ÉDUCATION NATIONALE : LA RÉALITÉ DERRIÈRE L’ABAYA DE GABRIEL ATTAL
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'était la grande polémique de la rentrée. Faut-il interdire ou non les abayas dans les établissements scolaires ? Je vous annonce, j'ai décidé, qu'on ne pourrait plus porter l'abaya à l'école.
Il faut interdire le port de l'abaya dans les écoles. La loi, pas de signe religieux à l'école, donc elles ne rentreront pas. La polémique du moment, faut-il oui ou non interdire les abayas ?
Et moi, ce qui m'inquiète, c'est que cette extrême gauche est représentée au sein des enseignants. Des personnels spécifiques seront détachés aux côtés des chefs d'établissement et des enseignants pour les soutenir et pour engager aussi un dialogue nécessaire avec les familles et les élèves. Mais on ne laissera rien passer.
Je trouve que monsieur Attal a parfaitement raison. Sur toutes les chaînes de télévision, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, le sujet a occupé une place extrêmement importante. Il y a déjà bien assez de contenu sur cette thématique pour que vous puissiez vous documenter et vous faire votre propre avis.
Alors aujourd'hui, ce n'est pas de cela dont je vais vous parler sur Blast, mais des autres sujets concernant l'éducation nationale et sa politique qui n'ont pas ou peu été abordés. Car cette rentrée, c'est aussi l'occasion de faire le point sur l'état de l'Éducation nationale. Et sans surprise, les problématiques économiques, matérielles et politiques sont nombreuses.
Tous les ans on se pose la même question, particulièrement ces deux dernières années, y aura-t-il assez de professeurs ? Est-ce que le scénario cette année est aussi grave que d'habitude ? C'est la rentrée pour le bon élève du gouvernement, bon élève parce qu'on le dit très proche d'Emmanuel Macron.
Oui j'ai été à l'école privée. Je n'ai pas à renier ou à m'excuser pour ce choix qu'ont fait mes parents à l'époque, comme des millions de parents le font chaque année. Un pur produit de la Macronie qui est en train de se construire une carrière politique de premier plan.
À une semaine de la rentrée, elle n'a toujours pas ses effectifs au complet. Il manque encore des enseignants qui ne sont pas arrivés, un en maternelle et un demi-poste en élémentaire pour compléter des enseignants qui sont à temps partiel. Olivia est venue compléter la liste d'effets scolaires de sa fille.
Son caddie n'est pas bien plein, mais elle en a eu tout de même pour 73 euros. Des absences que subit aussi le secondaire. Au total, 15 millions d'heures d'enseignement perdues pour les élèves.
Entre la nomination d'un nouveau ministre de l'Éducation nationale, les fournitures scolaires dont le prix ne cesse d'augmenter, les postes de professeurs vacants, les conditions de travail des enseignants ou encore l'augmentation de la reproduction des inégalités, aujourd'hui, on va essayer de répondre à ces questions. Dans quel État se trouve l'Éducation nationale en cette rentrée ? Qui est le nouveau ministre de l'Éducation ?
Que révèle la nomination de Gabriel Attal à ce ministère en ce qui concerne les ambitions politiques d'Emmanuel Macron ? Réponse tout de suite dans cette nouvelle émission pour Blast. Cette rentrée, c'est aussi celle du nouveau ministre de l'Éducation nationale.
Et sa nomination dit déjà beaucoup de l'orientation politique prise en ce qui concerne ce domaine. C'est pourquoi je voulais revenir quelques minutes sur le parcours de celui qu'on surnomme l'élève modèle de la Macronie. Il est désormais en charge de l'un des plus gros ministères.
L'enseignement de 12 millions d'élèves est entre ses mains, ainsi que la gestion d'un personnel de près de 900 000 personnes. Gabriel Attal, millionnaire de 34 ans, est issu d'une famille très privilégiée, avec un père producteur de cinéma à succès et une mère salariée d'une société de production. Il n'a jamais fréquenté l'Éducation nationale de sa vie, puisqu'il a effectué l'intégralité de sa scolarité dans le privé, dans la très élitiste et onéreuse École alsacienne.
Dans les colonnes du Monde, l'historien de l'éducation Claude Lelièvre rappelle "Auparavant, nommer un ministre qui a fait au moins une partie de sa scolarité dans l'enseignement privé était rarissime et l'objet d'une conjoncture particulière. Entre 1958, date du début de la Vème République, et 2004, seuls deux ministres, Joseph Fontanet et Alain Savary, sur 21, ont eu ce parcours. Or, on reviendra dessus un peu plus tard, les établissements privés sont de plus en plus réservés aux familles qui en ont les moyens, et constituent l'un des symptômes de la reproduction des inégalités.
Le parcours scolaire de Gabriel Attal a donc suscité un flot de critiques sur les réseaux sociaux à l'annonce de sa nomination, Mais ce qui dérange ces détracteurs, c'est surtout son parcours politique et son manque d'expertise en ce qui concerne l'éducation. En quelques années, il est devenu l'une des figures de la Macronie, soutien d'Emmanuel Macron de la première heure, toujours prêt à défendre n'importe laquelle de ses mesures, à essuyer les plâtres sur les plateaux de télévision, à soutenir le gouvernement même en pleine affaire Benalla par exemple. Imaginez qu'on peut utiliser les institutions pour mettre à l'index des collaborateurs sur la base non pas de faits, mais de suspicion, ce n'est pas au niveau.
Ce n'est pas au niveau au moment où on a un pays, on l'a vu, qui connaît des tensions, où on a un gouvernement qui est mobilisé à la fois pour y répondre, sur le grand débat, on a une Assemblée nationale qui discute sur le projet de loi santé, et le Sénat qui se dit "je vais jouer à essayer d'engager un toucher-couler avec le gouvernement, avec la Constitution comme plateau de jeu". Ce n'est pas au niveau. Député en 2017, il devient ministre de la Jeunesse en 2018, puis porte-parole du gouvernement en 2020, avant de devenir ministre des Comptes publics en 2022, puis ministre de l'Éducation en 2023, faisant de lui le plus jeune de l'histoire de la Ve République à ce poste.
Dans les colonnes de Marianne, il y a quelques jours, l'un de ses anciens collègues parlementaires expliquait "Gabriel n'a aucune grille de lecture idéologique. C'est plutôt quelqu'un qui gère le moment, les faits. Ce n'est pas un gars qui a une vision, des idées arrêtées auxquelles il va s'accrocher.
Et le moins qu'on puisse dire, c'est que pour l'instant, le jeune ministre est resté fidèle à sa réputation. S'il n'a jamais montré d'intérêt particulier pour l'Éducation nationale, comme l'a souligné le sénateur socialiste David Assouline pour BFM TV, en déclarant "on ne l'a jamais entendu parler une seule fois d'éducation en six ans au gouvernement", Gabriel Attal semble bien décidé à continuer à faire avancer sa carrière politique avec ce poste. La rentrée n'avait même pas débuté, que déjà il se lançait dans une campagne de communication. [Musique] En annonçant l'interdiction de l’abaya dans les établissements, Gabriel Attal s'est imposé avec un joli coup de communication politique puisque la plupart des médias ont mis ce thème, son thème, au cœur de l'actualité.
Vous concrètement, comment vous accueillez les élèves ce matin avec cette nouvelle directive du ministère ? Alors on les accueille de la même manière que chaque année, comme vous le voyez. Pourquoi l’abaya n'a pas sa place à l'école précisément ?
Tout simplement parce que c'est une atteinte aux valeurs de la République, aux lois de la République. Non à l’abaya, non à tous les signes religieux ostensibles et non, non à l'islam politique dans notre pays. La journaliste spécialiste de l'éducation du journal Libération, Cécile Bourgneuf, a par ailleurs dénoncé cette stratégie de communication médiatique bien huilée.
Et c'est finalement l'une des critiques les plus récurrentes à l'endroit de la politique menée en ce qui concerne l'Éducation nationale ces dernières années, de la communication, au détriment d'une véritable politique de l'éducation. Au point qu'un journal parodique, comme le Gorafi, se moquait en titrant "Gabriel Attal annonce deux heures d'éléments de langage obligatoires dès le CP". Il faut dire que l'Éducation nationale s'est récemment imposée comme l'un des outils au service de l'agenda du président.
Et pour comprendre comment sont menées les politiques, qui in fine ont des répercussions très concrètes sur la vie des élèves et des enseignants, il peut être utile de s'appesantir sur la stratégie macroniste. En imposant un fin communiquant comme Gabriel Attal, le président de la République assume vouloir garder la main sur ce ministère. Dans un entretien au journal conservateur Le Point, à la fin du mois d'août, Emmanuel Macron a d'ailleurs expliqué que l'éducation était, selon lui, "un domaine réservé du président".
Une expression qui n'est pas le fruit du hasard, puisqu'elle renvoie au domaine que l'on attribue traditionnellement à la fonction présidentielle, comme la défense ou les relations internationales. Et là où c'est intéressant, c'est que jusqu'à présent, Emmanuel Macron devait composer avec des ministres de l'Éducation nationale qui avaient une certaine vision de l'éducation et une forme d'expertise, même si on en a montré les limites dans de nombreuses émissions à Blast. Là, il ne cherche même plus à faire semblant de laisser au ministère de l'Éducation nationale une forme d'indépendance, puisqu'il a pris l'ancien porte-parole du gouvernement et l'un de ses plus fidèles soutiens, qui comme nous l'avons dit, n'a aucun savoir particulier en la matière, pour gérer cette thématique.
Dans le journal Le Monde, la journaliste Violaine Morin propose cette analyse. Que cherche alors le président Macron ? À se positionner comme garant de ce qui fonde la nation, en actionnant des leviers toujours efficaces pour emporter l'adhésion du plus grand nombre.
Le retour aux savoirs fondamentaux et à l'autorité du maître, mentionné dans Le Point, tend à la fois à hérisser les enseignants et à plaire à un électorat de droite que le président veut retenir. Dans tous les cas, le fait que le président de la République assume une forme de verticalité en matière d'Éducation nationale ne fait que renforcer la présidentialisation du régime, mais cela permet aussi de servir son agenda politique, selon Violaine Morin toujours. S'arroger le portefeuille éducatif pourrait remplir une autre fonction.
Dans un domaine qui relève presque exclusivement du réglementaire, on peut réformer sans faire de loi, donc sans passer par le Parlement. En l'absence de majorité, l'école sera un terrain de choix pour donner le sentiment d'avancer. Se ressaisir de l'éducation pourrait donc bien être une aubaine politique pour Emmanuel Macron.
Dans le journal Libération, Jérôme Fournier, secrétaire national du SE-UNSA, rappelle pourtant la nécessité d'avoir un ministre indépendant. On a besoin d'un ministre qui soit pilote de son ministère et qui soit entendu. On souhaite que la politique d'éducation nationale ne se fasse plus à l'Élysée.
C'est fondamental, parce que l'administration et le cabinet du ministre ne sont parfois même pas au courant de ce que le président annonce, de ce qu'il veut faire. Entre un ministre de l'Éducation nationale issu du privé, communicant hors pair, et un président qui semble ne pas vouloir lui donner son indépendance, en dépit de ce que réclament les syndicats enseignants, la rentrée semble mal démarrer. Et si j'ai passé autant de temps à vous décrire les rouages politiques de l'exécutif en matière d'éducation, c'est qu'ils sont symptomatiques d'un problème ancien, l'incapacité des gouvernements successifs à empêcher la dégradation des conditions d'enseignement et l'augmentation de la reproduction des inégalités sociales dans l'école publique.
Car au-delà des enjeux de communication politique, l'Éducation nationale constitue l'un des piliers de notre République. Comme le stipule l’alinéa 13 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la culture et à la formation professionnelle. L'organisation de l'enseignement public, gratuit et laïc à tous les degrés est un devoir de l'État.
Un devoir qui n'est pourtant pas totalement rempli. C'est l'un des grands enjeux de cette rentrée. Comme l'année dernière, il n'y a pas assez de professeurs devant les élèves, en dépit des promesses de Gabriel Attal.
Il y a, comme chaque année, de moins en moins de candidats à ce métier. Et en février dernier, les chiffres relayés par l'AEF montraient que le nombre de départs volontaires d'enseignants atteignait un niveau jamais observé. Pour remédier à cette situation, le ministère a récemment décidé de diminuer la qualité du système de recrutement.
L'ex-ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, avait par exemple réduit la difficulté du CAPES pour le transformer en certificat de conformité. Le problème étant que si on en croit ce sondage, commandité par la Cour des comptes à l'Institut Ipsos, les étudiants ne fuient pas vraiment le niveau d'exigence élevé, mais surtout des conditions de travail dégradées, des salaires trop faibles ou encore un manque de reconnaissance sociale. Et ce sont les conditions de travail des professeurs, les salaires, le matériel à disposition pour faire cours ou encore le soutien de la hiérarchie qui sont soulignés par les professeurs comme étant le principal problème.
Nombre d'entre eux expliquent que ce métier est de plus en plus difficile à vivre, en témoigne de nombreuses tribunes, ou très récemment le livre entier de Monsieur Le Prof, un professeur très suivi dans la profession, qui détaille la dégradation des conditions d'exercice de son métier ces dernières années, au point qu'il ait décidé de quitter l'Éducation nationale. C'est des choses toutes bêtes. Est-ce qu'on va me changer ma salle ?
Parce que le changement de salle implique beaucoup de modifications. Est-ce que je vais pouvoir faire cours dans des conditions décentes ? Rien que ça.
Est-ce qu'il va pleuvoir dans ma salle ? Parce que ça arrive aussi. L'un des points principaux de mécontentement, ce sont les salaires.
Depuis des années, la valeur du point d'indice des salaires est gelée, malgré quelques hausses qui ne permettent pas de s'aligner sur l'inflation. Le pouvoir d'achat des professeurs avait commencé à diminuer dès le début des années 80, avec une baisse d'environ 20% entre 1981 et 2004. Mais ce recul se poursuit alors qu'en Europe, la tendance est à l'augmentation de 11% des salaires des professeurs en moyenne entre 2005 et 2019.
Eh oui, les professeurs français continuent donc à faire partie des moins payés d'Europe. Les salaires des enseignants députants notamment ont donc été augmentés partout ces dix dernières années. Mais comme le relevait Philippe Vattrelo, ex-enseignant pour Alternatives économiques, la France fait partie de ceux dans lesquels cette augmentation a été la plus faible, entre 1 et 3 %, contrairement à l'Allemagne, l'Autriche ou la Pologne, où elle a été comprise entre 15 et 30 %.
Selon le collectif Nos Services Publics, si la valeur du point avait progressé au même rythme que l'inflation depuis 2000, et en l'absence de toute autre mesure salariale, leur salaire aurait été augmenté de 250 euros à 500 euros par mois supplémentaires. Pour vous donner une idée, au début des années 80, un enseignant débutant gagnait l'équivalent de 2,3 fois le SMIC. Aujourd'hui, il touche environ 1,2 fois le salaire minimum.
La rémunération des professeurs est donc un sujet sensible, clairement l'une des causes de désertion de la profession, un problème à l'heure où, lors de la rentrée 2023, 3 000 postes d'enseignants n'avaient toujours pas trouvé preneur avant la rentrée. Pendant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait promis une hausse de la rémunération de 10% inconditionnellement. Cela s'est vite transformé en 10% en moyenne.
Puis, un document révélé par l'AFP a démontré que cette augmentation dite « socle » serait en fait de 5,5% en moyenne. Alors en avril dernier, cela s'est finalement transformé en un montant net. Emmanuel Macron a annoncé une hausse de la rémunération sous cette forme.
Chaque prof de France aura une augmentation entre 100 et 230 € par mois sans condition. Ceux qui prennent le pacte, ça pourra aller jusqu'à 500 € par mois. Une annonce confirmée un peu plus tard par Gabriel Attal.
Jamais un ministre de l'Éducation nationale, tu l'as dit, n'aura obtenu une telle hausse de rémunération pour les enseignants de notre pays. C'était nécessaire autant que c'était juste. C'est un engagement du président de la République.
Il est tenu grâce aux revalorisations et au pacte enseignant. Problème, comme le montre en détail cet article de Libération, cette annonce est plus que discutable. En réalité, seule une minorité d'enseignants bénéficiera des plus fortes augmentations et la majorité des enseignants sera augmentée de moins de 100 euros.
À ce socle, le gouvernement prévoit d'ajouter le pacte enseignant, qui a fait beaucoup de bruit chez les professeurs. L'idée, c'est de conditionner de nouveaux revenus à de nouvelles missions. On considère qu'il ne faut pas signer le pacte qui est proposé par Emmanuel Macron et Pap Ndiaye, d'abord parce que ce n'est pas de la revalorisation, c'est tout simplement payer des missions supplémentaires.
Ça, ça ne s'appelle pas de la revalorisation, ça s'appelle payer du travail fait. Ça n'a rien de complètement disruptif, c'est le principe du travail rémunéré depuis des siècles. Ce n'est pas du travailler plus pour gagner plus.
Pour nous c'est du travailler plus pour s'épuiser plus. Ce sont des missions supplémentaires, alors même qu'aujourd'hui on sait qu'on a une profession qui est épuisée, qui travaille beaucoup. Ce sont même les enquêtes du ministère qui montrent ça.
La moitié des professeurs travaillait plus de 43 heures par semaine. Donc quand on regarde un emploi du temps, on a un peu de mal à se dire où on va caser ces missions supplémentaires. Bref, en ce qui concerne les salaires, le problème n'est vraiment pas réglé.
Mais au-delà des problèmes concernant uniquement les enseignants, l'école républicaine est mise à mal depuis de nombreuses années et peine à remplir ses missions d'émancipation et de correction des inégalités. On a commencé à l'évoquer en parlant du parcours de Gabriel Attal. La proportion d'élèves issus de milieux défavorisés est de 42,6% dans le public, contre 18,3% dans le privé.
Dans l'école publique, c'est l'inverse. En 1989, la proportion d'élèves issus de milieux très favorisés dans le privé était supérieure de 11 points. Aujourd'hui, elle est de 20 points.
Parmi les 10 meilleurs collèges de France, 9 sont privés. Et tout ça se fait, précisons-le, avec de l'argent public. Car il convient de le rappeler, les établissements privés sont financés par l'État.
En tout, ils captent 20% des moyens budgétaires pour 20% des effectifs, sauf qu'ils accueillent moins d'élèves défavorisés et moins d'élèves handicapés, par exemple. Tous les sociologues de l'éducation sont d'accord sur ce constat. l'école française est reproductrice d'inégalités sociales.
C'est l'une des plus ségréguées au sein des pays dits développés. C'est aussi ce que montre le rapport PISA, résultat d'une étude menée auprès des pays de l'OCDE. La France est un des pays où le niveau dépend le plus de l'origine sociale.
Les élèves de milieux défavorisés ont cinq fois plus de chances d'être en difficulté que ceux issus de milieux favorisés. Et ce alors que la promesse de l'école républicaine française et la correction des inégalités, pas leur reproduction. Reproduction que la récente explosion de l'inflation n'est pas venue corriger.
En témoigne le prix des fournitures scolaires qui a bondi en moyenne de 11,3% par rapport à l'année précédente. Un chiffre assez proche des 10% d'inflation observé par l'UFC Que choisir entre juillet 2022 et juillet 2023. Entre le sous-financement des établissements publics, la pénurie de professeurs qui privent les élèves de 15 millions d'heures de cours chaque année, où les inégalités entre les écoles et les différentes zones géographiques, les professionnels de l'éducation tirent la sonnette d'alarme depuis des années, sans pour autant trouver une réponse politique adéquate.
Et cela doit se poser dans le débat public en tant que choix de société, comme le soulignait récemment Clément Viktorovitch sur France Info. Si on estime que l'école est vouée à reproduire et même à accroître les inégalités sociales, alors en effet, ne changeons rien. Parce que tout de même, la sociologie l'a démontré à maintes reprises depuis plus de 40 ans, Il est un peu plus facile de réussir à l'école quand on a grandi avec des parents, professeurs, avocats, ingénieurs, journalistes.
Il est un peu plus facile de réussir quand, depuis la plus tendre enfance, les repas de famille ne sont ni plus ni moins que l'accumulation de milliers d'heures de cours particuliers à domicile. Et il est un peu plus facile de réussir quand on côtoie à l'école des camarades ayant exactement le même profil, dans ces conditions. Oui, c'est vrai, l'école privée fonctionne très bien, mais à quel prix ?
Comme le rappelle le sociologue François Dubet. Quand on les met ensemble, les meilleurs élèves sont un peu meilleurs. Mais quand on les met ensemble, les moins bons sont très sensiblement moins bons.
Le résultat, lequel est-il ? C'est simple, ce qu'on a aujourd'hui, une école de l'inégalité des chances. Pour pallier ce problème que tous constatent depuis des années, Emmanuel Macron a récemment proposé de mettre en place des stages de réussite à la fin de l'été pour les élèves issus des milieux les plus défavorisés, sans pour autant préciser les détails de la mise en œuvre d'un tel projet.
Pour Bruno Bobkiewicz, à la tête du principal syndicat des chefs d'établissement, c'est une mauvaise idée. Je suis en difficulté scolaire et donc, à moi, on va me bouffer deux semaines de vacances, bonjour le signal. Selon l'Observatoire des inégalités, qui documente ces inégalités depuis des années, le problème est profond et presque philosophique.
Il ne pourra pas se corriger avec quelques petites mesures à chaque rentrée scolaire. L'école française, très majoritairement publique, fonctionne sur le modèle du marché, sur la base de la concurrence entre enfants. C'est pour cette raison que les différents dispositifs n'aboutissent guère, même avec la meilleure volonté du monde, à élever le niveau et réduire les inégalités.
Pour cela, il faudrait changer la philosophie même de l'école française. C'est un changement d'approche globale du système scolaire qu'il faut faire évoluer. Tant que cette approche globale qui fait penser à tous les enseignants, depuis le CP jusqu'à la terminale et au-delà, que leur mission principale est la sélection et non la formation.
Tant qu'on n'aura pas changé cette ADN qui est vraiment extrêmement ancrée, on n'arrivera à rien. Bref, vous l'aurez compris, centrer le débat médiatique uniquement autour de l'abaya en ce qui concerne l'éducation serait une erreur au vu de l'ampleur des enjeux dans ce domaine et des difficultés auxquelles l'Éducation nationale est actuellement confrontée. Pour conclure, j'aimerais terminer avec les propos de Laurent Frajerman, professeur agrégé d'histoire au lycée, qui dans les colonnes du Monde en juillet dernier, tirait la sonnette d'alarme et déplorait des politiques inadaptées.
Le temps est sans doute révolu durant lesquels les meilleurs étudiants se battaient pour rentrer dans l'Éducation nationale. Ceux-ci se détournent d'un métier mal payé, de plus en plus difficile, et qui perd ses atouts, statut de fonctionnaire, autonomie professionnelle, stabilité, etc. Or, la seule perspective des politiques éducatives consiste à y répondre par une dérégulation décuplée qui aggrave les difficultés, notamment parce qu'elle est répulsive pour les potentiels enseignants.
Du fait de ce cercle vicieux, on peut craindre qu'un point de non-retour n'ait été atteint. Pour éviter que le point de non-retour ne soit définitivement atteint, peut-être faut-il que nous nous intéressions collectivement aux enjeux propres à l'Éducation nationale, si importants dans la construction de notre société. Car pour que l'école devienne ce lieu d'épanouissement, de curiosité et d'apprentissage, il faudra dépasser les polémiques médiatiques de la rentrée.
C'est quoi les sujets les plus importants ? Je mettrais déjà en premier la réussite des élèves, pour moi c'est quand même ce qui est le plus important. Moins d'élèves par classe, plus d'heures d'anglais.
Et l’abaya, je pense que c'est pas la priorité des professeurs, c'est quelque chose de politique. Nous c'est les élèves qui comptent pour nous. J'espère que cette émission vous a plu, je n'ai malheureusement pas pu aborder tous les thèmes concernant l'Éducation nationale.
La liste des problèmes présentés ici n'était évidemment pas exhaustive. N'hésitez pas à me dire en commentaire quel aspect vous voudriez voir abordé dans une prochaine émission sur Blast. Je vous rappelle que nous ne sommes financés que par vous, notre audience.
C'est ce qui nous permet de parfois faire un pas de côté avec l'actualité et vous en proposer une lecture différente. Donc si vous le pouvez, n'hésitez pas à faire un don ou à vous abonner sur blast-info.fr.
Et moi je vous dis à bientôt.
Gabriel Attal