INCIDENT NUCLÉAIRE : LA CHINE MENT, MACRON SE TAIT
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
L’énergie nucléaire est une énergie décarbonée, une énergie sûre. Il ne faut pas qu’on ait une réflexion sur notre politique énergétique en partant comme ça d’un fait en réaction. Les Chinois ont peut-être pris moins de précautions que les Français dans la mise en œuvre de l’outil avant de s’assurer qu’il était totalement opérationnel.
Évidemment, on ne peut pas compter sur la transparence des Chinois. Donc, il faut qu’on compte sur la transparence d’EDF et des autorités de sûreté nucléaire françaises. Plus transparents qu’ils ne l’auraient été sur l’origine du virus.
C’est un épisode de plus d’une technologie qui coûte très cher, l’EPR. Comment un incident dans une centrale nucléaire chinoise remet en cause la fiabilité du nucléaire français, on en parle tout de suite dans le numéro 10 d’un Bourbon Sinon Rien. Peut-on faire confiance au nucléaire ?
Il y a quelques mois encore, Emmanuel Macron l’assurait depuis le siège de Framatome, la filiale du groupe EDF spécialisée dans la construction des centrales. Oui, l’énergie nucléaire, quand il s’agit de produire de l’électricité non intermittente tout en respectant et en protégeant le climat, est pertinente. Pourvu que l’on progresse sur la gestion des déchets, sur la sûreté, et je vous sais là aussi pleinement mobilisés, l’énergie nucléaire est une énergie décarbonée, une énergie sûre.
Eh bien, les faits viennent une fois encore démentir le président. Lundi, la chaîne américaine CNN a révélé qu’un incident grave s’était produit dans la centrale chinoise de Taishan, située à une centaine de kilomètres de Hong Kong. Cette centrale est gérée par un consortium franco-chinois au sein duquel EDF détient 30 % des parts.
Les deux réacteurs de Taishan, mis en service en 2018 et 2019, sont de dernière génération, puisqu’ils font appel à la technologie française de l’eau pressurisée, l’EPR. Ce sont les seuls dans le monde. En France, le premier réacteur EPR devrait être mis en service en 2023 à Flamanville dans la Manche.
Soit 11 ans de retard par rapport à la date initialement retenue. Quant au budget, il est passé de 3,5 milliards à 12 milliards. Un fiasco industriel, faute d’une maîtrise suffisante de la technologie.
L’incident dans la centrale chinoise s’est déclaré en octobre 2020 et se serait accéléré en avril dernier. Framatome s’est adressé le 8 juin au département américain de l’Energie pour lui demander son aide. C’est ce courrier qui a permis à la chaîne CNN de révéler l’affaire.
Un courrier qui, au passage, en dit long sur l’impuissance de l’électricien français face à son partenaire chinois. De source chinoise, on affirme qu’il s’agit d’une fuite de gaz rares dans le circuit d’eau primaire. Ces gaz, radioactifs, ont été rejetés à l’extérieur des installations.
Dans un communiqué, EDF assure que le phénomène est connu. De son côté, Pékin soutient qu’il n’y a aucun danger. Le problème, c’est que les autorités chinoises ont relevé les seuils acceptables de radiations juste après l’incident.
Ces seuils étaient déjà plus permissifs que ceux retenus en France. Bref, il est vraisemblable que la Chine dissimule la gravité réelle de l’incident. Mais il en faut davantage pour ébranler les certitudes de la ministre de l’Écologie Barbara Pompili.
Écoutez sa réponse sur France Inter alors que Nicolas Demorand venait de souligner la flexibilité des seuils de radioactivité chinois. Il ne faut pas qu’on ait une réflexion sur notre politique énergétique en partant, comme ça, d’un fait en réaction à un fait qui se passe, sachant que, selon les informations que nous avons, ce qui est en train de se passer, ça a déjà existé dans d’autres réacteurs, y compris des réacteurs français. Donc hâtons-nous de réfléchir.
Pas question donc d’envisager un défaut de fabrication ou de conception des réacteurs EPR. Faut-il attendre une catastrophe pour prendre des mesures, comme semble le suggérer la ministre ? Coïncidence, l’après-midi, une question d’actualité au gouvernement portait sur le nucléaire.
La ministre Agnès Pannier-Runacher a rappelé les propos du chef de l’État lors de sa visite des installations de Framatome. Vous savez qu’il s’est rendu sur le site de Framatome au Creusot, le 8 décembre dernier, pour rappeler le caractère fondamental de cette énergie dans notre stratégie pour réussir notre transition énergétique. Nous continuons à investir dans le nucléaire, et d’ailleurs c’est un des secteurs souverains, stratégiques, qui est reconnu et pour lequel nous finançons des projets de relocalisation.
Le gouvernement souhaite aussi porter une politique nucléaire ambitieuse au niveau de l’Europe pour faire en sorte que toutes les énergies à bas carbone, qu’il s’agisse du nucléaire ou des autres énergies, énergies renouvelables, puissent être soutenues et permettent d’aller vers la transition et de conjuguer transition énergétique et compétitivité économique. Derrière les contorsions de la ministre, il y a un enjeu économique. EDF est en négociations avec la Pologne et la République Tchèque pour livrer à ces pays des EPR.
Par ailleurs, le Royaume-Uni, où deux EPR sont déjà en construction, envisage d’en commander deux de plus. L’incident chinois tombe mal. Pas question de s’interroger publiquement sur la fiabilité des EPR.
Un escamotage qui n’est pas du goût du président du groupe UDI, Jean-Christophe Lagarde. L’EPR en Chine, évidemment, on ne peut pas compter sur la transparence des Chinois. Donc, il faut qu’on compte sur la transparence d’EDF et des autorités de sûreté nucléaire françaises, puisqu’il y en a qui sont en construction en France.
Je pense que cette technologie, on est capable de la maîtriser, mais s’il y a un souci en Chine, il faut en tirer les conséquences et corriger le tir. Et pour ça, il faut que ça se fasse dans la transparence. Moi je ne me satisfais pas de l’explication qui revient à dire : “Ne vous inquiétez pas, c’est pas grave”.
C’est sans doute pas grave, et je le souhaite. Mais en tout cas il y a quelque chose, et donc il faut qu’on le regarde parce que, pendant ce temps-là, en France, on est en train d’en construire. Le député Olivier Becht, président du groupe Agir, préfère incriminer les Chinois plutôt que le savoir-faire français.
Je ne vois pas du tout ça comme une faillite de la technologie française. Je pense que dans toute nouvelle technologie, il y a forcément une période d’adaptation avec des failles. Qu’il y ait des ajustements techniques, ce qui est important, c’est que ces ajustements techniques n’entraînent pas des accidents avec des risques de pollution.
Ce qui m’inquiète davantage, c’est que les Chinois ont peut-être pris moins de précautions que les Français dans la mise en œuvre de l’outil avant de s’assurer qu’il était totalement opérationnel. Même son de cloche pour le porte-parole du groupe LR, Olivier Marleix. L’énergie nucléaire est une énergie extrêmement sûre, malgré tous les fantasmes, les polémiques qu’il y a pu avoir sur le sujet, à condition effectivement qu’on fasse preuve d’une totale transparence.
La transparence, c’est vraiment indispensable à la confiance dans l’énergie nucléaire. Donc on espère que les Chinois seront plus transparents qu’ils ne l’ont été sur l’origine du virus. Plus transparents que sur le virus du Covid… Voilà une comparaison bien rassurante.
Éric Coquerel, pour la France insoumise, a beau jeu de rappeler son hostilité au nucléaire : Le nucléaire, c’est propre jusqu'au jour où ça pose des problèmes, et là, quand ça pose des problèmes, c’est pour, j’allais dire, pour l’éternité, en tout cas dans une longue durée. C’est un épisode de plus d’une technologie qui coûte très cher, l’EPR, beaucoup plus cher qu’annoncé au départ, et en plus qui s‘avère pas si sûre que ça. On va suivre, mais ça ne fait que confirmer ce que nous disons.
Il faut envisager la sortie du nucléaire dans les décennies à venir. La solution d’une énergie décarbonée ne passe pas par une énergie qui, à peu près tous les 10 ans, si vous regardez, provoque un accident gravissime, qui a déjà failli en provoquer en France, on est passé à certains moments à deux doigts de problèmes majeurs, je pense par exemple à la centrale nucléaire de Blaye. Donc, on sait qu’il y en aura un.
Reste les communistes. Le député de Seine-Maritime, Sébastien Jumel, absent de l’Assemblée pour cause de campagne électorale, s’est prononcé en faveur de la construction de deux EPR sur le site de la centrale de Penly, dans sa circonscription. Il est vrai qu’à la clé, il y a la création de 7 000 emplois.
On guettait donc la réaction du porte-parole du groupe, Pierre Dharréville : La première chose à faire, c’est d’avoir la transparence sur ce qui s’est réellement passé, pour comprendre, et ça nous apportera des réponses utiles pour la suite. La Palice n’aurait pas dit mieux. Emmanuel Macron a déjà repoussé les délais pour réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique.
Il veut maintenant promouvoir une technologie mal maîtrisée et donc dangereuse, l’EPR, sous prétexte qu’elle serait décarbonée. Ce qui revient à nous proposer d’échanger une affection respiratoire contre une irradiation. Bref, une mort contre une autre.
Il arrive que l’équipe du Bourbon abuse de sa boisson favorite, la chaleur aidant. Ce qui nous a conduits, la semaine dernière, à confondre Christophe Blanchet, député LREM de la 4e circonscription du Calvados, avec Richard Ramos, député Modem de la 6e circonscription du Loiret. Outre le port du masque, il n’est pas toujours facile de reconnaître le visage d’élus qui s’attardent rarement salle des 4 colonnes où stationnent les journalistes.
Quoi qu’il en soit, je présente mes excuses aux deux députés pour cette confusion. Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube. Et n’oubliez pas d’activer la cloche.
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À jeudi prochain pour un Bourbon Sinon Rien !
Emmanuel Macron