Le réemploi : une 3ème voie pour préserver croissance et ressources.
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[musique] [musique] Bienvenue dans un pack positif, l'émission qui vous parle des enjeux de la transition écologique et sociale. Et parmi ces enjeux, le réemploi, le réemploi des emballages et la vente en vraque pour faire la chasse au gaspillage, se débarrasser du plastique notamment, c'est en partie ce que l'on appelle la reuse économie, une filière industrielle à part entière. Pour en parler, nous sommes avec Celia Renson.
Bonjour. Bonjour. Et merci beaucoup d'être avec nous.
Vous êtes la directrice générale du réseau Vrac et Réemploi. C'est une association que vous avez lancé en 2016. hein, vous avez co-créé au côté d'autres dirigeants et entrepreneurs qui fédèrent tous les maillons de la chaîne, à la fois des distributeurs, des fournisseurs, mais aussi des entrepreneurs à l'origine de solutions concrètes.
Vous nous en parlerez d'ailleurs tout à l'heure. La semaine dernière, vous étiez au côté du président de la République, hein, c'était justement la Reuse Economy Expo, un salon sur le le réemploi. Et c'est d'ailleurs là que le conseil de planification écologique a eu lieu.
Alors, qu'en est-il ressorti ? Est-ce que vous avez ressenti ? une volonté politique de de de changer de faire changer d'échelle ce secteur.
Oui, c'était c'était clairement pour nous un signal fort envoyé à l'ensemble de l'écosystème que cette troisème voie de l'économie, celle qui permet entre la production neuve et le recyclage et donc qui concerne le réemploi mais aussi la réparation, le remanufacturing ou le reconditionnement dans de multiples secteurs de notre économie sont un vrai louvier aujourd'hui pour notre gouvernement français mais aussi pour l'Europe de souveraineté, de résilience, de création d'emplois locaux et évidemment de réduction de de l'impact carbone et changement climatique. Oui, effectivement, il pleine canicule, c'est important aussi de le de le souligner. Vous-même, vous avez glissé au président un rapport avec 10 mesures pour changer d'échelle.
Pour vous, le réempl vous le disiez, c'est la filière d'avenir qui permettra de réconcilier protection des ressources et performance économique. Une troisème voie en quelque sorte pour les téléspectateurs, les les auditeurs qui ne le connaissent pas du tout ce secteur. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire si je prends le schéma par exemple d'une bouteille en verre, quand on va réemployer une bouteille en verre, en fait on va la garder intacte et on va la collecter, la trier, la laver et elle va repartir dans le circuit. À l'inverse, le recyclage va casser cette bouteille en 1000 morceaux et donc il va falloir nettoyer les bouts de verre, les refondre à haut niveau pour refabriquer une bouteille. Donc le réemploi va permettre de conserver la valeur de ce que l'on a déjà produit.
Ça nous permet ainsi de déplacer aujourd'hui la richesse que crée un pays sur du volume. En fait aujourd'hui, on crée de la richesse en vendant beaucoup beaucoup de choses, mais pas forcément de bonne qualité et qui durente. Et bien nous, on déplace cette création de richesse sur des biens, des matériaux, des équipements qu'on va faire durer longtemps. [grognement][raclement de gorge] et en les réparant, en démontant, en décollant, en reconfectionnant, on va pouvoir aussi créer la main d'œuvre locale dans les territoires, prolonger la valeur de ces biens et du coup retarder aussi le moment où on va devoir réimporter des matières premières, des ressources et on le voit aujourd'hui, c'est un sujet d'actualité.
Donc le déplacement aussi qu'on a eu du président de la République et du gouvernement sur le salon est un signal fort qui permet de réconcilier souveraineté économique et également enjeu climatique. Ouais, parce que votre exemple, on comprend aussi qu'on ne peut pas recycler à l'infini à un moment donné où ce n'est plus possible. Alors, 10 propositions, 10 chantiers importants dans ce rapport que vous avez vous avez donné au président.
Je prends juste le premier à créer une culture et un réflexe réemploi auprès de tous les acteurs qui soient privés, publics, euh les citoyens. euh notamment dans les stratégies d'entreprise et les politiques publiques. Alors effectivement, c'est important ce réflexe réemploi, mais il y a encore du boulot.
On voit bien autour de nous que il est pas encore installé. Il y a encore du boulot. Euh si on regarde effectivement côté par exemple pouvoir public ou côté législatif, on a tendance souvent à penser qu'on va pouvoir réduire l'impact carbone uniquement en recyclant.
Je l'ai dit juste avant, le recyclage, c'est détruire de la matière. En fait, c'est la dernière étape qu'on a quand on ne peut absolument plus utiliser l'objet. Le réemploi aujourd'hui 55 % des émission de CO2 au niveau mondial proviennent de la phase d'extraction et de production.
Donc si cette phase là on l'a fait durer le plus longtemps possible, on peut diviser par deux les émissions de CO2. Donc il faut absolument avoir le réflexe quand on produit une loi, quand on fabrique un produit, quand on développe un service ou en tant que consommateur quand on consomme de penser d'abord durée d'usage, intensité d'usage avant de penser au neuf ou au recyclage. Un exemple, on a bientôt là cette année un texte au niveau européen qui s'appelle le European Circular Economy Act.
Je vois que les choses sont en train de changer, mais au début quand l'annonce a été faite notamment par la commissaire européenne, elle disait effectivement on va devoir asseoir notre souveraineté en faisant circuler les matières mais le seul mot qui a été prononcé c'était recyclage. Il faut absolument que ces textes de loi pensent d'abord au réemploi. On a une hiérarchie aujourd'hui de l'économie circulaire qui dit pour préserver nos ressources et être plus résilient, on doit d'abord réduire tout ce qu'on prélève.
On doit ensuite le faire durer le plus longtemps possible avec le réemploi, la reuse économie et ensuite en bout de course, on doit recycler. Donc cette hiérarchie de l'économie circulaire, ça doit être le prisme par lequel on aborde les politiques publiques, les produits et services qu'une entreprise fait. Par exemple, euh un téléphone quand il sort, il doit être conçu pour être démontable, réparable, qu'on puisse interchanger les pièces et ne pas avoir en fait un un téléphone qui tombe en panne qu'on ne pourrait pas réparer.
Et un consommateur, de la même manière doit se dire au moment où je dois changer mon bien, est-ce que je le jette tout de suite à la poubelle pour qu'il soit recyclé ou je pense à me tourner davantage par exemple vers un réparateur pour le réparer ? C'est ça le réflexe. Et quand on aura ce réflexe là à tous les niveaux et bien on pourra effectivement accroître cette part de l'économie.
Et c'est important ce que vous dites parce que tout est lié là en fait sur le réemploi mais en étant en pleine canicule et il y aura d'autres épisodes de canicule. Vous parliez d'émission de CO2 dans l'atmosphère. Ce sont ces émissions qui provoquent le réchauffement climatique et qui provoquent ces ces ces ces événements météo extrêmes qu'on est en train de vivre aujourd'hui et qui qu'il faut gérer.
On voit que c'est un levier direct. 55% des émissions font au moment de la phase de production à et cette phase de production à dans l'économie linéaire dans laquelle on est une économie de volume et ben on la resollicite tout le temps. Nous on dit avec la R économie cette phase là d'extraction de production et bien on la fait durer le plus longtemps possible donc mécaniquement on réduit la production de CO2.
Alors en 2024, on va regarder quelques chiffres he la filière Vraquer emploi, elle rassemble déjà 8000 emplois sur le territoire national et elle assure la circulation de 13 millions d'emballages réemployable. Mais c'est une filière qui pourrait aussi créer beaucoup d'emplois. La filière Vraquier emploi pourrait créer 30000 emplois d'ici 15 ans.
Vous confirmez ces chiffres ? Oui. Sont issus du baromètre qu'on vient de publier avec le cabinet de l'OIT.
Euh, on a étudié effectivement les différentes filières de réemploi des emballages. C'est une filière qui est bien installée, qui permet effectivement de pouvoir créer des emplois locaux et on est aujourd'hui à peine à 1,6 % des objectifs de réemploi des emballages qui sont de l'ordre de 10 à atteindre en 2027. Donc, on voit la marge de progression.
On a aujourd'hui les outils industriels, les centres de lavage, les infrastructures pour organiser cette collecte, ce lavage des emplois des des emballages. Mais il nous manque les volumes. Donc si on a des volumes d'emballage à laver tel que la loi le prévoit sur les emballages ménagers et aussi les emballages professionnels mécaniquement on créera davantages d'emploi.
H alors lors de la Reuse Economy, Emmanuel Macron a lancé l'idée de la consigne sur les bouteilles en plastique, c'est-à-dire la possibilité de rapporter au supermarché ces bouteilles contre petite rémunération. Les élus locaux s'y opposent. Aujourd'hui, la France, elle paye 1 milliard et demi d'euros parce qu'elle ne respecte pas les normes européennes sur la consigne.
Est-ce que c'est une bonne idée tout d'abord la consigne sur les bouteilles en plastique ? Alors, deux choses. Le 1,6 milliards d'euros, donc ça c'est 1,4.
C'est un peu moins d' 1,4. Ce n'est pas une pénalité, c'est en fait une ressource propre de l'Union européenne qu'avait d'ailleurs décidé le président Macron pour que l'Union européenne puisse avoir son propre budget et qui est prélevé sur chaque État membre et entre à 800 € la tonne, entre les tonnes de plastiques qui sont mis dans le marché et celles qui sont recyclées. Et la différence, celle qui n'est pas captée, elle est effectivement évaluée à 800 € la tonne et ça permet à l'Europe d'avoir son budget.
Ça c'est plus pour pour rectifier. Ensuite, effectivement le le président Emmanuel Macron a fait des annonces, notamment le retour notamment un plan plastique sur lequel nous avions déjà commencer à travailler l'année dernière au moment de l'Unoc qui s'est traité à qui s'est tenu à Nice lors du traité plastique. Donc ça nous permet de reprendre le sujet en main.
Et dans ce traité plastique, j'étais ce matin justement au ministère de la transition écologique où nous étions réunis pour que le gouvernement nous le présente en détail. Il y a trois piliers. Le premier c'est la sobriété.
Donc c'est effectivement comment on réduit les emballages en plastique inutile, comment on développe le vra. Le deuxième c'est le réemploi des emballages avec la volonté de de déployer un dispositif national de consigne sur le réemploi des emballages. Et le troisième c'est de mieux recycler.
H et dans ce dernier pilier de mieux récyclé, il y a effectivement un certain nombre de leviers à activer dont un qui est le 12e ou le 13e qui est de mettre une consigne monétaire sur les bouteilles en plastique de manière à ce que les personnes puissent davantage les rapporter et si elles sont davantage rapportées elles seront mieux recyclées. Et donc là on avance hein parce qu'effectivement à Nice lors du sommet de l'océan dont vous parliez des Nations unies voilà ça n'avait pas il y avait une déception par rapport effectivement à un plan qui aurait pu être annoncé sur le plastique. Alors, il faut savoir que la France, elle a des résultats médiocres en terme de recyclage.
En 2024, 23,1 % des déchets plastiques collectés étaient recyclé. Donc, c'est pas assez en tout cas c'est beaucoup moins que nos voisins qui font qui font voilà qui ont des chiffres beaucoup plus intéressants. Alors, vous parlez souvent des 3 R, vous en avez parlé tout à l'heure d'ailleurs faut réduire, réemployer et en tout dernier lieu recycler.
Vous dites que le réemploi doit davantage primé sur le recyclage dans toutes les stratégies RSE. Alors, ça veut dire recycler parce que recycler finalement ça veut dire quoi ? Ça veut dire continuer de produire comme si rien nétait.
Recycler, ça permet de trouver une solution au déchets. C'est ça qu'il faut se dire. C'estàdire que on produit quelque chose, on l'utilise, on le jette et une fois qu'on le jette et ben soit en fait on l'enfouit, soit on le brûle ou soit on le recycle.
Et le recyclage permet d'essayer de récupérer de la valeur en détruisant l'objet pour pouvoir réinjecter cette matière et refabriquer à nouveau. Mais c'est une solution qui s'attaque au problème des déchets. Elle ne remet pas en question la production en amont.
Nous ce qu'on dit c'est qu'on est aujourd'hui dans un monde où les ressources on a vu ne sont pas finies enfin ne sont pas inépuisable. Les ressources sont finies d'une part et ensuite elles sont concentrées dans les mains dans les sous-sols de certains pays. Il se trouve que l'Europe ne fait pas partie des pays qui a dans ses sous-sols les métau critiques, les terres rares qui sont nécessaires au mode de vie que l'on a aujourd'hui, qui sont très électrifiés avec beaucoup de batteries et cetera.
Donc si l'on veut continuer à vivre décemment sans retourner à l'âge de pierre ou à la bougie, on doit absolument davantage préserver ce que l'on a fabriqué. Parce que si l'on préserve le plus longtemps possible sur notre sol ce que l'on a fabriqué, mécaniquement, on retarde le moment où on dépend des autres pays pour réimporter de la matière, pour refabriquer à nouveau. Et donc en fait ce qu'on dit avec la Rous économie, donc l'économie qui est cette voie du milieu he avec le réemploi, la réparation, le reconditionnement.
On peut l'avoir dans les ordinateurs, dans les batteries, on peut l'avoir dans le textile, on peut l'avoir dans le bâtiment. Ben ça nous permet en fait de puiser nos ressources non pas dans notre sous-sol, mais sur notre sol. Et là, on est résilient, là on est autonome et là on augmente euh notre notre rapport de force aussi par rapport aux autres pays et surtout on peut continuer à euh vivre décemment sans euh sans en fait se prendre le mur des ressources euh finies ou limitées.
Et on le voit avec le D3 d'Ormours actuellement aussi. Effectivement, on voit toutes les conséquences. Alors, un mot du vra quand même qui a connu un coup de frein notamment après le Covid qui a subi aussi la concurrence de l'e-commerce.
Comment vit ce secteur aujourd'hui ? Comment on fait pour séduire de plus en plus de consommateurs ? Il y a à peu près 10000 points de vente en France avec un rayon VRAC.
Mais comment on fait pour aller en chercher davantage ? Alors là, le marché s'est stabilisé. On a même regagné un point de consommation par rapport à l'année dernière.
C'est 32 % des françaises et des Français qui consomment régulièrement en vrac. Donc là, je pense qu'on a notre base d'acheteur et ce qu'on voit aussi avec notre dernière étude sur les comportements avec Nilsen IQ, c'est que les acheteurs vrac actuels maintenant veulent de veulent davantage de produits et veulent du prix. Donc, ils ont intégré le vra et ils veulent retrouver les mêmes bénéfices qu'un produit emballé.
Donc, comment on fait ? Ben, on continue. On a le décret vrac qui a été publié en fin d'année dernière issu de la loi climat et résilience qui demande aux acteurs de la grande distribution principalement au supermarché de plus de 400 m² de développer le rayon vrac que ce soit dans les fruits et légumes, le traiteur, les produits secs, mais ça peut être aussi les shampoing gel douche de manière à atteindre une surface de vente ou un ratio de produit de l'ordre de 20 %. grâce à la publication de décret et ce matin le gouvernement a réaffirmé de pouvoir opérationnaliser ce décret parce que le vrac, on l'a dit, c'est un des piliers de de la sobriété qui va nous permettre de réduire les déchets d'emballage et en particulier plastique.
Alors, dans votre raison, il y a aussi les apporteurs de solutions et dans un pack positif, on aime bien parler de solutions. Il y en a beaucoup qui ont été aussi exposés lors de du salon à Reuse Economy la semaine dernière. S'il y en a une en tout cas que vous vouliez mettre en avant, euh ce serait quoi ?
Au sein de mon réseau aujourd'hui au sein de votre réseau par exemple. Ouais. Alors, je dirais peut-être l'infrastructure de le système d'information de de traçabilité h qui va permettre de rendre interopérable le déploiement de la consigne pour et emploi à grande échelle.
C'est-à-dire qu'un consommateur qui achète un produit dans un magasin A, le consomme et veut le rendre dans un magasin B, ben ce système-là va pouvoir permettre de pouvoir tracer l'emballage, de rendre les remboursements de consignes d'un magasin à un autre, d'une marque à une autre, de pouvoir compter le nombre de tours d'emballage et de pouvoir en fait faire circuler ces emballages de main en main, de consommateur en consommateur, de magasin en magasin et d'opérateurs, de collègues de tri et de lavage et ça en fait la notion de traçabilité des données de rééquilibrage des consignes c'est la colonne vertébrale du réemploi à grande échelle et le réemploi et c'est un service qui existe déjà et c'est un service qui existe déjà qui est déjà déployé. Bah c'est un très très bon service effectivement. Merci de nous en parler.
Alors, on termine toujours par une note positive dans dans un pact positif, hein. S'il y avait quelque chose de positif à retenir de ce moment en particulier, hein, euh dans dans le contexte qu'on connaît, euh ce serait quoi ? On l'a vu euh clairement la présence du président de la République, du gouvernement qui ont fait ce déplacement au salon et les annonces qui en sont suivies nous permettent là de pouvoir redéclencher un, réattirer les projecteurs sur notre secteur et de repartir avec deux plans parce qu'en fait à l'issue de ce salon, on a eu la la l'annonce d'un plan plastique dont j'ai déjà parlé, mais il y a un deuxième plan qui pour moi est peut-être le plus important, celui qu'on attend pour nous depuis 10 ans, c'est une stratégie nationale du réemploi sur six filières stratégiques et ce planl va pouvoir être déroulé le 10 juin.
On va commencer à travailler dessus et ça va permettre à la France de se doter de leviers d'action filière par filière pour faire grandir cette RU économie. Donc voilà pour moi le signal est donné. Les travaux vont être enclenchés euh courant du mois de juin et on va pouvoir véritablement accélérer sur le déploiement de la Rous économie.
Les solutions industrielles sont là. C'est ce qu'on a prouvé avec ce salon. On avait plus de 500 solutions opérationnelles exposées dans six filières.
Maintenant, il faut passer à l'acte et ce plan stratégique ben nous permet de va nous permettre de le faire. [musique] Merci beaucoup en tout cas CIA Renson d'être venu dans Impact Positif. C'est une émission, vous pouvez revoir en replay sur tf1info.fr [musique] et bien sûr c'est un podcast qui est disponible sur toutes les plateformes.
Il vous suffit de flasher ce QR code qui va apparaître et bien pour pouvoir le retrouver sur ces plateformes. Merci beaucoup encore. Merci [musique] [musique]
Emmanuel Macron