Enfouir le CO2 pour s'en débarrasser : une bonne idée pour l'environnement ?
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Ce matin, vous allez nous parler des techniques pour ne pas réduire nos émissions de CO2.
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On ne peut pas utiliser les mêmes moyens de transport que pour le gaz ?
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Comment on fait concrètement ?
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Est-ce qu'il y a des sites déjà véritablement opérationnels ?
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La Norvège est pionnière, ça peut marcher là-bas ?
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Quelle est la position des pouvoirs publics de la France, par exemple ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« En pleine coppe d'Oubayotte, présidée par un patron pétrolier, la sobriété a moins la cote que les solutions technologiques. »
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« Les grandes entreprises énergétiques plaident pour le captage du dioxyde de carbone comme une manière de continuer d'émettre, mais proprement. »
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« Vous avez une trentaine de sites, entre guillemets, opérationnels aujourd'hui dans le monde de CCUS. »
- 4:28InvitéChiffre
« 800 000 tonnes de carbone qui seraient déchargées en 2024, c'est demain. »
- 4:41PrésentateurChiffre
« Vos 800 000 tonnes de CO2, c'est la moitié de ce qu'émettent les deux roues en France chaque année. »
- 5:10PrésentateurFait
« On a découvert récemment que le CO2 qu'on envoyait sous le sol remontait 20 fois plus vite que prévu à la surface de la nappe. »
- 5:53PrésentateurFait
« La France a publié une stratégie CCUS cet été qui veut globalement accélérer. »
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« Le risque c'est qu'on utilise ce CCUS pour à peu près n'importe quoi sur lequel on ne veut pas faire des investissements pour décarboner le cœur de l'appareil productif. »
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6h39, les matins de France Culture, Guillaume Erner. Marguerite Caton, mes salutations.
Bonjour Guillaume, bonjour à tous.
Ce matin, vous allez nous parler des techniques pour ne pas réduire nos émissions de CO2.
Et oui, en pleine coppe d'Oubayotte, présidée par un patron pétrolier, la sobriété a moins la cote que les solutions technologiques. Les grandes entreprises énergétiques plaident pour le captage du dioxyde de carbone comme une manière de continuer d'émettre, mais proprement. Alors, s'agit-il d'un leurre technologique ou d'une solution utile pour décarboner les activités industrielles et réussir à limiter le dérèglement climatique ? Nous en discutons ce matin avec Pierre Gilbert. Bonjour. Bonjour. Vous êtes ingénieur et consultant en risque climatique. Commençons par expliquer ces technologies.
L'idée générale, c'est de capter le CO2, soit directement dans l'atmosphère, soit à la sortie des usines, pour le réutiliser ou pour l'enfouir. Alors, comment opère-t-on concrètement ? Il faut d'abord isoler le dioxyde de carbone.
Tout à fait. Alors, de quoi parle-t-on de deux grandes familles de technologies de captation artificielle du CO2 ? Vous avez ce qu'on appelle le DAC, Direct Air Carbon Capture. Là, c'est des gros aspirateurs à CO2 dans l'air ambiant. Et vous avez son cousin qui est le plus diffusé aujourd'hui, qui est l'objet, surtout pendant cette COP, qui est le CCUS. CCUS, ça veut dire Carbon Capture, Use or Storage. Capture du carbone avec utilisation ou stockage. Alors, de quoi est-ce qu'on parle ? On parle basiquement d'un gros pot d'échappement qu'on viendrait mettre à la sortie de cheminées de centrales fortement émissives, de centrales à charbon ou même d'industries polluantes.
Et l'idée, c'est qu'avec des gros ventilateurs, vous allez pousser ce CO2 à travers un filtre. Dans ce filtre, il y a ce qu'on appelle un sorban, c'est une colle à CO2. Et une fois que ce filtre est chargé en CO2, vous allez chauffer cette colle pour le relibérer. Vous allez ensuite le purifier, le recompresser pour faire en sorte qu'il prenne moins de place. Et là, vous allez essayer de le transporter jusqu'à une zone de stockage. Donc, vous allez le faire avec des camions, des bateaux adaptés ou des carboplines, des pipelines adaptés au CO2. Et ensuite, vous allez essayer de l'enfouir.
On ne peut pas utiliser les mêmes moyens de transport que pour le gaz ? On ne peut pas utiliser un gazoduc, par exemple ?
Et non, parce que chaque gaz est différent. Le méthane ne se comporte pas de la même manière que le CO2.
Et alors, comme le gaz, pour le coup, peut-être, on le stocke. L'idée, c'est de le stocker en sous-sol. On peut se servir de réserve... Enfin, on peut se servir peut-être de là où il y avait des gisements autrefois. Ou alors, peut-être des cavités salines. J'ai lu ça. Comment on fait concrètement ?
Alors, concrètement, il se trouve que cette technologie-là, elle est née il y a 50 ans en mer du Nord, avec les pétroliers, qui trouvent le moyen de réinjecter du CO2 de leur station offshore. Un norvégien. De nouveau, dans la nappe pétrolière, pour faire jaillir, augmenter la pression, et faire jaillir plus facilement le pétrole qui reste. C'est ce qu'on appelle la récupération assistée de pétrole. Et aujourd'hui, 85% des prototypes et des projets de ces CES font de la récupération assistée de pétrole.
Donc, l'idée, effectivement, c'est que vous allez cibler une ancienne poche de gaz ou de pétrole, et vous allez essayer de faire l'inverse de ce que vous avez fait, c'est-à-dire pomper le CO2 dans l'autre sens. Ça sonne un peu chadoc, salé, on le verra pourquoi. Mais, donc ça, c'est la première grande solution. Vous pouvez aussi, effectivement, enfouir ce CO2 dans ce qu'on appelle des aquifères salins. C'est des nappes phréatiques profondes dans lesquelles vous allez mélanger le CO2 à l'eau. Donc, ça fait de l'acide carbonique. Quand vous mélangez les deux, c'est pour ça que nos océans se réchauffent avec l'augmentation de la teneur en CO2 dans l'atmosphère.
Et donc là, vous espérez que tout ça reste bien dans le sol.
Vous parlez de prototypes, de projets. Est-ce qu'il y a des sites déjà véritablement opérationnels ?
Alors, bon, c'est compliqué. Vous avez une trentaine de sites, entre guillemets, opérationnels aujourd'hui dans le monde de CCUS. C'est à peine 5 de DAC, gros aspirateur ambiant. Mais sur le CCUS, on se rend compte que la plupart de ces projets, les 3 quarts, ont périclité ou ne donnent pas satisfaction. C'est-à-dire absorbent à hauteur de 15-20% des émissions qu'ils étaient censés absorber. Donc, on est très loin, enfin, on est plus proche du prototype, effectivement, que de quelque chose qui est déployé à l'échelle industrielle.
Pourtant, on lit qu'en 2024, dans le site norvégien Northern Lights, qui est à l'ouest de la Norvège, le cimentier Heidelberg sera le premier à envoyer par bateau le CO2 capturer à la sortie de son usine. 800 000 tonnes de carbone qui seraient déchargées en 2024, c'est demain. La Norvège est pionnière, ça peut marcher là-bas ?
Alors, disons que ce site-là de Northern Lights, c'est historiquement celui qui fonctionne le mieux. Après, il faut toujours poser les heures de grandeur, c'est-à-dire que vos 800 000 tonnes de CO2, c'est la moitié de ce qu'émettent les deux roues en France chaque année. Donc, on reste sur des petites quantités. Effectivement, vous n'avez qu'un seul site qui fonctionne vraiment, Northern Lights, et l'idée, c'est que si tout le monde envoie ses bateaux de CO2 pour le stocker dans ce site-là, le risque, c'est qu'il soit très vite saturé. D'autant qu'on ne sait pas comment se comporte le CO2 sous le sol.
Et ça, alors, en provenant de ce site-là et d'autres sites en Norvège, on a découvert récemment que le CO2 qu'on envoyait sous le sol remontait 20 fois plus vite que prévu à la surface de la nappe. Pas à la surface forcément de l'océan, mais à la surface de la nappe, c'est-à-dire qu'on ne sait pas modéliser, on ne sait pas imager par sonar toute la complexité de votre sous-sol qui est constituée de différentes couches de minéraux. Enfin, tout ça est très, très compliqué à comprendre. Et aujourd'hui, on ne sait pas stocker du CO2 sous le sol de manière pérenne ou certaine.
Donc on comprend que ce n'est pas encore une réalité, c'est au mieux une promesse qui nécessiterait, j'imagine, de très gros investissements. Alors sûrement, certains industriels sont prêts à le faire pour avoir finalement une décarbonation de leurs activités, les pétroliers, les cimentiers, les acieristes peut-être. Quelle est la position des pouvoirs publics de la France, par exemple ?
La France a publié une stratégie CCUS cet été qui veut globalement accélérer. Et surtout pour décarboner les 50 sites les plus émissifs en France, et notamment les sites qu'on a du mal à décarboner. Vous avez des industries qui émettent beaucoup de CO2 et c'est compliqué de réduire ces émissions-là.
Concrètement, Dunkerque, Fossurmer ?
Exactement, Dunkerque, Fossurmer, les inséries, les cimenteries, la fabrique de chaud, d'autres procédés chimiques émettent fatalement du CO2. Donc l'idée c'est, entre guillemets, de réserver du CCUS pour ces usages-là. Dans la pratique, le risque c'est qu'on utilise ce CCUS pour à peu près n'importe quoi sur lequel on ne veut pas faire des investissements pour décarboner le cœur de l'appareil productif. Si je prends un exemple, l'acier par exemple, aujourd'hui on commence à savoir faire des aciers sans carbone, c'est-à-dire des aciers avec des arcs électriques et de l'hydrogène. Voilà, Arcelor maîtrise cette technologie, d'autres entreprises aussi.
L'idée c'est qu'il faut faire les investissements pour changer l'appareil productif. Pour pouvoir produire un acier qui, à terme, sera beaucoup plus décarboné. Ça coûte très cher. La solution de facilité, c'est effectivement le pot d'échappement. Mais le pot d'échappement, il condamne quelque part votre acierie à faire 15-20 ans de plus, comme actuellement, avec un procédé qui est très émissif.
Oui, donc on comprend que la question c'est le fléchage des investissements et aussi des subventions publiques. On en parlera une prochaine fois. Merci beaucoup Pierre Gilbert. Je rappelle que vous êtes ingénieur et consultant en risque climatique. Et puis on verra le texte final de la COP et la part laissée à ces technologies de captation et d'enfouissement du CO2. Merci. Merci. Merci.
Merci. Merci.