les femmes, sur ceux qui ont eu des métiers pénibles. Et donc, je souhaite qu'on puisse parvenir à l'abrogé. Simplement, ce que je sais aussi, c'est que d'ici 5 ou 6 ans, il faudra trouver 15 milliards par an pour fiancer notre système. Et donc, je ne suis pas pour faire, là aussi, le grand coup de balai sans solution. Je suis pour les solutions. Et donc, je dis quoi ? Je dis qu'il faut commencer par geler la réforme des retraites.

Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les Français qui, aujourd'hui, voient leur âge de la retraite reculer, ceux-là pourront partir comme c'était prévu avec la réforme Touraine, à 62 ans. Mais dans l'intervalle, il faut qu'on puisse avoir une conférence de financement. Donc, on réunit autour de la table les partenaires sociaux, le patronat, les partis politiques, et faire en sorte de pouvoir avancer. Qu'est-ce qu'on fait à ce moment-là ? On trouve un mode alternatif pour financer nos retraites. Une fois que ce mode de financement est trouvé, et nous avons déjà des solutions à suggérer, eh bien, à la fin de ce processus, on abroge la réforme borne, et ainsi, la boucle est bouclée.

Ça veut dire que, dès le démarrage, eh bien, les gens qui étaient, aujourd'hui, victimes de cette réforme borne seraient, en réalité, épargnés. Donc, voilà une solution qui permettrait de mettre tout le monde d'accord.

19:28
Olivier Faure

Tout commencerait par un gel de la réforme des retraites. Une question encore. Vous vous êtes vu autour d'Emmanuel Macron hier. Est-ce que vous souhaiteriez vous voir les uns et les autres sans le président, pour justement commencer à en parler, avec François Bayrou, avec Gabriel Attal, avec les écolos, avec les communistes, avec les LR ? Est-ce que vous pourriez discuter tous ensemble ?

19:50
Présentateur

Oui, bien sûr. Et il le faudra. C'est ce que Boris Vallaud avait proposé il y a 15 jours. C'est que toutes ces forces-là puissent, à un moment, se parler.

19:57
Olivier Faure

Le RN est démonétisé, si vous êtes dans cette attitude-là. Il ne peut plus avoir le pouvoir de censurer.

20:03
Présentateur

Le grand acquis que nous avons obtenu par notre démarche, c'est de mettre à l'écart le RN. Et c'est en cela aussi que nous avons été fidèles au Front Républicain. Toutes celles et ceux qui, de droite, ont pu voter pour des candidats de gauche et qui s'interrogeaient, etc. Je leur dis, aujourd'hui, vous avez effectivement été récompensés de vos efforts parce que la gauche a permis dans un premier temps le Front Républicain. Et maintenant, elle est celle qui permet d'isoler l'extrême droite et de faire en sorte qu'elle ne soit plus maîtresse du jeu. Eh bien, maîtresse du jeu. Et donc, effectivement, c'est un des grands acquis, je l'espère définitif, de ce qui se passe en ce moment.

20:38
Olivier Faure

Merci Olivier Faure pour cette interview ce matin et ses déclarations. Donc, être du côté des solutions et non plus du côté du blocage. Olivier Faure, évidemment, la première secrétaire du Parti Socialiste. Il est 8h53 sur RMC BFM TV. Merci.

20:54
Locuteur

Merci.